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Greffe de moelle osseuse

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Greffe de moelle osseuse

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Greffe de moelle osseuse
  • La vie après la greffe, 16 juillet 2026

    Vendredi 10 juillet

    Commençons par la journée d’hier, car j’ai été occupé par mes leçons de Grec, la lecture de mon roman islandais et un peu de cuisine.

    Nous sommes donc partis tranquillement, puisque je n’avais pas de rendez-vous prévu avec Doc Sylvie, et je savais par l’infirmière que les patients étaient peu nombreux. Nous partons vers 8 h, sachant qu’il nous faut en général 35 à 40 minutes, ce qui laisse le temps de chercher une place de stationnement. Tout se passe bien jusqu’à l’arrivée sur la rocade. Peu avant le Carrefour Grand Maine, la circulation est bloquée, à l’arrêt. Nous voyons se faufiler des voitures de police, avec les gyrophares, et un véhicule avec un panneau lumineux sur lequel on lit « Animaux en errance ». Les supputations vont bon train, alors que nous énumérons les différentes possibilités : un wallaby ? Michel avait participé à la capture d’un wallaby facétieux et rusé qui avait fait courir les « chasseurs (équipe technique, pompiers et policiers) pendant un bon moment. Mais la bestiole bondissante avait fini par être récupérée saine et sauve. Il y avait eu aussi un nandou, ce cousin sud-américain de l’autruche, excellent coureur. J’imagine une girafe, ou une licorne (sans le savoir, je ne suis pas loin de la vérité avec cet animal légendaire), ou pourquoi pas une tortue ou un hamster… La vie est sacrée, que l’on soit petit ou grand. Cela fait 20 minutes que nous sommes bloqués, et j’appelle le secrétariat post-greffe, en me disant qu’ils ont l’habitude de nous voir plutôt en avance qu’en retard. C’est Marie-Luce qui me répond, et cela la fait rire, sachant qu’on finira bien par arriver un jour. À ce moment, tout se débloque, le bouchon saute comme celui d’une bouteille de champomy bien secouée. Nous arrivons à 9 h et Marie-Luce me demande si je sais de quel animal il s’agissait. Je n’en ai aucune idée, elle me dit emprunter la même route le matin, et comme elle est passée plus tôt, la circulation était fluide.

    Le soir, Michel me montre le titre d’un article (payant, donc nous n’avons pas eu tout l’historique) : 13 poneys en divagation sur la rocade ! D’où venaient-ils ? Pourquoi ont-il décidé d’explorer la voie rapide, au péril de leur vie ? Mystère ! Ils auraient pu arborer un serre-tête « licorne », rien que pour voir la tête des policiers qui ont certainement dû courir…

    Revenons au CHU : juste avant la prise de sang, Doc Sylvie arrive pour appeler son premier patient. Elle me voit et me demande « Mais, je vous vois aujourd’hui ? » (traduction : Qu’est-ce que vous faites là ? Je ne vous ai pas sur mon planning). Je la rassure en disant que je viens pour la prise de sang de contrôle, son visage s’illumine : « Bon, au-revoir ! » (traduction : Eh bien tant mieux !). Mais enfin, si vous ne voulez plus me voir, dites-le moi ! (je plaisante, évidemment).

    Nous avons ensuite pris la direction d’Atoll (un très grand centre commercial posé comme une soucoupe volante au milieu des champs pour reprendre la description qu’en fait Danielle Sallenave, notre académicienne locale). Je demande à Michel de ralentir, j’ai un point de sciatique depuis quelques jours déjà. Les soldes, dans le premier magasin, ne sont pas franchement à notre goût. Couleurs criardes ou matériaux peu agréables au toucher. J’aide Michel dans ses recherches, je n’ai besoin de rien, et finalement, je prends un pyjama léger, mais pas en solde. Nous nous dirigeons ensuite vers un magasin de sport. Michel regarde les boxers : le deuxième lot est à -50 %, ce qui ne constitue pas une réduction terrible. Il est encore cher. Il finit par prendre deux lots, en choisissant des couleurs différentes, on se répartira les calbuts. Bon, pourquoi pas ? Nous déjeunons dans une brasserie sympa sur place, puis nous rentrons tranquillement. Michel enlève un peu plus tard les étiquettes pour effectuer un premier lavage. Et là, j’entends une bordée de jurons qui se termine par « Je me suis fait avoir ! » En fait, les boxers, indiqués L, sont destinés à des gamins de 12 ans et, même si j’ai perdu du poids, je ne vais certainement pas rentrer dedans… Voilà, voilà, on a fait les soldes !

    Je me suis amusé avec l’I.A ce matin, en lui proposant des photos de ma maman. Les originaux ont subi les outrages du temps et n’étaient pas d’une qualité terrible. Je précise que ces photos appartiennent, et il y en a d’autres, à une série que j’appelle « période starlette » où ma mère prend la pose, comme on se devait de le faire à l’époque. Et je trouve que ma mère est fort jolie. Et non seulement elle était jolie, mais c’était une personne terriblement attachante, drôle, timide en société, aimante, avec une qualité d’écoute rare pour les personnes de sa génération, et une fantaisie naturelle. Tout cela en dépit d’une enfance marquée par la perte de sa mère, alors qu’elle était très jeune, et de l’arrivée de « Folcoche », la seconde épouse de mon grand-père, instituteur. Lorsque je me réveille la nuit en riant, je sais qu’elle est passée me voir dans un de mes rêves, et que nous avons ri ensemble comme nous l’avons souvent fait. Je pense souvent à elle, elle m’accompagne quasi quotidiennement, c’est une présence douce et réconfortante qui m’a aussi beaucoup aidé pendant mes problèmes de santé.

    Mes progrès en Grec :

    Je sais désormais survivre en commandant deux grandes bières :

    Δύο μεγάλες μπύρες, παρακαλώ.

    Ce qui se prononce :

    Dýo megáles býres, parakaló. (je crois que Michel fait un peu de « résistance », ou alors il veut passer à l’ouzo…) Les lettres accentuées correspondent aux accents toniques : pour Δύο, on accentue le son « y », pour παρακαλώ, le son « o ». Certaines racines aident : μεγάλες, on entend « megales », on se doute que c’est « grand », comme dans la suite « méga, giga » etc. J’essaie de ne pas embrouiller Michel, sinon il va commander des « giga bières » ! Le son correspondant à « r » est roulé, comme dans la plupart des langues.

    Dimanche 12 juillet

    Ce fut encore une nuit presque sans sommeil. Je me suis levé vers 2 h 30, il faisait chaud dehors. J’ai fait ce que j’ai pu pour aérer la maison, tout en lisant mon roman islandais et en pratiquant mes cours de Grec. Il paraît que mes progrès sont spectaculaires (dixit l’application qui n’a pas intérêt à ce que je me lasse). Je suis dans les articles… Les noms de personnes ont des articles spécifiques, un peu comme lorsqu’on dit « la Jeanine », « le René ». Si j’oublie, paf, je suis sanctionné ! Alors qu’on apprend de ses erreurs… Il ne manque plus que la décharge électrique pour me faire rentrer ça dans le crâne. Je ne sais toujours pas demander mon chemin, ou demander le prix d’un objet, mais je sais demander de l’eau, et du pain. Et aussi des pintes de bière ou de l’ouzo. Je vois tout en rose puisque c’est la seule couleur apprise pour le moment : le cinéma est rose, le musée est rose, Anna est avec Nikos qui fait de l’ouzo (rose ?)

    Je vous dirai quand j’aurai appris les autres couleurs…

    Je suis sorti m’occuper du potager et des fleurs dès que le jour a été suffisant. Les piafs attendaient déjà mon passage pour aller se désaltérer et prendre leur bain, il va bientôt falloir un système de tickets comme à la poissonnerie. Nous avons installé un ombrage sur la structure de l’ancienne serre, et ma foi, je pense que c’est une bonne idée. Mon ingénieux mari a déniché des vieux draps, et les plantes fragiles sont désormais abritées des rayons insupportables du soleil, devenu fou. Quand je vois ce que ça fait aux plantes, je comprends ce que cela peut faire à ma peau. Les framboisiers à proximité des plants de concombres abrités par le parasol ont « compris » qu’il y avait là une opportunité, et ils se penchent pour profiter de l’ombre eux aussi. L’intelligence des plantes me fascine…

    Il est un peu plus de 16 h et nous rentrons de balade… non, pas d’une promenade en plein soleil, mais nous sommes allés voir l’exposition de peinture du mari d’une ancienne collègue de Michel. L’expo nous a beaucoup plu et nous avons pu discuter longuement avec Yves, l’artiste. Un tableau « coup de cœur » a été adopté au passage, son titre va vous faire comprendre pourquoi : « Chimère », et, il est très réussi. C’est un petit format, mais qui sera facile à mettre en valeur chez nous et je crois qu’il vient de trouver sa place.

    Je vous mets le lien qui renvoie au site d’Yves, vous pourrez faire les curieux :

    Y. de l’Avouillette – Bienvenue au coeur de mes fantasmagories picturales…

    Yves de l’Avouillette est le nom d’artiste du peintre. Prenez le temps de regarder, car il y a une vraie démarche artistique qui s’articule autour de la fragilité du vivant et de l’urgence de le préserver.

    De la peinture à la musique, on reste dans le domaine artistique. Bonnie Tyler nous a tiré sa révérence. J’ai appris qu’elle était galloise, et c’est une terre de chanteurs et chanteuses. Cela s’explique culturellement : il fallait empêcher les mineurs de passer leur samedi soir et leur dimanche au pub. On a donc créé ces chorales réputées qui sont capables d’interpréter des chants à plusieurs voix lors des matchs de rugby à Cardiff, et on les a encouragés à jouer au rugby. J’adore le Pays de Galles, sa culture, ses paysages, les Galloises et Gallois, l’ambiance des pubs, et la musique qui est presque aussi présente qu’en Irlande. Lors des séjours que nous organisions pour les élèves, nous séjournions à Abergavenny, la localité d’où est originaire Pénélope Fillon. J’entends vos rires sarcastiques, mais je pense que cette dame n’a pas vraiment saisi tous les enjeux lorsque son mari l’a « embauchée ». Je me souviens que lorsque François Fillon était maire de Sablé, elle laissait son mari serrer des mains, et elle changeait de trottoir pour faire tranquillement son shopping. Je l’avais rencontrée un soir, pendant une représentation de théâtre amateur, très cordiale, très intéressée par la vie culturelle, et plus naturelle que lorsqu’elle accompagnait son mari dans les réunions officielles, on la croisait aussi quand on se promenait à Sablé. Je me souviens qu’un de mes collègues, proviseur d’un grand lycée lavallois, un vrai professionnel, serviable, très compétent, se retrouvait mis au ban par certains (je devrais dire par beaucoup), parce que dans la vie il avait eu le malheur de lier une amitié certainement sincère et réciproque avec François Fillon ; je ne sais pas comment les collègues l’avaient su, car il ne fanfaronnait pas en se haussant le col. Alors, forcément, pour des gens « de gauche », c’était épouvantable. Je ne sais pas quelles étaient les opinions politiques du collègue, il avait le droit d’avoir une sensibilité politique différente de la mienne de toute façon, mais, pour moi, c’était un modèle d’intégrité et d’honnêteté intellectuelle, un type adorable, et respectueux. Je suis presque certain qu’après les scandales, il est resté fidèle en amitié, parce que c’est le genre d’homme qui ne lâchera pas la main de son ami qui se noie, et qui s’enfonce en croyant se défendre. Voilà, c’est dit. J’ai d’ailleurs vécu la même chose avec un collègue d’Angers, à côté duquel je faisais fi du « cordon sanitaire » laissé volontairement par les autres. Je me mettais à côté de lui, et il me disait en riant : « Tu n’as pas peur toi ! ». Peur ? Moi ? Jamais, surtout quand il s’agit de comportements puérils. Il était mon camarade de promo, on avait partagé pas mal de bons moments pendant notre formation, et je connaissais aussi son sens moral.

    Allez, on écoute Bonnie :

    Lundi 13 juillet

    Même si l’air est un peu moins torride, on ne peut pas parler de fraîcheur. Il faisait 24° à 5 h 30. Inutile de vous dire qu’il est difficile de faire baisser la température de la maison. J’ai proposé à Michel de partir vivre dans les Féroé, mais il est réticent…

    Nous avons refixé les ombrages qui s’étaient envolés avec le vent hier, ce terrible vent chaud qui rappelle les épisodes de vent marocain à Lanzarote, porteurs de sable et tueurs de végétation. Cela nous a permis de prendre quelques photos de nos « protégées ». En premier lieu, l’ipomée du Caire, que je rebaptise « la paumée du Caire » (pauvre fille !). Nous l’avons admirée à Lanzarote, et elle se plaît beaucoup chez nous également. Elle n’en est pas encore au point où elle colonisera le moindre recoin, mais elle est d’un naturel explorateur. Le soleil est son ami, elle est servie.

    Comme vous le voyez, les orchidées se plaisent bien à l’ombre du parasol de la terrasse. Le soleil les grillerait quasi instantanément, mais ombre et chaleur leur conviennent… Il faut cependant penser à les hydrater. Juste au-dessus, vous avez un pétunia « spontané ». Ils sont plusieurs à apparaître un peu partout, j’en ai vu un dans le jardin-terrasse d’Albert, et d’autres encore entre des hortensias « rescapés ». Celui que vous voyez a élu domicile dans le carré qui accueille les patates douces et les deux beaux pieds de poivrons.

    Sam Neill nous a lui aussi tiré sa révérence… quelle sombre série ! J’aimais beaucoup cet acteur, rendu célèbre par « Jurassic Park », mais il a joué aussi dans d’autres films qu’il serait injuste d’oublier.

    https://www.franceinfo.fr/culture/cinema/mort-de-sam-neill-quatre-films-et-une-serie-inoubliables-de-l-acteur-star-de-jurassic-park_8105891.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Mardi 14 juillet

    Nous avons passé la soirée devant le concert du 14 juillet, avancé cette année au 13. Les commémorations du 10e anniversaire de l’attentat de Nice vont se dérouler ce soir, et il n’est pas question de festivités, mais de recueillement. Le journal de France2 a d’ailleurs diffusé un excellent et bouleversant témoignage sur le suivi des « rescapés » qui revivent chaque année les scènes terribles de cet attentat, avec des conséquences psychologiques nécessitant un suivi rapproché, jusqu’à ce que la résilience, dans le meilleur des cas, permette aux victimes d’avancer seules dans la vie.

    J’ai lu un article très intéressant sur le décès de Sam Neill. Il avait été soigné pour un lymphome T angio-immunoblastique, qui est une forme rare et agressive de lymphome. Nous avons un ami sur le forum, suivi par le CHU d’Angers, que nous avons rencontré en salle d’attente. Il a pu bénéficier d’une allogreffe de moelle osseuse, et il peut témoigner que c’est un parcours compliqué, couronné de succès après les aléas propres à chaque patient, car les parcours sont différents, parfois très semblables, parfois non, selon les pathologies liées au traitement, au système immunitaire et au « hasard ».

    Pour Sam Neill, nous ne savons pas ce qu’il s’est passé : la famille donnera les explications plus tard, mais souhaite un peu de sérénité pendant la période de deuil, et je les comprends. On sait que l’acteur n’est pas décédé de sa maladie, du moins directement. Il a pu contracter une infection, en raison de son système immunitaire très affaibli, et ça, c’est malheureusement assez fréquent, surtout quand on a en plus un traitement aux corticoïdes. Vous connaissez mon parcours, je ne reviens pas sur les « aventures » que j’ai pu traverser depuis la greffe, sans trop de conséquences grâce à la réactivité de Doc Sylvie qui veille au grain et au fait que je n’hésite pas à signaler les poussées de fièvre, ou les symptômes inhabituels. La communication est un outil essentiel dans ce suivi.

    Bref, je mets le lien qui renvoie à l’article :

    Sam Neill est mort à 78 ans, le Dr Kierzek explique pourquoi une rémission ne fait pas disparaître tous les risques – Doctissimo

    Le feu d’artifice, que nous regardons également, a été l’occasion de retrouver, pendant quelques instants, la voix et la poésie d’Anne Sylvestre. C’était une interprète et une compositrice remarquable, avec un amour de la langue française, de ses nuances, de sa poésie qui en faisait un être à part. J’avais « oublié » cette très belle chanson, mais j’ai envie de la réécouter et de vous la faire connaître, sans que je sache pourquoi, elle me touche au cœur et me donne des frissons, tout en humectant mes yeux :

    T’en souviens-tu la Seine
    T’en souviens-tu comme ça me revient
    Me revient la rengaine
    De quand on n’avait rien
    De quand on n’avait pour tout bagage
    Tes deux quais pour m’y promener
    Tes deux quais pour y mieux rêver
    Tu étais tu étais mes voyages
    Et la mer tu étais mes voiliers
    Tu étais pour moi les paysages
    Ignorés

    Je te disais la Seine
    Qu’on avait les yeux d’la même couleur
    Quand j’avais de la peine
    Quand j’égarais mon coeur
    Quand je trouvais la ville trop noire
    Tu dorais des plages pour moi
    Tu mettais ton manteau de soie
    Et pour moi qui ne voulais plus croire
    Et pour moi pour pas que je me noie
    Tu faisais d’un chagrin une histoire
    Une joie

    Ils te diront la Seine
    Que je n’ai plus le cœur à promener
    Ou que si je promène
    C’est loin de ton quartier
    Ils te diront que je te délaisse
    Et pourtant je n’ai pas changé
    Non je ne t’ai pas oubliée
    Mon amie de toutes les tendresses
    J’ai gardé dans mes yeux tes reflets
    J’ai gardé tes couleurs tes caresses
    Pour rêver

    T’en souviens-tu la Seine
    T’en souviens-tu comme ça me revient
    Me revient la rengaine
    De quand on était bien
    Et si j’ai vu d’autres paysages
    Tes deux quais m’ont tant fait rêver
    Attends-moi j’y retournerai
    Tu seras mon premier grand voyage
    Et le port où je viens relâcher
    Fatiguée de tant d’autres rivages
    Oubliés

    T’en souviens-tu la Seine
    T’en souviens-tu

    Mercredi 15 juillet

    Bon, l’équipe de France est éliminée du mondial. En soi, ça ne me touche pas vraiment, étant donné que je n’ai jamais trop compris en quoi consistait un match de foot. La seule fois où j’ai voulu faire un petit foot avec un de mes fils, ça s’est terminé par un énorme hématome sur la cuisse droite, alors que je tentais d’arrêter le tir de ce champion qui devait avoir quatre ans. Je précise que je l’avais fait sur injonction maternelle « Il a besoin d’un père qui joue au ballon avec lui ! ». Le pauvre gamin déclina ensuite poliment mes propositions, devint un virtuose du ski à trois ans, puis un champion de diabolo…. mais sans mon aide. Il eut aussi beaucoup de succès avec un boomerang qui atterrit un jour sur le toit de la maison… Et qui y est peut-être encore. Alors, pour revenir à cette défaite, ce qui me gêne c’est le traitement médiatique : « Les joueurs ont pleuré dans les vestiaires, « Kiki a voulu se faire hara-kiri » (là, j’invente) et, pour les journaux d’extrême droite : « C’est la faute à Macron » (non, pas moi, l’autre). Bref, dans tout jeu on trouve un gagnant et un perdant… Cela évitera peut-être que des cinglés mettent le feu aux voitures le jour de la finale.

    Je savais que cette idiote raciste allait forcément la ramener :

    « Liberté, égalité, fraternité… éliminé » : Celeste Amarilla, sénatrice paraguayenne qui a insulté Kylian Mbappé jubile après la défaite – Public

    Sinon, j’ai bien commencé ma journée, avec une conversation « MGEN » sur Facebook. Mon affaire n’est toujours pas réglée. La gentille conseillère a cru utile de me dire que les dossiers avaient un retard plus que conséquent, et que ma cotisation de juillet serait prélevée en août. Mauvaise pioche, ai-je répondu (enfin, presque), la cotisation de juillet a déjà été prélevée. Pour le coup, Y. a dû succomber à un AVC, car je n’ai plus de nouvelles. Elle a dû réaliser qu’on lui donnait de mauvaises informations, alors elle boude, ou elle est morte… je ne sais pas.

    Ah, finalement Y a survécu, j’ai eu un message quelques heures plus tard : « Je note sur votre dossier que la somme de XXX€ a déjà été prélevée. »

    Nous sommes revenus du supermarché et Michel a eu aussi son premier coup de sang : une seule caisse d’ouverte alors que les premiers clients commençaient à faire la queue. S’ils veulent que les vieux viennent le samedi pour ennuyer les actifs, qu’ils continuent ainsi. Michel est allé râler à la caisse centrale et on lui a bredouillé que, justement, une deuxième caisse allait ouvrir. Sinon, évidemment, les rayons « frais », yaourt et desserts, n’étaient pas réapprovisionnés. « Ce produit manque actuellement… bla bla bla ». La gestion de ce magasin vaut bien celle de ma mutuelle, ils ont dû se passer le mot. Oui, je râle, mais ça fait du bien.

    En parlant de magasin, et si vous êtes curieux, je vous encourage à aller voir l’unique avis laissé sur google et qui concerne le « tabac-journaux, babioles, et fariboles » de notre village (je vérifiais les horaires pour Michel qui devait récupérer une lettre). Je l’ai lu en manquant m’étouffer de rire, car la « victime » a laissé un avis sincère et outré. Si vous cherchez bien, vous trouverez. Je ne vais pas non plus tirer sur l’ambulance en vous mettant le lien.

    Jeudi 16 juillet

    Hier fut une journée importante, qui devrait rester dans les mémoires et figurer en bonne place dans les futurs livres d’histoire : la loi encadrant la fin de vie a été enfin votée par les députés, en dépit de toutes les pressions, du positionnement prévisible de l’Église catholique, des clauses de conscience des uns et des autres. La Belgique avait tranché 24 ans avant nous… Une autre loi, votée plus tôt, a permis aussi d’améliorer la prise en charge des soins palliatifs. Et c’est là aussi une loi très utile, pour peu que les moyens suivent. Le malade en fin de vie a le droit de partir paisiblement, si possible entouré des siens, en tout cas avec une souffrance reconnue, soulagée et, uniquement s’il le désire en l’exprimant explicitement, une aide à mourir. Bien entendu, la loi exclut de fait les malades qui souffrent de pathologies telles que alzheimer ou qui sont dans le coma, même si les patients ont auparavant exprimé leur volonté d’en terminer avec la vie… Il y aura donc des trous dans la raquette.

    Si vous cliquez sur le lien, vous aurez tous les détails concernant la loi, qui s’appliquera lorsque les décrets seront signés…

    https://www.franceinfo.fr/societe/euthanasie/criteres-d-acces-delai-de-reflexion-clause-de-conscience-que-prevoit-la-loi-sur-l-aide-a-mourir-que-le-parlement-vient-d-adopter-definitivement_8095940.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Rappelons qu’il s’agit d’un droit, et pas d’une obligation.

    Pendant que les députés votaient, j’ai fini par remplir un dossier en ligne qui permet de saisir le médiateur de la Médiation Consommation Développement, là aussi, je donne le lien :

    MEDIATION CONSOMMATION DEVELOPPEMENT – Règlement des litiges de la consommation

    Je ne suis pas d’un naturel procédurier, mais étant donné que l’on me mène en bateau, avec qui plus est des informations erronnées, j’estime être dans mon bon droit en alertant le médiateur. Je doute que cela fasse avancer mon dossier, mais, au moins, il y aura eu une alerte.

    En plus léger, voici les autres informations de la soirée d’hier : il est arrivé hier soir, après avoir grondé au loin, puis de façon rapprochée ; oui, vous avez deviné, l’orage nous a rendu visite. Il a été accompagné d’un bon arrosage, sans grêle, et d’une baisse de la température qui a permis d’aérer la maison après la pluie et de profiter de ce parfum que l’on appelle pétrichor. La nature le remercie, et nous aussi.

    Nous avons terminé la soirée en regardant l’excellent film « Mort sur le Nil », signé Kennet Branagh, qui a désarçonné les inconditionnels de la série avec David Suchet, ou des lecteurs assidus d’Agatha Christie. Le film prend beaucoup de libertés avec le récit, cela peut dérouter celui qui connaît par cœur l’oeuvre originale. On reproche aussi à Kennet Branagh son « wokisme ». Faites-vous une opinion !

    Les amateurs de jazz seront comblés, mais remarqueront l’anachronisme concernant la guitare utilisée par la chanteuse… Cela m’a fait rire.

    Voici pour terminer quelques chansons célébrant l’orage :

    13 juillet 2026

  • La vie après la greffe, 9 juillet 2026

    Vendredi 3 juillet

    Commençons par accueillir « juillet », bien que je redoute les excès caniculaires de ce mois d’été. Pour info, les moissons sont terminées par chez nous. Je dédie ce poème à mon ami Valéry Sauvage, infatigable observateur de la nature, photographe, poète, musicien, écrivain, cuisinier, et ami très cher.

    Far-niente

    Théophile Gautier

    Quand je n’ai rien à faire, et qu’à peine un nuage
    Dans les champs bleus du ciel, flocon de laine, nage,
    J’aime à m’écouter vivre, et, libre de soucis,
    Loin des chemins poudreux, à demeurer assis
    Sur un moelleux tapis de fougère et de mousse,
    Au bord des bois touffus où la chaleur s’émousse.
    Là, pour tuer le temps, j’observe la fourmi
    Qui, pensant au retour de l’hiver ennemi,
    Pour son grenier dérobe un grain d’orge à la gerbe,
    Le puceron qui grimpe et se pend au brin d’herbe,
    La chenille traînant ses anneaux veloutés,
    La limace baveuse aux sillons argentés,
    Et le frais papillon qui de fleurs en fleurs vole.
    Ensuite je regarde, amusement frivole,
    La lumière brisant dans chacun de mes cils,
    Palissade opposée à ses rayons subtils,
    Les sept couleurs du prisme, ou le duvet qui flotte
    En l’air, comme sur l’onde un vaisseau sans pilote ;
    Et lorsque je suis las je me laisse endormir,
    Au murmure de l’eau qu’un caillou fait gémir,
    Ou j’écoute chanter près de moi la fauvette,
    Et là-haut dans l’azur gazouiller l’alouette.

    Théophile Gautier, Premières Poésies

    Revenons à des préoccupations plus triviales. Après avoir fait ma séquence très matinale d’arrosage du potager et de jardinage, j’ai attendu les résultats de la prise de sang. La salade coupée le matin était lavée et essorée pour ce soir, la maison a eu le temps de se rafraîchir, et, vers 10 h, la première partie des résultats est arrivée. Du côté des globules rouges, tout va bien. Mon hémoglobine est à 16, ce qui fera dire à Doc Sylvie : « Ça, c’est du dopage ! » Les plaquettes sont impeccables et stables.

    En revanche, c’est un peu le bazar chez les globules blancs. Les lymphocytes restent dans les chaussettes, malgré un très, très léger mieux et les monocytes ont beaucoup baissé.

    Mais ce n’est pas tout, le labo a écrit une mise en garde concernant les neutrophiles qui ont une drôle de tronche : Hypergranularité des neutrophiles (infection et/ou augmentation de production ?).

    ChatGPT attend de connaître le dosage des dragons-virus avant de se prononcer, mais il est probable qu’une infection soit en cours. Qui gagnera ? Qui sera le maillot jaune ? EBV ou CMV ? (j’ai ma petite idée.) Doc Sylvie va être occupée avant ses vacances.

    Le foie, qui s’était calmé sans toutefois revenir dans les « normes », recommence à faire parler de lui. Les phosphatases alcalines ont augmenté, ainsi que les ASAT et ALAT ; de plus, la bilirubine est élevée, mais stable. Sachant que la cortisone contenait la GVH, sans l’éliminer, et que je suis en période de « sevrage », avec des baisses régulières, il se peut que le cirque hépatique reprenne de plus belle d’ici peu. Bon, pour le moment, j’ai encore bon appétit, mais je sais d’expérience que cela peut rapidement changer. Alors on ne va pas chouiner avant d’avoir mal, et on va surveiller les deux garnements de CMV et EBV.

    J’ai lu grâce à un de nos infatigables contributeurs, un article intéressant sur la cataracte, qui, chez moi, est probablement provoquée par la cure intensive de cortisone d’après Doc Sylvie :

    Cataracte : qu’est-ce que c’est ? | Cataracte | Les maladies de l’oeil | Cabinet d’ophtalmologie des flandres

    Nous avons regardé en replay ce matin « Des Racines et des Ailes », consacrée à l’Auvergne, du Puy de Dôme au Cantal. Nous avons eu le plaisir de revoir le Château de la Vigne, où nous avons séjourné, Clotilde est une hôtesse adorable, qui a une solide connaissance du château et des périodes historiques, vous ferez sa connaissance dans la séquence consacrée au château. Il faut un compte pour le replay, sinon essayez sur votre téléviseur ou sur You Tube. C’est une excellente émission, avec de belles thématiques et ces paysages sublimés par des prises de vue aériennes. Vous allez me dire que je ne suis pas objectif, car vous connaissez mon attachement pour les volcans d’Auvergne et pour les gens qui y vivent. J’ai suggéré à Michel d’acheter un buron en ruine pour le restaurer… Je crois qu’il préfère passer deux semaines dans la maison aux volets rouges. À ce propos, Monique, la propriétaire, nous a envoyé une jolie carte postale d’Autriche, avec un des châteaux de Louis II, et un petit mot à côté pour prendre des nouvelles. J’ai répondu par mail, en la remerciant chaleureusement.

    Du Puy-de-Dôme au Cantal, la terre des volcans en replay – Des Racines et Des Ailes | France TV

    Week-end des 4 et 5 juillet :

    Samedi 4 juillet

    Hier était la journée des « replay ». Nous sommes rentrés du supermarché de bonne heure, et j’ai regardé en fin d’après-midi une émission réalisée par Matthieu Lartot, qui parle de son parcours, et de sa récente amputation, mais surtout « du cancer » en général, avec des témoignages très intéressants, et un point de vue qui n’est pas focalisé sur son vécu, mais largement ouvert à ce que d’autres, connus ou moins connus vivent ou ont vécu. On a le témoignage de Thomas Dutronc, qui évoque l’humour et la drôlerie de sa mère, jusqu’au bout ; du couple Lacourt, avec Camille, qui a accompagné et soutenu son épouse, Alice Detollenaere ; de Philippe Caverivière, qui parle du cancer de sa mère. On a aussi le témoignage bouleversant des parents de Clémentine, la jeune journaliste malheureusement décédée, qui avait choisi de raconter son parcours avec la maladie dans un podcast que j’avais suivi, et qui m’a profondément marqué. Alors, cette émission n’est pas larmoyante, même si l’émotion mouille souvent le regard de Matthieu Lartot, qui se fait chambrer par ses enfants, comme tous les « darons », lorsqu’il est filmé en famille. On y voit surtout de l’optimisme, une envie de vivre, des projets, des combats et des soignants qui font le maximum pour leurs patients, médecins, infirmières, aides-soignantes ; chacun et chacune joue un rôle essentiel, même si le quotidien n’est pas facile. Des Doc Sylvie, ils en ont croisé, même si je pense que « la mienne » est unique. Tiens, je ne vous ai pas raconté son arrivée lors de notre dernière visite. La porte de la salle d’attente est fermée, car la pièce est tempérée. Elle fait irruption, toute souriante et guillerette, et nous dit bonjour. Elle enchaîne, très en forme « Vous avez froid ? » et nous de répondre en chœur « Non ! », « Vous avez chaud ? » « Non plus ! » (Toujours en chœur) … Ses yeux pétillent de malice : « Êtes-vous heureux ? » Là, pour le coup, pas de réponse, on se regarde… « Ah, vous ne vous attendiez pas à cette question ! » Et elle enchaîne en appelant le premier patient, tout en jubilant intérieurement. Que voulez-vous, c’est mon idole, même lorsqu’elle me charrie pendant l’auscultation, ou quand elle se demande tout haut combien de temps elle va devoir encore me garder avant de me refiler à Doc Sylvain.

    Voici le lien vers le « replay » de l’émission :

    Ce qui nous tient debout – Documentaire en replay Ce qui nous tient debout | France TV

    Le podcast de Clémentine :

    Ma vie face au cancer : le journal de Clémentine – franceinfo

    Dimanche 5 juillet

    Aujourd’hui, je pense à deux personnes qui sont nées un 5 juillet : ma maman, et mon frère aîné, Michel. À tous les deux, l’une là où elle se trouve désormais, étoile parmi les étoiles, et Michel près de Limoges, dans la maison confortable où il vit désormais, tout près de chez sa fille, j’adresse mes pensées affectueuses. Ce devait être un drôle d’anniversaire pour maman qui accueillait son premier enfant au lieu de souffler ses bougies. Quant à moi, « le p’tit ravisé », comme on dit en Mayenne, je suis arrivé neuf ans après mon frère aîné, bousculant la fratrie et l’ordre établi, les trois frangins se suivaient à un an d’intervalle.

    Voici une photo que j’aime beaucoup : Maman et Michel

    Revenons à des préoccupations plus triviales. J’ai obtenu les résultats des deux dragons virus. CMV m’a surpris : il a été mis k.o par le traitement et il est indétectable. Attention, indétectable ne veut pas dire qu’il a disparu, mais simplement qu’il s’est endormi à nouveau, laissant le champ libre à son pote EBV. En ce qui concerne ce dernier, il n’a pas encore profité de la situation, mais il reste à un niveau élevé, toujours en plateau. Il va donc rester sous surveillance en espérant qu’il ne profite pas de la situation. La prise de sang de jeudi donnera plusieurs indications : le CMV dort-il d’un œil ? EBV augmentera-t-il, même légèrement, sa charge virale ? Le foie continuera-t-il de se dégrader ? Cela confirmerait le retour probable de la GVH, ou, au contraire, constaterons-nous une baisse des PAL (phosphatases alcalines), ce qui serait positif . Si la GVH se confirme, on abordera le problème lors de la consultation du 3 août. La solution serait de commencer un nouveau traitement, le Jakavi, et cela peut se faire pendant la fin du traitement à la cortisone. Bref, je vais faire cogiter Doc Sylvie, qui passera en revue les algorithmes possibles avant d’introduire une modification et sans doute après un passage en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire).

    Allez, en hommage à Victor Willis, qui vient de nous quitter, YMCA… Devenu, à son grand désarroi, l’hymne de Trump (faut avouer que c’est incompréhensible). C’est toute une époque qui disparaît, avec notamment les codes vestimentaires qui permettaient de connaître les préférences de votre futur partenaire (je ne parle pas de la coiffe amérindienne, mais de signes plus discrets, dont le foulard dans la poche arrière).

    Et même dans la marine, hein ? Qui l’eût cru ?

    En ce temps-là, on dansait beaucoup sur « I will survive » dans les boîtes gay, curieuse et terrible prémonition de ce que réserverait la terrible pandémie de SIDA quelques années plus tard. Rappelez-vous, on l’appelait « cancer gay ».

    En ce qui me concerne, dès les premières notes, je ne peux m’empêcher de danser lorsque j’entends Jimmy Sommerville. Barbara, je te laisse imaginer la chorégraphie des genoux !

    Une excellente nouvelle en ce dimanche après-midi : mon fils (le dernier) a obtenu son diplôme de moniteur éducateur. Il aime beaucoup travailler dans les structures qui accueillent les personnes en situation de handicap, et nous partageons sa joie, et sa fierté, car c’est un beau parcours et une belle réussite après quelques années délicates pour lui. Nous avons toujours été à ses côtés, et nous le serons toujours. Félicitations !

    Je voudrais revenir sur une notion qui a été abordée par Matthieu Lartot dans son documentaire sur le cancer. Il s’agit de ce que l’on appelle, à tort pour les malades, le « courage ». Matthieu Lartot le dit très bien : le courage, c’est quand on effectue un choix, souvent risqué : plonger pour secourir une personne qui se noie, s’engager dans l’armée pour défendre son pays, effectuer un métier pénible, par exemple pompier, en risquant sa vie, etc. Mais le malade n’a pas le choix : la maladie s’impose à lui. Alors, évidemment, on peut imaginer que certains sont plus déterminés que d’autres à combattre la maladie, est-ce pour autant qu’ils « gagnent » ? Non, Clémentine en est malheureusement l’illustration. Dire qu’un malade qui a survécu au cancer a été « courageux » serait terrible pour celles et ceux que la maladie a emportés. Il vaut mieux parler de résilience. Le courage, c’est celui des équipes soignantes et des accompagnants. Quand on dit à un malade « Sois courageux ! », il devrait répondre « Eh bien, prends ma place et tu verras ! » On peut lui dire « Repose-toi, dis-moi comment je peux t’aider, veux-tu que je te fasse des courses ? As-tu besoin que je passe à la pharmacie avec ton ordonnance ? Tiens, je t’ai préparé un petit potage ou un petit plat ». Bon, ce n’est pas courant et c’est pourtant ce genre d’attentions qui permet, surtout pour les personnes seules, isolées, de ne pas sombrer. Je ne veux surtout pas faire de leçon de morale, chacun agit selon ses disponibilités et son rapport à la maladie. Parfois, c’est très compliqué en raison d’un parcours personnel et intime que les accompagnants occasionnels préfèrent occulter.

    Pour en revenir à mon expérience, je ne suis pas un « warrior », ni un « ninja » et encore moins un « jedi » : je compose avec mes forces et mes faiblesses, mes qualités et mes défauts. On connaît mon côté optimiste, avec une bonne dose d’autodérision, et j’ai horreur de me lamenter sur mon sort. Mais je suis aussi de nature impatiente, je déteste que l’on ne m’associe pas au parcours de soins (dermatologie) et, dans ces situations-là, je peux être un peu mordant. Sinon, quand on m’explique les choses, quand j’ai Doc Sylvie en face de moi, j’en arrive à me dire que, sans tous ces fichus aléas de santé, je n’aurais jamais fait de telles rencontres, cela vaut aussi pour tous les personnels (ou presque) de santé que j’ai pu croiser depuis 2019. Autre caractéristique : j’exprime facilement ce que j’éprouve, que ce soit positif ou négatif. Je ne cherche pas à masquer un éventuel trouble physique (Michel ne s’y laisserait pas prendre) ou une appréhension. Et, surtout, je comprends que j’ai eu la chance de survivre, de bénéficier de technologies médicales de pointe, même si à certains moments c’était plus que compliqué en raison des traitements lourds ou de mon système immunitaire complètement loufoque. Je sais aussi profiter de la vie, contempler une fleur d’artichaut, espionner un oiseau qui prend son bain, regarder pousser mes salades en traquant le liseron. Voilà, c’était une mise au point qui me paraissait utile, la phrase à retenir c’est : le malade n’a pas le choix, donc il ne peut pas faire preuve de « courage », mais simplement de résilience en fonction de son état, de l’évolution de la maladie. Françoise Hardy (oui, c’est encore une de mes idoles) a fait rire ses proches jusqu’au bout, parce que c’était sa nature. Elle savait que sa vie touchait à sa fin, mais enfin, elle était vivante, et elle a fait en sorte que ce soit cette image qui reste. La vie, jusqu’au bout.

    Mardi 7 juillet

    Il va encore faire trop chaud, mais, grâce à ma nuit très courte, j’ai pu aérer de bonne heure et faire mon tour de jardin matinal. Ces canicules à répétitions sont épuisantes pour les organismes, et même quand on est en bonne santé. Je plains les personnes hospitalisées dans des chambres surchauffées et les soignants qui travaillent dans des conditions insupportables, avec un afflux de patients à gérer en urgence suite aux déshydratations, coups de chaleur, et autres pathologies. Je vais essayer de rester sage. J’ai lu plusieurs articles et études concernant le dragon virus EBV, qui est, je le rappelle, toujours actif, mais en phase de plateau pour le moment. Il a dépassé les 4 log et il est donc potentiellement dans la zone orange/rouge qui nécessite un traitement. Voici ce que l’on en dit, dans un résumé que j’ai trouvé bien fait, et compréhensible :

    La persistance virale est parfois associée à des cancers chez l’individu immunodéprimé mais également chez le sujet sain.

    L’EBV est en effet le premier virus responsable de cancer à avoir été découvert en 1964 par Epstein, Achong et Barr.
    Cette caractéristique est étroitement liée à sa capacité d’immortaliser des lymphocytes B in vitro comme in vivo, et d’induire une transformation maligne de certaines cellules épithéliales.

    Chez une personne immunodéprimée, le défaut de surveillance immunitaire peut aboutir à des syndromes lymphoprolifératifs caractérisés par une prolifération incontrôlée des lymphocytes B infectés par l’EBV.
    La mesure de la charge virale dans le sang par qPCR est indispensable pour la prévention ou le diagnostic précoce des syndromes lymphoprolifératifs post-transplantation, traités le plus souvent pas des anticorps anti-CD20.

    Chez l’individu immunocompétent, la persistance virale peut également aboutir à des cancers dits « associés à l’EBV » avec des cellules tumorales contenant le génome viral et exprimant des protéines virales favorisant la transformation cellulaire.

    Les principaux cancers associés à l’EBV sont le lymphome de Burkitt, certains lymphomes de Hodgkin et le carcinome indifférencié du nasopharynx.
    Pour certains de ces cancers, la sérologie EBV et/ou la mesure de la charge virale sont utiles au diagnostic.

    Le traitement de ces cancers se base sur les thérapeutiques anti-tumorales classiques et pourrait mettre en jeu dans l’avenir l’injection de cellules T cytotoxiques anti- EBV ou les vaccins activant l’immunité contre les protéines de l’EBV.

    J’avais déjà abordé cela auparavant. Le lymphome associé au virus EBV est appelé LPT (ou PTLD), et il nécessite des soins à administrer en urgence dès que l’on soupçonne sa présence : d’abord le rituximab, qui est un anticorps monoclonal avec plusieurs cures, puis, si le bilan n’est pas satisfaisant, une chimio adaptée au type de LPT, car il en existe plusieurs (sinon, ce serait trop simple !)

    Le risque de développer une LPT est plus élevé chez les personnes ayant subi une greffe d’intestin ou une greffe de plusieurs organes. Dans le cas d’une transplantation de cellules souches, le risque de LPT est plus élevé lorsque le donneur n’est pas parfaitement compatible. Le risque de LPT est le plus élevé au cours des premiers mois suivant la transplantation, lorsque les patients reçoivent une dose plus élevée de médicaments immunosuppresseurs. Toutefois, chez les receveurs d’une greffe d’organe solide, on observe un « second pic » de LPT plusieurs années après la greffe.

    La LPT comprend quatre sous-types principaux. Chez les personnes atteintes d’une LPT précoce, les lymphocytes et autres cellules immunitaires se divisent de manière excessive et s’accumulent dans les ganglions lymphatiques. Bien que ces cellules ne soient pas cancéreuses, elles risquent de subir une transformation cancéreuse si elles ne sont pas traitées. En cas de LPT polymorphe, un mélange de lymphocytes anormaux (dont certains peuvent être cancéreux) s’accumule dans les ganglions lymphatiques et/ou d’autres parties du corps. Le troisième sous-type, le plus courant, est le LPT monomorphe. Dans ce cas, des lymphocytes cancéreux (provenant principalement de lymphocytes B) s’accumulent dans les ganglions lymphatiques et les sites extranodaux. Ces cellules B cancéreuses peuvent ressembler à d’autres types de lymphomes non hodgkiniens, tels que le lymphome de Burkitt ou le lymphome diffus à grandes cellules B (LDGCB). Le lymphome hodgkinien classique – type LPT est le quatrième et le plus rare de tous les sous-types de LPT. Chez ces patients, les cellules cancéreuses ressemblent beaucoup aux cellules de Reed-Sternberg, typiques du lymphome de Hodgkin classique.

    Voici les liens qui renvoient aux articles initiaux :

    Le virus Epstein-Barr (EBV) – Centre National de Référence des Herpèsvirus

    Maladies lymphoprolifératives post-transplantation (LPT) | Hemato Knowledge Hub

    Le prochain dosage des dragons virus jeudi, et l’échographie du cou programmée le 30 juillet, permettront de savoir où j’en suis. Le lymphome est une maladie silencieuse dans un premier temps, il y a donc peu de symptômes à part les ganglions, souvent discrets et indolores.

    Mercredi 8 juillet

    Je me suis réveillé ce matin (très tôt encore) avec une idée de roman. Ce serait un thriller politique, ça fonctionne bien en séries télévisées aussi.

    Puisque vous insistez, voici le synopsis :

    Le roman se déroule de nos jours dans un pays que je nommerai « Absurdie ». Une candidate, appelons la Carine, décide de se présenter à l’élection présidentielle de 2027 (simple coïncidence avec le calendrier de notre élection, parfois je manque d’imagination). Carine a déjà été candidate par le passé, et elle s’est pris une veste à chaque élection. Bon, elle est du genre opiniâtre et s’accroche comme un morpion à un poil pubien à cette idée : « Un jour, je serai présidente, et vous verrez ce que vous verrez ! ». L’un des problèmes de Carine, c’est qu’elle est condamnée, pour diverses malversations financières, à de la prison, sous bracelet électronique, une amende, et une peine d’inégibilité. Son « fidèle plan B », que nous nommerons Jordy, se voyait déjà calife à la place du calife, multipliant les rencontres avec le patronat, se montrant au bras de sa dulcinée, Marie Machin Chose de mes Deux, et prenant le contrepied de sa tutrice officielle. Carine a toujours dit (et pas qu’une fois) qu’un homme ou une femme politique en délicatesse avec la justice devrait être inéligible à vie (oui, oui, oui : à vie !). Mais, dans la droite ligne de « Faites ce que je dis mais surtout pas ce que je fais », elle a, semble-t-il, été frappée d’amnésie et se pourvoit en cassation, ce qui permet la suspension des peines… Il faut expliquer tout ça à Jordy, qui a failli s’étouffer avec son donut, mais a tenté un sourire crispé. « Fais bisou à maman ! » (va pour le bisou, Marie Machin Chose ne sera pas jalouse). Maintenant, Jordy a un plan diabolique : comment faire pour se débarrasser de Carine ? La faire exécuter par des mafieux d’un pays de l’ex bloc soviétique ? Refiler des dossiers bien pourris au Canard Déchaîné ? La tuer lui-même en lui proposant une séance photo sur la falaise d’Etretat ? « Recule encore un peu… encore un pas… Oups, j’ai mal calculé ! » Lui pourrir la vie une fois qu’elle l’aura nommé Premier Ministre ? Le roman va explorer ces différentes pistes, sans être certain que les projets diaboliques de Jordy empêchent l’élection de Carine. En Absurdie, tout est possible, même les 50° dans les cellules de prisons surchauffées.

    Tiens, j’évoquais avec Michel ce que dit Nikos de la langue grecque. C’est très intéressant, mais cela ne m’étonne pas car le présentateur vedette dit souvent des choses très intéressantes, pour peu qu’on lui pose de bonnes questions. Accessoirement, il est aussi photographe, avec un talent certain. Ce rapport entre la langue grecque et la philosophie est très pertinent et permet de comprendre l’influence de cette langue/pensée, encore vive aujourd’hui. De même, avoir une conversation en anglais implique de penser différemment, cela m’a toujours frappé. Les cartésiens que nous sommes ont donc intérêt à s’assouplir l’esprit. On le sait, la langue diplomatique est le français, parce que justement, il permet d’éviter les interprétations, ou certains glissements. Je trouve cela (cela = la pensée exprimée par une langue) fascinant, surtout quand on sait qu’un bébé qui vocalise peut absolument s’exprimer dans toutes les langues, quelle que soit son « origine ». C’est une faculté que l’on perd malheureusement très vite. Les bébés sont des super héros, leurs cerveaux contiennent toutes les langues et prononciations du monde… quand on pense à la difficulté que certains ont avec le « the » anglais !

    https://fb.watch/IegIwdnXQq

    N’hésitez pas à cliquer sur le lien. Pour info, je révise mes notions de grec moderne, via une application gratuite. Je ne ferai pas de grands discours philosophiques en grec, mais je saurai dire, « bonjour, merci, s’il vous plaît, bonne nuit » et les Crétois sont ravis quand on sait dire quelques mots dans leur langue. Cela permet aussi de décrypter quelques infos, sur les menus, ou sur des panneaux routiers. Et, surtout, cela m’amuse et ça me permet de faire fonctionner mes neurones.

    Voilà, c’était ma minute grecque. Vive Jacqueline de Romilly, et vive Marguerite Yourcenar ! ¨Pour le moment, j’en suis là en grec :

    Το καρότο είναι ροζ. (To karóto eínai roz.), La carotte est rose. (Parce que, pour le moment je ne connais que le rose…)

    Autre situation :

    Νερό με το ούζο, παρακαλώ. (Neró me to oúzo, parakaló.), De l’eau avec l’ouzo, s’il vous plaît. Certes, ce n’est pas très philosophique, mais c’est important de savoir mettre de l’eau dans son ouzo, non ? On met bien de l’eau dans son vin…

    Jeudi 9 juillet

    Bon, j’aurai le temps d’arroser le potager avant le départ au CHU pour la prise de sang. On ne se précipitera pas, étant donné que ce sera rapide : l’infirmière m’a dit que le planning n’était pas chargé, et elle me fera passer rapidement pour que je puisse prendre le petit-déjeuner, et mes médicaments. Ensuite, nous irons à Atoll tant que la chaleur reste supportable. Il fait déjà 21° à 4 h 30. Vous devrez attendre lundi pour savoir si mes résultats sont arrivés, et s’ils sont dans les normes. Il faut bien faire durer le suspens.

    Il est temps d’écouter un peu de musique. Je sais que je n’ai aucun talent de « détourneur » de chansons, mais enfin, j’aime bien modifier les paroles, surtout quand une chanson me trotte dans la tête. C’est pourquoi je vous propose « Encore un lapin », de JJ Goldman. Mais pourquoi me direz-vous ? Un lapin, ça ne sert à rien… (je suis bien d’accord !)

    3 juillet 2026

  • La vie après la greffe, 2 juillet 2026

    Vendredi 26 juin

    Nous avons eu droit à un réveil en fanfare ce matin : grondements de tonnerre, éclairs, pluie bienfaisante, sans excès ni grêle. L’orage s’est calmé alors que le jour se levait, je trouve d’ailleurs que l’aube arrive de plus en plus tard.

    Hier, nous avons eu également une animation « pompiers », à cause d’un incendie qui s’est déclaré en dehors du bourg, à la fois dans un bois et dans un champ à proximité. Les véhicules d’intervention ont tourné toute la nuit, et je les ai vu repartir au petit matin. Le feu était donc fixé, et la pluie a dû aussi jouer un rôle décisif. Voilà pour les nouvelles locales.

    Je viens d’avoir un appel de l’infirmière de greffe, qui me demandait si nous pouvions venir au CHU le jeudi 2 juillet, et, comme toutes les fois, je lui ai dit que cela ne posait aucun problème, puisque nous pouvons nous rendre disponibles facilement. Ce rendez-vous, prévu initialement le 10 juillet, a été avancé, afin de réaliser les dosages CMV/EBV.

    Je voudrais aborder une question qui n’a rien à voir avec tout ça, mais qui m’inquiète, car elle concerne beaucoup de monde. Tout est parti d’une fausse campagne gouvernementale, d’une parodie, où l’on explique comment boire un verre d’eau. Le second degré est visible immédiatement, selon moi, mais le visuel est très bien fait et imite à la perfection les messages de prévention du gouvernement. Ce qui fait peur, ce n’est pas la parodie, ni le fait que certains partagent le visuel sur les réseaux sociaux, en s’offusquant qu’on puisse consacrer une partie de nos impôts à de telles âneries (je rappelle qu’il s’agit d’un « fake »), ce qui fait peur donc, ce sont les réactions virulentes, incontrôlées de celles et ceux qui commentent : « bande d’incapables », « Macron démission » (pas moi, hein !), « Ils creusent toujours plus profond », « Ils ont perdu toute légitimité » (et d’autres d’ajouter : « parce qu’ils en ont déjà eu ? »), et ça, ce sont les messages les moins virulents, je vous laisse imaginer les commentaires des électeurs du RN, par exemple. On peut choisir d’en rire, parce que si le ridicule tuait, il ferait beaucoup plus de victimes que les noyades. Personnellement, cela m’effraie : ce sont les mêmes qui vont soutenir qu’il ne faut pas accepter de chimio, parce que c’est « poison » et que le cancer est vaincu avec des compléments alimentaires. Ce sont encore les mêmes qui vous soutiennent que ce sont les vaccins contre le COVID qui ont provoqué la progression du cancer du pancréas. Si vous répondez que cette progression a commencé bien avant, ils vous diront que c’est de la propagande. Dans le même temps, des musclés boostés à la testostérone jouent les masculinistes : « Toi faible femme, moi mâle dominant. » Le pire, c’est qu’ils sont suivis sur leurs réseaux. On s’étonnera qu’il y ait des féminicides…

    Nous sommes à quelques mois d’une élection présidentielle où tous les coups seront permis, surtout les plus tordus. On prétendra que tel candidat est gay, que celui qui se dit « gay » ne l’est plus, que la femme de tel candidat est un homme et que, si ma tante en avait deux, on l’appellerait mon oncle. Bref, on racontera des horreurs (Brigitte en sait quelque chose) et il sera impossible de convaincre les crédules que ce sont des campagnes de désinformation, selon le principe de cour de récré : c’est celui qui dit qui y est ! Les fausses vidéos seront réalistes, on verra clairement que telle candidate est zoophile, ou que tel candidat sodomise des bébés. Je ne sais pas si je suis suffisamment blindé pour supporter ça. En général, je ne commente plus rien en mode public, car mon patronyme est immédiatement vilipendé, ou risque de l’être. Alors, je compte sur vous : ne laissons rien passer ! Argumenter, défendre un programme, ou critiquer celui de son adversaire, rien de plus normal, et sain en démocratie. Attaquer les personnes, avec des vidéos truquées ou des arguments scabreux, voire des créations générées par l’IA et plus réalistes les unes que les autres relève d’une crapulerie crasse. Qu’on ne s’y méprenne pas, quelque part, à l’est de l’Ukraine et en Chine, il y a des équipes qui travaillent déjà sur la désinformation pour 2027, et le pire reste à venir.

    Voici un article qui présente le visuel parodique, et l’analyse qui peut en être faite :

    Canicule : « Comment boire de l’eau ? »… De fausses affiches de prévention du gouvernement circulent sur les réseaux

    Et un autre :

    Comment boire de l’eau : la parodie virale qui expose la crise de confiance envers l’État | Planet.fr

    J’aimerais aussi que vous jetiez un coup d’œil à cet article. Il s’agit du témoignage de Benjamin, 47 ans, atteint de LAM (leucémie aiguë myéloïde), une forme de leucémie particulièrement virulente et à évolution rapide. La première greffe, réalisée grâce à son frère, a donné dans un premier temps de bons résultats. Puis la maladie est revenue, il a donc fallu réaliser une deuxième greffe, et cette fois, c’est son fils qui a donné ses cellules souches. Un parcours de greffé n’est ni linéaire ni simple. Benjamin dit des choses essentielles sur son nouveau rapport à la vie : « Mais il ne faut pas passer à côté des choses qui évoluent pour le mieux. Il y a des effets d’aubaine importants à observer dans ces moments de crise. » Il l’admet, il a beaucoup évolué, que ce soit au niveau relationnel ou professionnel, grâce à la maladie. « Ça rebat les cartes de la vie. On peut faire de ces expériences des choses plutôt positives. »

    TÉMOIGNAGE. « Je vis avec les cellules de mon fils » : le récit de Benjamin, deux fois sauvé par une greffe de moelle osseuse après une leucémie

    Week-end des 27 et 28 juin

    Réveil encore trop matinal, qui m’a permis de profiter de la fraîcheur matinale. Elle a fait son grand retour ce matin, et j’ai attendu que la clarté du jour soit suffisante pour semer deux rangs de haricots. Ce sera le dernier semis pour les haricots verts. Je suis du genre têtu, mais je ne vais pas m’acharner non plus. La terre se travaillait bien et je pense qu’ils sont dans de bonnes conditions, si et seulement si le soleil ne les grille pas. Ils sont moins exposés que les précédentes tentatives.

    Ensuite, un bon arrosage du potager, pour garder l’humidité, et des fleurs dont certaines résistent bien. Pour les mûres, je pense que c’est cuit, fruits desséchés et feuilles brûlées. Dommage, la récolte s’annonçait prometteuse. C’est la nature qui impose sa loi, on ne peut pas y faire grand-chose.

    Michel pensait trouver des plants de poireaux au marché, il a fait chou blanc (un comble pour des poireaux), mais il a trouvé son bonheur à la jardinerie, et il a également acheté des plants de rutabaga. Voilà, associés à d’autres légumes d’hiver, de quoi mijoter de bons potages pour l’hiver… L’hiver, j’en rêve !

    Il fait encore chaud aujourd’hui, mais ce n’est pas comparable avec ce que nous avons connu en début de semaine, ceci dit, on est mieux au frais que dehors pour le moment. Michel fait la sieste, et je vais lire mon roman islandais pour me rafraîchir.

    Dimanche 28 juin

    Je viens de faire une bonne séquence de jardinage et d’arrosage. J’ai préparé le terrain pour que Michel puisse planter ses poireaux, rutabagas et céleris-raves que j’avais oublié de mentionner hier. Le ciel est couvert, et le vent s’est rafraîchi, ainsi que la maison qui est restée ouverte (sauf les portes). Les orages nous ont épargnés, mais ils ont frappé dur dans la partie est du département et visiblement ailleurs aussi.

    J’ai pris en photo un arbuste qui a une histoire compliquée. C’était un des cadeaux de l’association de parents lorsque j’ai quitté le collège de la Mayenne. C’était là où mon chat Léo accueillait les participants du Conseil d’Administration et savait, à la minute près, quand mes conseils de classe allaient se terminer. Je garde les meilleurs souvenirs de ce collège, que le Directeur Académique de l’époque avait qualifié de « havre de paix ». Je partais un peu sur un malentendu, un poste s’était libéré au deuxième tour, et je m’étais fait à l’idée de rester un ou deux ans de plus. Bref, ces années m’ont marqué et j’ai eu une équipe extraordinaire à mes côtés, des journées parfois très calmes, parfois pimentées par des délires collectifs, des récrés « pain/rillettes », des fous rires dans les couloirs et des élèves attachants, et parfois « attachiants » mais le plus souvent respectueux.

    Donc je suis arrivé ici, chez nous, avec cet albizia qui a eu le plus grand mal à s’acclimater. Pourtant, on en voit pas mal dans la région, mais le nôtre semblait voué à une mort inéluctable. Et puis, un jour, Michel a décidé de le raccourcir, couic ! Il n’avait pas pris cette décision à la légère, puisqu’il avait constaté de nouveaux départs de branches. Cette décision révolutionnaire digne de la terrible guillotine lui sauva la vie. Il ne sera jamais très grand, mais ses propriétaires ne le sont pas non plus, et il se plaît désormais, avec une tendance à pousser à l’écart les vieux rosiers « Queen Elizabeth » : « Pousse-toi de là, tu me fais de l’ombre ! » Le soir, il ferme son feuillage pour s’endormir, comme sur les photos. Il attend beaucoup plus sagement que moi que le jour se lève pour les ouvrir à nouveau.

    Voici donc, en vedette du jour, l’albizia en fleurs :

    Au fait, j’ai créé une nouvelle page où vous pourrez lire un roman autobiographique, et véridique qui raconte une série d’aléas de santé. Si vous aimez « Good Doctor », « New Amsterdam », « Dr House », « Urgences » etc. cela pourrait éveiller votre curiosité. Les chapitres seront mis en ligne de façon aléatoire (c’est l’été, je suis en mode « relax »), sans doute le week-end si je ne change pas d’avis.

    Lecture estivale : Une année en apnée

    Lundi 29 juin

    C’est un répit de quelques jours, une petite pause fraîcheur qui fait du bien, mais qui sera de courte durée lorsque je consulte mes sites météo habituels. La fournaise va revenir, on va tous brûler dans les flammes de l’enfer de juillet et les concombres vont encore réclamer de l’ombre, de l’eau, des pansements contre les brûlures. Quant aux haricots, ils seront cuits avant d’être en fleurs. Je rêve de Norvège, d’Islande, et même de Crète où il fait une chaleur supportable.

    Michel a passé sa matinée sous l’évier : nous avons un problème d’évacuation d’eau avec le lave-vaisselle, mais, alors qu’il pensait avoir réglé le problème, l’écoulement est toujours bouché. J’espère qu’il ne va pas passer l’après-midi tordu dans tous les sens.

    Quant à moi, j’ai fait un peu de désherbage ce matin (juste un peu) alors qu’il faisait 14°, et, franchement, c’était un plaisir. Ensuite, ce fut la séquence ménage et je me demande d’où vient cette poussière que je chasse régulièrement. La carrière à proximité doit en produire une bonne partie, et je me dis que mes petits poumons fragiles sont aussi concernés. Jeudi, nous irons au CHU pour la visite post-greffe et le dosage des dragons virus, et nous en profiterons pour aller à Atoll déjeuner tranquillement. Ce sont les soldes, je n’ai pas de gros besoins, mais on regardera si un article nous plaît. La semaine suivante, nous resterons à l’abri de la chaleur dans notre bunker. Pour le moment, il fait bon dans la maison, et la clim reste silencieuse, tant mieux.

    Mardi 30 juin

    Il est à peine 5 h du matin, et tout est calme, à part quelques voitures qui passent : certains commencent leur journée de travail très tôt. Je suis allé faire un tour sur le forum pour prendre des nouvelles de notre amie Sylvie, hospitalisée pour une greffe très particulière. Il s’agit de la thérapie par CAR-T CELLS, qui consiste à prélever des lymphocytes du patient, de les modifier génétiquement, puis de les réinjecter. Oui, c’est une technique que l’on peut qualifier d’OGM, et qui fonctionne pour certains types de cancers : Les LAL (leucémies aiguës lymphoblastiques), et les lymphomes diffus de type « B » à grandes cellules.

    Voici ce qu’on peut lire dans un article très intéressant, partagé sur le forum par un de nos infatigables contributeurs, toujours en mode « veille » :

    Le traitement par cellules CAR-T (Chimeric Antigenic Receptor – T) ou CAR-T cells, est une stratégie d’immunothérapie cellulaire en plein développement, qui vise à combattre le cancer en s’appuyant sur le propre système immunitaire du patient.

    Les cellules CAR-T sont des lymphocytes T modifiés génétiquement dans le but de reconnaître puis éliminer les cellules cancéreuses. Elles sont la base d’une toute nouvelle approche de traitement contre le cancer, consistant à prélever des cellules immunitaires d’un patient (ici, les lymphocytes T), pour les modifier génétiquement et les lui réinjecter.

    Je mets le lien, comme d’habitude, même si vous n’êtes que deux à cliquer régulièrement :

    Les cellules CAR-T | Gustave Roussy

    La vidéo qui explique la technique utilisée permet aussi de comprendre cette avancée médicale géniale :

    Le CHU d’Angers est au point en ce qui concerne cette thérapie CAR-T CELLS et nous avons pu échanger avec des patients qui en ont bénéficié.

    Autre vidéo, avec cette fois le CHU de Rennes :

    Canicule en 1870 et en 1921

    Nous sommes au début de la guerre de 1870, et il fait horriblement chaud, George Sand raconte cet épisode caniculaire dans son « Journal d’un voyageur pendant la guerre ». Ce genre d’évènements était alors tout à fait exceptionnel, et bien plus rare que dans notre climat actuel, où les étés caniculaires se succèdent, en battant des records que l’on croyait réservés au « futur », si tant est que l’on puisse parler du futur pour notre pauvre planète.

    Nohant, 15 septembre 1870

    […] Une grande fatigue, le travail en retard, un effort désespéré pour reprendre ma tâche au milieu d’un été que je n’ai jamais vu, que je ne croyais pas possible dans nos climats tempérés : des journées où le thermomètre à l’ombre montait à 45 degrés, plus un brin d’herbe, plus une fleur au 1ᵉʳ juillet, les arbres jaunis perdant leurs feuilles, la terre fendue s’ouvrant comme pour nous ensevelir, l’effroi de manquer d’eau d’un jour à l’autre, l’effroi des maladies et de la misère pour tout ce pauvre monde découragé de demander à la terre ce qu’elle refusait obstinément à son travail, la consternation de sa fauchaison à peu près nulle, la consternation de sa moisson misérable, terrible sous cette chaleur d’Afrique qui prenait un aspect de fin du monde ! Et puis des fléaux que la science croyait avoir conjurés et devant lesquels elle se déclare impuissante, des varioles foudroyantes, horribles, l’incendie des bois environnants élevant ses fanaux sinistres autour de l’horizon, des loups effarés venant se réfugier le soir dans nos maisons ! Et puis des orages furieux brisant tout, et la grêle meurtrière achevant l’œuvre de la sécheresse ! Et tout cela n’était rien, rien en vérité ! Nous regrettons ce temps si près de nous dont il semble qu’un siècle de désastres nous sépare déjà. La guerre est venue, la guerre au cœur de la France, et aujourd’hui Paris investi ! Demain peut-être, pas plus de nouvelles de Paris que de Metz ! Je ne sais pas comment nos cœurs ne sont pas encore brisés. On ne se parle plus dans la crainte de se décourager les uns les autres.

    George Sand, Journal d’un voyageur pendant la guerre, Paris, Michel-Lévy frères (Paris), 1871, extrait pp. 4-6

    Colette aussi évoque la chaleur de l’été :

    Ne me touche pas ! j’ai chaud… Écarte-toi de moi ! Mais ne reste pas ainsi debout sur le seuil : tu arrêtes, tu me voles le faible souffle qui bat de la fenêtre à la porte, comme un lourd oiseau prisonnier …

    J’ai chaud… Je ne dors pas. Je regarde l’air noir de ma chambre close, où chemine un râteau d’or, aux dents égales, qui peigne lentement, lentement, l’herbe rase du tapis. Quand l’ombre rayée de la persienne atteindra le lit, je me lèverai — peut-être … Jusqu’à cette heure-là, j’ai chaud.

    J’ai chaud. La chaleur m’occupe comme une maladie et comme un jeu. Elle suffit à remplir toutes les heures du jour et de la nuit. Je ne parle que d’elle ; je me plains d’elle avec passion et douceur, comme d’une caresse impitoyable. C’est elle — regarde ! — qui m’a fait cette marque vive au menton, et cette joue giflée, et mes mains ne peuvent quitter les gantelets, couleur de pain roux, qu’elle peignit sur ma peau. Et cette poignée de grains d’or, tout brûlants, qui m’a sablé le visage, c’est elle, c’est encore elle …

    Non, ne descends pas au jardin ; tu me fatigues. Le gravier va craquer sous tes pas, et je croirai que tu écrases un lit de petites braises. Laisse ! que j’entende le jet d’eau qui gicle maigre et va tarir et le halètement de la chienne couchée sur la pierre chaude. Ne bouge pas ! Depuis ce matin je guette, sous les feuilles évanouies de l’aristoloche, qui pendent comme des peaux, l’éveil du premier souffle de vent. Ah ! j’ai chaud ! Ah ! entendre, autour de notre maison, le bruit soyeux, d’éventail ouvert et refermé, d’un pigeon qui vole !

    Je n’aime déjà plus le drap fin et froissé, si frais tout à l’heure à mes talons nus, Mais, au fond de ma chambre, il y a un miroir, tout bleu d’ombre, tout troublé de reflets…

    Quelle eau tentante et froide !

    Imagine, à t’y mirer, l’eau des étangs de mon pays ! Ils dorment ainsi sous l’été, tièdes ici, glacés là par la fusée d’une source profonde. Ils sont opaques et bleuâtres, perfidement peuplés, et la couleuvre d’eau s’y enlace à la tige longue des nénuphars et des sagittaires… Ils sentent le jonc, la vase musquée, le chanvre vert… Rends-moi leur fraîcheur, leur brouillard où se berce la fièvre, rends-moi leur frisson, — j’ai si chaud…

    Ou bien donne-moi — mais tu ne voudras pas ! — un tout petit morceau de glace, dans le creux de l’oreille, et un autre là, sur mon bras, à la saignée… Tu ne veux pas ? tu me laisses désirer en vain, tu me fatigues…

    Regarde, à présent, si la couleur du jour commence à changer, si les raies éblouissantes des persiennes deviennent bleues en bas, orangées en haut ? Penche-toi sur le jardin, raconte-moi la chaleur comme on raconte une catastrophe ! […]

    Colette, Le voyage égoïste, « j’ai chaud », 1922, extrait

    La canicule de 1870 observée par George Sand – Clio Texte

    J’ai chaud ! par Colette – 1921 – Clio Texte

    Mercredi 1er juillet

    Petite séquence d’adrénaline pour le Premier ministre à l’Assemblée nationale hier. Comme il le précise lui-même, il est sorti de ses gonds après avoir entendu le matin Sandrine Rousseau évoquer un bilan de 10 000 morts, c’est son pronostic après les deux épisodes caniculaires. Elle a précisé elle-même, après avoir évoqué ce chiffre « J’en sais rien ». Bah, quand on ne sait pas… on ne dit pas. Ou alors, on dit qu’on suppose que le bilan des victimes sera élevé, cela aurait évité à Sébastien Lecornu de se départir de son calme habituel et de risquer un coup de sang… Heureusement que les températures sont provisoirement descendues, sinon c’était le coup de chaleur assuré. Bref, j’ai trouvé que l’affirmation suivie d’un « J’en sais rien » était plutôt malvenue. Le nombre de victimes sera de toute façon trop élevé. Quelle est la part de responsabilité du gouvernement actuel ? Sans doute moindre que celle de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis que René Dumont évoquait, seul contre tous, le réchauffement climatique, suivi ensuite par Haroun Tazieff, contredit par l’inénarrable Claude Allègre, grand pourfendeur du dérèglement climatique et chercheur en dégraissage de mammouths lorsqu’il fut nommé (quelle idée !) ministre de l’Éducation nationale. Ah, on en a eu des séquences à l’Assemblée, et dans les médias !

    Fallait-il que Sandrine ajoute sa contribution, et que son groupe propose une motion de censure ? Chacun jugera, mais enfin, ce sont des partis politiques qui se revendiquent « partis de gouvernement », donc avec un sens de la responsabilité collective qui demande parfois un peu de hauteur, un peu d’analyse, un peu de pondération. Rendez-nous René Dumont ! Les écolos ont juré ensuite qu’ils n’avaient jamais évoqué le chiffre de 10 000 morts… Il faut donc capturer Sandrine, la murer dans une cave après l’avoir bâillonnée. Pardon, ça, c’est la série Netflix d’hier,  » Les Meurtres Zen », en attendant le retour de notre extra-terrestre préféré dans une nouvelle saison de « Resident Alien » que j’espère aussi drôle et décalée que les deux précédentes, je ne veux aucun mal à Sandrine Rousseau, mais j’aimerais qu’elle tourne sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler… Mes parents nous disaient ça quand on parlait un peu trop vite, sans connaître un sujet.

    En parlant de meurtres zen, je pense que je suis capable de tuer 10 000 personnes qui travaillent pour la grande mutuelle de l’éducation nationale, et qui mettent mes nerfs à vif pour une histoire de contrat que je souhaite résilier. Visiblement, ils ne comprennent pas ! Je précise qu’avec mes 60 mg de cortisone, ma patience est déjà mise à rude épreuve : un médicament qui « se cache », alors que j’ai simplement terminé la boîte, du liseron récalcitrant, une contrariété insignifiante me mettent facilement dans l’état de Sébastien Lecornu (j’espère pour lui qu’il n’est pas sous cortisone) et je me sens prêt à un massacre de masse, après tout, hein, j’ai été hyper patient. Cela fera ensuite l’objet d’une excellente série Netflix et vous ne vous ennuierez pas une seconde en découvrant mon parcours tortueux. Je crois même que vous aurez de l’empathie pour moi et que vous me trouverez attachant.

    Bon, il est l’heure du liseron récalcitrant et de l’arrosage matinal. Voici en bonus le coup de sang du Premier ministre :

    « C’est scandaleux ! » : d’où provient le chiffre de 10 000 morts de la canicule, qui a suscité une passe d’armes entre Sébastien Lecornu et la cheffe des députés écologistes ? – franceinfo

    Voici quelques fleurs et plantes qui résistent bien (Sandrine, si tu me lis…)

    Jeudi 2 juillet

    Nous sommes de retour du CHU. Doc Sylvie était d’humeur joyeuse, comme très souvent. Elle se demande simplement jusque quand elle va me garder avant de me refiler à Doc Sylvain. En attendant, je suis toujours sous surveillance EBV/CMV. J’arrêterai le valganciclovir prochainement, avant la prise de sang (sans consultation) le jeudi 9, donc dans une semaine. Si le CMV a baissé, c’est parfait, sinon, il faudra reprendre le médicament. On diminue la cortisone : je passe d’abord à 50 mg, puis à 40 mg. La prochaine visite est programmée le 3 août et on verra comment le foie réagit à ce moment-là, en croisant les doigts pour que la GVH hépatique ne soit pas corticodépendante.

    Ah, sinon, j’ai eu un appel de la mutuelle pendant que j’étais en salle d’attente : mon problème est réglé m’a-t-on dit. Comme c’était un appel de la section départementale, avec des personnels expérimentés, je suis rassuré. Je vais pouvoir arrêter de jouer les Don Quichotte !

    Je vous donnerai lundi les résultats qui n’arriveront pas avant demain matin, samedi peut-être pour les dragon-virus, et plus probablement lundi .

    28 juin 2026

  • La vie après la greffe, 25 juin 2026

    Vendredi 19 juin

    Revenons à jeudi soir, donc hier soir au moment où je commence l’article. J’ai pris le traitement modifié par Doc Sylvie, tout en ayant à l’esprit que le valganciclovir, lors de la première prise du traitement (cela doit faire un an) ne m’avait pas particulièrement réussi. Mais je sais que je n’ai pas le choix, le CMV est particulièrement dangereux lorsque l’on est greffé et il est clair que si on ne fait rien, on joue avec sa vie. Cela paraît exagéré, mais c’est écrit un peu partout dans les articles et études à ce sujet, d’autant plus que, cette fois, le virus a déclenché une fièvre qui indique aussi son haut degré de nuisance. Je rappelle qu’il n’existe aucun vaccin, et que, même s’il y a d’autres médicaments possibles, on choisit celui que le patient pourra supporter sans attaque rénale majeure, et sans effets secondaires irréversibles. Tout cela pour dire que je n’ai de toute façon pas le choix.

    Peu de temps après le repas et alors que tout semblait bien se dérouler, avec une température normale (je parle de la mienne, pas de cette canicule insupportable), j’ai été pris d’une violente crise de tremblements. Mains, bras, jambes, épaules (comme un ancien président passé par la case prison). Le tout accompagné d’une certitude « Je vais y passer ! » Ce sentiment de mort imminente, je l’ai ressenti à plusieurs reprises lorsque la situation devenait incontrôlable : l’administration du rituximab lors de ma toute première chimio, avec une crise similaire à celle d’hier soir, et, plus récemment, le fameux grafalon, sérum de lapin et anti lymphocytaire, qui m’avait occasionné, juste avant la greffe, quelques journées difficiles pendant lesquelles Michel m’apparaissait comme un hologramme fantomatique lorsqu’il venait me voir.

    Je me suis dit hier soir que j’allais donc passer un sale moment, et j’ai pensé que la fièvre allait remonter en flèche comme le matin. Mais ce ne fut pas le cas, pas tout de suite. La température était normale, et l’est restée jusque vers 23 h. Il s’agissait, à mon avis, d’un effet secondaire et j’ai demandé à Michel de lire la notice, j’étais bien incapable de faire quoi que ce soit de mon côté. Dans les effets indésirables, on trouve « Troubles nerveux, tremblements, convulsions, hallucinations »… je ne vous mets pas toute la liste ! J’ai fini par réussir à me calmer et à faire retomber le sentiment de panique, en me concentrant sur la respiration. Nous avons regardé la fin de notre série, et, un peu groggy, mais calmé, j’ai pu suivre jusqu’au bout. Par acquit de conscience, et parce que je me connais bien, j’ai vérifié ma température une fois couché, histoire de ne pas faire vivre une nuit infernale à Michel. C’était une bonne idée, car la fièvre remontait, certes moins spectaculairement que le matin, mais j’étais à 38.2°. Je me suis relevé et j’ai pris un doliprane, qui m’a permis de passer une nuit presque correcte, avec une petite « pause nocturne » un peu après minuit. Le ciel étoilé était superbe, mais la nuit était chaude.

    Ce matin, nous repartons pour de nouvelles aventures avec le rendez-vous en ORL au CHU. J’espère ne pas provoquer une panique en salle d’attente si je suis de nouveau en crise…

    Avant de partir au CHU, j’ai reçu les résultats CMV et EBV. Sans surprise, étant donné la réactivité de Doc Sylvie, qui a dû interroger le labo hier, le CMV est en hausse, à 4.32 log, et à ce stade, il faut démarrer le traitement le plus vite possible, sachant que le valganciclovir permet de mettre le virus en sommeil, mais pas de l’éliminer. Comme me le disait l’ophtalmo hier, je ne suis pas près de m’en débarrasser. La saleté de virus peut aussi attaquer les yeux, donc l’ophtalmo veut me voir tous les ans.

    Nous sommes allés au CHU, sans trop de soucis sur la route, à part un ralentissement sur la voie sur berge, au pied du château, avec une circulation sur une seule voie, mais c’était gérable. Nous avons trouvé facilement une place de stationnement, j’avais reçu le QR code sur mon application, et tout a très bien fonctionné. Nous avons patienté dans une salle d’attente, en compagnie de deux dames très bavardes avec lesquelles on a fait la causette. Le professeur m’a ensuite examiné, à l’aide d’une fibre passée par la narine. Il m’a fait produire des sons bizarres pour que la sonde passe facilement, et je n’ai pas du tout stressé. J’ai eu droit à de la compote pomme/framboise pour qu’il m’examine en train de déglutir. Verdict : « Je ne vois rien, donc tout est rassurant. Comme vous avez perdu beaucoup de poids, il est possible que vos muscles qui permettent de bien déglutir aient perdu en efficacité ». Il a terminé avec une série de conseils qui aident lorsque les aliments coincent. C’est un médecin expérimenté, absolument charmant, et on sent qu’il a une longue pratique derrière lui. Ses cheveux blancs annoncent sans doute une fin de carrière d’ici quelques années, j’espère qu’il aura su transmettre son savoir-faire et son empathie aux futurs ORL. Il a opéré une des deux dames bavardes d’un cancer des cordes vocales, et elle est littéralement folle de lui !

    Maintenant, c’est l’heure de la « pause » pour moi, et de la sieste pour Michel. Nous sommes au frais dans la maison et ça fait du bien. ChatGPT pense que les frissons et tremblements d’hier sont ce que l’on appelle en langage médical un trémor, comme pour les volcans avant une éruption volcanique, qui annonce une fièvre (entre autres). On retrouve aussi ce terme pour les mouvements parkinsoniens, ou d’autres maladies neurologiques. Quoi qu’il en soit, ce fut soudain, violent et très désagréable.

    Si vous voulez faire les curieuses et les curieux, voici un lien intéressant :

    Mouvements anormaux involontaires | www.cen-neurologie.fr

    Week-end des 20 et 21 juin

    Samedi 20 juin

    La journée a commencé tôt pour moi, selon l’habitude établie depuis la cortisone. À 5 h 30, j’étais dans le jardin. J’ai désherbé un premier carré de plants de tomates, à mon rythme, mais j’en ai laissé deux pieds à mon cher et tendre, car je sentais la fatigue et je ne voulais pas m’étaler lamentablement, en écrasant la future récolte. Il faisait très bon encore, avec une température de 16°. La journée s’annonce chaude, mais sans excès. En revanche, on nous annonce des 40° et 41° les trois prochains jours. L’école sera fermée lundi et mardi pour éviter ces journées torrides. J’ai ensuite arrosé le potager et quelques plantes à l’extérieur, et nous avons pu prendre le petit-déjeuner tranquillement, en profitant de la relative fraîcheur matinale. Je pense que nous allons fermer les fenêtres rapidement.

    Lorsque je désherbais, j’ai baptisé le dragon virus CMV, qui s’appellera Maurice, parce que je me suis souvenu du slogan célèbre de la pub : « Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice ! » Je vais essayer de retrouver la pub pour les plus jeunes d’entre vous, et pour les anciens aussi. Bon, je n’ai pas de fièvre ni de tremblements, mais je sens que l’organisme est un peu malmené, sans doute par les médicaments, mais surtout par ce « Maurice » qui s’est installé je ne sais où. Cela peut être le foie, les poumons, le cerveau, les yeux, comme je l’ai déjà évoqué. J’espère que Maurice n’aura pas l’idée de muter pour résister au valganciclovir, car ce rusé virus sait s’adapter et développe des stratégies diaboliques lorsqu’il constate qu’on cherche à le neutraliser. La première fois, il s’était laissé battre à plate couture. Rappelez-vous, chers lecteurs et chères lectrices du blog : il a été sage tout l’hiver avant de se réveiller. Dis donc, Maurice, si je mange plein de Chocosui’s, me laisseras-tu tranquille ?

    Dimanche 21 juin

    Pas besoin de vous préciser l’heure, mais le jour n’est pas encore suffisamment levé pour mon tour de jardin matinal. C’est officiellement l’été, qui va débuter avec une canicule épouvantable. Bon, c’est supportable avec l’appareil de climatisation portable que nous avons installé dans le séjour/salon. Oui, je sais : ce n’est pas écologique, on a longtemps différé cet achat, mais on a décidé de franchir le pas en se disant que l’appareil ne servirait qu’en cas de chaleur extrême (c’est de plus en plus fréquent ici) et que notre avancée en âge, associée avec mes problèmes récurrents, nécessite un certain nombre de précautions. Faire une poussée de fièvre sans possibilité de vivre dans une pièce tempérée est insupportable. Précision utile : nous ne poussons pas la climatisation : une température de 25 à 26° est confortable et permet à l’appareil de rester silencieux une bonne partie de la journée, d’après les premiers tests, sans consommation excessive. Notre chambre reste tempérée pour le moment (ni ventilation ni climatisation pendant la nuit) et nous avons une solution de repli avec la partie aménagée au sous-sol : les deux chambres restent fraîches tout l’été, les toilettes et la salle d’eau sont bien pratiques. Les chambres ont été refaites à notre goût et c’est un des atouts de la maison qui nous avait décidés à investir voici près de 20 ans maintenant.

    Nous avons encore quelques projets d’aménagements pour la dernière ligne droite de notre vie en tant que « vieux », encore autonomes, même si Michel l’est plus que moi qui ai connu ce que l’on appelle la « dépendance », lorsque le quotidien nécessite la présence d’un aidant.

    Je vais bientôt sortir, et j’ai prévu de photographier les légumes, dont on oublie qu’ils peuvent être beaux, en tout cas à mes yeux : vrilles de haricots grimpants, feuillages, fleurs de courgettes, salades… et, en star du moment, fleurs d’artichauts dont les bourdons raffolent.

    Avant mon retour du jardin, je vous laisse patienter avec cette version de « L’histoire de ma vie », composée par le talentueux Elton John. Le groupe de gospel est dynamique et efficace, et les gamins derrière, tous en classe CHAM (classe à horaire aménagé musique) ont le sourire. C’est le genre de projet que j’ai toujours aimé accompagner (mais je n’ai pas eu la chance d’avoir de classe CHAM). J’ai eu des profs formidables, qui parfois hésitaient à se lancer dans telle ou telle activité, dévoreuse de temps. On en parlait, autour d’une table, j’expliquais que mon rôle était d’épauler, de faciliter, d’aider à s’y retrouver dans le montage des dossiers, et que l’équipe administrative, principal, gestionnaire, secrétaire, était là pour ça, et ça fonctionnait.

    Voici quelques explications :

    Comme vous pouvez le voir, Michel a ombré les tomates. La tomate est originaire des Andes, et, dans son patrimoine génétique, elle aime le soleil et la chaleur, elle a aussi besoin d’eau. L’arrosage des deux carrés, avec des variétés différentes, est automatisé à partir de notre réserve d’eau de pluie, un goutte-à -goutte permet chaque soir de leur apporter l’eau dont elles ont besoin. L’idéal aurait été de programmer deux apports par semaine, mais ce n’est pas possible avec l’appareil qui fonctionne (fort bien) avec un capteur solaire. Revenons à l’ombrage : madame Tomate aime la chaleur, mais déteste la canicule qui peut brûler ses jeunes fruits et ses feuilles. En la protégeant, on évite les rayons directs, et on permet aux bourdons de féconder les fleurs. Cela devient aussi plus compliqué pour les merles de picorer les fruits lorsqu’ils arrivent à maturité.

    Les bourdons adorent aussi les fleurs d’artichaut. Notre production a été abondante, et Renée, notre voisine, a eu droit à sa part. Pour le reste du potager, on fait comme on peut avec les aléas climatiques, ou les moments passés au CHU alors que l’on pourrait planter, semer et désherber. On s’adapte et les plantes aussi. Grâce à l’intervention de Sylvaine pendant notre absence, les plants n’ont pas souffert. Les tomates ont eu un démarrage difficile, avec une période froide en mai, puis cet orage avec déluge qui aurait pu les achever. Mais elles s’en sortent bien pour le moment et ont pris de la vigueur. Les deux carrés en bois accueillent, pour le premier, deux plants de patates douces, au joli feuillage décoratif, et deux plants de poivrons, que l’on peut qualifier de drama queens du potager : on a l’impression, à la fin d’une journée chaude, qu’ils meurent de soif, leur feuillage retombe et se flétrit : « Je vais mouriiiiiiiiiiiir ! » C’est une stratégie, qui leur permet de mieux résister. Le matin, ils sont en pleine forme ! Ceci dit, ils aiment bien avoir un apport régulier en eau. L’autre carré en bois accueille des concombres qui commencent à grimper sur la petite grille et qui sont en fleurs. Et s’ils ne grimpent pas, ils s’échappent du bac et iront ramper sur le sol. On préférerait qu’ils choisissent la premiere solution, pour que les escargots ne profitent pas de la situation. Ces concombres sont différents de ceux que l’on trouve au supermarché : ils sont plus trapus, moins longs et ont un goût incomparable. Les grives, qui adorent le jardin, sont nos alliées les plus sures dans la chasse aux gastéropodes, et elles nous remercient en nous donnant des concerts réguliers. Derrière les concombres, on trouve un plant de ciboulette, qui se plaît bien, et de l’estragon « français ». Nous ne le savions pas, mais l’estragon « russe » qui donne des plantes magnifiques, n’a pratiquement pas de goût.

    Vous pouvez aussi apercevoir les plantes aromatiques : thym, serpolet, sarriette, sauge, laurier, on a du romarin, du basilic (encore petit), de l’origan et de l’aneth qui se sème un peu partout. L’oseille accompagne le poisson quand on l’utilise dans des sauces, et l’aneth aussi. Alors oui, c’est un jardin un peu fou, avec des parties moins entretenues. Cela permet aux bestioles de vivre leur vie. Albert a compris qu’ici il ne mangerait pas d’insectes contaminés par les pesticides (du moins pour ceux qui vivent dans notre terrain). Les abeilles savent qu’on leur laisse toujours les premières fleurs sauvages sur la « pelouse », et notamment sous le tilleul. Elles ont aussi compris qu’on s’efforce d’avoir des fleurs à différents moments de l’année, et le tilleul en fleurs les ravit tous les ans en les attirant en masse. Les bourdons nous rendent service, en visitant les fleurs de courgettes, courges et tomates. Jamais nous ne sommes faits piquer par un de ces « bzzzzzzzzzzz ». Seul le frelon asiatique, que l’on aperçoit parfois, mérite une attention particulière, ainsi que les guêpes, surtout présentes en fin d’été.

    Tiens, pour celles et ceux qui veulent tout savoir sur « Maurice, le CMV », voici ce que j’ai trouvé. Cela a le mérite de faire le tour de la question tout en restant compréhensible… et, bien entendu, on souligne la dangerosité du virus chez les immunodéprimés : il peut rendre aveugle, et il peut tuer également, de différentes manières.

    Cytomégalovirus Humain (CMV) – Généralités sur le cytomégalovirus

    Lundi 22 juin

    Cela ne surprendra personne : nous avons migré au sous-sol où la température est à 23° (normalement, elle ne monte pas beaucoup plus haut l’été). Le sommeil, bien que court, a été réparateur, et je vais pouvoir aérer la maison sans déranger Michel. Je patiente dans mon fauteuil en attendant les premières lueurs du jour qui ne devraient pas tarder.

    J’ai une pensée pour celles et ceux qui sont hospitalisés en ce moment, dans des chambres surchauffées, et aux gens coincés dans leurs appartements dans des villes où les îlots de chaleur rendent déjà l’été insupportable en temps « normal ». Mais qu’est-ce que le temps normal ? Le temps qui s’écoule, inexorablement, et nous rapproche de ce fameux point de bascule où il sera trop tard pour que la vie soit agréable dans nos régions « tempérées », et le temps, au sens météorologique du terme, qui n’a plus rien à voir avec ce que nous avons connu jadis. J’ai lu une phrase, hier, sur France Info : « Nous courons après le réchauffement climatique » : écoles et bâtiments publics inadaptés, logements inhabitables, espaces publics minéralisés et surchauffés. Notre tilleul, bien placé, nous tempère la chaleur d’au moins 3°, il en va de même sous l’olivier, un peu envahissant, mais protecteur. Bientôt, cela ne suffira plus à assurer une température confortable, surtout si ces arbres dépérissent sous le coup de boutoir de ce que l’on peut comparer à des nuées ardentes atmosphériques. Alors, nous deviendrons à notre tour des migrants, réfugiés climatiques, si un pays nordique accepte d’accueillir les masses qui déferleront en direction du nord, on a le droit de rêver. Et là, nous comprendrons enfin ce que doivent endurer les migrants actuels, dont la vie est impossible là où ils sont nés, en raison des conflits, des guerres, de la lutte pour la survie quotidienne et du fanatisme religieux et/ou politique. Et nous comprendrons aussi, trop tard, ce qui nous attend.

    Allez, une petite chanson de circonstance, que vous allez fredonner avant de vous installer devant votre ventilateur :

    Ah, j’ai bien aimé ce moment aussi, pendant « Musique en Fête », avec « Juju » Fuchs et sa copine, Marina Viotti, accompagnées par le célèbre bagad de Lann-Bihoué :


    L’été 1976 à Saint-Junien

    Papa était receveur des PTT, et sa dernière affectation avant la retraite était basée à Saint-Junien, en Haute-Vienne, c’était un poste important, et le coffre-fort accueillait régulièrement, les veilles de week-end, les liquidités de plusieurs établissements bancaires. Nous avions la possibilté d’actionner une alarme qui ressemblait à s’y méprendre à un interrupteur, et les policiers (le commissariat qui sentait le pastis était situé à une centaine de mètres) arrivaient quasi instantanément, surtout lorsque des étourdis de passage à la maison oubliaient la consigne : ne jamais toucher ce fichu interrupteur ! Le bâtiment était une ancienne maison de maître, avec un appartement immense, ou du moins, avec des pièces immenses. Il y avait aussi des mansardes et j’avais choisi une d’entre elles, que nous avions retapissée avec ma belle-sœur/grande sœur Annick. Le papier peint était représentatif de ces motifs géométriques de l’époque. Pour me rappeler l’île d’Yeu, j’avais installé un filet de pêcheur et des bouées en verre. J’étais fier de ma chambre, mon Q.G. Il y faisait froid en hiver, et trop chaud en été… Bien trop chaud lors de cet été 76 ; je dormais parfois sur le canapé, situé sous l’escalier, dans le vestibule qui distribuait les chambres. J’allais partir en Irlande fin septembre, et on nous avait conseillé de faire soigner nos dents avant notre départ, pour éviter d’avoir à remplir mille papiers afin de se faire éventuellement rembourser à notre retour. Le dentiste, qui habitait à deux pas dans la rue à l’arrière de la poste, m’avait fait la révision complète, tout en me racontant ses déboires avec son chien, un adorable doberman qui n’avait qu’un défaut : il n’avait pas d’odorat et avait failli dévorer son maître alors que ce dernier rentrait de soirées que j’imaginais festives, et pas mal arrosées. Bien entendu, comme j’avais ses doigts dans ma bouche, je ne pouvais qu’écouter sans risquer une réponse qui aurait pu lui sectionner un doigt. Peut-être aurais-je balancé le trophée au chien, en lui disant qu’il était temps d’accéder à ses désirs. Pour terminer la série de soins, et après avoir examiné une radio, il décida, certainement prudemment, de m’extraire une molaire. « Je crois que ça va être compliqué, tes racines se barrent dans tous les sens ! ». Il avait raison, ce le fut. Il m’introduisit dans le trou encore béant un genre de pansement au goût bizarre : « C’est à base de cocaïne, mais je te prescris aussi des calmants que tu iras chercher en sortant à la pharmacie. « Je pris le traitement scrupuleusement, j’ai toujours été sérieux avec les ordonnances prescrites. Outre le fait que pendant près d’une semaine des petits éclats de mâchoire ressortaient par la gencive sanguinolente, j’ai vécu une expérience quasi psychédélique : j’avais l’impression de marcher sur un nuage, mes pieds semblaient s’enfoncer dans de la mousse, et je cramponnais la rampe pour monter ou descendre l’escalier qui menait aux mansardes. Cela m’a dissuadé plus tard de tenter d’autres substances. Un de mes colocataires nantais fumait du shit, dont la fumée exacerbait mon rhume des foins au printemps. Une horreur absolue !

    Je crois que la vague de chaleur était déjà bien installée lorsque j’ai eu ces soins dentaires. Avec maman, nous cherchions des solutions de repli pour rester au frais. À deux, nos cerveaux trouvaient toujours la solution qui allait mettre mon père en émoi. Un jour, il monta du bureau (sans se prendre la fenêtre de l’escalier dans la tête) et commença à nous chercher, partout, y compris dans l’espace lingerie où un deuxième escalier permettait d’accéder au bureau. Personne… Dans les mansardes, personne non plus, mais cela n’avait rien d’étonnant avec cette fournaise.

    Nous nous étions installés à la cave, j’avais descendu des sièges (fauteuils pliants, je crois), maman avait installé sa radio sur un tonnelet vide, je lisais tranquillement, je ne sais plus si la lumière de la cave suffisait ou si nous avions de quoi brancher une lampe d’appoint. Maman écoutait une de ses émissions préférées, tout en tricotant… Je devais la charrier en lui disant qu’elle se tenait chaud, mais elle ne savait pas rester assise sans rien faire. Nous devions aussi rigoler pas mal, car nous venions de réaliser que papa risquait de nous chercher. Trahis par le son de la radio, et par nos rires, c’est à ce moment précis qu’il fit irruption dans la cave « Mais, ça fait un moment que je vous cherche ! Vous n’êtes vraiment pas bien ! » et moi de répondre : « Mais si, justement, on est bien, il fait frais, on respire. » Il haussa les épaules et repartit au bureau. Le soir il admit que c’était une bonne idée en regardant le bulletin météo qui annonçait que la canicule, et la sécheresse allaient jouer les prolongations. Cela resterait un souvenir marquant, on eut ensuite des étés complètement pourris et on n’imaginait pas que l’été 76 nous apparaîtrait ridiculement tiède par rapport à ce que nous vivons actuellement. En 2003, alors que j’avais eu la mauvaise idée d’aller à la piscine, où j’avais chopé une infection passée par le sinus et qui avait contaminé la racine d’une dent (j’ai beaucoup de souvenirs de dents et de dentistes bavards), je me suis étalé sur le parking du Super U, terrassé par la chaleur et par les antibiotiques. 76, c’était de la rigolade !

    Mardi 23 juin

    Nous sommes allés au supermarché de bonne heure, peu après l’ouverture, mais nous n’étions pas les seuls à vouloir éviter les heures les plus chaudes de la journée. Quatre caisses ouvertes seulement, le jour du marché : c’est de la haute stratégie. Enfin, nous avons pu passer assez rapidement, en dépit de la lenteur de la dame devant nous. Un jour, nous serons lents et tremblants. Bon, on engagera un jeune homme qui prendra soin de nous et ira faire nos courses sans piquer nos sous…

    Du côté de la santé, ce n’est pas la grande forme en ce qui me concerne, avec des douleurs dans les hanches, notamment. La température est quasi normale pour le moment, mais, en connaissance de cause, je sais que cela peut changer très rapidement. Je suis certain que, même si la température de la maison reste tempérée, la canicule use mon organisme, et je ne suis pas un cas isolé. Des personnes valides peuvent aussi faire des malaises qui nécessitent des secours rapides. Alors, pour les négationnistes du réchauffement climatique, je pense qu’il est trop tard pour agir : l’urgence, c’était à la conception !

    Voici un article intéressant qui fait le point sur ce qu’il convient de surveiller, notamment si vous avez un pauvre vieux comme moi qui vivrait seul :

    Canicule : ce qui se passe vraiment dans le corps

    Cela dit, ça peut vous servir aussi.

    Pour vous donner une idée de ce que doivent endurer les élèves et les profs pendant les épreuves du bac (oral et épreuves professionnelles), j’ai trouvé cet article intéressant sur les deux lycées de Cholet. Je vois que mon ancien collègue François-Régis, que j’ai connu alors qu’il était tout jeune, et principal adjoint, est désormais le proviseur du lycée Europe. Lorsque je suis arrivé dans le département, en 2008, c’était la guerre entre les deux lycées publics, Renaudeau et Europe, avec un des deux proviseurs au tempérament sanguin qui aurait pu facilement étrangler sa collègue. J’arrivais à le raisonner lorsque je voyais sa jambe s’agiter : « Jacques, calme-toi, respire un coup ! » La collègue, en grande partie responsable de ses coups de sang, était spécialiste des peaux de bananes et coups tordus, et elle arborait le plus souvent un sourire angélique, ou diabolique, suivant le camp dans lequel vous étiez priés de vous ranger : derrière la bannière de Jacques ou de celle de Claire (je viens de retrouver son prénom, et son nom, mais c’est inutile de préciser le patronyme). Je ne fonctionnais pas de cette façon, et, fort heureusement, je n’étais pas à Cholet même, mais dans le « bassin ». Bref, j’ai des souvenirs assez drôles, avec le recul, d’interventions des proviseurs au collège de Chemillé, où je devais développer des stratégies pour éviter que les deux puissent se croiser et s’écharper, devant leurs futurs parents d’élèves. Quand on y repense… On a l’impression d’avoir fait un métier de fou. Cela me rappelait la Guerre des deux Roses entre les Lancastre, rose rouge, et les York, rose blanche. Parfois l’un des deux (je parle des proviseurs, pas des York ou des Lancastre) me téléphonait pour me faire part de ses états d’âme, ou pour m’engueuler parce que les parents des élèves de troisième préféraient envoyer leurs gamins ailleurs, notamment aux Ponts de Cé, où un collègue extrêmement bienveillant, et expérimenté, choyait ses équipes, et ses élèves. On commençait à appeler ce genre de proviseur « un dinosaure », parce qu’on savait qu’après arriverait une série de chefs d’établissements au profil technocratique et aux dents qui rayent le parquet. Il y a fort heureusement de belles exceptions, et j’ai connu des jeunes proviseurs et principaux, qui avaient les convictions chevillées au corps et mettaient leur carrière au second plan quand c’était nécessaire. J’en ai aussi connu qui écoutaient aux portes et adoraient jouer les Iznogoud, mais c’est une autre histoire.

    Voici l’article sur les lycées choletais :

    https://www.franceinfo.fr/bac/reportage-j-avais-peur-de-faire-un-malaise-a-cholet-des-lyceens-et-eleves-de-cap-passent-leurs-examens-en-pleine-canicule_8069420.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Mercredi 24 juin

    L’été 1547 : Ronsard a trop chaud…

    Ode de la venue de l’été

    « Dejà les grandes chaleurs s’émeuvent,

    Et taris les fleuves ne peuvent

    Leurs peuples écaillés couvrir.

    Déjà voit-on la plaine altérée

    Par la grande torche éthérée

    De soif se lâcher et s’ouvrir.

    L’étincelante Canicule,

    Qui arde, qui cuit, qui bout, qui brûle,

    L’ardeur nous lance de là-haut,

    Et le Soleil qui se promène

    Par le bras du Cancre, ramène

    Tels jours recuits d’extrême chaud…»

    Heureusement, ces témoignages sur le temps qu’il fait nous sont parvenus de plusieurs manières : les archives paroissiales des curés de campagne, qui notaient les aléas dus aux catastrophes naturelles, inondations, grêle, tornades, gel intense. Mme de Sévigné évoquait souvent, avec sa fille, le temps qu’il faisait à Versailles, le vin gelait parfois dans les caves, le palais était glacial en hiver. On trouve aussi dans les tableaux flamands ces jolies évocations de séances de patinage sur les canaux gelés. La météo, même avant de s’appeler ainsi, a toujours alimenté les conversations et a aussi inspiré les artistes, peintres, poètes et écrivains.

    Il est 7 h 30 et l’angélus va sonner. Ici, personne ne s’est encore offusqué d’entendre les cloches de l’église. Un petit tour de jardin, avec un complément d’arrosage matinal (Michel a arrosé hier soir) m’a permis de constater que les haricots verts, les concombres et moi-même, sommes de la même famille : le soleil est notre ennemi juré. Les concombres ont morflé, mais moins que les haricots verts dont les feuilles ont brûlé au soleil. Solution trouvée pour les concombres : un vieux parasol bien installé sauvera ce qui peut l’être. Pour les haricots verts, ma foi tant pis. Le vampire que je suis compatit sincèrement et espère une improbable réaction de leur part lorsque la canicule sera derrière nous.

    Sinon, les guêpes ont senti la confiture du petit déjeuner et avaient l’intention de s’inviter sur ma brioche toastée. Et puis quoi encore ? Cela m’a inspiré : il n’y a pas que Ronsard et « son peuple écaillé » (tu ne peux pas dire « poissons » comme tout le monde ?).

    Je repose ma tartine en m’agitant en vain

    Les guêpes sont de retour ce matin

    J’attends qu’elles se barrent et qu’elles me laissent enfin

    Je m’agite et m’énerve, ça ne sert à rien

    Cette fois je n’leur laisserai pas

    Ma très chère confiture

    Je garderai pour moi ce que m’inspire leur ronde

    J’leur ai dit que je voulais si elles le permettaient

    Déjeuner en paix

    Déjeuner en paix

    Pardon, Stephan Eicher…

    Jeudi 25 juin

    Nuit tropicale, en Crète ou à Lanzarote, il fait beaucoup plus frais actuellement. C’est, nous promet-on, bientôt la fin de cette canicule, mais rien ne dit qu’il n’y en aura pas d’autres en juillet/août, ou même en septembre. Il faudra que les organismes tiennent, surtout ceux des plus fragiles. Bon, je ne me plains pas, je serais mal placé, étant donné que nous avons réussi à maintenir des conditions de vie plutôt acceptables, c’est loin d’être le cas de tout le monde.

    Hier, j’ai reçu les derniers résultats du labo, auxquels je n’ai pas accès. Il paraît que c’est une stratégie destinée à ne pas stresser le malade, surtout lorsque les analyses concernent des points précis, difficiles à interpréter. En fait, ça m’agace au plus haut point : soit on n’en parle pas, et c’est Doc Sylvie qui en fait la synthèse et m’en informe si c’est nécessaire, soit on donne tout et, de toute façon, Doc Sylvie en fera la synthèse. Je sais qu’il n’y a rien d’important sur cette partie d’analyse, sinon j’aurais vu le numéro du service post-greffe s’afficher sur mon téléphone portable, d’où l’importance du lien de confiance entre le patient et l’équipe médicale. Je suis gâté quand je lis certains témoignages sur le forum Ellye, certaines pathologies hématologiques, complexes, agacent les praticiens qui préfèrent envoyer promener leur patient « atypique », lequel se retrouve en errance médicale, jusqu’au jour où ils rencontrent une Doc Sylvie ou un Doc Sylvain qui décident d’étudier sérieusement leur cas.

    Je vais essayer de rechercher quelques chansons de saison, pour clore cet article.

    21 juin 2026

  • La vie après la greffe, 18 juin 2026

    Week-end des 13 et 14 juin

    Voilà : nous sommes rentrés. Je commence par un coup d’œil dans le rétro, avec la journée de vendredi. Nous avons simplement pris notre temps et commencé à préparer les bagages, en faisant au passage le ménage dans les chambres, et dans le salon. Le temps était plutôt maussade et peu propice aux balades sur le sentier ou à proximité en général.

    Le soir, nous sommes allés manger dans une « vraie » crêperie, à Daoulas. La crêperie de la Mignonne, du nom de la rivière, nous a emballés : les galettes étaient de vraies galettes de blé noir, savoureuses, et les crêpes étaient délicieuses. Le tout cuisiné avec des produits locaux, estampillés « bio », et expliqués par le patron qui manie humour et bienveillance. Une vraie cuisine gastronomique, avec des prix très corrects pour les prestations.

    Le brouillard est arrivé en même temps que nous au gîte et a finalement dérobé tout le paysage autour, c’était mort pour les clichés du coucher de soleil, l’astre du jour avait décidément décidé de jouer les absents.

    Le samedi matin, les oiseaux chantaient de bonne heure, saluant le retour du soleil et du ciel bleu, mais il fallait terminer le ménage, et nous avions décidé de nous lever tôt. J’avais eu un échange par SMS avec Gilles, notre hôte, et j’avais fixé le rendez-vous de départ à 9 h 30. Notre trio de choc a été efficace. Le plus compliqué a été d’empêcher le chat de sortir ou de rester dans nos jambes. Gilles est arrivé à 9 h 30 précises. Toujours souriant et bienveillant, il n’a pas voulu nous faire payer le supplément de consommation électrique « C’est à peine dépassé ! ». Cela devait être un peu plus conséquent avec les lessives, le lave-vaisselle, les charges des téléphones et ordinateurs. Nous sommes partis avant 10 h et j’ai pris le pain à la boulangerie de Daoulas, ainsi que trois muffins qui me suppliaient. Le pique-nique sur l’aire de Marzan a permis de constater que le pain était excellent, et les muffins également. Deux charmantes vieilles dames (il faut que j’arrête de dire ça, puisque je suis « vieux » également désormais) nous ont proposé de nous installer à la table qu’elles occupaient partiellement. L’aire était bondée, mais notre coin tranquille, à l’ombre des pins, nous a permis de manger tranquillement, sous l’œil intéressé des piafs qui attendaient sagement, perchés dans les arbres. Le chat a fait concurrence à la radio une bonne partie du voyage, mais, peu importe, tout s’est bien passé, avec une bonne surprise à Nantes où nous avons trouvé une circulation fluide, sans aucun ralentissement. Nous sommes arrivés un peu après 14 h 30, ce qui nous a permis de décharger les bagages, de nous réapproprier la maison et de faire une pause avant d’aller faire les courses du weeek-end. Là aussi, peu de monde dans les rayons. Michel a rencontré une de ses anciennes collègues, après le passage en caisse. Nous avions prévu d’acheter des glaces qui attendaient au frais dans la glacière, avec les produits frais, donc il a pu prendre le temps de papoter.

    La soirée s’est écoulée tranquillement, le chat a pu enfin sortir et rentrer comme il le désirait, et j’ai fait un tour de potager avant d’aller au lit. Grâce aux arrosages prodigués par Sylvaine, tout a bien poussé, à part un semis de salades qui refuse de lever. J’attends désormais que le jour se lève pour arroser à mon tour. La maison dort, il n’est même pas 5 h et nous sommes le dimanche 14 juin, déjà.

    La température monte, mais cela reste supportable avec une bonne fraîcheur matinale qui a permis d’aérer la maison. Ce midi, au menu : brochettes au barbecue accompagnées de champignons et courgettes à la plancha, avec une petite persillade à ma façon en fin de cuisson. Une coupe de glace, de saison, et une petite part de gâteau breton. Bon, mon régime « kouign-amann, far breton, moules frites, galettes », etc., m’a permis de prendre… 500 g. Mais c’est toujours mieux de reprendre du poids que d’en perdre, surtout que j’ai refait un peu de masse musculaire aux jambes.

    Tiens, je n’avais pas mis les photos de la pointe Saint-Mathieu que nous avons découverte jeudi, après avoir vu le site du phare du Petit Minou au passage. Il est en pleine restauration et il faudra retourner pour l’apprécier dans sa nouvelle version. Quant au phare de la pointe St-Mathieu, il est ouvert le lundi, mardi, mercredi, samedi et dimanche. Nous étions jeudi, et nous sommes restés en bas. Ce sera encore pour une autre fois, mais nous avons fait des photos du site. Le vent était très présent, et je me suis abrité avec ma belle-sœur en attendant le retour de notre Tintin reporter.

    Lundi 15 juin

    C’est un rêve idiot qui m’a fait ouvrir les yeux alors que je devrais encore dormir : j’étais vêtu à la mode 1900 et nous devions déplacer un piano droit, mais fort lourd, dans une rue à peine carrossable, ce qui nécessitait beaucoup d’efforts et mes compagnons d’infortune ne se bousculaient pas quand il fallait soulever l’instrument pour ne pas le malmener. La musculation en dormant, nouveau concept ! Je sens que je vais avoir mal aux bras après ces efforts nocturnes. Ce lundi sera le seul jour de la semaine sans rendez-vous médical : les affaires reprennent, et j’aurai sans doute pas mal de choses à vous dire dans les prochains jours.

    Je viens de regarder rapidement le fil d’actualité, un projet d’accord est finalisé entre les USA et l’Iran, qui crie victoire, et j’ai ensuite regardé la météo sur mes sites habituels : la fournaise est annoncée, et elle sera insupportable. Je vais regretter le climat vivifiant du Finistère, et son brumisateur atmosphérique bienfaisant.

    J’espère que Doc Sylvie va commencer mon sevrage de cortisone. C’est un processus qui demande plusieurs semaines, avec une diminution progressive de la dose. Pour l’avoir vécu, je connais bien les effets associés : on se sent beaucoup moins actif sur le plan physique, mais on retrouve progressivement le sommeil, même si, de toute façon, je suis matinal depuis toujours. Nous verrons bien.

    Il est temps d’écouter un peu de musique. On va saluer l’aube et le petit moment de fraîcheur bienfaisant qui l’accompagne encore un peu.

    Mardi 16 juin

    C’était donc le jour de mes retrouvailles avec Doc Sylvie. J’ai été tellement matinal que j’ai eu le temps d’arroser le potager à 5 h 30, et de me préparer tranquillement. Nous étions dans la salle d’attente de bonne heure, et ça tombait bien, car Doc Sylvie était seule pour les consultations, et elle a commencé tambour battant. Je suis passé en deuxième position, derrière une dame dynamique et souriante. Pas grand-chose de neuf, on a simplement évoqué rapidement nos vacances en Bretagne, et le fait que j’avais bonne mine, avec les joues rebondies qui sont la signature de la cortisone : « C’est quand même mieux qu’il y a trois mois ! ». Doc Sylvie m’a ensuite parlé des taches sur mes bras : « Ça, c’est la cortisone ! » D’ailleurs, on commence le « sevrage », et je passe à 60 mg au lieu des 70 mg actuels. Je lui ai montré mes taches de dépigmentation, elle en a trouvé d’autres aussi : « Bon, votre peau est très réactive, donc une seule consigne : soleil interdit ! » J’ai failli répondre que j’allais mener la vie du vampire dans Resident Alien, mais je ne pense pas qu’elle avait la référence. Au lieu de quoi, j’ai précisé que j’arrosais le jardin avant le lever du soleil, ce qu’elle a trouvé parfait : « Eh bien, continuez à arroser vos tomates avant que le soleil soit levé ! »

    Je suis donc un vampire désormais…

    Je reste sous surveillance rapprochée, avec une visite tous les mois, et si le CMV s’affole, on me rappellera pour administrer le traitement adéquat : « Pour le moment, on ne traite pas. » La prochaine visite est fixée au 10 juillet, sauf si on me rappelle, évidemment. Doc Sylvie nous a aussi confié qu’elle voulait avoir le temps de faire son marché après ses consultations, c’est ce genre de détails qui la rend terriblement humaine, j’imaginais sa liste de courses pliée en quatre dans sa poche.

    Je suis ensuite passé rapidement à la prise de sang, puis au petit déjeuner, après le papotage habituel avec Marie-Luce et l’infirmière. Nous sommes allés à la pharmacie du CHU prendre le posaconazole et nous avons eu le temps de passer à la pharmacie de St Laurent où Benoît, toujours prévenant, m’a demandé s’il y avait du nouveau, j’ai donc parlé de la cortisone qui passe à 60 mg. On n’est pas encore arrivé à la prise de tête pour les calculs lorsqu’il faut vraiment passer à des doses de plus en plus petites. Là, cela correspond à trois comprimés.

    Nous avons fait les courses en début d’après-midi, c’était un bon plan, car le magasin était tranquille. Maintenant, j’attends les premiers résultats de la prise de sang, qui arriveront demain dans la matinée, pour EBV/CMV, il faudra attendre jeudi, ou vendredi si le dosage est refait.

    Mercredi 17 juin

    Il fait bon dans le jardin à 5 h 30. J’ai fait une (petite) récolte d’épinards qui allaient de toute façon monter en graines, j’ai cueilli quelques framboises qui seront dégustées au petit déjeuner, et j’ai aussi coupé un pied de salades. Il y a quand même eu quelques rescapées. J’ai vu les premières courgettes, et des petites tomates en formation. Sinon, j’ai également constaté qu’il y a pas mal de désherbage à faire, mais à chaque jour suffit sa peine, et, puisque je suis un vampire, je ne vais plus beaucoup mettre le nez dehors aujourd’hui. Je me disais hier soir, en pensant tout haut, que Doc Sylvie pourrait bien un jour figurer dans un de mes romans, elle a le profil idéal. En parlant de romans, et en attendant la parution de mon prochain livre, « Tempête solaire en Anjou », j’ai reçu une réponse positive pour un autre projet, par une autre maison d’édition. J’hésite, car je ne suis pas certain que la diffusion sera au « top », mais bon, si j’attends trop, la parution risque d’être post-mortem ou de ne jamais avoir lieu. « Tempête solaire en Anjou » sera édité au printemps, au lieu de septembre comme c’était prévu. On a pris cette décision en commun avec l’équipe éditoriale, étant donné l’avalanche de nouveaux titres à la rentrée, peu propice aux petits auteurs, et aux maisons d’édition indépendantes, qui se lancent dans la mêlée avec Amélie Nothomb, Pierre Lemaître, etc.

    Je vais faire une pause avant le petit déjeuner, et en attendant les premiers résultats du labo, ainsi que la visite chez l’audioprothésiste. Pour la petite histoire, ma perte auditive est aussi une des conséquences de ma première chimio, qui a nettement accentué la presbyacousie déjà présente. On ne pense pas à tous ces détails, qui n’en sont d’ailleurs pas, quand on entame ces cycles, mais, de toute façon, il faut accepter les risques, ne pas négliger les premiers symptômes, agir tant qu’on peut encore le faire. C’est la même chose pour les carcinomes qui demandent une surveillance rapprochée.

    Les bilans du jour :

    Audioprothésiste : il a fallu modifier un peu le réglage de l’oreille droite, la plus faible, afin d’obtenir un meilleur équilibre. Le test final a été concluant et je suis satisfait du résultat.

    Bilan prise de sang : du côté formule sanguine, tout va bien, avec un bon taux d’hémoglobine, des globules blancs dans les normes, même si les lymphocytes sont encore très proches de la limite basse et toujours « dans les chaussettes ». Pour les autres composants, RAS, tout est nickel… Tout ou presque. Le foie, même si on constate une amélioration, montre toujours des signes de souffrance, notamment en ce qui concerne les phosphatases alcalines, et les taux de bilirubine (je passe volontairement sur les détails) qui ont augmenté, pas dans de grandes proportions encore, mais c’est à surveiller. Pour rappel, la bilirubine, au-delà d’un certain seuil, donne cette jolie couleur jaune lors des hépatites et autres attaques hépatiques.

    Le pic monoclonal est toujours présent à l’électrophorèse, mais il est stable, et c’est tant mieux. Le taux d’albumine sanguine est vraiment faiblard, il semblerait qu’il soit la cause des œdèmes aux jambes et aux chevilles que je constate souvent en fin de journée.

    J’attends désormais, tout comme Doc Sylvie, les résultats CMV et EBV, le suspense devrait prendre fin demain matin (sauf s’il y a un double calcul décidé par le labo).

    Jeudi 18 juin

    C’est un réveil difficile ce matin. Je ne me sentais pas très en forme dès potron-minet, et à 5 h 30, j’ai commencé à trembler : je me connais suffisamment pour savoir qu’une poussée de fièvre allait arriver. J’ai quand même réussi à arroser le potager. Température à 6 h : 38.4. Cela veut dire (toujours selon mon expérience) 39° ce soir, si je ne fais rien. J’ai heureusement un antibiotique en réserve en cas de fièvre, et j’ai pris un doliprane, j’en reprendrai un avant d’aller chez l’ophtalmo, j’aimerais ne pas avoir à décaler le rendez-vous. Dès que j’aurai les résultats CMV et EBV, j’appellerai le secrétariat d’hématologie. Soit ce sont les virus qui explosent, soit c’est une autre infection. J’espère être suffisamment en forme pour aller au R.V ORL prévu demain, et je passerai voir mon équipe favorite, sans doute pour des tests PCR et une nouvelle recherche. Je reviendrai vous donner des nouvelles quand j’aurai les résultats du jour en ligne, sans doute en fin de matinée. Voilà, quand on pense que tout va bien, eh bien on retrouve un caillou dans la chaussure. Là, je sens que c’est une grosse pierre. Avantage de la situation, et c’est mon côté positif, nous sommes rentrés. Je n’imagine pas l’agitation si j’avais eu cet épisode fébrile à la maison bleue.

    Résolution de l’énigme :

    J’ai reçu un message vocal du service post-greffe alors que nous partions chez l’ophtalmo et que nous traversions une mini « zone blanche » dans la vallée du Jeu. L’infirmière a précisé que je devais reprendre du valganciclovir. Le coupable s’appelle donc « CMV », le dragon virus coriace et sournois qui dort, puis explose, puis se rendort, mais ne disparaît jamais. Doc Sylvie a dû demander en urgence les résultats au labo, je les aurai demain je pense. En tout cas, s’il faut le traitement « de cheval », c’est qu’il a dû franchir allègrement les limites. Nous avons eu un deuxième échange téléphonique alors que j’étais avec l’orthoptiste : je devrai revenir faire un contrôle début juillet, le 2 ou le 3, et je dois continuer l’antibiotique pendant une semaine. L’ordonnance a été faxée à la pharmacie et je suis passé à notre retour pour la commande de valganciclovir. Ouf, le marathon est terminé !

    Pour les yeux, RAS, pas de GVH (encore heureux), ni d’infection due au CMV et un simple début de cataracte, « C’est tout à fait normal à votre âge » a précisé l’ophtalmo. Merci de me rappeler que je vieillis, parfois j’oublie ! Blague à part, il est très sympa aussi. Il veut me revoir dans un an, pour surveiller le CMV et le contexte post-greffe.

    Nous apprécions la fraîcheur de la maison, Cholet était un vrai four !

    Allez, on termine en musique avec un duo que j’ai toujours aimé, et même si Catherine continue sans son grand escogriffe de Fred, je la kiffe encore (j’ai vu une interview d’Amélie Nothomb qui adore employer le verbe « kiffer »)

    14 juin 2026

  • La vie après la greffe, 11 juin 2026

    Vendredi 5 juin

    La journée commence dans la fraîcheur et avec un ciel changeant où alternent nuages et coins de ciel bleu, après un beau soleil au lever du jour.

    Hier, nous avons visité Océanopolis, même si deux pavillons sont en travaux actuellement et donc inaccessibles. Le prix a été réduit et nous avons pris notre temps pour visiter le pavillon « Bretagne », consacré aux écosystèmes marins. Nous avons aussi visionné dans l’amphithéâtre deux documentaires très intéressants sur les fonds marins. Pour terminer, les loutres nous ont offert un joli spectacle de nage sur le dos avec toilettage minutieux.

    À notre retour, Gilles est passé rapidement nous donner deux salades de son jardin, c’est très sympa de sa part et, comme la première fois, elles seront appréciées.

    Le programme du jour sera fait en fonction du temps, nous devrons sortir de notre coin tranquille pour aller faire des courses en début d’après-midi. Un bon coup de vent est annoncé pour cette nuit et demain ; cela fait aussi partie des caractéristiques de ce coin de Bretagne, habitué aux éléments déchaînés. J’adore les tempêtes, surtout quand je me sais bien à l’abri dans un gîte confortable et joliment décoré. Rien ne manque ici, la maison est pratique. Les parquets grincent, les portes aussi, et l’escalier se plaint quand on monte ou quand on descend. Parfois, on entend le vent qui tente de pénétrer, mais les huisseries modernes ne lui laissent aucune chance. C’est une maison vivante, où nous nous sentons bien, avec le même sentiment que lorsque nous séjournons dans le joli gîte aux volets rouges dans le Cantal.

    Je me suis couché tôt hier, la fatigue due aux nuits courtes (merci dame Cortisone) se fait plus pesante. J’épuise mes réserves en journée, et je le paie forcément à un moment donné. Ma nuit fut plutôt réparatrice, je ne vais pas m’en plaindre.

    Voici quelques photos prises hier en début de soirée, je trouvais que la lumière était magique :

    Vendredi après-midi

    C’était la surprise du jour : Michel m’a fait croire que l’on partait faire les courses, et on a terminé sur l’aérodrome de Brest, à côté de l’aéroport. Bon, à un moment donné, j’ai bien compris qu’il y avait anguille sous roche ! Ce fut une surprise en deux, voire trois temps : le pilote est venu à notre rencontre dans la salle « Apéro club » où nous étions confortablement installés. Il a procédé à quelques vérifications sur l’avion, puis est revenu nous peser, est reparti vérifier le carburant et nous a annoncé : « On ne pourra pas voler aujourd’hui, j’ai trop de carburant et l’avion sera trop lourd ». Nous avons donc reprogrammé le vol pour mardi. Il y a un baptême de l’air juste avant, et l’appareil devrait être opérationnel. Nous nous sommes dirigés ensuite vers Plougastel, mais avons tourné juste après le pont d’Elorn et avons patienté dans un tout petit port, juste en face d’Océanopolis sur l’autre rive. Bien à l’abri du vent, sur une petite crique, il faisait bon et nous avons pu admirer le paysage. C’est ensuite que la troisième surprise était programmée, et là, pas de souci technique : un délicieux repas nous attendait dans un endroit fort sympathique, situé juste en face de la rade, avec une vue magnifique, « Les viviers de Kéraliou ». Nous avons dégusté des huîtres avec Françoise, mais, étant donné que l’organisme de Michel est toujours intolérant avec ces petites bêtes, il a eu droit à des rillettes de poisson, qui avaient l’air excellentes. Les huîtres étaient délicieuses, le pain et le beurre salé excellents ont été appréciés aussi. Nous avons ensuite opté pour le plat du jour : une copieuse part de lieu jaune, accompagné de riz et de légumes, avec une sauce aux coquillages. La cuisson du poisson était parfaite, ce qui n’est pas toujours le cas. Cela témoigne d’un savoir-faire en cuisine et d’un grand respect des produits. En guise de dessert, nous avons eu droit à une part de far breton avec un peu de caramel au beurre salé, quelques fraises et framboises servies sur de la crème chantilly maison. Quel régal ! Un bon café pour terminer le repas nous a permis de trouver l’énergie nécessaire pour arpenter ensuite le Leclerc de Plougastel-Daoulas. Notre trio a été efficace et nous avons trouvé tout ce que nous cherchions. Après ce périple, temps calme au gîte avant le repas du soir et la soirée télé.

    Demain, nous recevrons nos amis de Lesconil, j’ai hâte de retrouver Barbara et ses parents. Le temps ne permettra pas de déjeuner dehors, car le ventilateur breton est en marche, mais peu importe.

    Voici quelques photos prises à l’aérodrome et face à la rade :

    Week-end des 6 et 7 juin

    Samedi 6 Juin

    Nous avons passé une très bonne journée avec nos amis de Lesconil. Barbara et ses parents sont arrivés vers 11 h 30 et nous avons eu le temps de discuter, de déjeuner, et de faire une promenade (avec quelques passages délicats, mais sans chute) sur le GR, avec un retour par la grève. Nous avons trouvé de la salicorne, en abondance, et des statices qui font de jolis bouquets secs, mais nous nous sommes contentés de quelques brins de cueillette. La maman de Barbara me disait avant de partir que c’était comme si on s’était vus la veille, et que l’on restait en phase : elle a tout à fait raison, et c’est à cela que l’on reconnaît les amis. Les retrouvailles sont dans le prolongement des rencontres précédentes, naturelles, et tellement agréables. Les liens sont tissés, et j’espère que nous aurons l’occasion d’accueillir nos amis en Anjou, pour un séjour qui permettra de sillonner un peu la région.

    Le vent a soufflé toute la journée, mais pratiquement sans averses et l’accalmie est arrivée en soirée. Cela fait aussi partie du charme breton, et il fait beau plusieurs fois par jour. La mer moutonnait dans la ria, je suis toujours épaté par la végétation ; les troncs tortueux des vieux chênes qui bordent le GR côté mer ont des formes qui évoquent des animaux : on imagine des cerfs, des boucs, des animaux menaçants. Ces paréidolies ont certainement été créées par tous les « invisibles » qui peuplent ces lieux, merci aux fées, aux elfes et autres lutins de nous offrir de tels spectacles. Michel a créé un dossier « spécial cousine » pour Annick, qui est passée jeudi, cela pourra l’inspirer pour ses peintures, et nous lui transmettrons les photos par mail. Patience, ma cousine, si tu me lis !

    Dimanche 7 juin

    Nous avons eu une belle matinée qui nous a permis d’aller au marché de Daoulas. Nous y étions tôt, mais c’était déjà bien animé. C’est un marché varié et plaisant, avec pas mal de producteurs locaux. Au passage, achat de légumes, fraises, fruits et miel. Nous avons goûté au miel de sarrasin et nous avons été séduits par son goût puissant. Hop, un petit pot de miel a rejoint les légumes et les fraises. On se disait que l’accès au marché en période estivale doit être infernal. C’est l’avantage de pouvoir partir en juin.

    Après le temps de repos « post-déjeuner », nous allons pouvoir visiter l’abbaye de Daoulas, notamment le cloître et les jardins. La température est idéale, et le vent tempétueux s’est transformé en brise marine, très légère. J’adore la Bretagne !

    Nous rentrons de visite. Je vous conseille vraiment de ne pas louper les jardins de l’abbaye de Daoulas si vous passez dans le secteur. Voici un aperçu :

    Lundi 8 juin

    Le jour est levé depuis un petit moment déjà, mais les nuages défilent, poussés par le vent. Nous établirons le programme du jour en fonction de la météo qui change très rapidement. La maison est encore endormie, mais le chat a déjà fait un tour rapide dehors : il descend dès que j’ouvre les volets, vers 6 h 30. Tout le monde a la référence lorsque l’on parle de la « maison bleue ». Ici, elle n’est pas adossée à la colline, comme dans la chanson, mais érigée au sommet. Peu importe, même si nous n’avons plus les cheveux longs, nous nous y sentons bien, surtout quand nos amis nous rendent visite, c’était le « petit plus » de notre première semaine de vacances ici, et même un « grand plus ».

    Voici la chanson que tout le monde a envie de fredonner :

    Mardi 9 juin

    Je viens d’ouvrir les volets roulants au rez-de-chaussée et le ciel matinal est engageant, avec de jolis nuages décoratifs, des coins de ciel bleu également. C’est le jour de la nouvelle programmation du vol précédemment annulé pour cause de réservoir trop rempli. Nous avons rendez-vous à 15 h 15. Je reviens sur l’après-midi d’hier, avec la visite de Locronan (nous connaissions déjà). Le village est toujours aussi beau, et les visiteurs n’étaient pas trop nombreux, à part des groupes de « vieux » (dont je fais partie, désormais) avec guides. Mais bon, nous avons pu arpenter des rues presque vides lorsque l’on s’éloigne du centre. Lorsque j’ai sorti mon téléphone portable pour prendre quelques photos, j’ai constaté que j’avais reçu un mail du CHU. Je vous avais dit que je serais rattrapé par la patrouille. En fait, il n’y a rien d’urgent : le médecin dermatologue qui va m’examiner le 30 juin a programmé une radio des tissus mous du cou. ChatGPT m’a confirmé, dans la soirée, ce que je pensais : après un carcinome épidermoïde infiltrant, il faut vérifier la chaîne ganglionnaire, au cas où des cellules cancéreuses se seraient échappées. Pour rappel, j’ai de nouveau des ganglions palpables, mais il peut s’agir aussi d’une réaction aux virus EBV et CMV. Je pense que Doc Sylvie et Doc Antoine se sont concertés, ou du moins que Doc Antoine a pris le temps de consulter mon dossier numérisé avant de programmer l’échographie le même jour que la consultation, et c’est rassurant. Doc Antoine sera donc « le petit nouveau ». J’ai fait le curieux après avoir interrogé l’IA et c’est un jeune médecin, chef de clinique, avec une bonne tête sympathique sur les photos que j’ai pu voir. Verdict : celui-là, je le garde ! Bon, il n’est pas responsable du long délai entre l’opération et la consultation de suivi, j’ai été opéré le 27 janvier. Petit rectificatif : le temps vient de changer à l’instant, avec une belle averse. Ah, ce climat breton !

    Voici donc quelques photos prises à Locronan ; jen ai pris peu, un peu par flemme !

    Mercredi 10 juin

    L’aube tiendra-t-elle ses promesses ? En tout cas, de jolis nuages roses décorent le ciel matinal et le ciel bleu est majoritaire. Nous allons partir pour Crozon et Camaret ce matin, avec un repas envisagé dans une crêperie de Camaret qui nous avait laissé un excellent souvenir.

    Hier après-midi, c’était donc le grand moment du vol en avion, reprogrammé en raison de la surcharge en carburant. Nous n’avons pas eu de nouveau report, et Guillaume, notre jeune pilote, s’est montré fort sympathique. Comme j’avais droit à la place d’honneur, à côté du pilote, pour cause de cadeau d’anniversaire, il m’a gentiment encouragé à me familiariser aux commandes, alors que nous étions encore au sol : « Si vous voulez, je vous passerai les commandes en vol. »Je n’étais pas certain d’accepter, même si j’avais déjà eu une petite expérience de pilotage avec le mari d’une collègue allemande lors d’un échange au cours de ma longue carrière. Mais c’était loin… Finalement, sur le trajet retour, j’ai pu piloter et mettre l’avion en position d’atterrissage avant que le pilote reprenne la main pour l’atterrissage proprement dit. Il m’a donné les indications, le cap à tenir, et j’ai eu beaucoup de plaisir à être copilote. J’ai même eu droit à des compliments pour la maîtrise de l’approche, sans décrochage ni gestes brusques. Quant au reste du vol, ce fut un moment merveilleux. Michel avait choisi la thématique des abers. Nous avons donc survolé la côte après les quelques minutes de vol au-dessus de la mosaïque verte des terres finistériennes. Les rayons du soleil jouaient à travers les nuages, créant une lumière enchantée, tandis que les teintes de la mer, du bleu turquoise au bleu profond, captivaient le regard. Les nombreux étocs et îlots étaient entourés d’écume blanche, signe d’une houle bien formée. Le Finistère dans toute sa splendeur avec le privilège de le voir d’en haut. Merci, Michel, pour ce cadeau magique !

    Vous devez vous en douter, j’ai pris de nombreuses photos pendant le vol, en voici une sélection :

    Jeudi 11 juin

    Hier fut une belle journée pour partir en balade, en dépit de la pluie matinale qui ne nous a pas arrêtés, et nous avons eu raison.

    Nous sommes partis en fin de matinée pour Crozon et Camaret, avec en tête l’idée de déjeuner dans une crêperie que nous avions beaucoup appréciée lors d’un précédent séjour. Crozon fut la première mauvaise idée : c’était jour de marché, et il était impossible de pénétrer dans le centre-ville, bloqué, ou de se garer. Le GPS a tenté plusieurs fois de nous perdre, mais nous avons fini par retrouver la route de Camaret… avec une déviation en raison de travaux. La balade habituelle sur la jetée qui longe le port mène à la chapelle St Rocamadour et à la tour Vauban, destinée à protéger le port lors des attaques anglaises.

    Le soleil était de retour, et nous avons pu faire de jolies photos. J’ai lié une amitié éphémère avec un goéland, surtout intéressé par une éventuelle distribution de nourriture, et nous avons pris le chemin de cette célèbre crêperie. Nous n’aurions pas dû : la déception liée à un changement d’équipe nous a fait regretter ce que nous avions connu : galettes insipides, et n’ayant rien de « breton », elles étaient simplement réchauffées, sans beurre, avec une garniture très chiche. Quant aux crêpes servies en dessert, ce fut la même déception. La serveuse a demandé ce que nous avions pensé du repas, nous lui avons donné un avis sincère, en disant courtoisement que ce n’était pas ce à quoi nous nous attendions. Le patron, prévenu lorsque Françoise est allée régler l’addition, s’est montré fort peu commerçant, et a fait preuve d’une mauvaise foi absolue avec un argument imparable « mais vous les avez mangées quand même ! ». Françoise a répondu que nous avions été éduqués. Bref, un piège à touristes désormais, avec un gérant qui devrait faire autre chose, mais dont le commerce est bien situé, face au port.

    Nous avons ensuite marché sur la pointe de Pen Hir, un endroit sauvage, encore préservé des masses de touristes qui sont acheminés par les cars. Retour ensuite à Crozon. Le centre-ville ne nous a pas séduits plus que ça : les magasins étaient pour la plupart fermés et, après l’agitation du marché, le bourg semblait endormi. J’ai quand même acheté trois fars aux pruneaux dans une pâtisserie, car les maigres galettes ne nous avaient absolument pas rassasiés. Après avoir tourné un moment pour chercher un endroit sympa, et des toilettes publiques, en vain, nous sommes rentrés. Michel nous a fait un bon café, et les fars ont été appréciés. Heureusement, les paysages nous ont comblés, et l’épisode de la crêperie restera le gag de ce séjour. Michel a réservé par téléphone une table dans une crêperie de Daoulas qui a d’excellents avis. Ce sera une excellente façon de terminer notre séjour qui prend fin. Nous avons prévu d’aller voir le phare du Petit Minou et le secteur de Plouzané dans l’après-midi. Le pont d’Iroise est difficile d’accès en ce moment, une signalétique est installée en vue de travaux de réfection de la chaussée prévue à partir du 15 juin, mais nous prendrons notre temps. Il faudra juste penser à aller acheter les moules et les huîtres dans la matinée, à la pointe du Château, pour éviter de « courir » ce soir.

    Voici une sélection des photos prises hier, avant le petit moment musical habituel :

    Déplacer 

    7 juin 2026

  • La vie après la greffe, 4 juin 2026

    Vendredi 29 mai

    Nous sommes donc à la veille de notre départ en Bretagne. Vous connaissez ma routine matinale, c’est un peu toujours la même chose : dès qu’il fait suffisamment jour, j’arrose le potager, on prend ensuite le petit-déjeuner, et on enchaîne sur les activités domestiques tant qu’il fait frais.

    Les sacs de voyage sont prêts, ma belle-sœur Françoise est dans le train, il n’y a plus qu’à attendre son arrivée pour mettre le barbecue en route. Il fait toujours aussi chaud, mais il semblerait qu’on arrive au bout de cette première période caniculaire. Je ne sais pas ce que nous réservera la suite… Juillet et août sont, de toute façon, toujours très chauds, on a déjà eu des pointes à 40° ici. Bref, on s’organisera pour survivre.

    Je viens d’avoir les résultats de l’analyse de sang, très partielle. Tout ce qui concerne la coagulation est dans les clous, donc soit il s’agit d’une fragilité capillaire, soit le purpura n’est pas d’origine thrombopénique puisque le taux de plaquettes est correct. D’après l’IA, il s’agit d’un purpura multifactoriel : effets des médicaments, immunité encore fragile (les lymphocytes sont vraiment dans le bas de la fourchette), GVH cutanée (les taches de dépigmentation en sont une preuve fréquente). Tant qu’il n’y a pas de fièvre, ou d’aggravation subite avec apparition de nécroses, cela reste bénin, mais à surveiller de près. L’air frais breton fera du bien à l’organisme, avec des nuits que j’espère plus réparatrices.

    Week-end des 30 et 31 mai

    Samedi 30 mai

    Ce sont les derniers préparatifs, avec copieux arrosage avant le départ, toujours à une heure indue, mais il fait tellement bon lorsque le jour est à peine levé que c’est un plaisir.

    Les médicaments sont prêts, Michel a assuré comme un chef en comptant tout ce qu’il fallait pour le séjour. Les bagages sont bouclés et prêts à être embarqués. La belle-sœur se pomponne et ne va pas tarder à faire son apparition. Nous déjeunerons avant de partir, suffisamment tôt. Un arrêt est prévu à Daoulas pour faire les courses du week-end, je contacterai ensuite Gilles, le propriétaire du gîte, et ce sera l’installation, la découverte des lieux, les vacances qui commencent. La cerise sur le gâteau, ce sera la visite de ma cousine Annick mardi (elle habite dans le Finistère), et la visite de Barbara et de ses parents, Serge et Régine, le samedi. Entre deux, promenades et visites en fonction du temps, mais j’aime bien commencer par découvrir les environs immédiats avant de partir à l’aventure.

    Ah, voici des nouvelles d’Albert le lézard vert, qui aime bien jouer les invisibles : il a voulu prendre un bain dans le bassin, dans « son » jardin-terrasse, mais ne savait plus comment remonter. Michel l’a repêché avec une épuisette. Albert s’est remis tranquillement de ses émotions, a regardé son bienfaiteur d’un œil bienveillant, mais avait disparu lorsque Michel est venu prendre son téléphone pour prendre une photo. Le bassin est sécurisé avec une planche qui permettra aux bestioles intrépides de remonter. Albert est chargé de la surveillance de la maison : à la moindre tentative d’intrusion, il se transformera en dragon cracheur de feu et réduira en cendres les indélicats. C’est pratique et moins cher qu’une alarme connectée. Je vous mettrai quelques photos du gîte et des environs demain dans la journée.

    Dimanche 31 mai

    La Bretagne, enfin ! Le Finistère, le « bout du monde », cela se mérite. Nous avons voyagé dans de bonnes conditions, même si le félin a montré quelques velléités de miauler pendant tout le trajet. Il a fini par se calmer et a dormi sagement ensuite. Nous avons pu faire les courses à Daoulas, un peu paumés dans le Super U, avec un rangement plutôt déconcertant de certains produits. Mais, comme nous étions un trio de choc, nous avons pu rejoindre sans encombre le gîte, qui se situe à 5 minutes du supermarché. Gilles, le propriétaire, nous a accueillis avec une bouteille de jus de pomme « maison », et un far breton (délicieux). Il nous a donné toutes les indications nécessaires pour le séjour. L’accueil a été chaleureux, simple, et nous avons pu commencer à nous installer. Gilles est revenu avec deux salades de son jardin. Parfait, l’une d’elle a fait notre bonheur pour notre premier repas. Histoire de se dégourdir les jambes, et de visiter l’environnement immédiat, nous avons fait une belle promenade au bord de la ria en soirée. Mais quelques photos en diront plus long qu’une longue description. Ce matin, le ciel est gris, et la fraîcheur est arrivée ici. Il ne pleut pas et l’absence de soleil ne va pas nous empêcher de mettre le nez dehors : c’est parfait pour moi. Si nous sommes motivés et courageux, nous irons au marché de Daoulas.

    Voici les photos prises hier :

    Lundi 1er juin

    Je pense que vous connaissez tous le proverbe « Charité bien ordonnée commence par soi-même ». Cet article vous confirmera qu’il vaut mieux se préoccuper de soi-même avant de prodiguer des conseils à autrui.

    Revenons sur la journée d’hier, qui a commencé avec un peu de « brumisation bretonne », très légère bruine et ciel couvert. Lorsque nous sommes partis au marché de Daoulas, vers 10 h, le soleil a fait son apparition et il est resté présent toute la journée. Le marché en lui-même était très animé, avec beaucoup de producteurs locaux, des produits frais et appétissants, et une ambiance sympathique et détendue. Nous voulions des fraises, mais il faut les acheter par lots de 2 kg si on veut obtenir un prix abordable, cela nous a dissuadés. Nous avons en revanche acheté des haricots verts, des radis, des oignons blancs et du pain artisanal, délicieux. Bref, la journée commençait fort bien. Juste après la sieste de mon cher et tendre, nous avons décidé de faire une belle promenade le long de la ria, en restant sur le GR. Au loin, nous voyions les bateaux amarrés et nous sommes allés les voir de plus près, la promenade était agréable, alternant zones ombragées et vues sur la ria, avec quelques panneaux explicatifs que nous avons pris le temps de lire.

    C’est au retour que les choses se sont gâtées : je venais de dire à Françoise, la sœur de Michel, de prendre garde aux racines des chênes qui bordent le sentier. Elles sont perfides et surgissent un peu partout, semblant attendre le bon moment pour surprendre le randonneur inattentif. Et, justement, à peine venais-je de prononcer ces paroles incitant à la prudence, que je me suis retrouvé à terre, projeté assez violemment, face contre les feuilles mortes (j’en avais dans la bouche). La tête a pris cher au passage, et j’ai senti que j’étais blessé, mais le fou rire, impossible à contenir, a contribué à me maintenir au sol. Michel et Françoise ne riaient pas, et Michel a pâli en constatant l’ampleur des dégâts. J’ai fait une première tentative pour me relever, c’était impossible sans aide. Mes jambes n’obéissaient plus et se dérobaient, à la manière de Charlie Chaplin, quand le méchant policier veut l’embarquer dans ses films. Une dame est venue à notre rencontre, j’ai réussi à me mettre debout et elle a proposé d’appeler les secours, en nous précisant qu’elle habitait à proximité et que nous pouvions aller chez elle si nous le désirions, en attendant. Je me sentais mieux, une fois debout (enfin !). Mon bob tout propre était maculé de sang, à cause de la blessure au front, mais j’ai bien senti qu’il y avait d’autres zones touchées du côté droit : le coude, et l’épaule aussi.

    Cela ne m’a pas empêché de marcher jusqu’au gîte, avec quelques pauses à la fois pour me reposer et pour évacuer le fou rire qui reprenait régulièrement ; Doc Michel a ensuite procédé à un examen attentif : il a désinfecté la blessure, qui ne saignait plus. On a aussi vu que le coude avait un hématome, et l’épaule a dû subir le contrecoup. Bref, plus de peur que de mal et un sacré souvenir de promenade !

    La chute n’a pas été photographiée, ni filmée, mais les paysages oui. Voici quelques photos :

    J’ai aussi chantonné cela sur le chemin du retour :

    Mardi 2 juin

    Notre séjour se poursuit, sans mésaventure pour la journée du lundi 1er juin. Nous avons passé une matinée tranquille et nous sommes sortis dans l’après-midi, avec l’intention de visiter l’abbaye de Daoulas. C’était jour de fermeture, et aujourd’hui aussi, il nous faudra patienter jusqu’à demain, mais, comme le monument est très proche, ce n’est que partie remise. Nous avons pris quelques photos de l’extérieur, qui domine la vieille ville, elle aussi très pittoresque. La pluie menaçait et elle est arrivée plus tard, alors que nous sortions du supermarché Leclerc, situé à quelques kilomètres, à l’entrée de Plougastel. Le chat, déçu par le temps breton, n’a plus voulu mettre le nez dehors, et nous non plus. Nous avons profité du confort du gîte, entre conversations, préparation du repas (galettes complètes), et soirée télé. C’est un rythme de vacanciers qui nous convient très bien ! Ici, c’est le calme complet. Nous avons un couple de faisans dans le champ qui mène au GR, pour le moment, le renard aperçu le jour de notre arrivée ne s’en est pas encore occupé !

    Voici quelques photos prises aux abords de l’abbaye de Daoulas !

    Mercredi 3 juin

    Comme d’habitude, jetons un coup d’œil sur le rétro pour évoquer la journée d’hier. Ma cousine Annick est arrivée en fin de matinée, après une facétie de son GPS, mais nous l’avons rejointe et guidée, elle était garée tout près d’ici en attendant les « secours ». Nous avons ensuite passé une excellente journée, riche en discussions, en moments d’émotion, et nous avons pu faire une petite balade en bord de ria avant son départ dans l’après-midi. Ma cousine est une artiste de grand talent, qui est sensible aux beautés sauvages de la Bretagne, où elle demeure désormais (sud Finistère).

    C’est le cœur serré que j’ai vu sa voiture s’éloigner, et nous nous sommes promis de nous revoir, nous lui concocterons un parcours artistique lorsqu’elle reviendra nous voir en Anjou. Les belles personnes sont rares, et, à nos âges, il ne faut pas louper les occasions de se voir plus souvent.

    Le temps s’est ensuite gâté, et, ce matin, la journée commence dans le vent et la grisaille, mais le ciel change si rapidement que ce que j’écris sera peut-être totalement l’inverse dans une heure. Nous avons terminé la soirée en visionnant en replay le film « Le procès Goldman », j’avais évoqué le parcours judiciaire et compliqué du frère de JJ G avec ma belle-sœur, cela nous a permis de passer une très bonne soirée. La maison va bientôt s’éveiller, nous fixerons le programme selon nos envies et surtout en fonction de la météo. Rien ne nous presse, rien n’a de caractère obligatoire, et c’est un vrai luxe de pouvoir profiter du paysage depuis le gîte, et du calme absolu qui règne ici.

    Jeudi 4 juin

    La journée d’hier s’est déroulée en deux temps : matinée tranquille, avec simplement un saut à la boulangerie de Daoulas, et après-midi avec promenade vivifiante en profitant d’une accalmie en ce qui concerne la pluie. Le vent a soufflé toute la journée et s’est un peu calmé en fin de soirée. Nous avons rejoint en voiture la pointe du Château, et marché jusqu’à un îlot, dont l’accès est possible à marée basse. Cela a permis de prendre l’air et de faire quelques photos. Avant de repartir, nous avons acheté des moules et des huîtres à un producteur local. C’était une bonne idée, car nous avons vraiment apprécié la qualité des produits. Michel n’a pas touché aux huîtres, excellentes, étant donné que son organisme les refuse farouchement, mais les moules, accompagnées de petites pommes de terre nouvelles rôties au four, étaient délicieuses, charnues et savoureuses. Je crois que l’on récidivera d’ici quelques jours. Nous sommes ensuite allés découvrir le petit port de Pors Beac’h, toujours à proximité du gîte. J’ai vraiment apprécié ce petit circuit et j’en ai profité pour prendre quelques photos. C’était plus facile à l’abri du vent, dans le port, qu’à la pointe où le vent secouait mon téléphone portable.

    Au retour, et avant notre soirée « coquillages », j’ai ambiancé le gîte avec un choix de musique bretonne qui donne envie de danser et de chanter. Voici quelques morceaux choisis :

    1 juin 2026

  • La vie après la greffe, 28 mai 2026

    Vendredi 22 mai

    Il faut que j’essaie de me calmer : je suis très, très en colère et je vais vous expliquer pourquoi. En fin de matinée, alors que nous rentrions des courses, après avoir attendu à une caisse où le caissier maladroit a réussi à tout bloquer (heureusement, une autre caisse à côté a été ouverte), je me suis dit que la journée commençait bizarrement. Je regarde ma boîte mail : un mail de ma mutuelle « historique » : votre offre actuelle prendra fin le 1er juillet, voici un extrait :

    Ainsi, à compter du 1er juillet 2026, votre couverture individuelle MGEN Alternative Santé Prévoyance (MASP) sera automatiquement résiliée. Vous allez recevoir une confirmation écrite de cette résiliation.
    Afin de maintenir la continuité de votre couverture santé et de garantir le remboursement de vos soins, il est nécessaire de mettre en place une nouvelle couverture santé.

    Tant pis pour la contre-pub, je commence sérieusement à en avoir ma claque. Nous n’avons jamais été prévenus de cette disposition, et le 1er juillet, c’est demain. Certes, je suis en ALD, mais il n’y a pas que les soins en ALD à prendre en considération, et je ne peux pas rester sans mutuelle (imaginons que je sois hospitalisé, avec le forfait journalier, prise en charge de la chambre, etc.) Le 22 mai pour le 1er juillet, cela s’appelle en bon français du foutage de gueule et j’ai eu l’occassion avec les trois interlocuteurs que j’ai eus, d’exprimer très courtoisement mon indignation. Ce contrat est dénoncé unilatéralement, sans le délai de carence de rigueur.

    Ce n’est que la première partie : ma première interlocutrice me fixe un R.V téléphonique pour le lundi 25 mai, jour férié comme je m’en suis rendu-compte trop tard après avoir raccroché. Je reçois un mail qui me dit « comme convenu, votre R.V a été annulé. » Comme convenu par qui ? Je rappelle : deuxième interlocutrice, charmante, qui me dit qu’elle va voir avec sa collègue pour fixer un autre R. V. Entre-deux, un message vocal (le numéro était masqué) de la conseillère qui devait me rappeler, et elle m’explique que je dois reprendre un rendez-vous. Nous ne pouvons plus joindre nos conseillers départementaux par téléphone et je compose le numéro qu’elle m’a donné, retombe sur la plateforme et là, un monsieur extrêmement désagréable me dit que le rendez-vous sera fixé courant juin, et que c’est comme ça, que ça me plaise ou non. Je reprécise que je veux un entretien téléphonique au plus vite « bah ça ne servira à rien pour votre offre, mais si vous insistez… » Un peu que j’insiste, le ton serait vite monté avec des arguments de son côté qui se résument à « c’est comme ça, et si vous n’êtes pas content, je n’y peux rien ». J’attends donc l’appel de mardi 16 h 30 en espérant que la pression sera retombée de mon côté. Quant à mon avenir dans cette mutuelle qui a pris des allures d’usine à gaz hors de contrôle, il se limitera peut-être à quelques mois, le temps de prospecter ailleurs. Je crois que l’on cherche à se débarrasser des retraités, en se fichant pas mal de qui pourra se déplacer, ou pas, et de vieux qui sont en EHPAD avec une offre qui arrivera aussi à expiration. Si je m’en indigne ici, c’est que rien n’a été communiqué en amont. « Vous avez reçu un courrier à ce sujet », m’a dit le dernier conseiller. Eh bien non, cher monsieur, aucun courrier reçu à ce sujet, aucune information dans l’espace numérique, juste ce mail « en catastrophe ». En plus de la maladie, des rendez-vous médicaux en rafale (je vous raconterai plus tard), il faut gérer la mutuelle. Cela me fatigue. Quant à avoir des infos précises sur l’offre qui sera proposée, autant faire appel aux services d’une voyante extra-lucide.

    Samedi 23 mai

    La colère est toujours présente, mais maîtrisée et le plan d’action est en marche. Hier, après avoir transmis ma prose à une amie, elle m’a appelé et raconté ses propres déboires avec le même organisme. « Tu as 3 minutes ? » Alors, en fait, on a parlé pendant 45 minutes (si, si Annie, j’ai vérifié !) sans voir le temps passer. Et pourtant, je suis d’ordinaire peu loquace au téléphone.

    Ce matin, réveil matinal, cueillette de framboises à la fraîche, et travaux divers : nettoyage de vitres, avant le petit déjeuner, puis vaisselle et récurage du plan de travail avec savon noir en spray et vinaigre blanc ensuite, ce qui a fait dire à Michel qu’il allait demander à Doc Sylvie de diminuer la cortisone. Nous avons ensuite sorti les plantes et fleurs de la serre (là, pour le coup, vive la cortisone !). Certaines ont trouvé leur place sur la terrasse, nettoyée hier par Michel, et nous avons déplié le grand parasol qui va nous protéger du soleil de plomb prévu pour les jours prochains. Sa présence, associée à celle du tilleul, procure une fraîcheur intéressante. Sous le tilleul, on a souvent quelques degrés en moins, et on s’en accommode très bien. Désormais, la journée va être plus calme en ce qui me concerne, je me suis déjà bien agité ce matin !

    Voici quelques photos, terrasse et jardin :

    Dimanche 24 mai

    La journée commence sous le soleil, mais la température matinale est agréable et on en profite pour aérer la maison, avant de tout refermer lorsque la chaleur sera plus forte. Nous sommes invités ce midi, pas de repas à prévoir et la perspective de passer un bon moment en famille : que désirer de mieux ? J’ai profité de mon réveil matinal pour reprendre quelques semis qui ont été ravagés par l’orage. Un rang de haricots verts, ce qui permettra d’avoir une production étalée dans le temps, et un rang de salade, laitue d’été. Les premiers plants achetés en jardinerie ont été ravagés par ces saletés de vers blancs, larves de hannetons, et on a deux pauvres salades rescapées, dont une sauvée (provisoirement sans doute) hier, après avoir dégagé encore deux larves aux racines. On l’a replantée, arrosée copieusement et elle semble se remettre de ses émotions. Est-il utile de le préciser, nous n’utilisons aucun produit phytosanitaire, à part des granulés pour escargots, à l’efficacité très moyenne et du purin de consoude en arrosage, ce qui permet de fortifier les plantes. Ah, ces bestioles ! Les plants de tomates ont souffert aussi de l’orage, ils sont beaucoup moins beaux que les années précédentes. Il en va ainsi avec les aléas climatiques.

    Petit intermède « coiffure » en terrasse. Nous sommes tous les deux plus légers du cuir chevelu. Le truc marrant, c’est que mes cheveux ont foncé depuis la greffe, même s’ils ne sont pas plus épais et nombreux, alors que, parallèlement, ceux de Michel ont blanchi. Je me demande bien qui peut lui causer des soucis…

    Avant de terminer de nous préparer, voici quelques photos prises ce matin : le petit coin « jardin-terrasse » où le semis de fleurs annuelles a bien levé — il n’a pas subi les intempéries, car on l’a semé après l’orage. Un autre semis, plus récent, ne devrait pas tarder non plus, sur la droite. Je n’ai pas de nouvelles d’Albert, le lézard vert, qui doit vivre sa vie de saurien bienheureux. Lacerta bilineata est son nom latin, je préfère Albert. En premier, la clématite à l’angle de la maison, dans la cour. Elle est superbe cette année.

    Lundi 25 mai

    Nous avons passé une excellente journée hier. En fin de journée, le ciel s’est embrasé et il est resté orange vif jusqu’au coucher du soleil. J’attends le lever du jour pour aller arroser le potager et les plantes en extérieur. Hier soir, j’ai constaté de nombreuses pétéchies sur les bras. Ce sont des taches violacées qui ne blanchissent pas à la pression du doigt. Interrogé, ChatGPT me dit d’être prudent, et de faire une série de photos que je pourrai transmettre au service post-greffe. En soi, ce n’est pas « grave », mais ça peut signifier aussi une baisse de plaquettes. Il peut également s’agir d’une fragilité capillaire due au contexte cortisone + chaleur excessive. Bref, on reste vigilant et je verrai demain matin s’il y a lieu d’avertir le service post-greffe, pour vérifier avec une prise de sang ou pas. Cela ne remet pas en cause notre séjour en Bretagne.

    Allez, écoutons un peu de musique :

    Mardi 26 mai

    Alors, quoi de neuf, docteur ? Eh bien, justement, j’attends des nouvelles. Les pétéchies sur les bras ne sont pas plus nombreuses, mais elles se sont agrandies, et, après vérification, il s’agit plutôt de purpura dans ce cas-là. Ce n’est pas forcément dramatique en soi, il peut s’agir d’une fragilité des vaisseaux accentuée par la chaleur, par les médicaments aussi. Mais, et ce serait plus ennuyeux, cela peut être aussi la conséquence d’une baisse de plaquettes, et je suis un peu coutumier de commencer les réjouissances par les plaquettes. Pour ne pas passer à côté de quelque chose, comme le dit souvent Doc Sylvie (j’ai ses mantras en tête), j’ai rédigé un mail hier, avec des photos et un petit mot pour demander s’il y a lieu de programmer avant notre départ une prise de sang, ou s’il faut simplement attendre. Nous verrons bien, et connaissant la réactivité du service, j’aurai la réponse dans la journée.

    La journée a commencé avec l’arrosage du potager et des plantes en extérieur, petit moment sympathique et rafraîchissant, et un peu de nettoyage (débris de haies, tas d’herbe, etc.)

    Nous passerons à la pharmacie en revenant du pain pour récupérer une boîte de cortisone (Prednisone), sinon il va me manquer trois comprimés avant la visite du 16 juin. L’angélus sonne à pleine volée, donc il est 7 h 30 et la journée est déjà bien entamée.

    Un peu plus tard dans la matinée (11 h)

    Je suis passé à la pharmacie récupérer la boîte de cortisone, sans aucun problème. Il y avait beaucoup de clients, étant donné que l’on sortait d’un long week-end, mais, en tant que retraité, j’ai du temps devant moi et cela ne m’a pas gêné.

    Autre nouvelle importante, je viens d’avoir l’infirmière de greffe au téléphone. Doc Sylvie est absente pour la semaine, mais Doc Chama a vu les photos (c’est Chama qui avait procédé à ma greffe) et elle préfère me voir en consultation, avec la prise de sang habituelle etc. Elle pense que cela peut être un effet « corticoïdes », mais il faut surveiller le reste : foie, plaquettes et tous les « feux orange » actuels. Bon, j’espère que cela ne me vaudra pas un appel en catastrophe pendant le séjour, du style « Vous devez rentrer au plus vite ! » Ne tentons pas le diable !

    Réactualisation du soir :

    Alors, autant j’ai râlé contre les téléconseillers MGEN incompétents que j’ai pu avoir, autant je tiens à souligner la compétence, le professionnalisme et la gentillesse de la conseillère départementale qui m’a rappelé, à l’heure convenue, et qui avait préparé en amont les différentes simulations possibles. Elle a pris le temps de développer les offres possibles, de répondre à mes questions et nous avons pu examiner dans le détail ce que le contrat proposait en termes de remboursements : frais d’hospitalisation, dentaire, prothèses auditives, etc. Finalement, après avoir choisi l’offre qui me paraissait la mieux adaptée à mon parcours sinueux de santé, et grâce à ses conseils, elle m’a envoyé un lien, j’ai joint les pièces demandées, et j’ai reçu un code SMS pour signer. Et voilà. Pas besoin de se déplacer, pas de stress, une dame charmante et un site qui fonctionne (!). Et l’autre qui me disait  » Je ne vois pas pourquoi vous voulez un entretien téléphonique, ça ne servira à rien ! » Comme me l’a dit Michel : « La prochaine fois que tu appelles leur plateforme pourrie, tu dis « Passez-moi l’autre c… »

    Ah, dernière info, après mon indignation et un mail à une des responsables départementales, mon cas a été remonté auprès d’une des responsables nationales. J’espère que « passe-moi l’autre c… » sera identifié !

    Mercredi 27 mai

    Toujours matinal, mais après une nuit « complète, j’ai arrosé le jardin de bonne heure. Michel s’est levé tôt aussi et a pu installer une vanne permettant de raccorder le tuyau d’arrosage qui va jusqu’au jardin-terrasse, à la fraîche. Nous sommes allés ensuite faire quelques courses, sans trop traîner.

    Demain, le retour au CHU, imprévu, permettra de lever le voile sur ce purpura qui s’étale, surtout sur l’avant-bras gauche, avec une nouvelle marque au dos de la main. Il faudra de toute façon avoir au moins la première partie du résultat de la prise de sang, avec la numération de ces plaquettes qui ont déjà été à l’origine de plusieurs épisodes hématologiques. Comme le disait Jacques Chirac : « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille. »

    De toute façon, il est inutile de stresser pour ça et je ne suis pas spécialement inquiet. Je pense que cela s’atténuera lorsque nous serons réfugiés climatiques dans le Finistère.

    En attendant, voici deux photos d’arbres en fleurs prises au lever du soleil. Notre tilleul est en pleine floraison et devient « arbre à palabres » grâce aux centaines d’abeilles qui se régalent. Quant à l’olivier, il est superbe cette année mais nécessitera une taille, ne serait-ce que pour éviter que les olives du haut bouchent la gouttière.

    Jeudi 28 mai

    Longtemps, je me suis réveillé de bonne heure… C’est en parodiant Proust (il faut oser !) que j’entame la journée. Il est 5 h du matin, et le village dort encore, contrairement à Paris, qui s’éveille et qui, de toute façon, ne dort jamais. J’attends le lever du jour pour tout ouvrir et aérer, vivement que cette canicule cesse, c’est épuisant avec 70 mg de cortisone, et c’est épuisant aussi, même sans cortisone.

    Je viendrai dans l’après-midi mettre un petit complément d’info sur la visite, et, de toute façon, il faudra attendre ensuite les autres résultats. Les deux prochains articles auront, je l’espère, l’allure d’un carnet de voyage en Bretagne.

    Juste une petite chanson pour terminer :

    De retour du CHU avec de bonnes nouvelles : l’analyse de sang (dont je n’ai pas encore le détail) ne donne aucun signal alarmant, au contraire. Pour les taches violacées, il s’agit très probablement d’une fragilité des vaisseaux capillaires, je pense que la chaleur actuelle a aussi joué un rôle. Doc Chama est passée me voir pendant la prise de sang. Je lui ai aussi montré des marques de dépigmentation qui sont typiques selon elle d’une GVH cutanée. Évidemment, l’exposition au soleil est interdite et la crème solaire reste obligatoire, mais c’était déjà le cas. Elle nous a souhaité, lors de son passage en salle d’attente en fin de matinée de bonnes vacances : « Surtout, faites-vous plaisir ! » Message reçu 5/5 !

    28 Mai 2026

  • La vie après la greffe, 21 mai 2026

    Vendredi 15 mai :

    Déjà, bonne fête aux Denise, ma mère, et la mère de Michel portaient ce prénom, qui est maintenant passé de mode, et on se demande pourquoi.

    Nous sommes de retour du CHU. J’ai donc eu cette endoscopie le matin avec une attente en chambre (HDJ), puis dans la « salle d’attente » avec les lits occupés des patients en attente ou encore endormis. Quant à l’examen lui-même, je l’ai complètement oublié dès qu’on m’a passé les lunettes d’oxygène. Je dormais comme une marmotte lorsque le surveillant de salle m’a dit fort gentiment qu’il fallait que j’émerge un peu. Je ne garde aucun souvenir de l’examen lui-même. Michel était de retour dans la chambre avant que l’on me reconduise, il en a profité pour aller acheter des boîtes de rangement pour le sous-sol.

    La Doc qui a mené l’endoscopie est venue m’en faire un premier compte-rendu. Elle a trouvé deux ulcères au duodénum, pas énormes, mais présents. Des biopsies ont été réalisées à plusieurs endroits, notamment pour traquer la présence du CMV. Pour les ulcères, il peut s’agir d’un effet CMV, du cocktail de médicaments, ou d’une forme de GVH digestive, sans doute catalysée par le CMV. L’hypothèse « GVH » est la première piste privilégiée par l’IA, compte tenu du contexte et de la GVH hépatique confirmée. Il faudra donc attendre les résultats des biopsies et voir s’ils sont vraiment parlants ou pas. En attendant, j’ai une ordonnance pour de l’ésoméprazole, qui devrait suffire à guérir les deux lésions. Ce sera à affiner ou à compléter lorsque les résultats des biopsies seront connus. Au niveau confort, je ne regrette rien : j’ai dormi comme un nouveau-né, sans aucun souvenir désagréable. Mon dernier souvenir, c’est que nous avons ri de mes déboires avec la Doc juste avant l’intervention, entre la greffe, la pneumocystose et les virus EBV/CMV. Elle a dû croire que je rejouais le numéro de Michel Boujenah, interviewé par Claude Sérillon, dans lequel il raconte ses déboires médicaux !

    Nous sommes ensuite allés déjeuner à la brasserie du Ralliement, dirigée désormais par Samuel Albert, c’était très bon, mais le service était un peu lent.

    Samedi 16 mai

    La journée commence sous un beau soleil, c’est agréable. Pendant ma parenthèse nocturne, je relisais le résumé d’une émission consacrée à Marie-Hélène Lafon. Vous connaissez ma passion pour ses livres, son écriture, et ce besoin de raconter la vallée de la Santoire, dans le Cantal, qu’elle a en quelque sorte « trahie » ou « désertée » (ces expressions reviennent souvent dans ses entretiens) en vivant désormais à Paris, mais qu’elle retrouve pendant quelques mois à la « belle saison ». Voici ce qu’elle dit :

    Évoquant la figure de Flaubert, Marie-Hélène Lafon précise : « Ce moment où je mets en jeu mon instrument de travail, mon corps, par le biais de la lecture à voix haute, survient de plus en plus tôt dans le processus d’écriture. Ainsi je place vraiment le travail de la langue à l’épicentre. » Elle revient sur son intuition d’une « piste » à suivre, qu’elle entrevoit toujours comme prémisses à un nouveau roman. La « piste », ce peut être par exemple le personnage de Gilles, présent depuis le début, qu’elle décrit comme celui « qui a toujours déjà été là », une figure qu’elle reprend de roman en roman, voire décline, comme dans le personnage de Joseph par exemple.

    Nombre de ses romans se déroulent dans la vallée de la Santoire dans le département du Cantal. Pour la romancière, attentive à rendre compte de l’historicité de cette matière paysanne, il est essentiel de trouver la façon la plus juste et la plus dense d’incarner ses personnages et d’inscrire leur trace dans l’Histoire. « Cette dimension documentaire – et testimoniale – est liée au fait que j’ai quitté ce territoire, ce qu’on peut assimiler à une forme de désertion », explique-t-elle.

    Elle parle aussi de ce plaisir de lire, inculqué par son institutrice, et tellement essentiel. J’écouterai plus tard l’émission, dont voici le lien pour celles et ceux que cela intéresse, et pour moi en premier : cela me permettra de le retrouver facilement ! Je partage l’avis de Marie-Hélène Lafon en ce qui concerne la mise à distance des lieux sur lesquels on base son récit : cela oblige à plonger au fond de sa mémoire, en triant ce qui pourrait n’être qu’annexe et en ne gardant que l’essentiel. Lorsque je pense à un des paysages que j’aime, l’émotion reste intacte, jusqu’aux parfums de fleurs, ou autres senteurs de la nature. Ce sont ces émotions, ces ressentis que l’on cherche à transmettre, plus que des « instantanés » qui n’auraient pas la même saveur à la lecture.

    Marie-Hélène Lafon : « Lisons pour tenir à distance le chaos du monde » | France Culture

    Ce matin, ce sera passage à la pharmacie en me promenant, et je ne vais pas trop traîner devant l’écran. Ensuite, sans doute un peu de jardinage, ici ou là, selon l’inspiration. La nuit fut plutôt bonne, en dépit de la longue sieste d’hier. Une toute petite parenthèse d’une heure avant de retrouver facilement le sommeil, cela permet une meilleure récupération.

    Samedi soir :

    Mon « inspiration » m’a conseillé de faire le ménage dans l’après-midi, et non le dimanche matin : il faut savoir changer les habitudes (!). Ce matin, je suis allé à la pharmacie, et les merles s’en donnaient à cœur joie, c’était un vrai concert. Benoît m’a servi, toujours serviable et souriant, et nous avons reparlé de cet orage stationnaire qui a mis à mal le toit-terrasse de la pharmacie, peu adapté aux régions où il peut pleuvoir souvent, et, plus rarement, très abondamment. Bref, on a pris le temps de papoter un peu. J’ai ensuite écouté l’émission de France-Culture, avec Marie-Hélène Lafon, qui explique fort bien son travail d’écriture. Maintenant, elle a le temps pour elle, puisqu’elle est à la retraite après avoir été prof de français. Le temps, c’est du luxe, quand on a consacré sa vie active à préparer les cours, corriger les copies, effectuer des recherches, et, bien entendu, assurer les cours. Elle a eu la « chance » de naître fille, et son goût pour l’école, puis pour les études allait de soi pour son entourage familial. C’était tout autre chose pour les garçons destinés à reprendre les fermes familiales et habitués aux travaux des champs dès leur plus jeune âge. Les choses ont changé, bien entendu, mais « Gilles », ce héros récurrent, qui porte sa destinée comme on porte un lourd fardeau doit encore se trouver dans la belle vallée de la Santoire. J’ai toujours un coup de cœur pour les paysages superbes de ce coin du Cantal, et, dès qu’on séjourne dans le joli gîte aux volets rouges, je me sens « à la maison », chez moi, mais je sais bien que j’aurais fait un piètre agriculteur.

    Photo prise sur la terrasse du gîte : des fleurs, un peu partout, de la balsamine (que j’adore) et que l’on peut voir ci-dessous.

    Dimanche 17 mai

    Je suis en pleine parenthèse nocturne et je ne vais pas tarder à tenter de monter dans le prochain « train du sommeil » dès qu’il entrera en gare. L’écoute de l’émission avec Marie-Hélène Lafon m’a replongé dans les paysages du Cantal, mais c’est la Bretagne qui nous attend du 29 mai au 13 juin, car il faut savoir aussi changer de lieu et de thématique, et nous adorons le Finistère, que nous connaissons déjà. L’avantage, quand on est un « déraciné » comme moi, qui n’ai jamais vécu en Picardie, terre natale de mes parents et de mes frères, c’est qu’on se sent chez soi pratiquement partout lorsqu’on voyage. Pas de chauvinisme exacerbé par rapport à une région spécifique, mais des endroits où on se sent vraiment bien, que ce soit en Crète, en Irlande, à Lanzarote ou au fin fond de l’Ariège, et donc bientôt en Bretagne. Ce prochain séjour fera du bien aux organismes et au moral, qui est bon, mais qui sera débarrassé des attentes des résultats d’analyses, sauf bien entendu dans le cas où la « patrouille » me rattraperait jusque dans notre gîte breton. On ne va pas garder cette option.

    Plus tard dans la matinée :

    Vous connaissez « Les Hauts de Hurlevent » et Emily Brontë ? Quelle que soit la réponse, je vous conseille ce documentaire consacré au livre le plus mystérieux de la littérature anglaise, ouvrage sulfureux, encensé lorsque l’on croyait qu’un homme en était l’auteur, puis démoli lorsque l’on sut qu’il avait été écrit par une jeune femme, fille de pasteur. Cet amour/haine entre Cathy Earnshaw et Heathclif est, d’après Georges Bataille, le plus beau roman de la littérature anglaise, et aussi le plus dérangeant. Je partage cet avis, mais, sur la plus haute place de ce podium, je place aussi « Frankenstein ou le Prométhée moderne » de Marie Shelley .

    “Frankenstein” : Mary Shelley, la femme derrière le monstre | France Culture

    Je vous conseille cette excellente émission, qui laisse une question en suspens : mais qui était donc Emily Brontë ? Cela restera un mystère, ce fut le seul roman écrit par cette jeune femme à la santé si fragile.

    Puisque nous sommes en Grande Bretagne avec Heathcliff et Cathy, restons-y pour un intermède musical :

    Lundi 18 mai

    Ce fut une journée consacrée aux courses ce matin, et en cuisine ensuite. Cannelloni farcis de viande hachée avec sauce tomate « maison » (congelée), gratinés et appréciés. En début d’après-midi, j’ai fait un flan coco, mais cela ressemble plus au final à des œufs au lait avec la recette sélectionnée. Le verdict se fera à la dégustation.

    J’ai failli oublier de récupérer le médicament commandé samedi à la pharmacie, et j’y suis allé à pied en fin d’après-midi. Finalement, il n’a pas plu et Michel a bien avancé dans le jardin.

    C’est une bonne nouvelle, Elio a trouvé un donneur de moelle osseuse compatible. On lui souhaite beaucoup de courage, ainsi qu’à ses parents, mais les enfants n’en manquent pas, et surtout pleine réussite pour la greffe qui aura lieu à Marseille. J’espère que ce mouvement de mobilisation se poursuivra, pour d’autres enfants, ados et adultes qui attendent le donneur (ou la donneuse) la plus proche possible du groupe HLA. L’histoire d’Elio m’a rappelé les difficultés que l’équipe avait eues à trouver « Kate », en raison de mon groupe HLA rare et un peu tordu.

    https://www.franceinfo.fr/sante/enfant-ado/le-petit-elio-atteint-d-un-cancer-du-sang-rare-trouve-enfin-un-donneur-de-moelle-osseuse-compatible_8011415.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Mardi 19 mai

    Certaines nuits sont plus compliquées que d’autres, c’est le cas aujourd’hui. La jambe droite me fait mal, au niveau du tibia. Ce ne sont pas des crampes, mais la douleur est vive et semble venir de l’intérieur. Parfois, lorsque la moelle osseuse « travaille » beaucoup, elle provoque ce genre de désagréments. Mais je n’ai aucune certitude quant à l’origine de ces crises qui me réveillent et m’obligent à me lever. Je me souviens que pour l’érysipèle, en décembre avant la greffe, cela avait commencé ainsi, mais avec une rougeur qui était apparue rapidement. Bref, les misères de la vieillesse nous condamnent aussi à ce genre de choses.

    Je repensais lors d’une première « parenthèse », beaucoup plus tôt dans la nuit, à l’interview « distraite » du père d’Elio par Léa Salamé lors du J.T. Elle lui a posé la question suivante : « Savez-vous quand aura lieu l’opération ? » Le papa d’Elio avait précisé, lors de la première interview sur le plateau, que la greffe consistait à transfuser les cellules souches « concentrées » du donneur. Donc, ce n’est pas un acte chirurgical. Là, en duplex, devant le CHU de Marseille, il a redonné l’explication, en semblant quelque peu désemparé par la question de Léa. On a d’ailleurs eu une double vue sur l’écran de Léa Salamé, en plateau, et du papa d’Elio, en simultané. J’ai eu l’impression, mais c’est vraiment très subjectif de ma part, que la journaliste n’écoutait pas vraiment les explications, en tout cas, elle n’a pas relevé les précisions de Thomas, le papa d’Elio. Elle semblait « ailleurs ». Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un manque d’empathie, au contraire : ce sujet lui tient vraiment à cœur, ce serait réducteur et très mesquin de penser le contraire. Sans doute pensait-elle au prochain sujet, au timing du JT ou à une situation qui la touche. J’ai pensé au Liban, à la situation inextricable de ce petit pays pris en étau, et dont le père de Léa Salamé est ministre de la Culture. On peut également imaginer que les attaques dont elle est l’objet en raison de son identité de femme, de son origine libanaise, des « haters » masculinistes et de différents groupes politiques de « l’extrême » finissent par l’atteindre, fragilisant ses qualités d’écoute et paralysant parfois son esprit d’analyse. On aurait tort de s’en réjouir, d’autres sont sur les « listes noires » et subiront à leur tour ce genre de campagnes tout à fait délétères.

    Je viens de trouver une position qui soulage la jambe, je ne vais plus bouger en attendant le lever du soleil…

    Je viens de lire cet article qui illustre un reportage sur les malades corses. Il est impossible, faute de CHU, de suivre une chimio sans avoir à se déplacer à Nice, par avion, départ à 7 h 15 le matin, retour à 22 h le soir, alors que la journée a été pénible et bien assez longue. Quand on parle de déserts médicaux, on n’imagine pas tout ce que cela implique, et le principal risque est le renoncement aux soins. C’est profondément injuste, pour les malades et pour leur entourage.

    « On part à 7h15, je fais la chimio, et on rentre à 22h »: la galère des Corses qui doivent se soigner sur le « continent »

    Petite mise à jour en cours de matinée. J’ai effectué quelques recherches concernant cette douleur au tibia. Il peut s’agir d’une périostite (inflammation de l’enveloppe de l’os), induite par la cortisone et/ou d’une neuropathie périphérique due au contexte global cortisone + GVH + contexte post-greffe avec dénutrition, CMV et EBV actifs. Quoi qu’il en soit, il faudra que j’aborde le sujet en juin : cela peut demander une vérification de l’état osseux, étant donné que la cortisone à haute dose peut aussi fragiliser les os et provoquer des micro-fractures. En ce qui concerne les médicaments possibles, je suis limité en possibilités avec un foie toujours perturbé (paracétamol toxique pour le foie) et les ulcères à l’estomac. Conclusion : je ne suis pas un garçon facile à soigner et Doc Sylvie, à juste titre, me dira que ça commence à bien faire !

    Vous le savez déjà, j’adore les faits divers, surtout quand ils sont décalés. Un renard a volé 19 boules de pétanque et a été enregistré par les caméras de vidéosurveillance. Personnellement, j’ai deux, et même trois questions pour ce Goupil malin : que vas-tu faire de ton butin ? Vas-tu organiser un tournoi avec tes potes ou les échanger contre des poules ? Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de partir avec ces fichues boules ?

    J’adore les renards, ce sont des animaux farceurs, joueurs, très intelligents et avec des bouilles à craquer. Il paraît que le renard fut domestiqué, puis délaissé au profit des chiens. Peut-être que, depuis ces temps immémoriaux, l’info est passée de génération en génération : c’est un devoir de taquiner les humains, par tous les moyens possibles. Le couple victime du larcin, estimé quand même à plusieurs centaines d’euros, préfère en rire : ils ont raison, mais ils sont malins aussi et comptent récupérer le butin de Maître Goupil par un moyen astucieux.

    https://www.franceinfo.fr/faits-divers/il-a-pris-toutes-les-bonnes-un-renard-vole-19-boules-de-petanque-a-un-couple-pour-une-valeur-estimee-a-900-euros_8013644.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Mercredi 20 mai

    J’espère que le renard dyslexique qui confond b/p a trouvé quelque chose de plus comestible que des boules de pétanque. Les poules, c’est quand même meilleur.

    Ma nuit fut calme, grâce au massage à l’huile essentielle de lavande, diluée dans de l’huile d’onagre, que Michel a effectué avec dextérité. Pas de douleur, et je me suis réveillé (de bonne heure) avec la sensation agréable d’être reposé, sans parenthèse nocturne ni douleur à gérer en pleine nuit. J’ai trouvé dans « Mon espace santé » le compte-rendu de l’endoscopie réalisée la semaine dernière. Je l’avais en version papier, mais c’est bien pratique de l’avoir dans le dossier numérique, au cas où il y aurait besoin de consulter un médecin en Bretagne. Il n’y a que le service dermatologie qui n’a pas jugé bon de me transmettre le compte-rendu de l’analyse du carcinome épidermoïde infiltrant. Pourtant, ce rapport existe, puisque Doc Sylvie en a été destinataire. Affaire à élucider pendant la visite du 30 juillet.

    Du côté « endoscopie », il y a actuellement une recherche d’hélicobacter pylori. C’est cette bactérie qui est souvent à l’origine d’ulcères du duodénum et qui peut, si on la laisse s’installer, favoriser les cancers de l’estomac. Bref, si elle est retrouvée, il existe un traitement antibiotique. Nous n’en sommes pas là et à chaque jour suffit sa peine, comme on dit.

    Nous sommes désormais à dix jours de notre départ en Bretagne….

    Jeudi 21 mai

    Petit intermède nocturne désormais habituel, il est 4 h 43 au moment où j’écris ces quelques lignes. Hier, après un début d’après-midi reposant, petite sieste à la clé, lecture ensuite, j’ai rejoint Michel qui attaquait la haie de la terrasse. Sachant qu’il y avait un deuxième taille-haie disponible, j’ai proposé de l’aider, me demandant si je pourrais tenir longtemps les bras en l’air pour tailler cette fichue haie qu’il faudra faire arracher un jour et remplacer par des panneaux plus appropriés et moins contraignants à entretenir (les oiseaux ont encore pas mal d’abris dans le jardin). Nous avons bien avancé tous les deux, et j’ai senti que j’avais repris des forces : j’aurais été incapable de lever le taille-haie, sur batterie et léger, quelques semaines plus tôt.

    Vers 18 h 40 (j’allais valider un achat important en ligne avec l’appli du téléphone, il est un peu tôt pour parler de ce prochain « projet »), appel du service hématologie, voix familière : Doc Sylvie voulait me rassurer en ce qui concerne le compte-rendu de la fibroscopie, et prendre de mes nouvelles au passage. Elle préfère programmer une consultation en ORL, pour assurer le coup sans risquer de « passer à côté », la fibroscopie était essentiellement digestive, et l’ORL pourra poser un diagnostic sur ce qui n’a pas été encore exploré. Elle en a profité pour faire le point sur mon état de santé, et j’ai expliqué que je reprenais des forces, grâce à mes travaux d’Hercule. Je prends aussi un peu de poids. « Oui, eh bien, vous avez de la marge… Continuez surtout à prendre du poids ! » Elle m’a redemandé les dates de nos vacances en Bretagne pour bien caler la consultation en ORL, puis elle nous a souhaité de bonnes vacances en me rappelant la consultation du 16 juin. J’imagine que sa journée n’était pas encore terminée. Quand je vous dis qu’elle garde constamment un œil sur moi…

    Il est temps de clore ce chapitre, et je vais choisir quelques pièces musicales « punchy » pour vous réveiller un peu (pas tout de suite, dormez en paix, braves gens !)

    16 Mai 2026

  • La vie après la greffe, 14 mai 2026

    Week-end « du 8 mai »

    Vendredi 8 mai :

    Il fait un temps superbe, avec un grand ciel bleu. Tant mieux pour ceux qui profitent de la vie au grand air et de ces quelques jours de congés. Ici, ce sera repos pour moi, Michel est déjà au jardin, il termine de bêcher et nous ferons quelques semis avant le retour de la pluie prévu dimanche.

    J’ai enfin reçu, hier après-midi, les résultats du labo de Chalonnes. Il est amusant de noter quelques différences, parfois significatives entre les dosages CHU/Chalonnes. L’I.A m’a donné deux explications :

    1. Le matériel utilisé n’est pas le même et cela explique les différences constatées, peu significatives.
    2. Le moment de la journée est différent : la prise de cortisone influence les résultats, or elle n’avait pas encore eu le temps d’agir lors de la première prise de sang (labo Chalonnes), alors qu’elle a pu modifier les dosages réalisés vers 11 h 30 au CHU, là c’est certainement plus sensible en ce qui concerne ces différences.

    En revanche, les critères hépatiques sont très sensiblement les mêmes et confirment la GVH en cours, atténuée, certes, mais pas neutralisée par la cortisone.

    Dernière remarque : le pic monoclonal, qui ne présente pas de gravité dans le contexte post-greffe tant qu’il n’augmente pas, a surpris le labo de Chalonnes qui a demandé un phénotypage plus précis. Cela explique aussi le délai. Si ce pic augmentait (ce n’est pas le cas), il est souvent le premier indice d’un myélome en cours, et ce serait bien entendu beaucoup plus grave. Pour le moment, il s’agit d’une réponse immunitaire due notamment à la GVH et à l’attaque virale. On peut supposer qu’il restera encore visible pendant un certain temps.

    Après avoir bien travaillé dans le « jardin terrasse » qui prend forme, j’ai photographié les lieux, et pris quelques photos de fleurs également, un peu partout ailleurs, voici le résultat.

    Après-midi consacrée à la sieste dans le fauteuil, lecture et tour de jardin imprudent, car je n’avais ni crème solaire ni chapeau. J’ai pu faire connaissance avec un sympathique habitant du jardin que Michel avait dérangé en faisant les travaux de maçonnerie du muret. Il s’agit d’un magnifique lézard vert, absolument pas farouche, ni rancunier, qui déambule tranquillement depuis le muret du « jardin terrasse » jusqu’aux iris que vous voyez ci-dessus. Fascinant animal, de belle taille et d’une magnifique couleur verte. Désolé, mon téléphone était resté à la maison, donc je n’ai pas de photo pour le moment.

    Je viens de reprendre le comparatif des dosages différents dans les deux labos. La principale différence concerne les plaquettes : pour le CHU, elles sont à 218 giga/L et se portent très bien, la « fourchette » étant comprise entre 150 et 400 pour être dans les normes. En ce qui concerne Chalonnes, la valeur est plus faible, 197 giga/L, mais toujours dans les normes, fixées à 140 et 385. Cela peut avoir une incidence si les plaquettes passaient un jour sous les normes (cela peut arriver avec les traitements). D’ailleurs, la myélodysplasie a commencé par une chute brutale des plaquettes, puis des neutrophiles et ensuite de l’hémoglobine, le tout en quelques semaines seulement. Autant dire que ces plaquettes sont surveillées de près. Précision : seul le labo du CHU est sollicité pour les mesures EBV et CMV.

    Voilà pour les précisions techniques, je retourne à ma lecture du moment « Clément », de Romain Lemire, prix Goncourt du premier roman.

    Samedi 9 mai

    Le temps reste agréable, même s’il fait un peu plus frais. Michel a bien avancé dans le potager avec fin de bêchage de la dernière parcelle et semis (haricots verts, betteraves, bettes, salades…), maintenant, il va falloir faire preuve de patience et apporter l’eau qui ne tomberait pas du ciel : nous avons des réservoirs d’eau de pluie prévus pour ça.

    Je profite de ces quelques jours de répit avant de reprendre le chemin du CHU mardi matin. J’imagine que la consultation avec Doc Sylvie sera décisive pour les traitements envisagés ou la poursuite de la surveillance rapprochée. J’espère surtout que cela ne compromettra pas notre séjour programmé en Bretagne du 29 mai au 13 juin.

    Avant de partir faire quelques courses, voici le lien vers une pétition que j’ai déjà partagée sur Facebook. Il s’agit de cette étudiante, Émilie, en rechute d’un lymphome, et qui voudrait pouvoir valider son oral de soutenance de mémoire d’éducatrice spécialisée en demandant à ce qu’il soit avancé un peu, avant de reprendre la chimio. Elle se heurte à un mur administratif, à la raideur de ses interlocuteurs, et son combat est important, pour elle et pour d’autres malades sans doute un jour confrontés à ces décisions incompréhensibles. On parle ici d’une épreuve individuelle, qui correspond à son parcours de formation, et non d’une épreuve nationale.

    Pétition · Contre la double peine de la maladie. – France · Change.org

    De retour de courses : ce fut rapide et efficace, tout le monde a dû partir en week-end… enfin, presque tout le monde. Juste avant de partir, j’ai cherché Albert, le lézard vert, mais il a dû se douter que j’avais mon téléphone et a joué les stars cachées. Ce n’est pas grave, je finirai bien par le prendre en photo un jour.

    Dimanche 10 mai

    Petit intermède nocturne. 50 ans de carrière, ça laisse des traces… Renaud n’a pas été épargné. Personnellement, c’est le chanteur rebelle et poète des débuts qui me reste en mémoire.

    Dimanche après-midi :

    L’orage s’est invité. Le tonnerre roule mollement, mais la pluie tombe régulièrement depuis un bon moment, et elle est nettement plus efficace que celle de la matinée. C’est donc un bon arrosage pour le jardin, et la certitude que les réservoirs d’eau seront pleins (trois nouveaux ont été installés par Michel après ses travaux titanesques dans la cour).

    Je viens de commander en ligne un beau parapluie pliant d’Aurillac, motif prince de Galles, en me disant que, pour notre séjour en Bretagne, cela pouvait être une bonne idée. Ceux que nous avions n’ont pas résisté très longtemps, vrillés par le vent, devenus inutilisables en peu de temps. Parfois, il faut savoir mettre le prix qu’il faut en espérant que ce parapluie nous accompagnera un peu plus longtemps que ses prédécesseurs. Et puis, ce sont des entreprises de savoir-faire et de tradition, avec une fabrication locale.

    Journée en deux temps : cuisine ce matin, avec un peu de lecture, petite sieste méritée après le repas, et lecture ponctuée par cet intermède d’écriture.

    Peu après avoir décrit les coups de tonnerre un peu mollassons, nous avons eu un orage carabiné, intense, avec des quantités d’eau impressionnantes, des éclairs, la foudre qui ne tombe pas loin, et ce, pendant une bonne partie de l’après-midi. En ce début de soirée (18 h), le calme est revenu. La pharmacie sera fermée ce lundi (il est lundi de bonne heure lorsque j’écris ces mots) en raison de dégâts des eaux, et je crois qu’il pleut encore abondamment. On demandait de l’eau pour le jardin, pas un déluge : les jardiniers ne sont jamais contents.

    Nous sommes lundi après-midi et le soleil vient de faire une apparition remarquée. La pharmacie a rouvert dans l’après-midi, grâce à la mobilisation de l’équipe et à la réactivité des ouvriers chargés des travaux. Si je dois y aller demain, je pourrai donc le faire et passer commande si nécessaire. Si Doc Sylvie ne modifie pas l’ordonnance, cela pourra attendre encore un peu, le temps d’écouler le stock.

    En attendant, je me plonge dans la saga « Pelletier » de Pierre Lemaître et je surveille l’actualité du coin de l’œil. Alors, l’hantavirus fait parler de lui. On avait cinq cas contact, on a une malade positive et une vingtaine de cas contact, et j’attends le moment où les cas contact des cas contact au bout des six semaines d’incubation commenceront à présenter des symptômes ; bon, j’exagère sans doute, mais il suffit que quelqu’un soit immunodéprimé (on ne le sait pas forcément si on n’a pas de suivi) pour que le virus s’installe plus facilement et en profite pour acquérir les mutations qui le rendront plus contagieux. On a connu ainsi les variants COVID 19. Lors de mon hospitalisation en 2021, j’étais atteint par le variant delta, alors que omicron avait déjà pris le relais. Bref, nul ne sait réellement comment ce virus va se développer alors qu’il a quitté les régions peu peuplées d’Argentine. Voici un extrait capté sur franceinfo en réponse à une question :

    Lana_here

    Il y a 0 sec

    #HANTAVIRUS Bonjour, est-ce que nous savons quels sont les profils des personnes le plus à risques de complications ?

    Olivier Bouchaud

    Chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Avicenne  Il y a 7 min

    Comme toujours, ce sont les personnes les plus fragiles. Les personnes âgées, celles qui sont déjà malades, les jeunes enfants et les immunodéprimés. Toutes ces personnes vont moins bien résister à l’attaque du poumon et du cœur par le virus.

    J’ai lu plus tôt dans l’après-midi un autre avis d’infectiologue qui comparait ce virus à Ebola.

    Tout à fait autre chose, et toujours grâce à franceinfo, voici un site qui permet de savoir le temps qu’il faisait le jour de votre naissance. Je suis né à la poste de Sannat, en Creuse, et, en ce 14 avril 1956, le temps était pluvieux, mais pas froid (tout est relatif, bien entendu). J’avais eu la bonne idée de passer l’hiver au chaud dans le ventre maternel, terrible hiver 56…

    Weather Replay

    Mardi 12 mai

    Ce fut donc réveil matinal, départ de bonne heure, et arrivée sans encombre au CHU. Je suis passé en deuxième position, et Doc Sylvie m’a trouvé meilleure mine, les joues moins creusées qu’à la consultation précédente et j’ai confirmé avoir repris un kilo. Bon, on part de loin, mais c’est déjà ça et j’ai retrouvé l’appétit. Sur le plan de l’auscultation, RAS, la peau ne présente pas de signe de GVH, mais j’ai une grosse mise en garde sur le soleil breton, trompeur à cause de la fraîcheur de l’air : « Surtout, protégez-vous, même s’il y a des nuages ! » J’ai confirmé avoir reçu une convocation en dermatologie pour le 30 juillet. Doc Sylvie de commenter : « De toute façon, ils ont vu mon nom sur le mail, et ils ont eu peur ! ». Doc dragon Sylvie a sa réputation !

    Pour les résultats CMV/EBV, là, c’était le désarroi : le labo n’a visiblement pas envoyé l’alerte par mail et Doc Sylvie a zappé l’info sur l’envolée du CMV. Elle a donc rédigé un mail au labo d’infectiologie pour rappeler la procédure. On attend le prochain dosage avant de passer au valganciclovir: il nous en reste une trentaine de comprimés, cela permet de commencer en attendant que la pharmacie puisse commander le médicament, si c’est le cas, l’infirmière m’enverra l’ordonnance modifiée par mail. Pour la GVH hépatique, contenue, mais pas neutralisée, il est possible qu’elle reparte en flèche lorsque nous devrons arrêter la cortisone (on parle de dépendance à la cortisone dans ce cas) et il faudra, si c’est nécessaire, changer de traitement et passer au Jakavi, qui donne de bons résultats sans l’immunosuppression de la cortisone. J’ai encore quelques semaines pendant lesquelles je serai à la dose maximum, 70 mg, donc les parenthèses nocturnes et les réveils à l’aube ne sont pas terminés. J’ai dit à Michel que je me baladerai sur la côte bretonne avec une lampe-tempête en pleine nuit (ambiance à la Dahné Du Maurier ou à la Emily Brontë, au choix). Nous avons aussi échangé sur le vaccin COVID et Doc Sylvie, par taquinerie, m’a demandé si je m’étais fait aussi vacciner contre l’hantavirus. Plus sérieusement, elle a confirmé la réception de 3 mails hier à ce sujet, détaillant les mesures à prendre « au cas où » et a conclu dans le couloir en nous raccompagnant : « Franchement, je ne sais pas quoi en penser ! ». Visiblement, elle n’est pas la seule dans ce cas : soit le virus est peu contagieux, alors pourquoi cette mise en scène lors du débarquement à Ténérife, soit il est beaucoup plus virulent que ce qu’on veut bien nous dire, soit personne ne sait rien…

    Comme d’habitude, j’attends désormais les résultats, d’abord la classique NFS avec les marqueurs du foie, puis les dosages EBV/CMV que les laborantins ont intérêt à communiquer en urgence à Doc Sylvie sous peine de se prendre la soufflante du siècle. Là, je n’ai aucun doute sur le respect des consignes désormais !

    J’ai donc le feu vert pour la Bretagne et son soleil méchant, c’est une très bonne nouvelle. Vendredi, ce sera retour au CHU pour la fibroscopie, et la prochaine consultation avec Doc Sylvie est prévue le 16 juin. Doc Sylvain a dit à sa consœur : « Tu me le remets sur pied avant que je prenne le relai ». Comme dit Doc Sylvie « Vous n’êtes pas débarrassé de moi » (et moi de penser très fort que c’est plutôt elle qui se trimballe le boulet). En commentant l’anecdote pendant la prise de sang, Marie-Luce et l’infirmière se sont exclamées : « Ben voyons, c’est trop facile ça ! »

    Mercredi 13 mai

    Une fois n’est pas coutume, nous avons suivi la conférence de presse de la ministre de la santé, consacrée à la gestion de l’hantavirus. La ministre, Stéphanie Rist, était entourée de grands spécialistes qui ont pu s’exprimer, détailler les connaissances qu’ils ont de ce virus, rassurer, mais sans occulter les risques, expliquer les choses compliquées avec des mots simples. La ministre a répondu aux questions concernant plus directement la politique de santé, la gestion des stocks de masques, etc. Le tout était très habilement mené, sans langue de bois, et avec le souci d’apporter des informations simples, compréhensibles et la qualité des intervenants indéniable. Sophie Rist est elle-même médecin, il faut le souligner. Sans doute faut-il voir là la leçon de la gestion du COVID où, dans un premier temps, on nous avait dit « Bah, ce n’est pas grand-chose » et où on nous a ensuite confinés, parce que le pas grand-chose commençait à tuer. Bref, quand les crises de ce genre sont gérées par des gens sérieux et bien informés, cela change la donne. Il y aura sans doute des ajustements lorsque le virus et son mode d’action seront mieux connus, mais on sent que l’équipe en place est solide. Le principal trou dans la raquette, et cela a été souligné hier, ce sont les USA, qui ne veulent entendre parler de rien, au nom de la sacro-sainte liberté et avec un ministre de la Santé antivax, anti-tout.

    J’attends les premiers résultats qui ne devraient pas tarder, sachant que le dosage des charges virales prendra 24 h (ou 48 h avec le jeudi de l’Ascension).

    Je vous invite donc à une énième promenade dans les fleurs du jardin en attendant :

    Les premiers résultats de l’analyse sont arrivés vers 13 h 15. Il y a peu de changements par rapport à ceux de la semaine dernière : le foie est toujours perturbé, mais de façon plus contenue. La GVH est donc toujours présente, avec moins de perturbations digestives, et j’en profite pour mitonner des petits plats que nous avons plaisir à déguster. Baloo le chante mieux que moi « Il en faut peu pour être heureux ! ». Cela va faire un an bientôt que ce cirque hépatique s’est mis en route, donc on a la certitude qu’il s’agit bien d’une GVH. Pour rappel : je ne pourrai pas rester avec la dose maximum de cortisone reçue actuellement. Il va falloir baisser, puis stopper. C’est la partie « jeu de la vérité » qui commencera alors, sans doute lors de la prochaine visite post-greffe prévue le 16 juillet : soit l’amélioration « tient », et on fera avec, soit la GVH repart (c’est probable, vu qu’elle n’a pas disparu avec le traitement) et il faudra envisager le Jakavi.

    Du côté globules rouges, globules blancs et plaquettes, tout est normal, avec une légère, très légère remontée des lymphocytes encore proches de la norme minimale. Le pic monoclonal est stable, l’albumine reste basse, inférieure à la norme la plus basse de la fourchette. Bref, la dénutrition, malgré quelques centaines de grammes repris, se poursuit. On attend le dosage des deux dragons-virus EBV+CMV, c’est ce qui sera le plus important à commenter.

    Ah, j’ai reçu le parapluie d’Aurillac, très bien emballé, expédié à l’heure, et je ferai quelques photos demain. On arrive de faire les courses et j’ai comme une grosse flemme qui m’incite à me reposer un peu.

    Jeudi 14 mai

    En attendant les résultats CMV/EBV, qui n’arriveront peut-être que demain en raison de l’Ascension, voici les photos du parapluie d’Aurillac. Je fais un peu de pub pour la marque, mais c’est sérieux, fabriqué en France, il n’y a aucune pièce en plastique et le mécanisme me paraît fiable. Le parapluie est de belle taille et il y a de la place pour deux : un p’tit coin de parapluie, pour un coin de paradis. Le parapluie est une des traditions cantaliennes, et la mention « parapluie d’Aurillac » est un gage de qualité. Sachant qu’une journée de balade dans le volcan peut vous confronter aux quatre saisons, il n’est pas un simple accessoire, mais une nécessité pour ne pas terminer trempé de la tête aux pieds. Mais on peut s’en passer par grand beau temps, et rien n’est plus beau que le vert des prairies sur les pentes volcaniques après la pluie.

    Voici les résultats EBV/CMV qui sont arrivés il y a une poignée de secondes :

    EBV : 4.47 log, en augmentation, tout près des 4.5 log. CMV : 4 log, stabilité de la charge virale qui reste élevée. Question pour le moment sans réponse : que va décider Doc Sylvie en scrutant les résultats que le labo lui aura envoyés en respectant cette fois la procédure d’urgence ? Réponse demain sans doute. Pour rappel, je suis convoqué au CHU à 9 h pour l’endoscopie prévue depuis un moment. Je serai sédaté et l’intervention aura lieu à partir de 11 h, sous réserve qu’il n’y ait pas de retard dans le planning. Prévoir mots fléchés pour que l’attente paraisse moins longue. J’ai eu au téléphone, hier après-midi, l’infirmière du service qui m’a rappelé quelques consignes : douche ce soir, douche demain matin, rester à jeun, ne pas mâcher de chewing-gum ni fumer (je ne fume plus depuis 2004 et je ne mâche que très rarement des chewing-gums).

    8 Mai 2026

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