Jeudi 10 avril
Voulez-vous un scoop ? Je ne suis pas tombé pendant la balade à pied. J’ai juste un peu ripé dans le fossé en voulant prendre des jolies fleurs en photo. Le deuxième scoop, c’est qu’il fait toujours très beau avec un petit vent tiède et du ciel « bleu d’Anjou », donc toujours un peu laiteux quand il fait très beau. Rien de neuf du côté médical, à part mes égratignures qui ne me donnent pas plus de soucis que cela. Je n’ai pas de douleurs particulières suite à la gamelle d’hier et c’est tant mieux. Le pouce gauche est le plus abîmé, il se remettra. Heureusement, le poignet a été épargné.
Voici donc quelques photos avec de nouvelles fleurs et une avancée en saison qui verdit les arbres. Les lilas sont presque en fleurs et les glycines aussi. En premier, vous verrez les premières fleurs de notre « rosier de Blanes » qui provient d’une bouture rapportée de Catalogne. Ce rosier se multiplie facilement et n’est pas difficile, contrairement à d’autres variétés. Ensuite, ce sont les fleurs des champs et des pieds de murs.














Vendredi 11 avril
Encore une belle journée, sans doute la dernière de la jolie série d’avril, donc on en a profité. Mais place aux actualités « santé » :
J’ai lu ce matin quelques publications médicales très intéressantes sur les taux de chimérisme attendus au deuxième et troisième mois. Pour rappel, après le calcul du premier mois, j’étais à 93%. Je trouvais ça pas mal du tout mais Doc Sylvie avait eu cette appréciation lapidaire : « Peut mieux faire, poursuivez vos efforts ! ». J’ai donc vérifié ce qui est réellement « Très bien ! » En fait, pour que le taux de chimérisme soit « dans les clous », il doit être compris entre 95 et 100%. 98%, ce serait déjà très bien, 94%, cela voudrait dire une surveillance renforcée pour voir si le taux remonte ou pas. S’il ne remontait pas, et pire, s’il baissait, cela signifierait à terme la perte du greffon ou le retour de la maladie initiale, ou les deux. On ne va pas jouer à se faire peur, dans ce cas il faudrait ajuster la cortisone en diminuant autant que possible les doses (cela doit se faire progressivement) et en réinjectant des lymphocytes de Kate pour booster la reprise de la moelle osseuse. Nous n’en sommes pas là, on sera fixés mardi.
Le gag du jour, vous l’aurez compris, ce sont les 5 enveloppes des résultats de l’analyse de sang, et voici la preuve en photos (je sais, le lionceau du set de table est trop mignon !)


Nous rentrons d’une jolie « boucle » à vélo, 15 km. Je n’ai donc pas écouté vos sages conseils du style « Marche, c’est plus sûr ! » et il ne m’est rien arrivé. Michel a juste fait une jolie glissade tout en douceur sur le bord d’un chemin un peu caillouteux, mais c’était charmant et très gracieux – il a su choir sans déchoir, loin de valoir mon gadin avec égratignures ! Au passage, quelques spécimens du patrimoine local avec deux châteaux, le troisième est trop caché derrière les arbres pour pouvoir le photographier.
On commence avec le château du Plessis-Raymond et on enchaîne avec quelques paysages :





Le dernier château est le château du Pineau, situé à l’écart du bourg, bien caché aussi mais on a pu s’approcher. Il s’est refait une beauté avec une très belle restauration toujours en cours :


Samedi 12 avril
Les nuages arrivent tranquillement mais nous n’avons pas de pluie pour le moment. Sinon, la cortisone c’est magique : pas de courbatures suite à notre sortie d’hier, pas le moindre craquement sinistre dans les genoux ou les épaules. Inconvénient : mon système immunitaire est à zéro et ce n’est pas le moment que je chope un alien dans une jambe ou une méchante bactérie, même si je suis couvert par les antibiotiques et par les fongicides. Ce sera donc journée tranquille entre lecture et repos, et de temps en temps cela fait du bien au corps et à l’esprit. J’essaie de ne pas trop penser au verdict concernant le taux de chimérisme que Doc Sylvie me communiquera mardi, mais j’y pense quand même, d’autant plus que je tente d’oublier : je n’aime pas trop ce genre d’idées fixes qui ne présagent jamais rien de bon.
J’avais lu voici quelques jours un article concernant la réaction des étudiants en médecine qui refusent de se retrouver dans la Creuse, en pleine « diagonale du vide », dans une ville de 40 000 habitants (ce doit être Guéret, je n’en vois pas d’autre !). En tant que natif de ce beau département, je tiens à rassurer mes amis Creusois, car avec de tels propos, ils seraient vraiment mal soignés si un de ces jeunes c…ns était « obligé » de s’installer. Un médecin doit, à mon avis, faire preuve d’empathie et avoir du respect pour ses patients, et ce doit être réciproque, bien entendu. Je n’ai, dans mon parcours médical chaotique, rencontré que des médecins et professionnels bienveillants, soucieux de la qualité des soins et avec le sens du contact humain. Et, croyez-moi, cela compte énormément quand vous vous retrouvez pendant 30 jours dans une chambre « stérile ». J’appréciais particulièrement ce contact simple, les plaisanteries, les fous-rires, les visites inopinées de Jules et les délires d’infirmières et d’aides-soignantes, même avec la jaunisse et 40° de fièvre, même si ces souvenirs sont parfois noyés dans le brouillard, je sais qu’ils ont eu lieu et qu’ils m’ont aidé. Imaginons ce même type qui refuse la Creuse dans le service hémato d’un grand CHU : quel serait son rapport aux malades ? Voici l’article en question :
Heureusement, on a de jeunes médecins volontaires qui, grâce à l’association Médecins Solidaires, acceptent de passer du temps dans ces déserts médicaux et d’aller à la rencontre des patients qui n’ont pas vu de généraliste depuis des années parfois. Honnêtement, je préfère avoir affaire à ce type de toubib, et ensuite on peut imaginer, et c’est évoqué dans le deuxième article, que les jeunes trouvent un sens à leur métier en l’exerçant là où on a besoin d’eux. C’est la même chose avec les vétérinaires qui se rendent compte que, finalement, ils peuvent être plus utiles en s’occupant du bétail qu’en soignant des chihuahuas caractériels.
Voici le lien vers le deuxième article :
Dimanche 13 avril
Que fait-on le dimanche ? D’habitude, je fais le ménage le matin mais comme je suis encore interdit d’aspirateur, de serpillère, et de chiffon, je vais devoir m’abstenir. Je désobéis un peu en passant l’éponge de temps en temps sur le plan de travail de la cuisine et sur les plaques de cuisson. Sinon, ce sera lecture (« H » de Bernard Minier, en version numérique) et repos. Le temps est gris, sans pluie, on verra si on tente une sortie ou pas. Je vais aussi continuer les recherches sur le taux de chimérisme, même si je commence à être au point sur la question et, de toute façon, m’informer ne permettra pas de modifier le cours des choses, mais je trouve que c’est important pour comprendre ce que Doc Sylvie me communiquera. Si tout va bien, alors il ne faudra pas s’inquiéter, si le taux en revanche est insuffisant, il conviendra d’évoquer ce qui pourrait être prévu, tout en sachant que les décisions dans ce cas seront prises collégialement lors de la RCP hebdomadaire. Ce côté épée de Damoclès est toujours présent avant chaque visite. Jusqu’ici, c’étaient les reins et la créatinine qui me préoccupaient mais, fort heureusement, tout va mieux de ce côté ainsi que je l’ai précisé. J’ai malgré tout, dans un tiroir secret de mon pauvre cerveau, cette idée que tout peut encore arriver et qu’il faut courber le dos. La greffe n’est pas gage de réussite à 100%, loin s’en faut, surtout si on a eu un traitement « allégé » en ce qui concerne la chimio préparatoire ; on parle de 50% de réussite dans ce cas. C’est avant tout une façon de permettre au malade, en cas de réussite, de prolonger son espérance de vie. Cela peut aller de quelques mois à plusieurs années, mais la médecine n’est pas une science exacte. On ne sait toujours pas exactement pourquoi certains organismes réagissent bien alors que pour d’autres la maladie va reprendre le dessus. En cas de récidive, le tableau est particulièrement sombre puisque, à part soulager les symptômes, on ne peut pas faire grand-chose. Une deuxième greffe est possible pour les plus jeunes mais souvent trop risquée pour les malades « âgés » dont je fais partie. Je retourne de ce pas à Bernard Minier…
Finalement, le temps s’est maintenu et nous rentrons de balade, 5.7 km avec nuages et éclaircies. Comme le grand soleil est mon ennemi, c’était parfait. Nous avons rencontré peu de monde, mais des vaches sympathiques qui ont accouru pour se faire prendre en photo, et les fleurs du printemps qui ne courent pas mais se balancent parfois un peu trop avec le vent. Nous sommes le dimanche des Rameaux et le vent est orienté sud-ouest.











Lundi 14 avril :
Un an de plus en ce lundi 14 avril… Ce n’était pas gagné d’avance, donc on savoure sans excès et on arrosera cela à l’eau pétillante. La journée s’annonce calme, et ce sera lecture, repos et sérénité avant la visite de demain au CHU. Michel doit sortir pour faire quelques courses, on a pris l’habitude de prévoir un menu « surgelé » pour le mardi midi, ce qui évite tout tracas au retour et cela dépanne bien. Surgelé, pas congelé : la nuance est importante car je n’ai pas droit aux produits congelés « maison ». Le poids des ans ne me pèse pas trop, on en a parlé avec Doc Sylvie la semaine dernière qui trouve que c’est bien de vieillir. Je me suis contenté de préciser « Je suis d’accord, tant que l’on vieillit bien, après, cela devient autre chose. » J’avais peur, pendant les quelques jours chahutés qui ont suivi le Grafalon, de rester dans cet état de brouillard cérébral, avec des pensées plus ou moins délirantes, voire des hallucinations parfois. Heureusement, je pense avoir retrouvé la plupart de mes capacités intellectuelles, y compris la concentration (sauf avec Carmen !), ce qui fait souvent défaut lorsque l’on a eu une greffe de cellules souches. Je dirais même que c’est mieux que pendant la période avant-greffe lorsque l’état de fatigue dû à la maladie et au Vidaza ne me permettait pas beaucoup d’activités. Donc un an de plus, dans de meilleures conditions de vie, si c’est confirmé, ce sera un beau cadeau déjà. Il faut s’efforcer de savourer les instants magiques, les lumières dans le petit chemin creux, les vaches qui accourent pour dire bonjour, l’architecture délicate des fleurs printanières et les papillons, de tout petits riens qui enchantent car je suis un contemplatif. Une hirondelle qui virevolte fait mon bonheur, un éclairage fugace me transporte soudain en Irlande, ou en Crète, ou sur le plateau d’Aubrac, peu importe. La grive qui vient en toute confiance sur la terrasse pendant que nous mangeons est un véritable cadeau, inestimable, je ne demande rien de plus.
Mardi 15 avril
Doc Sylvie était un peu vénère en entrant dans son cabinet : le ménage avait été fait à la va vite et le meuble à tiroirs n’était pas à sa place. Une bouteille d’eau entamée traînait dans un coin également. Mais comme elle nous l’a dit après quelques grognements compréhensibles : « J’ai décidé que ce sera une bonne journée et que je serai de bonne humeur ». J’ai un peu contribué à détendre l’atmosphère : « Mais qu’est-ce que vous avez fait à votre pouce ? » J’ai expliqué le bob qui menaçait de s’envoler, le guidon lâché d’une main pour rattraper le couvre-chef et la chute sur le trottoir. » Et c’est là qu’elle m’a dit « Franchement, mettez un casque, avec un bonnet « spécial casque » pour éviter le soleil », elle s’est néanmoins réjouie du fait que je ne passais pas toutes mes journées assis dans mon fauteuil. Sinon tout s’est bien passé : pas de réactions cutanées, pas de problèmes à l’auscultation et, surtout, un taux de chimérisme à 100 %. J’ai dit à Michel alors que l’on passait à « S.T Georges barre oblique Loire » : « Je suis 100 % Kate ! » L’information est à la fois réjouissante et rassurante. Petit souci mais sans gravité, je viens de recevoir un appel de l’infirmière du service : Doc Sylvie a faxé une ordonnance à la pharmacie en ajoutant du potassium. Elle venait d’avoir les premiers résultats et le taux a fortement baissé dans le sang. C’est un des effets indésirables de la cortisone, et j’ai déjà eu le complément en question – Diffu K – lors de mes précédentes cures de cortisone. On voit donc l’importance de cette surveillance rapprochée avec les dosages ciblés. J’irai à la pharmacie à l’ouverture, à pied, cela me fera une petite sortie et j’en profiterai pour faire le réassort des médicaments nécessaires. Celui qui coûte plus de 4 000 € la boîte pourra attendre jusqu’à la prochaine fois, encore heureux ! J’ai parfois l’impression de creuser le déficit de la Sécu avec une pelleteuse, mais je n’ai pas trop le choix malheureusement.
Le prochain dosage du chimérisme aura lieu début mai et comme le soulignait Doc Sylvie en consultant le calendrier « Mais en fait, ça va arriver rapidement ! » Il ne reste plus qu’à attendre les résultats (partiels) qui arriveront demain matin, on sait déjà que le potassium sera trop bas.
Dernière information : vous vous souvenez de la petite dame avec la canne fleurie ? Eh bien figurez-vous qu’elle n’avait pas de canne aujourd’hui : elle était très mobile, se levait pratiquement d’un bond et marchait d’un pas décidé. Michel s’est demandé à quoi on l’avait dopée. De plus, elle n’a pas eu besoin de transfusion car son hémoglobine était à 9.8. C’est une personne charmante, toujours très courtoise, et cela nous fait plaisir de la voir en forme. Le monsieur qui toussait beaucoup la dernière fois ne toussait plus, mais il est passé directement dans la chambre pour recevoir son traitement. Il allait mieux, mais il est toujours très maigre, j’espère qu’il va retrouver lui aussi la forme d’ici peu. La quatrième personne était une dame qui a eu un traitement par Car T- cells, c’est une technique récente qui permet de modifier génétiquement les lymphocytes T du patient en les réinjectant ensuite, de façon à contrer les cellules malades. La dame en question souffre d’un myélome, et vient de Cholet pour son suivi.
Voici un lien si vous voulez connaître un peu plus cette technique médicale (qui est indiquée pour certaines pathologie, mais pas pour toutes) :
https://www.gustaveroussy.fr/fr/les-cellules-car-t
Mercredi 16 avril
Ce fut une courte nuit car je me suis réveillé tôt, sans doute par effet conjugué de la pleine lune et de la cortisone. J’en ai profité pour faire des recherches destinées à un ami du forum Ellye qui souffre d’une forme très particulière de lymphome. Quand il s’agit de coups tordus, notre organisme sait faire preuve d’imagination afin de déjouer les traitements proposés.
Je pensais avoir une première partie des résultats, mais la notification reçue ne concerne encore que l’analyse de la semaine dernière. Cela arrivera plus tard dans la matinée dans la version « actualisée ». Il faisait bien froid ce matin, avec une très légère gelée blanche, mais le ciel est actuellement d’un joli bleu presque trop intense pour espérer l’avoir toute la journée.
Côté santé, j’ai eu hier soir une série de crampes assez désagréables, sans doute dues au manque de potassium. Mais cela devrait rapidement se calmer avec les trois gélules quotidiennes de Diffu K.
Les résultats viennent d’arriver. C’est bien en ce qui concerne l’hémoglobine, c’est un peu plus mitigé pour le reste, avec une baisse des plaquettes (la troisième consécutive, ce qui ne me rassure pas) et l’apparition de métamyélocytes.
Les métamyélocytes (cellule juvénile, forme jeune, métagranulocyte, neutrophile non segmenté) constituent, avec les myélocytes et les promyélocytes, des précurseurs des neutrophiles, la classe la plus importante de globules blancs. Ces neutrophiles immatures se retrouvent normalement uniquement dans la moelle osseuse. Dans le sang, ce sont les métamyélocytes qui sont le plus souvent observés, accompagnés de quelques myélocytes.
Pour le moment, rien de vraiment inquiétant mais ce n’est pas rassurant non plus puisque ces métamyélocytes étaient présents lors de la myélodysplasie. Bref, il faudra attendre le verdict de Doc Sylvie. En ce qui concerne la fonction rénale, elle est pratiquement revenue à la normale. La baisse des plaquettes si elle se poursuit, ainsi que l’apparition des métamyélocytes nécessiteront une surveillance rapprochée, voire un myélogramme pour vérifier que la moelle osseuse n’est pas en train de « débloquer ». Il peut aussi s’agir d’un déploiement un peu anarchique mais sans gravité. Comme dirait Kate : « Wait and see ! »
Et pour terminer, un petit tour du côté de JJG, notre discret « retraité », toujours là néanmoins quand il faut.








































































