Greffe de moelle osseuse

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Greffe de moelle osseuse
  • Post-greffe, avril J 17

    Jeudi 10 avril

    Voulez-vous un scoop ? Je ne suis pas tombé pendant la balade à pied. J’ai juste un peu ripé dans le fossé en voulant prendre des jolies fleurs en photo. Le deuxième scoop, c’est qu’il fait toujours très beau avec un petit vent tiède et du ciel « bleu d’Anjou », donc toujours un peu laiteux quand il fait très beau. Rien de neuf du côté médical, à part mes égratignures qui ne me donnent pas plus de soucis que cela. Je n’ai pas de douleurs particulières suite à la gamelle d’hier et c’est tant mieux. Le pouce gauche est le plus abîmé, il se remettra. Heureusement, le poignet a été épargné.

    Voici donc quelques photos avec de nouvelles fleurs et une avancée en saison qui verdit les arbres. Les lilas sont presque en fleurs et les glycines aussi. En premier, vous verrez les premières fleurs de notre « rosier de Blanes » qui provient d’une bouture rapportée de Catalogne. Ce rosier se multiplie facilement et n’est pas difficile, contrairement à d’autres variétés. Ensuite, ce sont les fleurs des champs et des pieds de murs.

    Vendredi 11 avril

    Encore une belle journée, sans doute la dernière de la jolie série d’avril, donc on en a profité. Mais place aux actualités « santé » :

    J’ai lu ce matin quelques publications médicales très intéressantes sur les taux de chimérisme attendus au deuxième et troisième mois. Pour rappel, après le calcul du premier mois, j’étais à 93%. Je trouvais ça pas mal du tout mais Doc Sylvie avait eu cette appréciation lapidaire : « Peut mieux faire, poursuivez vos efforts ! ». J’ai donc vérifié ce qui est réellement « Très bien ! » En fait, pour que le taux de chimérisme soit « dans les clous », il doit être compris entre 95 et 100%. 98%, ce serait déjà très bien, 94%, cela voudrait dire une surveillance renforcée pour voir si le taux remonte ou pas. S’il ne remontait pas, et pire, s’il baissait, cela signifierait à terme la perte du greffon ou le retour de la maladie initiale, ou les deux. On ne va pas jouer à se faire peur, dans ce cas il faudrait ajuster la cortisone en diminuant autant que possible les doses (cela doit se faire progressivement) et en réinjectant des lymphocytes de Kate pour booster la reprise de la moelle osseuse. Nous n’en sommes pas là, on sera fixés mardi.

    Le gag du jour, vous l’aurez compris, ce sont les 5 enveloppes des résultats de l’analyse de sang, et voici la preuve en photos (je sais, le lionceau du set de table est trop mignon !)

    Nous rentrons d’une jolie « boucle » à vélo, 15 km. Je n’ai donc pas écouté vos sages conseils du style « Marche, c’est plus sûr ! » et il ne m’est rien arrivé. Michel a juste fait une jolie glissade tout en douceur sur le bord d’un chemin un peu caillouteux, mais c’était charmant et très gracieux – il a su choir sans déchoir, loin de valoir mon gadin avec égratignures ! Au passage, quelques spécimens du patrimoine local avec deux châteaux, le troisième est trop caché derrière les arbres pour pouvoir le photographier.

    On commence avec le château du Plessis-Raymond et on enchaîne avec quelques paysages :

    Le dernier château est le château du Pineau, situé à l’écart du bourg, bien caché aussi mais on a pu s’approcher. Il s’est refait une beauté avec une très belle restauration toujours en cours :

    Samedi 12 avril

    Les nuages arrivent tranquillement mais nous n’avons pas de pluie pour le moment. Sinon, la cortisone c’est magique : pas de courbatures suite à notre sortie d’hier, pas le moindre craquement sinistre dans les genoux ou les épaules. Inconvénient : mon système immunitaire est à zéro et ce n’est pas le moment que je chope un alien dans une jambe ou une méchante bactérie, même si je suis couvert par les antibiotiques et par les fongicides. Ce sera donc journée tranquille entre lecture et repos, et de temps en temps cela fait du bien au corps et à l’esprit. J’essaie de ne pas trop penser au verdict concernant le taux de chimérisme que Doc Sylvie me communiquera mardi, mais j’y pense quand même, d’autant plus que je tente d’oublier : je n’aime pas trop ce genre d’idées fixes qui ne présagent jamais rien de bon.

    J’avais lu voici quelques jours un article concernant la réaction des étudiants en médecine qui refusent de se retrouver dans la Creuse, en pleine « diagonale du vide », dans une ville de 40 000 habitants (ce doit être Guéret, je n’en vois pas d’autre !). En tant que natif de ce beau département, je tiens à rassurer mes amis Creusois, car avec de tels propos, ils seraient vraiment mal soignés si un de ces jeunes c…ns était « obligé » de s’installer. Un médecin doit, à mon avis, faire preuve d’empathie et avoir du respect pour ses patients, et ce doit être réciproque, bien entendu. Je n’ai, dans mon parcours médical chaotique, rencontré que des médecins et professionnels bienveillants, soucieux de la qualité des soins et avec le sens du contact humain. Et, croyez-moi, cela compte énormément quand vous vous retrouvez pendant 30 jours dans une chambre « stérile ». J’appréciais particulièrement ce contact simple, les plaisanteries, les fous-rires, les visites inopinées de Jules et les délires d’infirmières et d’aides-soignantes, même avec la jaunisse et 40° de fièvre, même si ces souvenirs sont parfois noyés dans le brouillard, je sais qu’ils ont eu lieu et qu’ils m’ont aidé. Imaginons ce même type qui refuse la Creuse dans le service hémato d’un grand CHU : quel serait son rapport aux malades ? Voici l’article en question :

    https://www.20minutes.fr/sante/4147393-20250408-deserts-medicaux-jeunes-medecins-obliges-installer-creuse-non-vraiment

    Heureusement, on a de jeunes médecins volontaires qui, grâce à l’association Médecins Solidaires, acceptent de passer du temps dans ces déserts médicaux et d’aller à la rencontre des patients qui n’ont pas vu de généraliste depuis des années parfois. Honnêtement, je préfère avoir affaire à ce type de toubib, et ensuite on peut imaginer, et c’est évoqué dans le deuxième article, que les jeunes trouvent un sens à leur métier en l’exerçant là où on a besoin d’eux. C’est la même chose avec les vétérinaires qui se rendent compte que, finalement, ils peuvent être plus utiles en s’occupant du bétail qu’en soignant des chihuahuas caractériels.

    Voici le lien vers le deuxième article :

    https://charliehebdo.fr/2024/12/sciences/sante/deserts-medicaux-des-medecins-solidaires-vadrouillent-dans-la-diagonale-du-vide/

    Dimanche 13 avril

    Que fait-on le dimanche ? D’habitude, je fais le ménage le matin mais comme je suis encore interdit d’aspirateur, de serpillère, et de chiffon, je vais devoir m’abstenir. Je désobéis un peu en passant l’éponge de temps en temps sur le plan de travail de la cuisine et sur les plaques de cuisson. Sinon, ce sera lecture (« H » de Bernard Minier, en version numérique) et repos. Le temps est gris, sans pluie, on verra si on tente une sortie ou pas. Je vais aussi continuer les recherches sur le taux de chimérisme, même si je commence à être au point sur la question et, de toute façon, m’informer ne permettra pas de modifier le cours des choses, mais je trouve que c’est important pour comprendre ce que Doc Sylvie me communiquera. Si tout va bien, alors il ne faudra pas s’inquiéter, si le taux en revanche est insuffisant, il conviendra d’évoquer ce qui pourrait être prévu, tout en sachant que les décisions dans ce cas seront prises collégialement lors de la RCP hebdomadaire. Ce côté épée de Damoclès est toujours présent avant chaque visite. Jusqu’ici, c’étaient les reins et la créatinine qui me préoccupaient mais, fort heureusement, tout va mieux de ce côté ainsi que je l’ai précisé. J’ai malgré tout, dans un tiroir secret de mon pauvre cerveau, cette idée que tout peut encore arriver et qu’il faut courber le dos. La greffe n’est pas gage de réussite à 100%, loin s’en faut, surtout si on a eu un traitement « allégé » en ce qui concerne la chimio préparatoire ; on parle de 50% de réussite dans ce cas. C’est avant tout une façon de permettre au malade, en cas de réussite, de prolonger son espérance de vie. Cela peut aller de quelques mois à plusieurs années, mais la médecine n’est pas une science exacte. On ne sait toujours pas exactement pourquoi certains organismes réagissent bien alors que pour d’autres la maladie va reprendre le dessus. En cas de récidive, le tableau est particulièrement sombre puisque, à part soulager les symptômes, on ne peut pas faire grand-chose. Une deuxième greffe est possible pour les plus jeunes mais souvent trop risquée pour les malades « âgés » dont je fais partie. Je retourne de ce pas à Bernard Minier…

    Finalement, le temps s’est maintenu et nous rentrons de balade, 5.7 km avec nuages et éclaircies. Comme le grand soleil est mon ennemi, c’était parfait. Nous avons rencontré peu de monde, mais des vaches sympathiques qui ont accouru pour se faire prendre en photo, et les fleurs du printemps qui ne courent pas mais se balancent parfois un peu trop avec le vent. Nous sommes le dimanche des Rameaux et le vent est orienté sud-ouest.

    Lundi 14 avril :

    Un an de plus en ce lundi 14 avril… Ce n’était pas gagné d’avance, donc on savoure sans excès et on arrosera cela à l’eau pétillante. La journée s’annonce calme, et ce sera lecture, repos et sérénité avant la visite de demain au CHU. Michel doit sortir pour faire quelques courses, on a pris l’habitude de prévoir un menu « surgelé » pour le mardi midi, ce qui évite tout tracas au retour et cela dépanne bien. Surgelé, pas congelé : la nuance est importante car je n’ai pas droit aux produits congelés « maison ». Le poids des ans ne me pèse pas trop, on en a parlé avec Doc Sylvie la semaine dernière qui trouve que c’est bien de vieillir. Je me suis contenté de préciser « Je suis d’accord, tant que l’on vieillit bien, après, cela devient autre chose. » J’avais peur, pendant les quelques jours chahutés qui ont suivi le Grafalon, de rester dans cet état de brouillard cérébral, avec des pensées plus ou moins délirantes, voire des hallucinations parfois. Heureusement, je pense avoir retrouvé la plupart de mes capacités intellectuelles, y compris la concentration (sauf avec Carmen !), ce qui fait souvent défaut lorsque l’on a eu une greffe de cellules souches. Je dirais même que c’est mieux que pendant la période avant-greffe lorsque l’état de fatigue dû à la maladie et au Vidaza ne me permettait pas beaucoup d’activités. Donc un an de plus, dans de meilleures conditions de vie, si c’est confirmé, ce sera un beau cadeau déjà. Il faut s’efforcer de savourer les instants magiques, les lumières dans le petit chemin creux, les vaches qui accourent pour dire bonjour, l’architecture délicate des fleurs printanières et les papillons, de tout petits riens qui enchantent car je suis un contemplatif. Une hirondelle qui virevolte fait mon bonheur, un éclairage fugace me transporte soudain en Irlande, ou en Crète, ou sur le plateau d’Aubrac, peu importe. La grive qui vient en toute confiance sur la terrasse pendant que nous mangeons est un véritable cadeau, inestimable, je ne demande rien de plus.

    Mardi 15 avril

    Doc Sylvie était un peu vénère en entrant dans son cabinet : le ménage avait été fait à la va vite et le meuble à tiroirs n’était pas à sa place. Une bouteille d’eau entamée traînait dans un coin également. Mais comme elle nous l’a dit après quelques grognements compréhensibles : « J’ai décidé que ce sera une bonne journée et que je serai de bonne humeur ». J’ai un peu contribué à détendre l’atmosphère : « Mais qu’est-ce que vous avez fait à votre pouce ? » J’ai expliqué le bob qui menaçait de s’envoler, le guidon lâché d’une main pour rattraper le couvre-chef et la chute sur le trottoir. » Et c’est là qu’elle m’a dit « Franchement, mettez un casque, avec un bonnet « spécial casque » pour éviter le soleil », elle s’est néanmoins réjouie du fait que je ne passais pas toutes mes journées assis dans mon fauteuil. Sinon tout s’est bien passé : pas de réactions cutanées, pas de problèmes à l’auscultation et, surtout, un taux de chimérisme à 100 %. J’ai dit à Michel alors que l’on passait à « S.T Georges barre oblique Loire » : « Je suis 100 % Kate ! » L’information est à la fois réjouissante et rassurante. Petit souci mais sans gravité, je viens de recevoir un appel de l’infirmière du service : Doc Sylvie a faxé une ordonnance à la pharmacie en ajoutant du potassium. Elle venait d’avoir les premiers résultats et le taux a fortement baissé dans le sang. C’est un des effets indésirables de la cortisone, et j’ai déjà eu le complément en question – Diffu K – lors de mes précédentes cures de cortisone. On voit donc l’importance de cette surveillance rapprochée avec les dosages ciblés. J’irai à la pharmacie à l’ouverture, à pied, cela me fera une petite sortie et j’en profiterai pour faire le réassort des médicaments nécessaires. Celui qui coûte plus de 4 000 € la boîte pourra attendre jusqu’à la prochaine fois, encore heureux ! J’ai parfois l’impression de creuser le déficit de la Sécu avec une pelleteuse, mais je n’ai pas trop le choix malheureusement.

    Le prochain dosage du chimérisme aura lieu début mai et comme le soulignait Doc Sylvie en consultant le calendrier « Mais en fait, ça va arriver rapidement ! » Il ne reste plus qu’à attendre les résultats (partiels) qui arriveront demain matin, on sait déjà que le potassium sera trop bas.

    Dernière information : vous vous souvenez de la petite dame avec la canne fleurie ? Eh bien figurez-vous qu’elle n’avait pas de canne aujourd’hui : elle était très mobile, se levait pratiquement d’un bond et marchait d’un pas décidé. Michel s’est demandé à quoi on l’avait dopée. De plus, elle n’a pas eu besoin de transfusion car son hémoglobine était à 9.8. C’est une personne charmante, toujours très courtoise, et cela nous fait plaisir de la voir en forme. Le monsieur qui toussait beaucoup la dernière fois ne toussait plus, mais il est passé directement dans la chambre pour recevoir son traitement. Il allait mieux, mais il est toujours très maigre, j’espère qu’il va retrouver lui aussi la forme d’ici peu. La quatrième personne était une dame qui a eu un traitement par Car T- cells, c’est une technique récente qui permet de modifier génétiquement les lymphocytes T du patient en les réinjectant ensuite, de façon à contrer les cellules malades. La dame en question souffre d’un myélome, et vient de Cholet pour son suivi.

    Voici un lien si vous voulez connaître un peu plus cette technique médicale (qui est indiquée pour certaines pathologie, mais pas pour toutes) :

    https://www.gustaveroussy.fr/fr/les-cellules-car-t

    Mercredi 16 avril

    Ce fut une courte nuit car je me suis réveillé tôt, sans doute par effet conjugué de la pleine lune et de la cortisone. J’en ai profité pour faire des recherches destinées à un ami du forum Ellye qui souffre d’une forme très particulière de lymphome. Quand il s’agit de coups tordus, notre organisme sait faire preuve d’imagination afin de déjouer les traitements proposés.

    Je pensais avoir une première partie des résultats, mais la notification reçue ne concerne encore que l’analyse de la semaine dernière. Cela arrivera plus tard dans la matinée dans la version « actualisée ». Il faisait bien froid ce matin, avec une très légère gelée blanche, mais le ciel est actuellement d’un joli bleu presque trop intense pour espérer l’avoir toute la journée.

    Côté santé, j’ai eu hier soir une série de crampes assez désagréables, sans doute dues au manque de potassium. Mais cela devrait rapidement se calmer avec les trois gélules quotidiennes de Diffu K.

    Les résultats viennent d’arriver. C’est bien en ce qui concerne l’hémoglobine, c’est un peu plus mitigé pour le reste, avec une baisse des plaquettes (la troisième consécutive, ce qui ne me rassure pas) et l’apparition de métamyélocytes.

    Les métamyélocytes (cellule juvénile, forme jeune, métagranulocyte, neutrophile non segmenté) constituent, avec les myélocytes et les promyélocytes, des précurseurs des neutrophiles, la classe la plus importante de globules blancs. Ces neutrophiles immatures se retrouvent normalement uniquement dans la moelle osseuse. Dans le sang, ce sont les métamyélocytes qui sont le plus souvent observés, accompagnés de quelques myélocytes.

    Pour le moment, rien de vraiment inquiétant mais ce n’est pas rassurant non plus puisque ces métamyélocytes étaient présents lors de la myélodysplasie. Bref, il faudra attendre le verdict de Doc Sylvie. En ce qui concerne la fonction rénale, elle est pratiquement revenue à la normale. La baisse des plaquettes si elle se poursuit, ainsi que l’apparition des métamyélocytes nécessiteront une surveillance rapprochée, voire un myélogramme pour vérifier que la moelle osseuse n’est pas en train de « débloquer ». Il peut aussi s’agir d’un déploiement un peu anarchique mais sans gravité. Comme dirait Kate : « Wait and see ! »

    Et pour terminer, un petit tour du côté de JJG, notre discret « retraité », toujours là néanmoins quand il faut.

    13 avril 2025

  • Post-greffe, avril J 10

    Samedi 5 avril

    J’ai dit que je publierai désormais une fois par semaine, mais j’écris quand j’en ai envie… et je garde en réserve, quitte à modifier ensuite si besoin. Nous rentrons de balade (autour de la chapelle de Charité), mais j’ai eu le temps de faire quelques recherches ce matin. La première concerne une recherche de virus qui est systématiquement faite à chaque analyse. Il s’agit du BK virus (BKV). De quoi donc s’agit-il ? me suis-je demandé plusieurs fois car je connais bien les autres : HPV, CMV, toxoplasmose etc. Cette fois, j’ai poussé un peu les recherches. Doc Sylvie me demande régulièrement si j’ai du sang dans les urines, ou si j’ai des douleurs en faisant pipi. Jusque-là, tout va bien de ce côté-là et la robinetterie fonctionne bien, même si les reins ont morflé à cause de la ciclosporine (vous allez dire que j’y vais fort en vous parlant de robinetterie, mais je vous épargne les ennuis intestinaux que l’on peut avoir !). Ce méchant virus attaque l’urètre et peut remonter jusqu’aux reins. Il est détecté par les cellules du greffon qui crient en chœur « Sus à l’ennemi ! » et attaquent tout sur leur passage, en accélérant les dégâts. Conséquence, on urine du sang, l’urètre peut se boucher, l’urine n’est plus évacuée et on est devant un cas d’urgence extrême puisque les reins vont aussi être touchés. Il n’y a pas de médicament véritablement efficace – on bricole en ajustant tel ou tel traitement pour atténuer si possible les conséquences de l’attaque – c’est vous dire la nocivité de la bestiole. Personnellement, je n’en avais jamais entendu parler et on s’est bien gardé de m’affoler avec ça. Il est présent souvent, sous forme latente, et le fait que nous soyons immunodéprimés l’incite à attaquer (greffes de reins, greffes de moelle osseuse). Je précise que la cortisone est un puissant immunosuppresseur. On calme les attaques du greffon, mais au risque de réveiller des virus cachés ou de faciliter une infection fongique (aspergillose) ou un autre virus. Pour rappel, j’ai perdu toute mon immunité vaccinale. Je suis au stade du nouveau-né, voire pire car plus fragile, on va dire « grand prématuré » pour reprendre une image de Doc Sylvie. Petite chose sans défenses immunitaires, va ! Mais pour le moment, la charge virale est indétectable.

    Voici un lien que vous pourrez consulter si vous êtes curieuses et curieux (mais vous l’êtes puisque vous me lisez !)

    https://www.jle.com/fr/revues/vir/e-docs/le_virus_bk_et_physiopathologie_des_maladies_associees_313840/article.phtml

    N’hésitez pas à cliquer sur l’onglet « texte complet », il est accessible en entier (mais ce n’est pas d’une lecture très facile).

    La deuxième info sélectionnée concerne le chimérisme, à travers des cas particuliers qui ont pu donner du fil à retordre aux enquêteurs : lorsque l’ADN du donneur se substitue à l’ADN d’un criminel, il y a de quoi rendre chèvre Sherlock Holmes lui-même. Maintenant, ce phénomène est mieux maîtrisé et on peut imaginer que les erreurs sont évitées. On évoque aussi le cas d’un greffé qui est une parfaite chimère : les deux ADN cohabitent dans son corps, et le sperme est identique à celui du donneur allemand (mais il a eu une vasectomie, donc il ne risque plus rien…). Ces faits troublants pourraient faire l’objet de thrillers passionnants, et si j’en n’en avais pas marre d’écrire des livres « pour des prunes », je pourrais imaginer un roman, bien documenté et truffé de rebondissements. Je n’ai juste pas envie de le faire pour le moment.

    Voici l’article en question :

    https://www.slate.fr/story/185228/greffe-moelle-osseuse-sperme-adn-donneur

    Maintenant, on peut aller se promener un peu. Soleil, ciel voilé, 22°.

    Nous avons entendu un pivert déchaîné, style Woody Woodpecker, jouant du marteau-piqueur sur un tronc d’arbre. Un peu plus tard, un coucou s’est égosillé et nous avons réussi à le voir de loin tout en haut de son arbre (toujours pas la moindre pièce dans mes poches !). Le printemps est désormais bien installé et les arbres commencent à verdir sérieusement.

    Dimanche 6 avril

    Il fait beau, mais ce sera une journée tranquille à la maison : mes pieds ont besoin de repos après tous ces kilomètres et on va bientôt préparer les vélos pour d’autres sorties. Il faut savoir se ménager aussi des temps de repos et de récupération, même si je me sens très en forme. La température est vraiment printanière et la pompe à chaleur ne s’est même pas déclenchée au petit matin, cela risque de changer dans les prochains jours. J’ai repéré une page qui reprend de façon détaillée les étapes de la greffe de cellules souches (ou de moelle osseuse), je vous sélectionne la partie qui concerne les greffes à conditionnement atténué :

    Allogreffes à intensité réduite/non myéloablative

    LE PRINCIPE

    Les greffes avec conditionnement réduit (ou conditionnement atténué ou « mini-greffes ») constituent aujourd’hui presque la moitié des greffes allogéniques.
    Cette technique consiste à administrer des cellules souches circulantes d’un donneur compatible ou de sang de cordon ombilical, après un conditionnement réduit, non myélo-ablatif, essentiellement immunosuppresseur.
    Cette technique revient à une exploitation de l’effet GVL (Graft Versus Leukemia) en réduisant la durée de l’immunosuppression post greffe et en ré-injectant à distance de la greffe des lymphocytes CD3+ du donneur. .
    Après la greffe, il va, alors, se former un chimérisme qui, via l’action des lymphocytes T du donneur, permettra de guérir le patient de son cancer.

    DEUX VARIANTES

    RIC (Reduced intensity conditioning)

    • Période d’aplasie significative
    • Doit se faire en milieu hospitalier
    • Protocoles : Fludarabine-Melphalan ou Fludarabine-Busulfan, +/- ATG, Campath, ou autre sérothérapie

    Non-myéloablative

    • Peu/pas d’aplasie significative
    • Peut se faire en externe
    • Protocoles Fludarabine-TBI ou Fludarabine-Cyclophosphamide faible dose

    EN PRATIQUE

    Tous les conditionnements contiennent de la fludarabine à la dose de 25 à 30 mg/m²/j pendant 3 à 5 jours. Les différents protocoles proposés sont :

    • Fludarabine + cyclophosphamide ou un autre agent alkylant + irradiation corporelle totale (TBI)
    • Le « Slavin » modifié associe fludarabine + sérum antilymphocytaire (SAL) + busulfan
    • Le « Giralt »  associe fludarabine + idarubicine + aracytine
    • Le « Storb » associe fludarabine + mini irradiation complète 
       

    J’ai personnellement reçu Fludarabine + Busulfan, associé au sérum anti lymphocytaire de sinistre mémoire, le Grafalon, qui aurait pu me valoir un séjour en réanimation si je n’avais pas eu à mes côtés un infirmier de nuit ultra réactif et expérimenté (conditionnement « Slavin »).

    La suite de l’article le précise, cette technique atténuée ne résout pas tous les problèmes et la surveillance est donc rapprochée et minutieuse. Vous connaissez les caps à franchir : les 100 jours, puis les 6 mois et la première année suivant la greffe. Lorsque le donneur n’est pas un parent proche – c’est mon cas avec « Kate » – le taux de réussite n’est que de 50%, alors qu’il est de 70 à 80% s’il y a un lien de parenté, je rappelle que je ne suis pas une statistique de toute façon. En ce qui me concerne, c’était un choix délibéré et mûrement réfléchi de ne pas faire appel aux potentiels donneurs familiaux, pour des raisons qui me sont propres et en dehors de considérations médicales. Cela n’a pas facilité la recherche d’un donneur compatible puisque mon système HLA est très particulier (c’est mon côté « alien » que je revendique fièrement), et donc peu répandu ; pour la greffe, peu importe que le donneur et le receveur soient du même groupe sanguin ou pas, cela n’intervient pas dans la prise du greffon.

    Les risques de cancers secondaires après la chimio ne sont pas négligeables, je les connais aussi : j’ai été opéré d’un carcinome épidermoïde consécutif à la première chimio pour la LLC, et la myélodysplasie « à risque élevé » est aussi secondaire à cette chimio, je cumule et on comprend la nécessité de la surveillance à long terme. Pour le moment, tout va bien, mais ces effets secondaires arrivent généralement 5 ans après l’administration des produits. Voyons les choses du bon côté : j’aurai normalement 5 ans de répit avant que les affaires reprennent, ou pas. La chance peut pour une fois être de mon côté et il ne faut pas passer sa vie à se demander ce qu’il va nous tomber dessus, sinon on ne vit plus. Voici le lien vers la page sélectionnée :

    https://www.arcagy.org/infocancer/traitement-du-cancer/greffes/les-greffes-de-moelle-osseuse/les-allogreffes.html/

    Lundi 7 avril

    Le gag du jour : je reçois pour la deuxième ou troisième fois les résultats du labo au courrier, deux enveloppes différentes. Michel a dit « Tiens, ça doit être les résultats de demain ! » Mais non, même pas. Ce genre de choses agace fortement Doc Sylvie et je comprends sa réaction. Étant donné que demain je vais avoir la « méga pds », avec la vingtaine de tubes, je vous laisse imaginer le nombre d’enveloppes que je vais recevoir – et qui sont inutiles car j’enregistre les résultats quand je les charge sur le serveur du labo. Bref, au moins la factrice est passée pour quelque chose… Parfois je pense qu’il s’agit de Fantômette quand on est plusieurs jours sans la voir. Le temps est superbe, sans doute plus frais aujourd’hui mais idéal pour une balade pas trop longue, histoire de se dérouiller un peu les muscles et les articulations. D’ailleurs, avec la cortisone, j’ai l’impression de rajeunir (je sais que ce n’est qu’une illusion).

    J’ai lu plusieurs articles très techniques consacrés à des cas de chimérisme naturel, mais je vous fais grâce des liens car je vais vous perdre. Un des épisodes de Dr House est basé aussi sur un cas de chimérisme. Je rappelle que dans ce cas, deux ADN cohabitent chez une même personne : un cheveu côté droit peut posséder un ADN et un autre cheveu côté gauche un autre ADN : c’est bluffant. L’oncle d’un bébé s’est ainsi retrouvé être le père biologique de son neveu, puisque son frère possédait les deux ADN. Avouez que ça donne le vertige.

    J’ai ensuite visionné (ou tenté de le faire) des témoignages. Certaines vidéos sont soit criardes, soit insupportables parce que l’interviewer pose ses questions en coupant sans arrêt la parole à l’hématologue interrogé. Je suis allé faire une recherche du côté de Mathias Malzieu, le chanteur de Dionysos, également auteur de plusieurs livres, dont l’excellent et poétique « Journal d’un vampire en pyjama » qui raconte sa greffe de moelle osseuse.

    Voici un de ses témoignages ici :

    De retour de balade, 3.6 km dans un autre chemin… à refaire à vélo en circuit, là on a fait l’aller-retour par le même itinéraire. Les mésanges zinzinulent, le coucou est resté muet.

    L’inscription dit « Notre Dame de la Paix, priez pour nous ». Je me suis permis de dire au passage qu’il y avait beaucoup de travail à prévoir, et beaucoup de prières.

    Mardi 8 avril

    Voilà, la matinée a passé très vite, surtout que Carmen devait être en vacances, personne ne savait si elle devait passer ou pas, et on a attendu jusqu’à 11 h, sachant qu’elle est toujours très ponctuelle et arrive en général vers 10 h 30. Dans la salle d’attente, nous étions 5 : le monsieur qui est passé avant moi toussait énormément et semblait exténué (la toux incessante a dû l’épuiser), deux autres messieurs semblaient plus en forme, mais sans plus et la petite dame à la canne fleurie était bien plus mobile que les autres semaines, ce qui m’a fait plaisir, elle était souriante et moins soucieuse que les fois précédentes. Doc Sylvie m’a trouvé très en forme… trop, selon elle « Il va falloir que je redouble de vigilance avec vous, je risquerais de passer à côté de quelque chose d’important car vous êtes effectivement très en forme ! », elle a également souligné l’amélioration très nette de la fonction rénale grâce à l’arrêt du Néoral (ciclosporine). Je suis passé ensuite à la prise de sang, cela a pris plus de temps que d’habitude car ce n’était pas la même équipe et l’organisation n’était pas au top. 23 tubes de prélevés, je m’en doutais, car on aura le calcul du chimérisme. J’ai pris le petit-déjeuner ensuite, et j’avais vraiment très faim. Voilà tout le nouveau pour le moment, il n’y a plus qu’à attendre les résultats de l’analyse des 23 tubes de sang qui vont tomber par épisodes, ainsi que les multiples courriers du labo qui vont suivre. Sortie ou pas sortie aujourd’hui ? Ce sera sans doute après-midi tranquille, un peu de repos après le réveil matinal ne fera pas de mal. Le soleil sera encore là demain, cela risque de bien changer à partir de ce week-end et nous aviserons pour le programme d’activités.

    Mercredi 9 avril

    Je viens de recevoir via le serveur une première série de résultats. Rien de spécial à première vue, avec une grande stabilité de la formule sanguine : l’hémoglobine est à 14.1, ce qui est très bien et explique en grande partie la forme actuelle. Les globules blancs sont toujours en forme et les plaquettes ont baissé à 127 000, c’est à surveiller. Pour le reste, la créatinine reste toujours un peu élevée mais nettement moins qu’avec le Néoral avec 12.8 mg/L. La clairance, qui indique le taux de filtration du rein est donc inférieure à ce qu’elle devrait être : 59.4 ml/min. Le Néoral n’est pas le seul médicament qui agit défavorablement sur la fonction rénale, et il faudra attendre l’arrêt de certains traitements pour voir les choses se « normaliser », mais je suis sorti de la zone dangereuse même si tout n’est pas parfait, c’est tout de même nettement mieux. Cela montre bien au passage que les traitements post-greffe sont lourds et ont des conséquences non négligeables. Il reste désormais un peu d’attente avant de savoir où nous en sommes en ce qui concerne le chimérisme. Les résultats sont connus, je viens d’avoir deux nouvelles analyses, mais ils ne sont transmis qu’à Doc Sylvie. Je devrai donc attendre mardi prochain pour être fixé.

    De retour de notre sortie à vélo…

    Non, vous n’aurez pas les photos, ni même la vidéo de ma chute magistrale. Nous sommes rentrés par Bourneuf-en-Mauges que je déteste traverser à cause des nombreux poids lourds qui traversent le bled. Tout se passait bien, jusqu’au moment où mon bob a été soulevé par un appel d’air (les maudits poids lourds). J’ai voulu le remettre sur mon crâne et j’ai donc lâché le guidon en rattrapant le bob. Erreur fatale, je n’ai plus 20 ans. Je me suis donc étalé, sur le trottoir, heureusement, et pas côté route. La chute n’a donné que quelques égratignures mais elle m’a bien secoué quand même avec un blocage momentané du diaphragme. Un jeune homme charmant s’est arrêté plus loin et a voulu me secourir en me proposant de me reconduire en voiture. Quand on voit un vieux à terre… Au moins, il y a des gens serviables même si j’ai gentiment refusé. Nous sommes donc rentrés sans autre accident et j’ai pu soigner mes égratignures. J’en connais une qui ne va pas m’épargner mardi prochain « M. Macron, si vous pouviez éviter ce genre de cascades à l’avenir, j’aimerais autant ! ». Conclusion : vélo, oui, Bourneuf, non !

    On va pouvoir écouter un peu de musique en attendant, je vous propose de redécouvrir quelques groupes ou musiciens des années 70.

    9 avril 2025

  • Post-greffe, avril J 5

    C’est encore à une balade bucolique en bord de Loire que je vais vous convier, mais avant, j’ai une information importante à vous communiquer.

    Info rythme de parution

    Afin d’éviter de reprendre plusieurs fois les mêmes informations, ou de m’égarer trop souvent en bord de Loire, j’ai décidé, en accord avec moi-même – c’est mieux – de ralentir le rythme des parutions qui deviendra hebdomadaire. Je rédigerai un article sur la semaine, en vous donnant les infos dont je disposerai sur l’évolution de la greffe. Pour le moment, je suis convoqué au CHU le mardi, les résultats arrivent via le serveur du labo le mercredi matin et vous aurez les infos le jeudi. Cela vous permettra d’avoir un jour fixe dans la semaine et je pourrai aussi prospecter plus tranquillement pour sélectionner les liens intéressants ou les derniers articles parus.

    Je profite de ce moment solennel pour apporter tout mon soutien aux manchots des îles Heard et Mc Donald, au large de l’Australie. Ils sont eux aussi victimes des taxes affolantes décrétées par le président Américain. Je tiens à les rassurer : de toute façon, le Coca ce n’est pas bon pour vous, vous risqueriez de devenir obèses et accros au sucre et de voir vos plumes se teindre en orange. Votre mouvement de résistance vous honore, puisse-t-il désormais inspirer les citoyens US, et les citoyens (pas forcément à plumes) du monde entier.

    https://www.huffingtonpost.fr/international/article/apres-les-droits-de-douane-imposes-par-trump-les-manchots-contre-attaquent-sur-les-reseaux-sociaux_248364.html

    Pas de manchots mécontents en bord de Loire, mais un coucou au loin (je n’avais pas un sou dans ma poche), un pivert farceur qui n’a pas voulu se laisser prendre en photo, des oiseaux qui chantaient joyeusement, des gens croisés qui disaient parfois bonjour, en souriant (parfois) ou en serrant les dents. Barbara, j’ai cru que la dame qui grimaçait un sourire pour ne pas perdre son dentier était une amie de notre cher alien Harry !

    Voici quelques photos (mais pas des gens !)

    La balade, 4.5 km, s’est déroulée sur l’île de Chalonnes. C’est la plus grande île de la Loire, et la plus grande île fluviale d’Europe, souvent inondée pendant les crues : les maisons sont conçues en fonction des caprices de la Loire, avec une habitation surélevée, les fondations sont en pierre, le tuffeau est utilisé uniquement sur les parties en hauteur qui vont rester hors d’eau. Les habitants ont l’habitude et se déplacent en cas de crues en barques, d’une maison à l’autre, le ravitaillement se fait aussi en bateau. Autrefois, le chanvre était la culture principale de l’île, désormais on y fait du maïs, du maraîchage (melons, asperges) et les prairies bien grasses accueillent les vaches lorsqu’elles sont de nouveau praticables pour leurs petites pattes.

    Vivre sur les bords de la Loire

    Hier, je vous ai mis une reprise de Cat Stevens, et cela m’a donné envie de redécouvrir l’artiste. C’était un de mes premiers 33 tours lorsque, jadis, j’étais jeune étudiant et il a dû être usé à force de tourner en boucle. Cela ne nous rajeunit pas, mais la bonne musique ne prend pas de rides contrairement à celles et ceux qui l’écoutent, avec un peu de nostalgie.

    4 avril 2025

  • Post-greffe, avril J 4

    Aujourd’hui, nous allons rester au sec, le temps est trop humide pour envisager une sortie et on est aussi bien chez soi. Demain, il fera meilleur, on pourra en profiter.

    Comme souvent, je consacre mon temps « libre » (il est tout le temps « libre » sauf lorsque j’ai la contrainte des rendez-vous au CHU) pour lire quelques articles, vérifier des informations, répondre à des amis sur le forum Ellye où un de nos camarades a eu une greffe de cellules souches compliquée, c’est le moins que l’on puisse dire. Heureusement, son épouse a pris le relais pour nous donner de ses nouvelles pendant qu’il était en réanimation. Il est de retour au clavier, un peu sonné, évidemment, mais de nouveau dans sa chambre et il commence à trouver le temps long, ce qui est finalement bon signe. Le temps semble se dilater à l’infini lorsque l’on attend le feu vert pour sortir, surtout si la date recule de jour en jour « Vos reins… votre créatinine… un dosage de médicament trop élevé etc. » Désormais, tout cela me semble loin mais on n’est jamais à l’abri d’un deuxième séjour en cas d’aléas si les médecins le jugent nécessaire. Un mois, c’était suffisant, quand je pense que certains malades ont passé 16 mois hospitalisés, je me demande comment ils ont fait pour tenir aussi longtemps. Il faut avoir un mental d’acier pour accepter cela lorsque la greffe n’a pas fonctionné ou s’est compliquée. On peut développer un champignon du genre tenace, voire létal selon les souches incriminées, on peut aussi faire une GVH digestive carabinée, le foie peut être atteint, ou les reins (de façon aiguë) et on nous met en garde : plusieurs stades doivent être franchis avec en premier les « 100 jours », puis le cap des 6 mois, et enfin la première année où là, on peut se permettre de pousser un « ouf » de soulagement si tout s’est bien passé. Mais la surveillance, même espacée, durera toute la vie. Parfois, la maladie initiale revient alors que plus personne ne s’y attend, quelques années après la greffe et alors que le malade est considéré comme « guéri ». Comme je l’ai déjà expliqué, il suffit d’une cellule planquée quelque part qui attend tapie dans un coin de votre moelle osseuse le « bon moment », dans ce cas, on peut être trop âgé pour une deuxième greffe et on aura ce que l’on appelle les soins de support (chimio, transfusions) et, plus tard, les soins palliatifs. Je rappelle que vous pouvez toutes et tous rédiger vos directives anticipées et en déposer des exemplaires chez votre médecin traitant, au CHU qui vous suit et dans votre Espace Santé. N’oubliez pas d’en donner un exemplaire à votre personne de confiance (proche ou conjoint).

    Je lisais ce matin un article sur les cancers pédiatriques en Charente Maritime. Le lien avec l’emploi de pesticides est établi : je vous mets un lien ici mais l’information a été traitée dans plusieurs quotidiens également .

    https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/cancer/plusieurs-foyers-de-cancers-pediatriques-identifies-en-charente-maritime-les-pesticides-mis-en-cause-194735.html

    Comme par hasard, les clusters les plus importants sont signalés dans les territoires viticoles ou près des cultures de céréales, là où l’emploi de pesticides est plus important qu’ailleurs. On voit donc des petiots atteints de lymphomes ou de leucémies. Mais, et on peut extrapoler, nul n’est à l’abri : les gamins sont simplement plus fragiles, et sans doute plus exposés, mais les adultes ne sont pas à l’abri. Ce sont des processus qui peuvent prendre plus de temps en modifiant l’ADN et en introduisant ces fameuses mutations génétiques qui vont faciliter le développement de cancers, lymphomes ou autres. Les viticulteurs et agriculteurs qui manipulent ces produits sont également exposés (cancers des testicules, lymphomes, leucémies… cancers du sein, cancers de la prostate et j’en passe). Ce n’est pas un scoop, c’est connu, on peut supposer que la prévention devrait jouer son rôle. Il y a une forme de déni chez les professionnels qui usent et abusent de ces produits dont on leur dit qu’ils sont « sans danger, ou si peu ». La meilleure info est faite par les malades eux-mêmes auprès des jeunes dans les lycées agricoles, et même là, on rencontre du scepticisme. L’eau « potable » est également un autre sujet de préoccupation dans plusieurs régions avec des pollutions diverses entre les pesticides et les PFAS.

    Pour information, afin de faire des économies « intelligentes et ciblées », le gouvernement avait dans un premier temps supprimé les budgets alloués à la recherche sur les cancers pédiatriques avant de se raviser devant la légitime levée de boucliers. On peut toujours critiquer l’administration américaine si c’est pour s’en inspirer…

    https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/02/08/critique-le-gouvernement-remet-15-millions-d-euros-pour-la-recherche-sur-les-cancers-pediatriques_6537940_823448.html

    Voici un lien vers une information sur les cancers pédiatriques si vous souhaitez vous informer plus avant : (centre Léon Bérard)

    https://www.centreleonberard.fr/institution/actualites/15-fevrier-journee-mondiale-des-cancers-de-lenfant

    Après ces infos inquiétantes, j’ai pensé aller visiter la bande son de New Amsterdam, même sans connaître la série, on peut apprécier la plupart des chansons ou instrumentaux qui restent en tête longtemps après.

    4 avril 2025

  • Post-greffe, avril J 3

    Aujourd’hui rien, pour paraphraser Louis XVI, ou presque rien. Des résultats d’analyse avec une créatinine qui baisse enfin même si elle est encore trop élevée, mais c’est nettement mieux. C’était donc bien la ciclosporine qui empoisonnait les reins et la cortisone l’a avantageusement remplacée. L’hémoglobine est largement dans les normes, me voilà donc bien oxygéné, les globules blancs se portent très bien et les plaquettes ont un peu baissé (mais ça peut être un effet de la cortisone et elles restent largement au-dessus des seuils critiques).

    Nous revenons de promenade, on a choisi cette fois les bords de Loire à la Possonnière. Nous avons bien fait de sortir en début d’après-midi car les nuages arrivent. Je vais vous sélectionner quelques photos, et quelques extraits littéraires.

    La Loire a nourri l’imagination du jeune Louis Poirier qui deviendrait célèbre sous le nom de Julien Gracq. Une de mes collègues de lettres classiques avait eu la chance de correspondre avec lui. Un jour, il l’invita à passer la journée avec lui. C’était un homme délicieux et cultivé et ils avaient passé la journée à parler littérature et à se promener sur les bords de Loire.

    Plus tard, quand on me permit de conduire le bateau, le dédale des petites îles feuillues que les atterrissements de la Loire allongeaient à la queue de l’île Batailleuse devint notre repaire : là où s’étend maintenant un champ labouré il y avait des igarapés boueux entre les saules, des îlots vierges, larges de quelques mètres, envahis de roseaux et d’aulnes où robinsonner à loisir. J’ai encore dans l’oreille le bruit espacé, plat et liquide, des avirons quand nous glissions en froissant les branches le long de ces marigots tapissés de vase… un coin d’Amazonie ou de Louisiane s’embusquait là, intact, long d’une centaine de mètres à peine mais suffisant pour l’imagination… 

    Nous avons aussi une académicienne, Danielle Sallenave, avec laquelle j’ai pu échanger à plusieurs reprises, sa grand-mère était institutrice à Saint-Laurent-de-la-Plaine, et sa mère institutrice à Savennières. Voici comment le maire du village avait accueilli l’institutrice laïque (extrait du discours de réception à l’Académie Française de Dominique Fernandez) :

    Votre mère vous raconta que, lorsqu’elle était venue occuper son poste, à l’âge de vingt-cinq ans, le maire du village lui avait dit : « Je suis forcé de vous accueillir, mademoiselle, mais je ne vous serre pas la main. » Cette jeune fille représentait l’école publique, l’école laïque, en ces temps où la guerre religieuse faisait rage. Les bâtiments de l’école étaient en mauvais état : la municipalité refusa de financer les travaux nécessaires. Une de vos grands-mères était également institutrice, et, en 1905, après la séparation de l’Église et de l’État, on avait ôté le crucifix qui ornait la salle de classe. Aussitôt, la classe s’était vidée ; les parents retirèrent leurs enfants de ce qu’ils appelaient « l’école sans Dieu ». Sans Dieu, quel scandale ! Votre grand-mère se retrouva avec deux seuls élèves. L’un des deux était son fils, votre père.

    https://www.academie-francaise.fr/reponse-au-discours-de-reception-de-mme-daniele-sallenave

    Heureusement, la Loire est au coeur de ces paysages du Maine-et-Loire :

    « Sur une carte qui en simplifie les contours, et où les bassins fluviaux de la France forment une série de croissants harmonieusement emboîtés, le bassin de la Loire, c’est le cœur élargi de la France. »

    — D. Sallenave, Bassin dans Dict. amoureux de la Loire[

    Balzac a aussi célébré le fleuve :

    Par une belle matinée, en partant de Tours, un jeune homme embarqué sur La Ville d’Angers tenait dans sa main la main d’une jolie femme. Unis ainsi, tous deux admirèrent longtemps, au-dessus des larges eaux de la Loire, une blanche figure, artificiellement éclose au sein du brouillard comme un fruit des eaux et du soleil, ou comme un caprice des nuées et de l’air. Tour à tour ondine ou sylphide, cette fluide créature voltigeait dans les airs comme un mot vainement cherché, qui court dans la mémoire sans se laisser saisir ; elle se promenait entre les îles, elle agitait sa tête à travers les hauts peupliers ; puis devenue gigantesque elle faisait ou resplendir les mille plis de sa robe, ou briller l’auréole décrite par le soleil autour de son visage ; elle planait sur les hameaux, sur les collines, et semblait défendre au bateau à vapeur de passer devant le château d’Ussé. Vous eussiez dit le fantôme de la Dame des Belles Cousines qui voulait protéger son pays contre les invasions modernes.

    Honoré de Balzac

    in La Peau de chagrin

    Mes photos risquent de paraître bien fades à côté des envolées littéraires de Balzac, mais en voici quelques-unes :

    Et quelques arbres, fleurs et paysages sur la rive droite du fleuve :

    On termine en musique :

    2 avril 2025

  • Post-greffe, avril J 2

    La visite hebdomadaire avait des allures de routine ce matin : je suis passé en premier pour la prise de sang, petit-déjeuner ensuite et Doc Sylvie m’a appelé pour la consultation. Tout est nickel pour le moment, on a trouvé les cellules de Kate dans la moelle qui est donc constituée majoritairement de cellules féminines, peu importe, cela n’a pas d’incidence sur le reste de mon anatomie (!). L’auscultation n’a rien montré de spécial, je suis en forme et il faut en profiter. Pas de cure de Vidaza pour le moment : ce sera évalué plus tard s’il y a un risque qui apparaît, et pas de myélogramme dans l’immédiat, et c’est tant mieux.

    La semaine prochaine, le chimérisme sera calculé avec plus de précision puisque nous serons à deux mois de la greffe, cela sera fait à l’aide de la prise de sang. En attendant, je garde le même traitement avec la cortisone et le cortège de comprimés divers même si ça s’est tout de même allégé. Avantage : je n’ai pas d’effets secondaires pour le moment et la cortisone ne perturbe pas mon sommeil, j’ai moins de douleurs articulaires mais il faut savoir que c’est transitoire : elles reviendront à l’arrêt du traitement, il faut donc entretenir la mobilité pour le moment et en profiter pour les balades. Ce ne sera pas le cas aujourd’hui : on a un vent pas possible (et pas chaud même avec le soleil et le superbe ciel bleu) et j’ai eu une séance d’escrime avec Carmen : une heure intensive à mémoriser les enchaînements, avancer le bon pied (et reculer le bon pied aussi) en maintenant la position. On a travaillé avec le sabre, le fleuret et le « sabre laser ». Beaucoup d’exercices de coordination et de mémorisation. Au début, ça va, mais au bout d’une heure, j’ai tendance à faire un peu n’importe quoi : le corps fatigue, le cerveau aussi. Carmen me dit « jambe droite », c’est la gauche qui part, forcément. Même chose avec les bras, mais j’ai quand même réussi pas mal de choses. En tant que maître d’armes, elle est exigeante et voit tout : le bras fléchi alors qu’il doit être tendu, les déséquilibres : « Vous voulez allez trop vite, M. Macron, dans un vrai combat, vous seriez en danger ! » Je me vois bien embroché par un fleuret parce que j’aurai oublié de parer, ou alors la parade aura eu lieu alors que j’étais en déséquilibre : « Paf, prends ça dans ta tronche de Macron ! ». Je dois aussi penser à mes abdos, et ça me fait beaucoup rire. J’ai dit à Carmen « Mais quels abdos ? », réponse : « Ils sont à l’intérieur, M. Macron, et vous devez les faire travailler même si vous ne les voyez pas ! ».

    Bon une heure d’escrime, ça vaut largement une heure de marche, en plus cardio : on fait des pauses, et je dois boire à chaque fois. Le masque n’aide pas à reprendre son souffle mais il reste obligatoire en salle d’attente. Alors, la promenade, ce sera pour demain. On va se détendre, se reposer et récupérer du lever matinal et demain on repartira pour de nouvelles aventures. J’irais bien me promener du côté de la Loire, les sentiers doivent être praticables, et cela pourrait donner de jolies photos.

    En attendant, on va se détendre en musique, avec un peu de sensualité dans ce monde de brutes.

    2 avril 2025

  • Post-greffe, avril, J 1

    Nous voilà donc arrivés en avril : poissons (une dame blonde a eu le sien au tribunal un jour plus tôt), ne te découvre pas d’un fil etc. C’est un des mois les plus fous de l’année, c’est aussi le mois de mon anniversaire et de celui de ma jumelle astrale, Régine. Béliers et fiers de l’être en dépit de tout ce qu’on peut nous reprocher : agit avant de réfléchir, donne volontiers des coups de pieds dans les fourmilières, pas têtu mais presque, mais nous avons aussi quelques qualités, heureusement, et nous sommes moins perfides que certains signes. Il suffit de savoir s’y prendre avec nous et ce que vous nous donnez, nous vous le rendons au centuple (je ne parle pas d’argent, faut pas pousser non plus !).

    Au moment où vous lirez ceci, je serai probablement soit à la prise de sang, soit en auscultation, avec le compte-rendu détaillé du myélogramme : si des mutations sont encore présentes, je repartirai pour des cures de Vidaza, selon ce qu’auront décidé les hématologues en réunion hebdomadaire. Je ne sais pas ce que mon horoscope raconte à ce sujet : « Ami Bélier, apprêtez-vous à quelques moments désagréables ce mois-ci… » ou alors « Ami Bélier, tout va bien, vous êtes sur la voie de la guérison et votre horizon s’éclaircit ». Bon, on verra bien, je ne vais pas jouer le film avant de l’avoir vu.

    Nous rentrons de promenade, une autre boucle sur un autre chemin qui nous permet de laisser la voiture ici. Cette fois-ci, j’ai mis de la crème solaire indice 50 sur le visage et sur les mains, j’avais mon bob et mes lunettes de soleil. Mais pourquoi faut-il se protéger autant du soleil, avec interdiction de s’exposer ? Deux raisons en ce qui me concerne : 1) je suis déjà interdit de soleil à la suite de mon carcinome, et la chimio que j’ai eue renforce encore cette interdiction puisque je peux développer un autre carcinome, ou même un mélanome. On va essayer d’éviter. Les yeux doivent aussi être protégés pour les mêmes raison. 2) j’ai aussi un risque accru de déclencher une GVH cutanée si j’attrape un coup de soleil : les lymphocytes du greffon pourraient s’affoler et attaquer ma peau, la mettant rapidement en charpie : je n’en ai pas vraiment envie. De même, avoir la peau sèche est un autre risque et il faut hydrater au maximum, trouver les bons produits pour les douches (pas de savon « solide ») et examiner les moindres changements. La GVH peut être aiguë ou chronique. Si elle devient chronique, c’est comme le sparadrap sous la semelle du Capitaine Haddock pour reprendre l’expression de Doc Sylvie : ça ne vous lâche pas, et ça peut vous pourrir la vie. Dans un an, les risques seront moins importants, mais il faut rester vigilant toute sa vie.

    Voici quelques photos de la promenade :

    Si vous regardez bien la dernière photo, vous verrez l’ombre d’un énorme poisson, sans doute un brochet…

    Et voici quelques chansons pour respecter ce qui est devenu une tradition :

    31 mars 2025

  • Post-greffe, J 31

    C’est une anecdote amusante qui m’inspire la chronique du jour. Hier soir, j’observais Michel, debout dans la cuisine, en train de lire quelque chose. Son air concentré, bien qu’il me tournât le dos, me laissait présager une lecture passionnante et j’ai fait le curieux, comme vous pouvez l’imaginer. En fait, il s’agissait d’une notice de médicament, la boîte était vide, donc il en a profité pour aller voir de plus près. Vous savez, pour l’avoir expérimenté, qu’une fois que l’on a déplié ces fichus papiers, on est incapable de les remettre correctement dans les plis. Je ne sais pas comment ils font, mais c’est une caractéristique commune à toutes ces notices et il vaut mieux attendre la fin de la boîte pour se renseigner.

    Le médicament en question s’appelle « Roxithromycine » et c’est un antibiotique puissant, tout comme l’Amoxiciline à laquelle je suis intolérant. Il s’agit dans le cas des patients greffés de protéger notre organisme des méchantes bactéries contre lesquelles notre système immunitaire ne pourrait se défendre. C’est en quelque sorte une camisole chimique (j’ai d’autres médicaments de ce type aussi), puissante et efficace. Mais, et il y a toujours un mais avec les médicaments, la liste des effets indésirables est d’une longueur impressionnante, je vous en liste quelques-uns : manifestations digestives (pancréatites, diarrhées sanglantes), manifestations cardiaques, manifestations neurologiques (la conduite est déconseillée en raison de vertiges possibles), manifestations au niveau de l’oreille, troubles hépatiques, allergies cutanées fréquentes, manifestations hématologiques (c’est le pompon !), et, ce que Michel m’a montré en premier : manifestations psychiatriques avec hallucinations et confusion.

    Évidemment, il vaut mieux ne pas lire tout ça si on est hypocondriaque, mais ce n’est pas le seul médicament qui peut avoir des effets indésirables. En ce qui concerne la confusion mentale, je l’ai frôlée ce matin en voulant initialiser l’heure de ma montre connectée. J’ai une appli sur le téléphone portable et la montre se connecte seule, sauf qu’elle était restée à la maison pendant mon hospitalisation, et j’avais le téléphone avec moi, les deux se sont donc trouvés déconnectés. Ça m’a passablement énervé, je crois qu’il faut au moins un master en informatique pour retrouver la bonne technique : j’ai donc risqué la crise psychiatrique en passant près d’une heure à tout essayer, Michel a pris le relais et on a fini en désespoir de cause par remettre à zéro les paramètres « usine », c’est à dire que je n’ai plus mon historique, mais au moins la montre est de nouveau connectée et à l’heure. Et puis, honnêtement, je ne consulte jamais mon historique, sauf pour savoir quelle distance on a pu parcourir lors d’une marche. Les montres à aiguilles, c’était plus simple. Il reste aussi à mettre à l’heure le radio-réveil de ma table de nuit, là je n’essaie même pas, c’est la prise de tête garantie même sans Roxithromycine : Michel pourra toujours essayer et on verra si le fait de ne pas prendre de médicaments bizarres le rendra plus calme que moi.

    Ces effets indésirables s’ajoutent à ceux de la cortisone qui agit aussi sur l’humeur des patients, je n’ai donc pas fini de fulminer pour des petits riens qui viennent vous gâcher le peu de vie qu’il vous reste : chercher un objet que l’on vient de poser, mais où ? De préférence, le téléphone portable, ou les lunettes, ou le slip que l’on vient de sortir du tiroir de la commode (non, il n’est pas sur ma tête, j’ai vérifié en me regardant dans la glace), je me bats aussi avec les emballages des médicaments en les envoyant valser à l’autre bout de la pièce lorsque je les sors de leur enveloppe en alu : paf ! projection, tout le monde à 4 pattes avec la lampe de poche en lumière rasante pour retrouver le médicament fugueur. Sinon tout va bien, je n’ai pas d’hallucinations, à part que je croyais qu’on arrivait au printemps mais le ciel est tout gris aujourd’hui et il ne fait pas bien chaud.

    Et vous, comment allez-vous ?

    Allez, on termine en musique, ce n’est pas dans les contre-indications, au contraire. Je vous propose aujourd’hui d’écouter Mark Knopfler dans quelques unes de ses compositions, guitariste britannique, vous connaissez tous Dire Straits, mais il a aussi une carrière à côté de ce groupe légendaire.

    31 mars 2025

  • Post-greffe, J 30

    Nous rentrons de promenade : 3 km dans notre sentier, un peu humide par endroits mais tellement joli en ce début de printemps. Je suis sorti de l’hôpital le 28 février, donc cela fait un mois, et je vous garantis que je n’aurais pas marché plus de 500 m les premiers jours, d’une part parce que j’étais encore sonné par tous les traitements : chimio, ciclosporine, diurétique, antibiotique, antifongiques et j’en passe, d’autre part, mon hémoglobine était encore un peu basse. Là, honnêtement, ça va. Je suis un peu essoufflé par moments mais rien d’insurmontable, et puis je marche à mon rythme sans chercher à battre des records. Les jolies fleurs me donnent l’occasion de faire des pauses quand je les photographie et le but n’est pas d’arriver « le premier », mais d’arriver, tout simplement. Il fait un temps superbe, presque chaud mais j’ai gardé mon blouson et j’avais mis mon bob pour protéger la tête et le visage, j’aurais presque dû mettre de la crème solaire, j’y penserai la prochaine fois, c’est une recommandation de Doc Sylvie : « Pensez à la crème solaire quand vous sortez ! » « Euh, j’ai oublié, docteur ! ».

    Avant de partir dans notre chemin creux habituel, j’ai fait quelques photos de fleurs du jardin : si je n’ai pas le droit d’y toucher, je peux tout de même les photographier. Avec une nouveauté : mon allergie saisonnière (qui s’est bien atténuée en vieillissant) ne devrait plus m’ennuyer « M. Macron, vous changez de système immunitaire, donc vous ne devriez plus avoir d’allergie au pollen ! »

    Voici donc les photos du jardin :

    Et maintenant, une sélection des photos de la promenade avec de jolies surprises que vous devriez reconnaître…

    Avant de terminer en musique, je voudrais remercier deux personnes, non identifiées, qui ont « explosé » mes statistiques en reprenant la lecture de nombreux articles. Pour info, vous êtes nombreux en France mais j’ai aussi quelques habitués outre-Atlantique, USA, Canada, et ailleurs en Europe : Suède, Irlande et Pologne.

    Nous allons fêter ça en musique :

    29 mars 2025

  • Post-greffe, J 29

    Je suis désormais à ma troisième cure de cortisone. La première, c’était en 2022, année compliquée avec COVID sévère, pneumothorax et syndrome d’Evans, maladie auto immune rare où mes anticorps attaquaient mes globules (c’est toujours un peu le cas actuellement, notamment pour les globules rouges, même si la maladie est sous contrôle) : je ne fais rien comme tout le monde et je ne suis pas partisan de la simplicité en ce qui concerne les pathologies. Je craignais cette première cure, mais à part une prise de poids quasiment inévitable malgré les précautions alimentaires, je l’avais bien supportée. La dose initiale était de 60 mg par jour.

    La deuxième cure a eu lieu dès juillet 2024, pour tenter de ralentir la myélodysplasie découverte juste avant. La dose initiale était de 80 mg, mais elle n’a apporté qu’une réponse très partielle : les plaquettes ont continué à chuter et il a fallu enchaîner sur une cure de Vidaza en attendant la greffe de cellules souche (ou de moelle osseuse). Cette fois, le Vidaza a permis de mettre les mauvaises cellules en sourdine et surtout d’éviter qu’elles se multiplient : la greffe sur une maladie qui « galope » est impossible car trop risquée.

    Me voilà donc à ma troisième cure, avec toujours la dose initiale de 80 mg, soit en gros 1 mg par kg. C’est beaucoup et les doses varient d’une personne à l’autre et d’une pathologie à l’autre. Souvent, on prescrit 20 mg, j’échangeais récemment avec Barbara à ce propos, mais dans les cas « lourds », il faut appliquer les doses de cheval, sur un temps déterminé : on ne peut rester longtemps avec de telles doses et il faut ensuite diminuer progressivement la cortisone : en 2024, j’étais resté trois semaines à 80 mg, puis ensuite une semaine à 60, une semaine à 40 etc. La cure avait duré jusqu’au 20 septembre, avec une dernière semaine à 5 mg. La cure de Vidaza avait démarré le 15 octobre, j’avais donc eu un mois de « répit » thérapeutique.

    J’ai retrouvé dans mes favoris une page consacrée à la cortisone, fort bien faite, où on détaille de quoi il s’agit, les précautions que l’on doit prendre, les effets indésirables possibles et les conseils alimentaires. En général, on conseille de limiter les apports en sel, même si, actuellement, beaucoup de spécialistes pensent que ça ne sert pas à grand-chose. Par précaution, on utilise à la maison du sel « allégé en sodium » et enrichi en potassium. Doc Sylvie a validé le principe en disant « C’est parfait, ça me va bien ! ». Cependant, il est inévitable, même sans prise de poids, de voir son physique changer. Alors, ça ne me dérange pas trop, ça ne peut pas être pire que pendant l’hyper hydratation à l’hôpital où j’avais pris plus de 10 kg avec de l’œdème, des jambes comme des poteaux et des joues de hamster. Je les ai reperdus (et même largement) et c’est tant mieux. La modification attendue avec la cortisone s’appelle la lipodystrophie (encore un mot savant, mais ça peut servir pour épater vos convives lors d’un dîner !). C’est une redistribution des cellules graisseuses qui vont migrer dans des zones inhabituelles, notamment sur le visage, ce qui va donner une « face de lune » caractéristique des personnes sous cortisone. Les plus anciens se rappelleront les images du président Pompidou qui souffrait tout en se montrant courageux, d’une forme de leucémie (Waldenström) que l’on ne savait malheureusement pas soigner autrement que par la cortisone à son époque. Les traitements ont considérablement évolué, en même temps que la compréhension des mécanismes qui entrent en jeu dans ce type de maladies, que ce soient les leucémies ou les lymphomes d’ailleurs.

    On conseille surtout aux malades sous cortisone d’éviter le grignotage entre les repas, car la sensation de faim peut être exacerbée : cela ne me dérange pas car je ne grignote pas entre les repas. Le nouveau traitement et le remplacement d’autres médicaments a déjà permis d’éviter vomissements et nausées, c’est parfait. Je retrouve un appétit « normal » mais cela ne m’empêche pas de surveiller mon poids. Pour le reste, face de lune etc., il n’y a pas grand-chose à faire, dès l’arrêt de la cortisone, je reprendrai un aspect « normal ». Il faut savoir que tous les traitements précédents ont eu des conséquences aussi, j’avais des poches sous les yeux, c’est en train de s’atténuer. J’ai toujours la boule à zéro car la repousse était tellement anarchique que j’ai préféré tout raser de nouveau, et j’ai retrouvé mon teint normal après la belle jaunisse pendant mon séjour au CHU. Ma peau était également très sèche mais j’ai depuis peu une super crème fabriquée sur ordonnance en pharmacie qui est très efficace. Merci, Doc Carole, de me l’avoir prescrite.

    On a aussi des risques en ce qui concerne l’estomac (douleurs possibles), mais on m’a prescrit un « pansement » gastrique à prendre en cas de crise, entre deux prises de médicaments. Pour le moment, je n’en ai pas besoin. La prise des 4 comprimés de 20 mg de cortisone se fait au cours du petit déjeuner, je prends les 6 autres comprimés avant (fongicide etc). La prise de cortisone peut provoquer ou accentuer l’ostéoporose, elle peut aussi fragiliser les tendons : on risque une rupture du tendon d’Achille, par exemple.

    Mais malgré tout, je préfère nettement cette solution à la ciclosporine que mes reins n’ont absolument pas supportée malgré les litres de flotte engloutis, la cortisone n’aura pas ces effets, elle est même prescrite pour soulager certaines maladies rénales. C’est tout de même un immunosuppresseur très efficace, et je dois encore redoubler de vigilance, notamment parce que mon schéma vaccinal va être remis à zéro avec la greffe : je peux choper la grippe, refaire un COVID et attraper le tétanos si je bricole dans le jardin, ce qui est d’ailleurs strictement interdit.

    Les poussières et les moisissures, ainsi que la terre, contiennent des champignons potentiellement mortels : certains demandent des soins à long terme, comme l’aspergillose qui se fixe sur les poumons, tandis que d’autres sont beaucoup plus virulents et peuvent se fixer directement sur le cerveau : c’est pour cela que l’on interdit les plantes dans les pièces où je vais (les orchidées ont migré dans le bureau) et je n’ai pas le droit de toucher aux chiffons, à l’aspirateur, et aux éponges. En fait, je ne touche à rien jusqu’aux fameux cent jours de greffe. Il faudra ensuite que mon système immunitaire réapprenne à vivre « en société » avec les poussières et les bactéries habituelles, comme le font les enfants qui mettent tout à la bouche et renforcent ainsi leur immunité. Ce sera progressif et raisonnable en ce qui me concerne : les défenses sont présentes puisque les globules blancs sont dans les normes, mais ce sont des globules « naïfs » qui doivent être éduqués progressivement.

    C’est peut-être un peu technique mais je pense que c’est important, si vous avez des personnes dans votre entourage sous cortisone : prodiguer des conseils n’est pas forcément une bonne idée car les médecins font ça très bien, faire des remarques sur les transformations physiques entraînera à coup sûr une réaction épidermique : le patient sous cortisone se voit tous les matins dans la glace, il n’a pas envie d’entendre qu’il a une « drôle de tête » car il le sait déjà. Attention, la cortisone agit aussi sur l’humeur, et cela peut surprendre. Je demande à Michel s’il constate que ma tête fonctionne « normalement » et il me répond « Oh, ce n’est pas pire que d’habitude », je considère que ce n’est déjà pas si mal. Je me contente de mon quart d’heure de folie comme les chats, et le reste du temps, je suis sage.

    Si vous désirez en savoir plus sur la cortisone, je vous mets un lien (en général, vous n’êtes que deux à cliquer sur les liens, mais ça ne fait rien : j’insiste !) :

    Qu’est-ce-que la cortisone ?

    Si cela peut aider des personnes qui ont ce traitement dans votre entourage, n’hésitez pas à partager le lien !

    On va essayer de trouver de la musique « cool » pour éviter de renforcer l’excitation « cortisone » !

    29 mars 2025

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