Week-end des 23 et 24 août
Non, je n’ai rien écrit hier vendredi : il ne s’est rien passé de spécial, à part une grosse fatigue, peut-être le contrecoup du CMV, et toujours des difficultés au moment des repas. Je mange peu, mais régulièrement, après tout, ce n’est pas la peine de prendre des kilos avant l’hiver.
Aujourd’hui samedi, il fait beau. J’ai lu un article qui concerne ma saga « F.B Premier Ministre ». Beaucoup de Français ont semble-t-il fait remonter les « privilèges » ou les excès concernant la classe politique, élus et ministres. F.B a donc promis… une commission d’enquête. Déjà qu’il commence par lui-même et qu’il s’interroge sur ses propres pratiques. Une simple introspection suffirait et il n’est nul besoin de comité Théodule. Bref, je m’enjaille pour pas grand-chose. J’aimerais que les uns et les autres empruntent les lignes maudites de la SNCF (Paris – Clermont-Ferrand, par exemple), je pense que les problèmes de maintenance seraient rapidement réglés.
Dimanche 24 août
Encore une belle journée, légèrement venteuse mais avec un beau ciel bleu. Les fumées venues d’Espagne et du Portugal ne donnent plus au ciel cet aspect bizarre, tant mieux si les feux sont maîtrisés, même si les pauvres gens qui ont tout perdu auront du mal à faire face, on les comprend.
Nous avons commencé à organiser notre séjour dans le Cantal, mais pas pour les visites : on improvisera en fonction du temps, de l’état de fatigue et de l’inspiration. Non, ce qui nous a occupés, c’est de repérer « la » pharmacie : il y en a une à Murat, et les médecins. Alors, pour ce dernier point, ce n’est pas gagné : entre les avis négatifs (c’est un euphémisme), le désert médical, la concentration de médecins à St Flour qui n’acceptent « que la patientèle habituelle », on n’a pas envie d’avoir une urgence médicale. Question : comment font les gens qui sont en vacances à St Flour et dont le gamin tombe malade avec une forte fièvre ? Vous me direz : il y a l’hôpital d’Aurillac. Personnellement, le fait qu’un audit aux conclusions plus que négatives vient d’être publié ne donne pas envie, de même que les avis des malades. Les bâtiments sont plutôt vétustes et le personnel semble manquer de sérieux ou d’implication. Il y a bien ça et là quelques avis positifs, mais ils sont rares. Je ne suis pas certain qu’il y ait une unité post-greffe, et si jamais il me prenait de faire une de ces fantaisies dont j’ai le secret, il faudrait aller à Clermont-Ferrand, ce n’est pas la porte à côté même par l’autoroute. Mais je serai sage, promis. Pas de GVH, pas d’aggravation hépatique, pas de poussée de fièvre ou je ne sais quoi. Le grand air, les bienfaits du climat de moyenne montagne (1100 m au gîte), les averses qui obligent à presser le pas, les paysages dont on ne se lasse pas, parce qu’ils sont chaque jour différents, en fonction de la luminosité ou des nuages, les milans qui remontent la vallée et Doc Sylvie qui veillera au grain si besoin. Pour le reste, ce sera selon l’inspiration du moment : repos, siestes et sorties, soit à proximité, soit plus loin. Salers aura retrouvé son calme, la bise soufflera par les portes médiévales, on grattera sans doute le givre sur le pare-brise après une nuit bien froide… Le bonheur !



Demain, ce sera réveil de bonne heure et visite post-greffe… j’actualiserai tout cela dans l’après-midi.
De retour du CHU, nous sommes arrivés tôt et Doc Sylvie m’a fait passer en premier.
Verdict de l’auscultation : un probable début de GVH sur la peau, et j’imagine que le foie est en GVH également. La priorité reste ce fichu CMV qu’il faut éradiquer (enfin, neutraliser). Si la charge virale est indétectable, Doc Sylvie a l’intention de me mettre sous cortisone, ce qui devrait booster mon appétit en réglant le problème de GVH. Personnellement, je suis pour : je pourrai galoper comme un chamois dans la montagne !
On attend donc les résultats du labo, et retour au CHU lundi.
Une petite chanson que j’ai en tête depuis qu’on l’a entendue en voiture :
Mardi 26 août
Les résultats de la prise de sang d’hier sont arrivés vers 9 h 30 ce matin. Pas grand-chose de nouveau du côté de la numération : les globules rouges se portent bien, les blancs sont corrects et les plaquettes toujours trop basses, mais cela n’inquiète pas Doc Sylvie du moment qu’elles restent stables. La créatinine (fonction rénale) est augmentée, ce qui signifie que les reins souffrent, sans doute un effet du valganciclovir. Du côté du foie, c’est mieux en ce qui concerne les ASAT et ALAT, la destruction des cellules hépatiques semble s’apaiser. En revanche, il y a toujours une augmentation sévère des phosphatases alcalines, ce qui signifie que les canaux biliaires sont atteints et, d’après mon ami ChatGPT, cela traduit très probablement une GVH hépatique. La solution sera donc la cortisone pour enrayer ce processus, et la GVH cutanée débutante. Les deux peuvent être corrélés et la GVH cutanée renforce l’hypothèse GVH hépatique. Dans ce cas, on essaie en premier lieu la cortisone, mais il faut que le CMV soit indétectable, sinon il va repartir en flèche. J’aurai les résultats CMV et EBV demain. Il faut savoir aussi que la GVH hépatique chronique ne peut être éradiquée, il faudra sans cesse ajuster les doses de cortisone en les diminuant progressivement tout en surveillant la fonction hépatique. Le risque, à terme, est de voir se développer une fibrose hépatique. Cela fait partie des aléas liés aux greffes : on contrôle, on neutralise, mais on ne peut pas éliminer ces inconvénients.
Je vous remets la définition de la GVH chronique, et je rappelle qu’une page « glossaire » permet de retrouver les termes un peu techniques :
GVH ou réaction du Greffon contre l’Hôte :
Le terme greffon désigne les nouvelles cellules souches provenant du donneur et le terme hôte désigne le receveur, c’est-à-dire le patient. Ce phénomène, qui
reflète un conflit immunitaire entre donneur et receveur, se déclenche
lorsque les nouvelles cellules souches provenant du donneur perçoivent
les tissus ou les organes de l’organisme du malade, donc du receveur,
comme des corps étrangers antigènes et les attaquent. Cette réaction
se produit dans un certain nombre de cas, parce que, malgré tous les efforts déployés pour obtenir une compatibilité, il persiste toujours des différences génétiques entre donneur et receveur. Les principaux organes touchés par la GVH sont la peau, le foie et le tube digestif. La gravité ou la sévérité de la GVH est variable. Elle va des cas très modérés et temporaires jusqu’à des stades beaucoup plus sérieux qui peuvent mettre la vie du patient en danger. La GVH est gérée à l’aide de médicaments dits immunosuppresseurs qui servent en fait à atténuer le conflit immunitaire entre donneur et receveur. Le traitement d’une GVH peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années.
(Dans mon cas, la GVH est débutante, donc à un stade peu avancé mais qui peut évidemment évoluer au fil du temps)
GVH chronique :
On parle de réaction chronique du greffon contre l’hôte quand cette réaction se produit tardivement, en général au-delà des trois premiers mois après l’allogreffe.
Je reviens ajouter une précision, parce qu’il ne faut pas que l’on se méprenne. Tous ces aléas, (GVH, rejet du greffon, infections, risques létaux importants etc.) nous sont présentés avant la greffe. On sait à quoi on s’engage et on sait également que les équipes sont là, à nos côtés, pour gérer ce genre de situations. Je suis particulièrement gâté avec une équipe réactive, des appels téléphoniques si besoin, un lien étroit entre hématologues et pharmacie et une écoute optimale. Ce n’est peut-être pas le cas partout, mais en ce qui me concerne, cela repose sur du solide. Je reviens aussi sur ce choix qui a été difficile, voilà un peu plus d’un an, quand j’ai accepté la greffe. Si je l’avais refusée, je n’avais que quelques mois de répit relatif avant que la LAM (leucémie aigüe myéloïde) ne se déclare. Compte-tenu de mon caryotype complexe, lorsque la maladie se serait déclarée, j’en avais pour quelques mois avant de tirer ma révérence. Ce n’était pas une hypothèse, c’était la « sortie » inéluctable. Autant dire que sans greffe, je serais au mieux actuellement en soins palliatifs, au pire déjà décédé. Ce qui est pris n’est plus à prendre. Il peut y avoir des hauts et des bas, comme dans toute convalescence, mais je ne regrette rien. Le parcours n’est pas facile, mais je ne suis pas une exception. Parfois, le plus dur se situe juste après la greffe, avec d’importantes complications, parfois un peu plus tard. Il faut donc rester objectif et se dire que j’ai de la chance, parce que j’étais éligible, parce que l’équipe s’est mise en quête d’un donneur compatible (merci Kate !) et parce que les médecins réagissent avec calme et pondération en mesurant tous les paramètres. Compte tenu de tout ce que je viens de dire, il faut voir le verre à moitié plein. Je grogne parfois contre les différents traitements, mais je sais qu’ils me maintiennent en vie. Il y a forcément des dommages collatéraux : foie et reins notamment, eh bien on fera en sorte que cela reste gérable. Le rôle du malade c’est d’abord de ne pas prendre à la légère tout nouveau symptôme et de bien les exposer lors des visites. Ce n’est certainement pas d’agir avec légèreté en taisant tel ou tel aspect. Mettre les médecins sur la voie, avec sincérité, c’est le rôle du malade, de même que respecter les prises médicamenteuses ou de signaler que l’on a dû diminuer la prise d’un traitement car il provoquait des effets indésirables graves. En somme, chacun doit être dans son rôle. Le rôle de Michel est aussi important lorsqu’il apporte une précision, l’avoir à mes côtés lors des consultations est indispensable. En tant que malade, on peut occulter involontairement un événement majeur, parce que le cerveau, parfois, préfère « oublier ». Tout cela me conduit à avoir, pour le moment, un horizon limité à 6 mois. Au-delà, c’est Terra Incognita.
Mercredi 27 août
Une bonne nouvelle ce matin : les résultats du labo sont arrivés vers 10 h 25 : CMV et EBV sont indétectable. Cela permettra sans doute à Doc Sylvie de démarrer le traitement à la cortisone comme elle l’espérait, et c’est important pour contrer le début de GVH cutanée et la GVH hépatique, et pour passer un bon moment dans le Cantal. Champomy ce midi ! En fait, ce sera eau pétillante !
Jeudi 28 août
On dirait que ça sent la fin de l’été et il flotte dans l’air comme un parfum de reprise. Bon courage à celles et ceux qui reprennent le collier. Voici deux chansons à fredonner.






















