Ça y est, il part ! Je parle de l’alien de la jambe gauche, bien entendu. Depuis hier, il a choisi de se faire la malle mais, comme tout alien qui se respecte, il le fait de la façon la plus gore possible. Il a réussi à se frayer un chemin dans la jambe par l’excroissance bleuâtre et un écoulement de sang continu (mais pas trop abondant) s’est produit. La jambe commence à dégonfler un peu et devient moins douloureuse, mon infirmier à domicile me procure des soins réguliers en nettoyant la zone et en plaçant des compresses stériles maintenues par une bande. Ce matin, la bande est trempée de sang, signe que le processus est toujours en cours.
L’alien aurait pu faire cela plus discrètement, mais je pense qu’il voulait un départ en fanfare pour marquer les esprits. Je vous aurais bien fait des photos mais les âmes fragiles qui me suivent vont tourner de l’œil et j’en serai tout embêté. Donc, pas de photos. Heureusement, les plaquettes ont quand même bien remonté même si elles recommencent à baisser. L’analyse d’hier n’est pas si mauvaise, les neutrophiles reprennent un peu de poil de la bête et l’hémoglobine aussi. Mais on a bien fait de décaler le Vidaza, sinon je ne sais pas si l’amélioration aurait pu avoir lieu.
Voilà, ce sera tout pour aujourd’hui, je ne me sens pas très inspiré et j’ai donc choisi de rédiger un texte informatif, sans état d’âme. Avant le café, je n’ai pas d’état d’âme de toute façon.
Je vous dis à bientôt, et l’alien m’a demandé de vous saluer avant de retourner définitivement sur sa planète.
Voici une petite chanson pour démarrer la journée :
Tic-tac, tic-tac, le temps s’écoule inexorablement. Il paraît que le temps ralentit quand on vieillit, je peux vous assurer que c’est faux. Tu t’endors en septembre et tu te réveilles en décembre.
Bon, en septembre, j’étais en forme encore quand Doc Jérôme m’annonçait qu’en fait je ne l’étais pas tant que ça et que je m’en rendrais compte tôt ou tard. Briseur d’illusions, cher Doc Jérôme. S’il n’y avait pas eu ces fichues prises de sang, j’aurais continué mon rêve. J’aime bien rêver, je rêve toutes les nuits, souvent des rêves très bizarres, voire effrayants mais je lutte toujours pour me tirer des situations inextricables dans lesquelles Morphée me place. Cela donne un sommeil agité, des grognements, des protestations dont profite Michel. Cela ne le réjouit pas toujours, évidemment.
Je ne sais toujours pas de quoi sera fait demain, ou après-demain. Quand je consulte ma boule de cristal, elle se contente de faire « tic-tac » comme une bombe à retardement. J’aimerais, si possible, avoir quelques jours de répit, sans que rien ne se passe, au moins jusqu’au 26 décembre. Si ce n’est pas trop demander, hein, je ne voudrais pas abuser, cher Père Noël. Apportez-moi juste quelques journées ordinaires, où le temps s’écoule tranquillement, comme chez les vieux, quitte à me dire « Cette journée est interminable ! » L’ennui est bon pour le cerveau qui en profite pour s’échapper et vagabonder dans les steppes de Mongolie ou dans des forêts enchantées. J’ai la chance de pouvoir rêver le jour aussi. Je me promène à Lanzarote, je me perds dans les rues d’Arrecife, je parcours la montagne crétoise ou alors je me représente les paysages enneigés de l’Aubrac, les ciels tourmentés d’Irlande ou les jardins de Blanes en Catalogne. J’ai l’esprit voyageur, je suis un vagabond de l’imaginaire, mais un imaginaire qui existe réellement quelque part.
« Et ta jambe ? » me direz-vous. Eh bien, nous ferons le point à la fin de la semaine, donner trop d’importance à l’alien risque de le conforter dans ses fantaisies. C’est un peu comme un gamin dont les parents s’extasient de ses grimaces et paroles déplacées alors qu’il conviendrait de le remettre en place.
Je vais regarder les infos du matin, je me doute que c’est encore dramatique, qu’il va falloir supporter les déclarations déplacées des uns et les sottises des autres, du style « L’état n’a rien fait pour empêcher le cyclone à Mayotte ». C’est le genre de déclarations qui aident grandement les populations locales.
Doc Benoît a identifié le mal qui me ronge la jambe en plus de l’alien – un érysipèle seul ne suffit pas – et il a diagnostiqué un hématome. Pourquoi est-il là ? Cela reste assez mystérieux. Début novembre, je me suis effectivement cogné la jambe en me levant le matin, au coin du lit. Mais ce n’était pas un choc violent. Sans doute un vaisseau fragile en a profité pour s’épancher, étant donné que mon taux de plaquettes était au plancher. Bref, peu importe, j’ai un hématome qui pointe et forme une jolie colline bleuâtre. C’est rien moche, comme diraient les Normands. Et puis ça fait mal. J’ai donc des pansements à l’alcool et de la pommade Hémoclar. Michel me fait des superbes pansements, la compresse imbibée d’alcool est maintenue avec une bande deux fois par jour.
« Et surtout, maintenez votre jambe au repos ! ». Euh, Doc, j’en ai un peu marre de garder la jambe au repos. En fait, je ne fais que ça depuis près d’un mois, ça commence à faire long. Bon, on ne va pas chouiner un dimanche. J’ai aussi demandé pourquoi mon taux de gamma GT venait de s’envoler mystérieusement : « Votre foie doit éliminer un grand nombre de déchets sanguins, donc il fatigue. » OK, c’est rassurant… Je ne bois que de l’eau, et je me doutais bien que ce n’était pas provoqué par une consommation d’alcool excessive. Je devrais peut-être changer de boisson, mais je me sens incapable de boire ne serait-ce qu’une goutte de bon vin, même un Saumur Champigny. C’est dire…
Voilà, on va laisser les problèmes de côté, nous sommes dimanche et je vais laisser ma jambe au repos. Hier j’ai passé un excellent moment à lire en version numérique le dernier livre de mon ami Valéry Sauvage : « Aliénor et le cirque des rouquins ». Je me suis promené dans des forêts enchantées, j’ai vu des fées, j’ai assisté à des représentations de cirque avec des numéros incroyables et je me suis régalé, vraiment. Pouvoir lire est un privilège que je retrouve enfin. Avec 40° de fièvre, c’est en ce qui me concerne un exercice impossible. Mais avec la fichue jambe au repos, tout va bien.
Dans dix jours, c’est Noël. Je vous le rappelle gentiment parce que, comme d’habitude, vous allez vous y prendre au dernier moment pour vos commandes de chapons et vos cadeaux. Vous êtes incorrigibles. Tiens, je devrais sous-traiter et mettre tout ce temps perdu pour moi à votre service (uniquement pour les commandes en ligne). Je passerai les fêtes de Noël seul, c’est le moment de l’année où les microbes prolifèrent et comme je suis incapable de lutter contre quoi que ce soit, il faut savoir être raisonnable. Ce n’est pas bien grave, j’espère qu’il y aura d’autres occasions de faire la fête en famille.
Avant de terminer, et de vous souhaiter un bon dimanche, je vous recherche deux chansons que j’aime bien, avec deux interprètes qui se sont fait la malle bien trop rapidement.
Je sais, on pourrait réunir les chanteurs et chanteurs que j’aime dans un immense cimetière. N’oubliez pas cependant que Line Renaud est toujours en vie !
Voilà déjà un bon moment que tu squattes ma jambe gauche, sans me payer le moindre loyer, à part des douleurs lancinantes et quasi permanentes. Si tu t’appelais Maurice, je dirais que tu pousses le bouchon un peu loin. D’accord, les médecins t’appellent érysipèle, mais moi je sais que tu es un alien. Je ne sais pas exactement d’où tu viens, ni par quelle entrée secrète tu t’es faufilé dans ma jambe qui était jusqu’à présent joliment galbée et qui ne ressemble désormais à pas grand-chose, un poteau rouge sur la partie extérieure, avec une jolie marque bleu-noir sur l’excroissance, et des bulles qui m’indiquent que je vais sans doute muer comme un vieux lézard quand tu auras décidé de me laisser tranquille.
Vois-tu, cher Maurice, il est temps de rentrer chez toi : fais tes cartons, emballe bien ton Van Gogh et surtout, surtout, n’oublie pas de faire le ménage avant de partir. Je ne te regretterai pas, entre toi et le zona, je ne sais pas lequel des deux m’a fait le plus souffrir, mais je pense que vous êtes à égalité. Tu vas me dire « Mais si je pars, quelqu’un va en profiter ! ». Sans doute, mais j’aurai peut-être un peu de répit entre deux. J’aimerais pouvoir prendre appui sur ma jambe sans faire la grimace et éviter de passer mon temps dans le fauteuil ou au lit. Tu me fatigues, tu sais, tu pompes mon énergie, tu te nourris du peu de force vitale qu’il me reste. Pour résumer, tu me pourris la vie !
Je sens qu’il va te falloir un peu d’aide pour quitter ton nid douillet, et j’ai pris un rendez-vous en urgence chez Doc Benoît ce matin. Il va pouvoir constater comment tu évolues et il prendra les décisions qui s’imposent. Je vais peut-être devoir replonger dans une période dégueulito mais bon, s’il faut en passer par là, je suis prêt. Je ne te laisserai pas me pourrir la vie plus longtemps, tiens-toi prêt et commence à remballer tes affaires.
Tu imagines bien que je ne t’embrasse pas, j’aimerais pouvoir te dire « Adieu ! ».
Pour illustrer mon propos, imaginez que Maurice soit en fait un esprit maléfique et facétieux :
Mes groupies se jettent à mes pieds depuis plusieurs jours « Oh oui ! Tourne une vidéo pour nous montrer comment tu danses bien. »
Je suis désolé, les conditions ne sont pas encore réunies. L’alien semblait faire ses bagages hier, mais il s’est ravisé : il a envie de passer l’hiver au chaud. Comme Snoopy dans sa niche, il a accroché son Van Gogh, installé son canapé devant la télé et il boit des bières en attendant. C’est pour ça que je vois des petites bulles remonter à la surface : le truc rote (oui, il pète aussi sans doute !)
Donc il m’a réveillé ce matin et l’attente va être longue pour la nomination du premier Ministre. Surtout, ne regardez pas les chaînes d’infos où on va vous emmener devant les grilles de l’Elysée : « Alors, Martin, que se passe-t-il ? » « Bah euh rien… On est tous là en train de nous peler, le camion des poubelles vient de passer et Brigitte vient de nous apporter les croissants et du café chaud. Nous lui avons demandé si son mari allait s’exprimer bientôt : « Surtout, ne dites pas que je vous l’ai dit, mais il procrastine ». Elle a resserré le cordon de sa robe de chambre et elle est repartie en direction des cuisines où elle préfère déjeuner avec le personnel. »
Donc, fumée blanche ou fumée noire, voilà de quoi nous occuper, l’alien et moi. Il veut parier sur des noms mais je lui ai expliqué que ça ne servirait à rien, le Président peut sortir n’importe quel nom de sa casquette, les oppositions diront « Berk, quelle horreur, c’est l’homme – ou la femme – du passé. » Parce que dans les oppositions, il n’y a que des hommes et des femmes d’avenir « hin, hin hin dit l’alien ! »
Si je sens un léger mieux dans la journée, j’esquisserai quelques pas de danse, il faut que je retravaille mes chorégraphies, je suis un peu rouillé. Mais il faudra constater sur place : je ne poste quasiment jamais de selfies, encore moins de vidéos où je fais l’andouille. Vous avez des gens qui passent leur temps à filmer leur quotidien, dans la cuisine, aux toilettes et sous la douche, parfois au lit en bonne compagnie. J’imagine la tête de leurs gamins quand ils tomberont là-dessus dans quelques années.
Bon, je vais essayer d’appeler Macron (il ne dort pas, il ne dort jamais), il vient de passer un SMS à un homme politique pressenti : « Tu dors, lapin ? Je viens de penser à quelque chose… » Je vais dire à mon homonyme qu’on veut un nom, et vite, afin de pouvoir jouer à dire du mal comme les Vamps, parce que c’est notre sport national.
L’alien danse la polka et vous salue aimablement, moi un peu moins aimablement mais je vous salue aussi. Voici deux styles différents que je maîtrise à la perfection comme vous vous en doutez :
Bonjour, j’ai fait la marmotte ce matin. Il me semblait, dans le lit, que l’alien était un peu calmé. Eh bien non, il est toujours là en train de me pourrir la vie. Pour l’anecdote, j’ai fini les 8 jours d’antibiotiques hier soir, donc le truc est désormais en roue libre. En même temps, je ne sais pas si les antibios ont eu l’effet escompté, à part les vomissements.
Bref, je vais peut-être retrouver un peu d’appétit mais je surveille la chose, et je vais surveiller la température également. Je me connais… 38° une partie de la journée, et, d’un seul coup, je suis capable de monter à 40°.
Sinon rien de bien neuf, je n’ai pas encore regardé les nouvelles. Voilà, je viens de regarder rapidement. Visiblement, les Franciliens vont passer une journée de galère dans les transports, ça risque de les mettre de mauvaise humeur. La SNCF dit « Tout va bien », les parisiens qui attendent dans le froid ne sont pas de cet avis.
Ah oui, il fait froid, il est trop tard pour vous conseiller de vous vêtir chaudement mais après tout, vous êtes des adultes responsables. Je sais bien que mes conseils ne servent à rien.
Ce sera tout pour aujourd’hui, je vais vous chercher deux chansons que j’aime bien, sans aucun rapport avec ce que j’ai écrit, juste pour le plaisir.
L’alien et moi vous souhaitons une agréable journée.
Bonjour, il est 5 h 30 et vous venez de regarder l’écran de votre radio réveil en vous disant « encore une heure ! ». Pour moi, c’est mort. L’alien m’a réveillé. J’ai pourtant inventé un mantra qui devrait être efficace : « E.T, retourne maison ! », peut-être faut-il que vous m’aidiez en marmonnant la formule magique au boulot, par exemple. Tout le monde connaît votre côté original, donc vous ne risquez rien.
Hier soir, j’ai senti que la fièvre montait – elle montait – donc j’ai pris un doliprane, efficace contre la fièvre mais pas contre les douleurs.
J’ai ainsi du temps pour regarder la presse sur le Net et essayer de comprendre ce qui se passe en Syrie. Asma, tout comme moi, suit aussi de près les actualités. C’est que nous avons tous deux travaillé dans le même collège et, pendant l’année 2012 – 2013, nous avons vu arriver les réfugiés Syriens. je me souviendrai toute ma vie du jour où M. D. est arrivé au collège avec ses deux filles. M. D. si j’ai bonne mémoire était ingénieur à Alep, un grand spécialiste de l’agronomie en milieux désertiques. Cultivé, s’exprimant dans un français impeccable, il a commencé à nous raconter l’enfer. Ses deux filles étaient scolarisées à l’école française d’Alep, avec toutes deux un excellent niveau scolaire car l’enseignement y était de qualité, et donc francophones.
M. D nous a raconté qu’un jour, les petites sont arrivées de l’école en pleurant : pour la première fois, l’école avait été bombardée, fort heureusement, elles n’avaient pas été blessées. Je me souviendrai toujours de ses paroles : « C’était l’enfer, M. Macron, nous étions pris au piège entre l’armée gouvernementale qui ne faisait pas de distinction entre population civile et terroristes, et Daech. La peste ou le choléra… Alors, comme on dit chez nous, j’ai pris les dromadaires et nous sommes partis, juste avec nos papiers et quelques vêtements que j’ai entassés dans la voiture, et nous avons fui par la Turquie. Une fois là-bas, nous avons pu organiser notre voyage jusqu’à Angers. »
M. D a ensuite sorti les livrets scolaires des filles et m’a demandé de les feuilleter, non pour comprendre les appréciations rédigées en arabe, mais pour regarder un détail : à chaque page, en filigrane, apparaissait le visage de Bachar al-Assad, omniprésent sur les murs, les écrans, les livres scolaires, tentant ainsi d’affirmer sa toute-puissance.
Je n’avais jamais touché de si près ce que pouvait être la vie quotidienne des populations qui tentaient d’échapper aux bombes ou aux gaz létaux, ce que récusaient d’ailleurs à droite et à gauche des gens très bien informés : « Il faut apporter des preuves ! » Mais bien sûr…
Les deux filles ont accompli une scolarité exemplaire, après avoir quitté le collège, j’ai revu plusieurs fois M.D. lors de cérémonies officielles où je remplaçais le DASEN – Inspecteur d’Académie. M. D. et moi nous nous donnions l’accolade, et souvent, nos yeux étaient humides tant l’émotion était grande. J’avais beau expliquer à M. D que je n’avais fait que mon devoir, il réfutait cette thèse : « Non, M. Macron, vous nous avez tendu les bras et vous nous avez accueillis ».
Je vois depuis deux ou trois jours que l’on craint un flux migratoire, notre ministre de l’Intérieur en charge des affaires courantes voudrait bien pondre un décret pour bouter ces hordes barbares hors de notre territoire. Mais, mon petit, tu es juste en charge des affaires courantes. Je comprends aussi qu’un certain nombre de familles, lorsque la situation se sera « apaisée » aient envie de rentrer au pays. Mais pour retrouver quoi ? Pour y construire quelle vie ? Pour y retrouver quel travail ? Je n’ai pas l’impression que des flux migratoires soient en train de s’organiser, ni dans un sens, ni dans l’autre.
Je note que quand je parle de sujets généraux comme celui-ci, j’oublie un peu la douleur, je me dis aussi que mon passage sur Terre n’aura pas été totalement inutile. Avec mes collègues de la Préfecture, nous formions une équipe de choc, nous avons toujours pris à bras le corps ces problématiques. Nous l’avons fait en silence, souvent à contre-courant des politicards en place. Chaque avancée était pour nous une petite victoire.
Je vous souhaite une bonne journée, désolé d’avoir été trop sérieux.
Je suis sûr que vous dormez, et vous avez bien raison ! Matinal je suis, matinal je reste, quitte à retourner dans mon lit d’ici une heure ou deux. Je me suis réveillé pour boire un bon verre d’eau, et j’ai vu que mes résultats d’analyses étaient arrivés. En fait, ils ont été expédiés à 0 h 15. C’est de pire en pire, mais l’important est qu’ils soient là.
Alors, ils disent quoi ces résultats ? Pas grand-chose, rien de bien neuf sur le plan de la formule sanguine. Les plaquettes sont en forme, les neutrophiles sont à la ramasse, ainsi que tous les autres globules blancs, et les blastes font leur retour dans la compétition, mais de façon mesurée.
Et la jambe ? Bah, puisque personne n’est volontaire pour la couper, elle reste douloureuse, mais cela devient presque supportable. Voilà, je crois qu’on a fait le tour des bobos. J’aimerais bien retrouver un peu de mobilité, juste pour sauter à cloche-pied ou pour tenter des chorégraphies improbables. Vous ne le savez pas, mais je suis le roi du menuet ou du jerk déstructuré. Pour cela, il faut deux jambes fonctionnelles. Pas grave, je me vengerai tôt ou tard.
Voilà tout le nouveau pour ce matin, tant pis pour vous, c’est un tout petit article mais je vous ai trop gâtés et nous allons revenir sur certains privilèges : il n’est pas sûr que je continue à publier tous les jours et l’accès aux articles va devenir payant… Non, je rigole, évidemment, pour l’accès payant. Pour le reste, vous verrez bien.
Pour vous distraire, je vous mets Catherine et Liliane et on va tous arrêter de se plaindre !
Et pour terminer, une chanson que vous aurez en tête toute la journée (bien fait !)
Bonjour, nous sommes le lundi 9 décembre et je me prépare pour ma troisième cure de Vidaza. Comment ? Ah oui, c’est vrai, elle est reportée, à cause de l’alien qui incube dans ma jambe gauche. Bah de toute façon, je n’avais pas envie de sortir, alors ça tombe bien.
Revenons un peu à l’Alien, j’espère que vous ne me lisez pas en déjeunant, sinon vous allez vomir dans votre mug. Depuis hier, un genre de bulle s’est formée, ça ressemble un peu à une cloque. C’est par-là que l’alien va sortir, je surveille. Alors, évidemment, ce n’est pas moins douloureux et si j’étais Sigourney Weaver, je me couperais la jambe, je la mettrais dans le sas de l’appareil spatial et zou, la jambe et la bestiole partiraient dans l’espace. Affaire réglée, film terminé ! Mais je n’ai pas de vaisseau spatial et, accessoirement, je ne m’appelle pas Sigourney, c’est ballot.
On ne va pas commencer la journée en chouinant : « bobo, gna gna gna ! » Un peu de dignité quand même ! C’est lundi, il fait 6° (c’est marqué sur mon ordinateur) et je ne peux toujours pas marcher : Youpi, la vie est belle !
Listons les autres points positifs :
Je n’ai pas vomi hier, je n’ai pas de nausée pour le moment et probablement pas de température. J’arrive encore à vous raconter des âneries. Sinon, c’est le jour de la prise de sang et je vais pouvoir jouer à « C’est qui qui va passer ? ». Il a fallu que je rappelle le cabinet infirmier pour recaler les rendez-vous. En plus, c’est le jour de l’analyse mensuelle avec des paramètres supplémentaires, donc plein de paris à faire sur les taux d’hémoglobine, de neutrophiles, les plaquettes, la bilirubine et j’en passe. Je devrais ouvrir une boutique de paris en ligne avec en bonus la question : »Devinez combien de jours il lui reste et évaluez la date de son décès que vous rentrerez sous la forme « jour – mois – année, à l’aide du menu déroulant »
Quoi « c’est morbide » ? Mais réveillez-vous, le monde est truffé de trucs encore plus gore. Bref, vous jouez ou pas, il n’y a pas d’obligation. Et puis, je n’ai pas créé le site. Cela me prendrait vite la tête, je pense !
Je vous souhaite un bon lundi, travaillez bien et dîtes-vous que faire vos achats de Noël à la dernière minute est une très mauvaise idée ! Faites comme moi, cumulez les ennuis de santé, cela vous donnera une bonne excuse !
J’espère que vous allez profiter de votre dimanche pour enquiller les messes diffusées à Notre Dame et espérer ainsi le salut de vos âmes. Je dois dire que la cérémonie d’ouverture manquait de rythme et je comprends pourquoi mon ami Valéry a regardé Sister Act 2. Bon, il y a eu quelques plans intéressants sur les invités : Trump et sa mine renfrognée, Elon Musk et sa « poker face », Sarko qui ne peut pas s’empêcher de parler et Carla qui a gentiment chanté tous les cantiques. Pour Sarko, à la fin, j’ai lu sur ses lèvres « Encore deux minutes et c’est bon ! »
J’aime beaucoup le mobilier design, notamment l’autel (qui n’a pas servi puisque ce n’était pas une messe à proprement parler) et le grand siège que l’on appelle cathèdre et qui servait à l’évêque (et que je t’enlève la mitre, et que je te la remets…). Ce qui m’a bluffé, c’est sa crosse – ou son bâton de sorcier – que j’ai trouvée magnifique, Gandalf aurait pu avoir la même.
Ensuite il y a eu le concert. Lang Lang au piano, Kathia Buniatischvilli, quelques chanteurs lyriques, un peu de variété et je me suis endormi sur le canapé. Un concert sans public, c’est toujours étrange, non ? Je voulais rester pour le clou du spectacle. Le DJ Michael Canitrot jouait pendant que les images projetées sur la façade de Notre Dame me laissaient perplexe. Les effets étaient certes spectaculaires mais je n’ai pas trouvé le sens narratif de tout cela. À un moment, la rosace s’est transformée en cœur qui bat, mais l’idée n’a pas été menée jusqu’au bout. Il manquait un fil rouge qui aurait fait battre mon petit cœur d’artichaut.
Voilà tout le nouveau, je ne me sens pas très inspiré pour vous donner des nouvelles de ma santé. La jambe reste douloureuse, mais la fièvre reste contenue avec un peu de doliprane. Les doses d’antibiotiques sont tellement fortes que je ne sais pas ce qui me met le plus sur le flanc : la maladie (les maladies) ou les médocs. J’ai dormi une bonne partie de la journée hier, cela risque d’être le cas encore aujourd’hui. Je ne lutte pas : je fais des rêves bizarres dans lesquels Doc Sylvie se fait remonter sérieusement les bretelles par Michel. Hier matin, mon cauchemar était assez angoissant : nous étions tous les deux sur le canapé, devant la télé. Le lampadaire commençait à produire une lumière vacillante et de plus en plus forte, la télé subissait le même sort et je devais fermer les yeux pour éviter d’être aveuglé. Je demandais à Michel « Mais que se passe-t-il ? Et lui me répondait : « Rien, pourquoi ? »
Voilà, je termine là mes élucubrations dominicales. Bon dimanche, avec cette chanson que ma maman détestait que je lui chante !
C’était un gamin, un gosse de Paris Pour famille il n’avait qu’sa mère Une pauvre fille aux grands yeux rougis Par les chagrins et la misère