Aller au contenu principal

Greffe de moelle osseuse

  • À propos
  • Mes sources
oplus_32

Greffe de moelle osseuse

Greffe de moelle osseuse

  • À propos
  • Mes sources
oplus_32

Greffe de moelle osseuse
  • Bachar, Mohamed et les autres

    Bonjour, il est 5 h 30 et vous venez de regarder l’écran de votre radio réveil en vous disant « encore une heure ! ». Pour moi, c’est mort. L’alien m’a réveillé. J’ai pourtant inventé un mantra qui devrait être efficace : « E.T, retourne maison ! », peut-être faut-il que vous m’aidiez en marmonnant la formule magique au boulot, par exemple. Tout le monde connaît votre côté original, donc vous ne risquez rien.

    Hier soir, j’ai senti que la fièvre montait – elle montait – donc j’ai pris un doliprane, efficace contre la fièvre mais pas contre les douleurs.

    J’ai ainsi du temps pour regarder la presse sur le Net et essayer de comprendre ce qui se passe en Syrie. Asma, tout comme moi, suit aussi de près les actualités. C’est que nous avons tous deux travaillé dans le même collège et, pendant l’année 2012 – 2013, nous avons vu arriver les réfugiés Syriens. je me souviendrai toute ma vie du jour où M. D. est arrivé au collège avec ses deux filles. M. D. si j’ai bonne mémoire était ingénieur à Alep, un grand spécialiste de l’agronomie en milieux désertiques. Cultivé, s’exprimant dans un français impeccable, il a commencé à nous raconter l’enfer. Ses deux filles étaient scolarisées à l’école française d’Alep, avec toutes deux un excellent niveau scolaire car l’enseignement y était de qualité, et donc francophones.

    M. D nous a raconté qu’un jour, les petites sont arrivées de l’école en pleurant : pour la première fois, l’école avait été bombardée, fort heureusement, elles n’avaient pas été blessées. Je me souviendrai toujours de ses paroles : « C’était l’enfer, M. Macron, nous étions pris au piège entre l’armée gouvernementale qui ne faisait pas de distinction entre population civile et terroristes, et Daech. La peste ou le choléra… Alors, comme on dit chez nous, j’ai pris les dromadaires et nous sommes partis, juste avec nos papiers et quelques vêtements que j’ai entassés dans la voiture, et nous avons fui par la Turquie. Une fois là-bas, nous avons pu organiser notre voyage jusqu’à Angers. »

    M. D a ensuite sorti les livrets scolaires des filles et m’a demandé de les feuilleter, non pour comprendre les appréciations rédigées en arabe, mais pour regarder un détail : à chaque page, en filigrane, apparaissait le visage de Bachar al-Assad, omniprésent sur les murs, les écrans, les livres scolaires, tentant ainsi d’affirmer sa toute-puissance.

    Je n’avais jamais touché de si près ce que pouvait être la vie quotidienne des populations qui tentaient d’échapper aux bombes ou aux gaz létaux, ce que récusaient d’ailleurs à droite et à gauche des gens très bien informés : « Il faut apporter des preuves ! » Mais bien sûr…

    Les deux filles ont accompli une scolarité exemplaire, après avoir quitté le collège, j’ai revu plusieurs fois M.D. lors de cérémonies officielles où je remplaçais le DASEN – Inspecteur d’Académie. M. D. et moi nous nous donnions l’accolade, et souvent, nos yeux étaient humides tant l’émotion était grande. J’avais beau expliquer à M. D que je n’avais fait que mon devoir, il réfutait cette thèse : « Non, M. Macron, vous nous avez tendu les bras et vous nous avez accueillis ».

    Je vois depuis deux ou trois jours que l’on craint un flux migratoire, notre ministre de l’Intérieur en charge des affaires courantes voudrait bien pondre un décret pour bouter ces hordes barbares hors de notre territoire. Mais, mon petit, tu es juste en charge des affaires courantes. Je comprends aussi qu’un certain nombre de familles, lorsque la situation se sera « apaisée » aient envie de rentrer au pays. Mais pour retrouver quoi ? Pour y construire quelle vie ? Pour y retrouver quel travail ? Je n’ai pas l’impression que des flux migratoires soient en train de s’organiser, ni dans un sens, ni dans l’autre.

    Je note que quand je parle de sujets généraux comme celui-ci, j’oublie un peu la douleur, je me dis aussi que mon passage sur Terre n’aura pas été totalement inutile. Avec mes collègues de la Préfecture, nous formions une équipe de choc, nous avons toujours pris à bras le corps ces problématiques. Nous l’avons fait en silence, souvent à contre-courant des politicards en place. Chaque avancée était pour nous une petite victoire.

    Je vous souhaite une bonne journée, désolé d’avoir été trop sérieux.

    11 décembre 2024

  • Encore un matin…

    Je suis sûr que vous dormez, et vous avez bien raison ! Matinal je suis, matinal je reste, quitte à retourner dans mon lit d’ici une heure ou deux. Je me suis réveillé pour boire un bon verre d’eau, et j’ai vu que mes résultats d’analyses étaient arrivés. En fait, ils ont été expédiés à 0 h 15. C’est de pire en pire, mais l’important est qu’ils soient là.

    Alors, ils disent quoi ces résultats ? Pas grand-chose, rien de bien neuf sur le plan de la formule sanguine. Les plaquettes sont en forme, les neutrophiles sont à la ramasse, ainsi que tous les autres globules blancs, et les blastes font leur retour dans la compétition, mais de façon mesurée.

    Et la jambe ? Bah, puisque personne n’est volontaire pour la couper, elle reste douloureuse, mais cela devient presque supportable. Voilà, je crois qu’on a fait le tour des bobos. J’aimerais bien retrouver un peu de mobilité, juste pour sauter à cloche-pied ou pour tenter des chorégraphies improbables. Vous ne le savez pas, mais je suis le roi du menuet ou du jerk déstructuré. Pour cela, il faut deux jambes fonctionnelles. Pas grave, je me vengerai tôt ou tard.

    Voilà tout le nouveau pour ce matin, tant pis pour vous, c’est un tout petit article mais je vous ai trop gâtés et nous allons revenir sur certains privilèges : il n’est pas sûr que je continue à publier tous les jours et l’accès aux articles va devenir payant… Non, je rigole, évidemment, pour l’accès payant. Pour le reste, vous verrez bien.

    Pour vous distraire, je vous mets Catherine et Liliane et on va tous arrêter de se plaindre !

    Et pour terminer, une chanson que vous aurez en tête toute la journée (bien fait !)

    10 décembre 2024

  • Alien jambe gauche

    Bonjour, nous sommes le lundi 9 décembre et je me prépare pour ma troisième cure de Vidaza. Comment ? Ah oui, c’est vrai, elle est reportée, à cause de l’alien qui incube dans ma jambe gauche. Bah de toute façon, je n’avais pas envie de sortir, alors ça tombe bien.

    Revenons un peu à l’Alien, j’espère que vous ne me lisez pas en déjeunant, sinon vous allez vomir dans votre mug. Depuis hier, un genre de bulle s’est formée, ça ressemble un peu à une cloque. C’est par-là que l’alien va sortir, je surveille. Alors, évidemment, ce n’est pas moins douloureux et si j’étais Sigourney Weaver, je me couperais la jambe, je la mettrais dans le sas de l’appareil spatial et zou, la jambe et la bestiole partiraient dans l’espace. Affaire réglée, film terminé ! Mais je n’ai pas de vaisseau spatial et, accessoirement, je ne m’appelle pas Sigourney, c’est ballot.

    On ne va pas commencer la journée en chouinant : « bobo, gna gna gna ! » Un peu de dignité quand même ! C’est lundi, il fait 6° (c’est marqué sur mon ordinateur) et je ne peux toujours pas marcher : Youpi, la vie est belle !

    Listons les autres points positifs :

    Je n’ai pas vomi hier, je n’ai pas de nausée pour le moment et probablement pas de température. J’arrive encore à vous raconter des âneries. Sinon, c’est le jour de la prise de sang et je vais pouvoir jouer à « C’est qui qui va passer ? ». Il a fallu que je rappelle le cabinet infirmier pour recaler les rendez-vous. En plus, c’est le jour de l’analyse mensuelle avec des paramètres supplémentaires, donc plein de paris à faire sur les taux d’hémoglobine, de neutrophiles, les plaquettes, la bilirubine et j’en passe. Je devrais ouvrir une boutique de paris en ligne avec en bonus la question : »Devinez combien de jours il lui reste et évaluez la date de son décès que vous rentrerez sous la forme « jour – mois – année, à l’aide du menu déroulant »

    Quoi « c’est morbide » ? Mais réveillez-vous, le monde est truffé de trucs encore plus gore. Bref, vous jouez ou pas, il n’y a pas d’obligation. Et puis, je n’ai pas créé le site. Cela me prendrait vite la tête, je pense !

    Je vous souhaite un bon lundi, travaillez bien et dîtes-vous que faire vos achats de Noël à la dernière minute est une très mauvaise idée ! Faites comme moi, cumulez les ennuis de santé, cela vous donnera une bonne excuse !

    9 décembre 2024

  • C’est aujourd’hui dimanche

    J’espère que vous allez profiter de votre dimanche pour enquiller les messes diffusées à Notre Dame et espérer ainsi le salut de vos âmes. Je dois dire que la cérémonie d’ouverture manquait de rythme et je comprends pourquoi mon ami Valéry a regardé Sister Act 2. Bon, il y a eu quelques plans intéressants sur les invités : Trump et sa mine renfrognée, Elon Musk et sa « poker face », Sarko qui ne peut pas s’empêcher de parler et Carla qui a gentiment chanté tous les cantiques. Pour Sarko, à la fin, j’ai lu sur ses lèvres « Encore deux minutes et c’est bon ! »

    J’aime beaucoup le mobilier design, notamment l’autel (qui n’a pas servi puisque ce n’était pas une messe à proprement parler) et le grand siège que l’on appelle cathèdre et qui servait à l’évêque (et que je t’enlève la mitre, et que je te la remets…). Ce qui m’a bluffé, c’est sa crosse – ou son bâton de sorcier – que j’ai trouvée magnifique, Gandalf aurait pu avoir la même.

    Ensuite il y a eu le concert. Lang Lang au piano, Kathia Buniatischvilli, quelques chanteurs lyriques, un peu de variété et je me suis endormi sur le canapé. Un concert sans public, c’est toujours étrange, non ? Je voulais rester pour le clou du spectacle. Le DJ Michael Canitrot jouait pendant que les images projetées sur la façade de Notre Dame me laissaient perplexe. Les effets étaient certes spectaculaires mais je n’ai pas trouvé le sens narratif de tout cela. À un moment, la rosace s’est transformée en cœur qui bat, mais l’idée n’a pas été menée jusqu’au bout. Il manquait un fil rouge qui aurait fait battre mon petit cœur d’artichaut.

    Voilà tout le nouveau, je ne me sens pas très inspiré pour vous donner des nouvelles de ma santé. La jambe reste douloureuse, mais la fièvre reste contenue avec un peu de doliprane. Les doses d’antibiotiques sont tellement fortes que je ne sais pas ce qui me met le plus sur le flanc : la maladie (les maladies) ou les médocs. J’ai dormi une bonne partie de la journée hier, cela risque d’être le cas encore aujourd’hui. Je ne lutte pas : je fais des rêves bizarres dans lesquels Doc Sylvie se fait remonter sérieusement les bretelles par Michel. Hier matin, mon cauchemar était assez angoissant : nous étions tous les deux sur le canapé, devant la télé. Le lampadaire commençait à produire une lumière vacillante et de plus en plus forte, la télé subissait le même sort et je devais fermer les yeux pour éviter d’être aveuglé. Je demandais à Michel « Mais que se passe-t-il ? Et lui me répondait : « Rien, pourquoi ? »

    Voilà, je termine là mes élucubrations dominicales. Bon dimanche, avec cette chanson que ma maman détestait que je lui chante !

    C’était un gamin, un gosse de Paris
    Pour famille il n’avait qu’sa mère
    Une pauvre fille aux grands yeux rougis
    Par les chagrins et la misère

    8 décembre 2024

  • Conséquences de l’érysipèle

    Non, je ne vais pas reprendre mes séquences de français quand j’étais prof et que je rusais à l’aide d’exemples tous plus drôles les uns que les autres pour aborder cette notion essentielle. Les mômes, si tu ne les fais pas rigoler, ils n’ont pas vraiment envie qu’on les bassine avec ça.

    Donc mon érysipèle a des conséquences : physiques, médicales et stratégiques. C’est un peu comme un poil suspect que l’on retrouve sur la crème anglaise de son fondant au chocolat : ça ne donne plus envie de le savourer. Du côté conséquences physiques, je dirais que c’est un peu mieux aujourd’hui. La fièvre a enfin reculé. Je reste prudent, car je connais ces replis stratégiques où on croit que tout est terminé, et on se retrouve deux jours plus tard en train de grelotter (j’avais tapé distraitement « galoper ») sous la couette. Mon organisme immunodéprimé fait ce qu’il peut avec ce qu’il a et il n’a plus grand chose ! Du côté médical, mes neutrophiles sont tombés à 0,06 G/L et c’est comme si je n’avais plus rien.

    Ce matin, à 9 h, l’infirmière coordinatrice du service d’hospitalisation de jour m’a appelé afin d’avoir les dernières infos. Elle est très gentille et compréhensive et elle a donc pris en note ce que je lui disais en prenant en compte ma situation : « Nous allons rediscuter avec les médecins de votre hospitalisation prévue le lundi 9 décembre, mais ils vont certainement proposer un report ». J’ai poussé un ouf de soulagement. L’infirmière m’a ensuite dit qu’elle me rappellerait en début d’après-midi pour me faire part des décisions.

    C’est ce qu’elle a fait vers 14 h 30 alors que je flemmardais dans le lit après une bonne sieste. « M. Macron, le médecin a jugé impossible de vous faire démarrer la cure de Vidaza lundi. Vous avez eu une infection très sérieuse et vous serez encore sous antibiotiques. De plus, votre niveau de globules blancs est extrêmement faible et il serait dangereux de le faire baisser encore avec le Vidaza. Nous vous avons reprogrammé pour le 26 décembre ». Elle me précise, suite à mon interrogation, que la suite de la cure aura lieu en HAD (hospitalisation à domicile), avec le jour 1 de la cure au CHU.

    En revanche, elle n’avait aucune info concernant une date pour la greffe. Je finis par me demander si cette greffe se fera un jour. Je sais qu’il y a toujours dans la balance les risques d’un côté et les bénéfices de l’autre. Si mon état est trop dégradé, l’option sera abandonnée et, dans ce cas, il me restera quelques semaines ou quelques mois avant de faire mes adieux. Même chose pour le Vidaza : si les risques sont trop importants, la cure peut être interrompue. Je vous lâche ça façon « brut de décoffrage » mais il faut appeler un chat un chat. Je sais moi même que je ne suis pas sur la pente ascendante même si je me sens beaucoup mieux aujourd’hui. Le moindre virus qui passera par la porte aura vite fait de me ramener à la raison. Du côté des greffeurs, c’est le silence total. Michel n’aime pas ça, et moi non plus à vrai dire.

    Donc, pendant que vous vous remettrez de vos agapes, que vous terminerez les restes des différents repas et que vous vous mettrez à ranger vos intérieurs dévastés, je me lèverai à 6 h, pour un départ matinal afin de ne pas se retrouver coincés dans les encombrements.

    Je dédie la chanson à Christophe, qui m’a promis de la passer en boucle chez lui pendant le réveillon, déguisé en canard, évidemment, ainsi que le 25 décembre. C’est un défi qu’il a lui-même initié et il me semble juste qu’il en paie les conséquences (cf. début de l’article).

    7 décembre 2024

  • Respect

    Seuls les boomers gardent la nostalgie des leçons de morale qui jalonnaient nos journées d’école. Je me souviens notamment de ce récit où deux enfants désobéissaient à leurs parents et partaient faire des glissades sur la mare gelée. La glace, trop peu solide, cédait sous leur poids et les enfants mouraient noyés, crac et couic ! Nous devions trouver un sens à cette fin tragique et expliquer comment elle aurait pu être évitée : « Il faut toujours obéir à ses parents, qui ont de bonnes raisons de poser des interdits. »

    Puis, au fil du temps, on a abandonné ces leçons de morale qui avaient été entretemps déclarées rétrogrades et datées, trop passéistes. Hop, exit la morale.

    Pourtant, on abordait souvent des questions qui touchaient au vivre ensemble : « comment s’aider entre camarades, entre voisins », la « politesse », le « respect », notamment envers les aînés.

    Hier, quand j’ai pu m’extirper du lit, Michel regardait la motion de censure à la télé, et je me suis dit que tous ces députés n’avaient pas eu ou pas retenu grand-chose des leçons de morale, entre les éructations des uns, les vociférations des autres et les invectives. On peut ne pas apprécier Michel Barnier, mais je l’ai trouvé digne, avec ce côté « boomer » un peu suranné qui permet d’éviter de répondre de la même manière à ses détracteurs. Mais, ça, c’est habituel. À la fin de la séance, lorsque les députés sortaient, je crois, de la salle des Quatre Colonnes, deux huissiers se trouvaient de chaque côté de l’issue par laquelle passaient les députés. Et là, en dehors de tout contexte politique, on peut voir qui se soucie de ces personnels qui, après tout, font tourner la boutique. Certains les saluaient chaleureusement : François Ruffin, Élisabeth Borne, et d’autres que je n’ai pas reconnus. D’autres, de loin les plus nombreux, sont passés en faisant mine de ne pas les voir ou en les regardant distraitement sans aucun signe de politesse. Voilà ce qui m’a choqué, mais ce n’est pas vraiment de cela que j’avais l’intention de vous parler : « Dis-donc, Macron, tu nous bassines avec ta morale de vieux et après tu dis que tu veux parler d’autre chose ! C’est la fièvre ou quoi ? » Peut-être que c’est la fièvre, oui.

    Voilà où je voulais en venir. Lors de la consultation, avec mon généraliste, j’ai exprimé mes réticences quant à la prochaine cure de Vidaza. J’aimerais qu’elle soit décalée de quelques jours, pour me permettre de récupérer, et d’éviter de vomir partout dans la voiture et dans les couloirs du CHU. Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire que c’est plutôt raisonnable.

    J’ai indiqué à mon médecin que j’avais à plusieurs reprises eu le sentiment qu’il ne faut pas que le malade s’écarte trop de ce qui est prévu pour lui, sinon c’est contrariant et on le lui fait savoir. Jusque-là, j’avais droit à des « Et surtout, évitez d’attraper un virus, ne nous jouez pas de sale tour ! ». Le toubib me dit : « Je vais essayer de contacter le Doc Jérôme pour lui faire part à la fois de votre état, qui est quand même sérieux, et de vos craintes. » Je le remercie, et hier soir, pendant le J.T, il me rappelle : « Je n’ai pas pu joindre le Doc Jérôme mais j’ai eu la cheffe, Doc XXL et je peux vous dire que je me suis fait envoyer promener de première ! Visiblement, elle s’agaçait fortement du fait que je la contacte et que je donne des précisions sur un malade. Elle a fini par se radoucir un peu, mais je ne m’attendais pas à être accueilli de cette façon ! ». J’ai dit à mon généraliste que j’étais désolé, mais lui trouvait la démarche totalement fondée et légitime. Mais pas Doc XXL qui a visiblement oublié toute notion de respect. Je sais que c’est une spécialiste compétente, reconnue, qu’elle doit avoir un travail de dingue, mais enfin, est-ce une raison pour envoyer promener les « petits médecins de campagne » ? J’avoue que cela m’a choqué davantage que la séquence des huissiers. Si une cheffe se comporte comme ça avec un médecin, comment gère-t-elle ses équipes, les malades, les familles, les agents de service et qui sais-je encore ? Je crois que si je suis confronté à une situation où je sens que l’on me manque de respect en tant que malade, il y aura une double réaction : la mienne, si je suis en état, et celle de Michel.

    Voilà tout le nouveau, du côté érysipèle, c’est tantôt mieux, tantôt moins bien, de la fièvre qui baisse et qui remonte, une fatigue intense qui me cloue les deux tiers du temps au lit. Avec un effet amincissant spectaculaire et constant, je vais pouvoir faire des ravages sur la plage cet été. Ah mais je suis bête : je n’ai plus droit au soleil !

    Je dédie cette chanson au Doc XXL en espérant, très naïvement, que cela pourra l’inspirer.

    6 décembre 2024

  • Érysipèle, jour 2

    Salut, les p’tits clous !

    J’avoue, je me force un peu à vous rédiger l’article quotidien. Je navigue entre 39 et 40 de fièvre, mon ami Dégueulito est revenu hier, cette nuit et il faut faire preuve de patience pour que le traitement vienne à bout de cette saloperie. D’ailleurs, Doc Benoît a doublé la dose d’un des deux antibiotiques en constatant l’étendue des dégâts hier, mon système digestif en est quelque peu contrarié et je vais démarrer le plus vite possible la cure de probiotiques.

    C’était folklo cette consultation : je lui ai fait brièvement l’historique du machin, avec l’errance du CHU pour trouver de quoi il s’agissait. En fait, c’est logique et il ne faut pas leur jeter la pierre, Pierre : l’érysipèle est du genre sournois et seul le malade sait qu’un truc fait très mal : donc les médecins constatent en effet que la jambe est douloureuse, qu’elle est chaude mais la rougeur caractéristique du machin arrive au moment où la fièvre monte en flèche. C’est dû à un streptocoque ou un staphylocoque qui a réussi à passer par une écorchure souvent minuscule. Bref, je ne vous souhaite pas d’en avoir !

    On imagine facilement les conséquences d’une bactérie qui s’installe dans le petit corps sans défenses immunitaires d’un malade sous Vidaza.

    Doc Benoît m’a confirmé qu’il fallait éradiquer la bestiole en la bombardant d’antibiotiques puisque mes neutrophiles ne sont plus assez nombreux. S’ils avaient été là, ils se seraient précipités pour bouter l’ennemi hors de mon corps. On ne peut pas leur en vouloir non plus.

    J’ai expliqué que je voulais me couper la jambe, mais que Michel avait planqué la tronçonneuse, « Ah on a ri, mon dieu qu’on a ri ! » comme l’aurait dit mon pauvre Rémy auquel je pense souvent. Il doit se dire  » Il arrive ou pas ? Mais qu’est-ce qu’il fout ? J’ai préparé le riz au lait ! »

    À la fin de la consultation, le Doc m’a demandé si je pensais bien à m’hydrater : « Vous buvez, M. Macron ? » C’est Michel qui a répondu, à sa façon : « Oh oui, il boit beaucoup, deux ou trois whiskys par jour ! » Rien qu’à imaginer un seul fond de verre de whisky, j’en aurai vomi !

    Ce que j’ai fait dans la voiture quand Michel a démarré… Mais, prévoyant, j’avais pris la bassine à vomito !

    La suite est comateuse, j’avais pris un doliprane à midi, je sentais la fièvre monter mais je ne pouvais pas faire grand-chose à part prendre un bain avec des glaçons, ce qui ne me tentait pas plus que ça… J’ai donc décidé de m’allonger, en étant conscient que j’allais déguster. 40, je n’ai pas battu mon record COVID qui est de 40,2. J’avais eu envie d’une clémentine en rentrant, c’était une mauvaise idée, trop acide quand elle repart dans la bassine.

    Voilà, j’ai survécu, à 8 h, je pourrai reprendre un doliprane, mais je sens que le pic est derrière désormais. Enfin, j’ose l’espérer. J’ai encore un ou deux trucs à raconter, ce sera pour demain !

    Je vous mets un truc sympa qui va rappeler des souvenirs à beaucoup, je le dédicace à Valéry qui est fan du film The Blues Brothers, et notamment de cette scène d’anthologie :

    5 décembre 2024

  • Ce n’est pas brillant…

    Je préviens mes lectrices et lecteurs avec des âmes sensibles, je ne veux pas angoisser qui que ce soit, mais depuis hier, force est de constater que mon état s’est brusquement dégradé. Donc, Annick, Françoise et toutes celles et ceux qui se font trop de soucis pour moi, attendez l’actualisation de la soirée, ou l’article de demain, honnêtement, je ne vous en voudrai pas.

    La bonne nouvelle, c’est que j’ai passé la nuit, avec des passages compliqués, des périodes de réveil où je m’imagine dans les sous-sols du CHU, côté scanner. On me dit (c’est un délire éveillé, pas un rêve) : « On vous laisse dans le couloir, c’est archi bondé ! ». Je réclame mon téléphone : « C’est inutile, vous savez bien qu’il n’y a pas de réseau ! » J’essaie de changer de position pour soulager ma jambe – je viens de dire à Michel que je dois avoir un alien à l’intérieur – mais Doc Benoît va rigoler. Bref, je repars dans mon délire éveillé : je vois arriver des brancards, plein de brancards, mais toutes les personnes sont recouvertes d’un drap estampillé CHU Angers jusqu’au visage. Un type vient me voir, il commence à relever le drap, j’appelle « Maman ! » et je grogne un grand coup, là je crois que j’ai rêvé un peu. Pendant que je me réveille, avec cette douleur atroce qui me bouffe la jambe, j’imagine la suite du rêve : « Les mecs appellent toujours leur mère quand ils vont mourir, donc il va y passer ! ».

    C’est charmant, je râle un grand coup, je regarde l’heure : c’est bon, je peux me lever et aller faire pipi dans le flacon ECBU et jouer au petit chimiste. Sauf que ma jambe ne veut pas suivre… évidemment, je réveille involontairement Michel qui vient à la rescousse. Pipi bocal, manip avec le tube et prise de température : 38.6. C’est à peine mieux que le 39 d’hier soir. Donc je prends un premier doliprane.

    Hier, j’ai eu l’infirmière du service d’hospitalisation de jour, qui m’a rappelé gentiment la procédure (j’ai un document et une ordonnance). « Faites pipi dans le kit ECBU demain matin, ensuite, démarrez votre traitement antibiotique. Ce serait bien que vous voyiez votre médecin, je vous rappelle vendredi pour prendre de vos nouvelles, c’était prévu de toute façon ».

    J’appelle donc la maison médicale, je sens la fièvre qui monte (je claque des dents, c’est pas pratique pour s’expliquer). Au bout d’une heure, j’ai la secrétaire qui me propose un R.V pour la fin de matinée, aujourd’hui, à 12 h 30. Elle me demande en quoi consiste l’urgence et je me mords les joues pour ne pas répondre « Bah je vais crever ! ». Mais elle est très compréhensive et j’oublie d’être désagréable.

    Ensuite, j’ai appelé le cabinet infirmier et Pauline a calé la prise de sang obligatoire pour le milieu de matinée, avec plein de mots gentils, parce que tout le monde commence à penser que ça prend une sale tournure.

    Ce soir, quand j’aurai les résultats, je rédigerai un complément si je suis en état de le faire. Parfois, le résultat arrive très tard dans la soirée, donc ne soyez pas inquiet si j’ai la flemme de rédiger quelque chose.

    Je vous embrasse, je vais essayer de mater l’alien qui a pris possession de ma jambe gauche et démarrer les antibiotiques au petit déjeuner.

    Soyez sages !

    Mon héros, et maintenant, je partage avec lui cette douleur atroce à la jambe :

    4 décembre 2024

  • Agranulocytose

    « Bon, asseyez-vous en silence et ouvrez vos répertoires ! Sylvaine, arrête de papoter avec Françoise, et Asma, ne me dis pas que tu as encore oublié ton répertoire … Comment ? Tes élèves t’ont fait une blague ? Je vais t’en faire une aussi moi, apporte ton carnet de correspondance ! Voilà. Je verrai ce que j’en ferai à la fin de la séquence « agranulocytose ». Vous devriez tous prendre exemple sur Nicole, Chantal et Annick qui sont studieuses et toujours assidues ! Mag, tu veux bien ranger ta bouteille de flotte, STP ? »

    C’est fou hein, prof un jour, prof toujours ! Donc pour que vous puissiez noter dans vos répertoires la définition exacte, il faut que je vous la donne, sinon vous allez devoir chercher, vous avez autre chose à faire, déjà bien beau que vous suiviez mes élucubrations quotidiennes.

    L’agranulocytose est le stade critique où les neutrophiles passent en-dessous de 500 G/L. Si vos neutrophiles sont trop bas, on parle de neutropénie, s’ils arrivent dans vos chaussettes en baissant encore plus, on parle d’agranulocytose.

    Maintenant, il reste à savoir pourquoi : d’après ChatGPT, pas d’affolement, il s’agit très probablement d’une conséquence du Vidaza qui ne fait pas bien la distinction entre les bonnes et les mauvaises cellules, il préfère utiliser un fusil d’assaut pour éliminer le plus de cellules problématiques. Pendant ce temps, les plaquettes sont épargnées et vivent leur meilleure vie depuis longtemps avec un chiffre de 195 G/L. L’hémoglobine est juste au-dessus du seuil où on déclenche l’alerte pour une transfusion en urgence.

    Alors, bande de petits curieux, vous allez me demander ce que ça provoque si on est en agranulocytose. Non ? Eh bien je vais vous le dire quand même ! Les granulocytes, et notamment les neutrophiles, luttent contre les infections. Ils sont en quelque sorte les garants de votre système immunitaire. Si leur taux diminue ou s’effondre, comme pour moi, vous entrez dans une zone rouge qui concerne tous les microbes, même les plus bénins : un rhume peut me tuer, une gastro également, et le plus redoutable, ce sont les bronchites ou infections pulmonaires fongiques, voire une infection urinaire foudroyante. Donc pas de bisous, pas de contacts, confinement, masque si sortie en extérieur etc. M’en fiche, j’ai pas envie de faire de bisous !

    L’antidote : les médecins savent que ce genre de situation est courant, enfin, ils savent que ça peut arriver, donc j’ai une ordonnance avec un antibiotique à très large spectre (j’ai la boîte) et une analyse d’urine à effectuer en urgence (j’ai le petit pot à pipi).

    Je me laisse un peu de réflexion, pas trop car le labo est fermé désormais tous les après-midis ; ils font des économies au détriment de la santé des patients, et ont dû parallèlement sérieusement dégraisser leur personnel, ou les envoyer ailleurs. C’est un groupe privé, ils font ce qu’ils veulent…

    Je vais vous trouver une jolie chanson pour alléger mon propos :

    Paroles

    Comme on s’endort
    Calme et sans penser à rien
    En fermant les yeux très fort
    Vivre
    Il fait beau, je sors
    Je trouverai le bon chemin
    Et je me sens mieux dehors
    Vivre

    Les fleurs et les animaux
    Sont tous un peu de ma famille
    On est tous partis de rien
    Vivre
    Torrents, ruisseaux
    Faites, faites, faites couler l’eau
    Regardez comme on est beau
    On veut vivre

    Plantes, plantes, grimpez
    Sève rentre dans nos corps
    Venez danser sur la mort
    Et vivre
    Soleil, terre, forêt, les plaines
    Entrez dans le sang de nos veines
    Nous devons devenir forts
    Nous devons vivre

    Di-dum-di-dum-di-da
    Les tambours et les drapeaux
    Il ne nous reste qu’un mot
    Vivre
    Petit caillou dedans ma main
    Pleure ton pauvre destin
    Tu pleures parce que tu voudrais bien
    Vivre

    Dieu, Dieu, écoutez-nous
    Nous relevons votre défi
    Et nous lançons notre cri
    Vivre
    Planètes inhabitées
    Les grands cailloux de l’univers
    Écoutez la folie de la Terre
    Vivre

    Vivre
    Maintenant vivre

    3 décembre 2024

  • Décembre

    Je vais commencer à ouvrir les fenêtres de mon calendrier de l’avent, jusqu’au 19 décembre. Enfin, j’espère : je n’ai aucune confirmation de date ni d’appel ou de courriers de la part du CHU.

    L’attente devient à la fois pesante et pénible : j’aurais été bien plus en forme pour la première date choisie, le 29 novembre. Mais bon, on va faire avec. En attendant, je me traîne, avec cette douleur à la jambe qui est entre la morsure et la brûlure. Parfois, cela s’atténue, et hop, cela repart.

    Bon, je ne vais pas vous faire pleurer : je rédige le brouillon de l’article en fin d’après-midi du dimanche parce que demain matin, je vais avoir la prise de sang, ensuite je vais attendre ces fichus résultats qui tardent de plus en plus à me parvenir. Quelqu’un ne m’aime pas au labo, « Macron ? Ah ouais, eh bien il attendra. »

    Ensuite, je vais commencer le « rangement de la mort » (arrêtez d’avoir la chair de poule dès que j’écris « mort » !) C’est un concept nordique, suédois je crois : on élimine à certaines étapes que l’on sait être critiques tout ce qui pourrait augmenter la charge mentale de l’entourage : les vêtements qu’on ne met plus – ça, c’est en grande partie effectué – et le classement des papiers, avec des dossiers bien étiquetés pour que les proches n’aient pas à fouiller dans tous les sens : banque (on a fait les démarches en début d’été), succession : papiers faits chez le notaire après mon épisode COVID où j’ai été à deux doigts de sortir dans un cercueil, ce que m’avait déjà dit un médecin pour provoquer de ma part une réaction : « Si vous ne voulez pas la respiration assistée, vous repartirez les pieds devant ! ». J’avais retrouvé l’appétit dès le lendemain et mon poids s’était stabilisé.

    Il me reste quelques papiers importants à classer et des documents médicaux à archiver. La maladie est en train d’envahir notre espace personnel et j’ai horreur de ça : il faut donc archiver ce qui doit l’être et ne garder sous la main que les documents récents.

    Ce sera semaine « rangement de la mort » et ce n’est pas pour autant que j’ai l’intention de calencher, mais ce qui sera fait servira plus tard. Le plus tard possible. Je connais Doc Sylvie, si elle voit que la greffe ne prend pas ou que je suis trop épuisé pour la supporter, elle me le dira.

    Mais d’ici là, je vais continuer à papoter avec vous, peut-être moins régulièrement s’il ne se passe rien de spécial. Vous vous direz « Tiens, il est encore en train de classer ! » Ne vous inquiétez surtout pas.

    Bon, j’essaie de vous trouver un truc marrant pour illustrer mon article, et je vous envoie tout cela en début de matinée ! Bon courage à celles et ceux qui bossent et à bientôt pour de nouveaux articles.

    PS : Très petite forme au moment du coucher, avec la visite de mon pote Vomito, et je suis très patraque ce matin.

    2 décembre 2024

Page Précédente Page Suivante

Propulsé par WordPress.com.

Greffe de moelle osseuse
Greffe de moelle osseuse
Greffe de moelle osseuse
 

Chargement des commentaires…
 

    • S'abonner Abonné
      • Greffe de moelle osseuse
      • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
      • Greffe de moelle osseuse
      • S'abonner Abonné
      • S’inscrire
      • Connexion
      • Signaler ce contenu
      • Voir le site dans le Lecteur
      • Gérer les abonnements
      • Réduire cette barre