Alors que je vous écris ces quelques lignes, la première chimio commence à couler dans mes veines. Celle-là, c’est une vieille copine, la Fludarabine – je sais, ça rime ! Je l’avais testée lors de la première leucémie, la LLC, mais en comprimés. Là on me l’administre en perfusion. On m’a perfusé également, à titre préventif, du Zophren, l’antiémétique magique qui est quasiment le seul à pouvoir calmer mes vomitos et dégueulitos. L’infirmière gentille m’a apporté une série de haricots que je pourrai remplir soigneusement si la crise se déclenche. Ce ne sera pas immédiat, donc j’en profite pour papoter avec vous.
Les nouvelles sont, comment dire, pas forcément joyeuses à entendre et à digérer. La médecin du service est passée avec son interne et une étudiante en médecine pour faire le point sur le traitement. À partir de dimanche et en plus de ma copine Fludarabine, je recevrai une deuxième chimio, le Tréosulfan, un puissant anticancéreux utilisé aussi dans les conditionnements de greffe de moelle osseuse, lundi je recevrai le sérum anti lymphocytaire, celui qui va me transformer en lapin.
J’ai eu de longues explications : le Tréosulfan va me mettre littéralement par terre, je n’aurai plus d’appétit et, comme il est important de maintenir et l’alimentation, et la flore intestinale, je devrai avoir une sonde naso-gastrique, genre nouille molle infâme qu’on te fait rentrer par la narine et qui va ensuite dans ton estomac (faut pas se gourer de route, sinon je te dis pas les dégâts !) déposer la bouillie qui te nourrira. Pas question de te laisser mincir, surtout pas ! De plus, cette molécule a une fâcheuse tendance à provoquer de la fièvre, comme le sérum de lapin que je recevrai aussi en même temps lundi, et des convulsions et/ou crises d’épilepsie. C’est le genre de cocktail dont on essaie de prévenir les effets indésirables 24 h à l’avance et j’aurai un anticonvulsif dès demain soir. « Vous savez que vous pouvez, à tout moment, être dirigé en réanimation. Avez-vous laissé vos consignes au cas où il y aurait des décisions délicates à prendre ? »
J’ai rassuré tout le monde : mes directives anticipées sont très claires : pas de réanimation si mon état ne permet pas de revenir à un degré suffisant d’autonomie. Elle était contente que ce soit formulé aussi clairement. Je lui ai précisé que mes directives anticipées avaient été déposées au CHU, elles sont aussi accessibles dans mon Espace Santé, le médecin généraliste en a un exemplaire, et Michel en est le garant et dispose aussi du document, il est désigné personne de confiance et c’est vers lui qu’on se tournera si on en arrive là. J’ai aussi ajouté, que, si mon état le permettait, je souhaite pouvoir être transféré en soins palliatifs, avec uniquement des soins de support.
Les choses ayant été dites, je n’ai pas non plus l’intention de me lamenter sur tout cela. L’autodérision est un excellent remède, m’a dit la toubib et je continuerai donc à délirer ici joyeusement avec vous, tant que je serai en mesure de le faire. Il est possible que je ne puisse pas être au clavier tous les jours, même si mon état n’est pas critique. Parfois, il est difficile de tenir assis pour écrire, je le sais d’expérience, et je ne voudrais pas vous inquiéter. Michel aura donc la possibilité, ici, de vous donner des nouvelles si je ne suis plus en mesure de poursuivre la rédaction du blog. Vous comprendrez bien qu’il aura d’autres choses à gérer et il ne partira pas dans des histoires à dormir debout comme je peux le faire. Il ne va pas tarder à arriver et je vais lui faire une formation accélérée. Il n’a pas le choix, c’est le protocole ! Voici le lien vers le méchant Tréosulfan dont mon infirmière du jour n’a jamais entendu parler. C’est donc quelque chose de récent, ou de pas classique. Je ne suis pas un être ordinaire, je sais !
La parole est à Michel qui est impatient (!) d’écrire :
Bonjour, eh oui vous allez devoir subir mes commentaires avec mon orthographe moyenne et mes formules simplistes ; je n’ai pas les mêmes possibilités littéraires que mon illustre mari.
(Encouragez-le, sinon il passera au style télégraphique !)
Je reprends la main pour le mot de la fin !
Bon, on ne va pas terminer sur une tonalité pessimiste. Je vais m’accrocher comme un morpion à son poil de pubis, et je ne lâcherai pas la rampe de sitôt. Je vais vous chercher quelques chansons sympas !
Il faut pour commencer que je vous raconte ma première nuit. J’ai regardé un film de Chabrol sur Arte, déjà vu mais au moins je n’ai pas eu de difficulté à me concentrer. Je savais que ce n’était pas l’idée du siècle, mais à la fin du film, à 22 h 40, j’ai senti que le premier train du sommeil allait entrer en gare et j’ai donc sauté dans le premier wagon.
Erreur funeste, une infirmière de nuit a allumé le sas, ce qui m’a réveillé instantanément. Prise de tension « oh, vous avez une petite tension ce soir » (bah, en fait je dormais !), prise de température sous le bras, le pouls à l’ancienne. Cela nous replonge quelques années en arrière et en fait, l’absence de matériel électronique pour les examens s’explique facilement : chaque malade a son propre environnement, ce qui est dans une chambre doit y rester. Bref, elle part.
Je scrolle 5 minutes sur mon téléphone et je commence à m’endormir quand, soudain, à minuit pile, un bruit me fait sursauter et me réveille : l’infirmière avait mal replacé le stéthoscope dans son support et le truc est tombé. Je regarde mon téléphone : minuit passé d’une minute. C’est le fantôme de la chapelle, me dis-je alors. Je scrolle pendant une bonne demi-heure et je commence à peine à sombrer que je vois un nouvel infirmier de nuit. Il vient vérifier si je n’ai besoin de rien pour la nuit. C’est Thomas, un grand jeune type sympa. Il est désolé de me déranger et me demande si tout va bien. Je lui raconte l’épisode du stéthoscope, que j’ai remis dans son support et il rigole. Je scrolle de nouveau après son départ, mais une idée me trotte dans la tête. C’est la genèse de l’histoire qui fait peur qui va suivre.
L’histoire qui fait peur :
Vous avez vu les photos des fresques qui ornent les murs de la chapelle. Nous les avons patiemment décryptées avec Michel. Vous pouvez découvrir des thèmes religieux (c’est logique dans une chapelle), les quatre évangélistes : Luc, Matthieu, Marc et Jean, le chemin de croix du Christ et d’autres scènes commémoratives reliées à l’histoire locale.
L’endroit sert de lieu d’accueil, avec des guichets où des dames à l’humeur variable gèrent vos dossiers. Celle que j’ai vue était adorable et elle m’a souhaité « Bon courage » après avoir scanné ma carte de mutuelle, on met à jour le dossier une seule fois dans l’année. Un coin « salon » avec des sièges confortables permet ensuite de patienter. Le décor est vraiment extraordinaire, une partie est délimitée par des barrières depuis un moment, je me demande si ce n’est pas pour entamer une restauration de ces peintures murales. C’est donc un lieu de passage, d’attente aussi, mais personne ne semble intéressé par l’histoire que racontent ces fresques.
Ce que le public ne sait pas, c’est que, tous les soirs à minuit, alors que plus personne ne circule dans les lieux plongés dans l’obscurité, la chapelle est le théâtre d’évènements étranges. Cela commence par un bruit de pas, mais particulier : quelqu’un arrive en boitant. En tendant l’oreille, on devine que le son produit par les pas est vraiment singulier ; mais oui, la personne qui circule est appareillée avec une jambe de bois, ou une prothèse… la silhouette est encore trop lointaine, mais l’homme – car c’est un homme, vêtu bizarrement vous semble-t-il, à la mode de l’ancien temps – avance en tenant devant lui une lanterne, ce que l’on appelle un falot, une lampe-tempête qu’il tient fermement, toujours à la même hauteur : la lumière ne s’agite pas quand il avance. Il est accompagné d’un chien famélique aux yeux de braise qui montre ses crocs. C’est le veilleur de nuit, le fantôme de la chapelle. On vous avait raconté jadis cette étrange histoire qui vous faisait bien rire, mais votre sang se glace en le voyant apparaître. Vous avez eu un examen, tardif et le brancardier qui vous avait dit : « je reviens ! » n’est jamais revenu. Il vous a laissé en plan, sous la coupole de la chapelle et vous vous êtes endormi, fatigué par les examens, les traitements et la maladie.
À la lueur du falot, vous distinguez maintenant que le gardien porte fièrement une moustache noire, ses cheveux et ses yeux, sombres comme une nuit sans lune, lui donnent un air pas commode. Par chance, il ne vous voit pas, alors que vous êtes sur son chemin, il vient même de passer à travers vous, laissant une sensation glacée vous mordre les os. Le spectre lève sa lanterne de façon à éclairer les fresques et sort une montre à gousset :
– Il est minuit !
La voix tonitruante résonne et un écho reprend plusieurs fois la phrase : « Il est minuit ! ». L’impensable se produit sous vos yeux : les fresques prennent vie. Les cornettes des bonnes sœurs s’inclinent devant le gisant, on les entend murmurer leurs prières et se lamenter. Le Christ ploie sous le fardeau de sa croix, et on le voit trébucher, on entend même ce qui doit être des quolibets en latin. Marie pleure à la vue du supplice subi par son fils, soutenue par Marie-Madeleine. Jean est le seul compagnon qui soit présent au pied de la croix. Plus tard, il accompagnera Marie, jusqu’à son assomption, car le Christ sur la croix lui a fait jurer de veiller sur sa mère. C’est d’ailleurs lui, Jean, qui invective les trois autres évangélistes.
– Alors, on raconte toujours des salades ? Marc, ce n’est pas en multipliant les miracles supposés du Christ que tu rends ton évangile plus crédible. Matthieu, pour toi, le Christ est un juif persécuté, point final. Luc, pour un peu, on aurait un manifeste communiste : compassion et justice sociale. Heureusement que je suis là, les garçons !
Les trois autres protestent, évidemment, et le veilleur de nuit les interrompt :
– C’est bon, maintenant, la récréation est terminée, rentrez tous chez vous, vous me fatiguez. Jean, il faut tout le temps que tu te distingues, c’est épuisant ces querelles. J’ai perdu ma jambe à Waterloo après avoir prié le Christ, le Bon Dieu et tous les saints du paradis. Occupez-vous de nous, et taisez-vous !
Les visages se figent, les cornettes reprennent leur position initiale, le Christ s’arrête brusquement, les larmes de Marie semblent suspendues. Le gardien s’éloigne, il est minuit et une minute. On entend son rire un peu fou alors que la lueur de son falot vacille ; le chien maigre le suit de près. Le veilleur de nuit rit de plus belle car son ami fantôme de l’ancien Hôtel Dieu vient de faire tomber un stéthoscope afin de réveiller le petit nouveau qui a pourtant du mal à trouver le sommeil. Sacré farceur ! Demain, il sera dans un autre service. Ils ne se croisent plus jamais mais communiquent par la pensée. Son camarade avait reçu une balle dans l’œil à Waterloo. Son visage était épouvantablement abîmé, et son agonie fut longue et douloureuse, c’est ainsi qu’il apparaît aux malades qui ne sont pas pour autant effrayés par son visage. Il paraît qu’il tient la main des patients en fin de vie. On l’a aperçu rôdant dans les couloirs du service de soins palliatifs, juste au-dessous de l’Unité protégée. Mais c’est une autre histoire, les personnes en fin de vie attendent sa visite, car il se tient auprès d’elles jusqu’au bout en leur murmurant des paroles apaisantes.
Ma journée :
Comment dire, ce fut mouvementé, enfin pas mouvementé au sens où il y aurait eu des imprévus, mais par le nombre d’activités diverses. Ce midi, c’était pose du picc-line. Après le petit-déjeuner, je devais rester à jeun pour l’échographie que je viens de passer. Commençons par le picc-line. Convoqué à midi, j’ai attendu une heure et j’ai fini par m’assoupir sur le brancard. Tout s’est bien passé, je suis déjà branché avec de l’hydratation « à fond la caisse » dixit l’infirmière, avant la chimio. Ce qui est curieux, et sympa, c’est que l’on a toujours l’occasion de discuter avec le personnel : brancardiers, radiologues, ce sont des tranches de vie où on se raconte les uns et les autres. Je sais que la manipulatrice radio s’est pris un râteau hier, et qu’elle était nulle en français au lycée, et l’aide-soignante s’occupait dans son précédent poste au CHU de la partie stérilisation : « J’ai failli devenir folle, M. Macron ! » (Son travail était répétitif, mal payé et elle ne voyait personne). Les brancardiers adorent papoter, je sais maintenant qu’il y a dans les sous-sols des endroits secrets et bien cachés « très sympas » m’a dit le petit jeune qui poussait mon fauteuil en revenant de l’échographie, le tout accompagné d’un clin d’œil que je n’ai pas vu puisqu’il était derrière moi, mais que j’ai ressenti au son de sa voix. Petit polisson, ce n’est pas bien de raconter des trucs pareils à un pauvre malade qui va se faire greffer la moelle osseuse de Kate. Mais j’enquêterai…
On a terminé par l’échographie qui s’est déroulée plus tôt que prévu car un créneau s’était libéré. Pas grand-chose à dire, des points de vigilance pour le foie qui va être malmené, et pour la rate qui l’est déjà. Et puis d’autres trucs de mecs qui prennent de l’âge. Comme disait Bernadette à Jacques : « Mon pauvre ami, la vieillesse est un naufrage ! » (Toujours le mot pour rire, sacrée Bernie !)
J’avais un charmant comité d’accueil en arrivant « Alors, tout s’est bien passé M. Macron ? On va vous préparer un méga-goûter parce que vous n’avez rien mangé ce midi ». C’était un festin : un grand bol de café, des tas de petits biscuits vachement bons et un jus d’orange. Je suis remonté à bloc !
Ah mais j’allais oublier la meilleure de la journée : figurez-vous que je vais être transformé en lapin. Le médecin m’a expliqué ça ce matin : « On va vous mettre sous Grafalon, c’est un sérum anti-lymphocytaire ». Ben ok, c’est toi le toubib, hein. Et puis, à y réfléchir, je me suis souvenu que les potes greffés évoquaient ce sérum qui est obtenu à partir de… lapins :
GRAFALON est une immunoglobuline polyclonale anti-lymphocyte T humain, obtenue à partir du sérum de lapins préalablement immunisés avec des cellules Jurkat, une lignée de cellules lymphoblastoïdes. L’expression des marqueurs des lymphocytes T sur les cellules Jurkat correspond aux effets de GRAFALON sur les lymphocytes. Il a été constaté que GRAFALON contient des anticorps dirigés contre d’autres antigènes de surface des cellules Jurkat.
Il faut savoir que ce médicament est vraiment un des plus insupportables pour les futurs greffés avec des tas d’effets indésirables : fièvre aigüe, avec possibilité de convulsions, risque d’insuffisance rénale, bilirubinémie etc. Voilà qui promet, en plus de se retrouver avec des oreilles et des dents de lapin. Et on te dit ça d’un ton détaché comme si je ne connaissais pas le bidule. On m’a piégé ! Au s’cours, aidez-moi !
On se calme avec la musique qui fait peur ou qui nous emmène ailleurs.
Eh bien voilà, c’est fait. Je suis installé dans ma chambres aux murs blancs, l’ordi est connecté à la Wi-Fi de l’hôpital et mes affaires sont bien rangées dans mon grand placard penderie. J’ai eu un accueil très sympathique, par l’infirmière et l’aide-soignante. On m’a expliqué tout ce qu’il faut savoir. Pour le moment, je suis libre d’aller et venir comme bon me semble dans le service que nous avons visité. Je suis tout près du salon où sont installés alors que je vous écris des patients qui jouent aux jeux de société. Ce soir, je vais rester tranquille. Je verrai si je peux faire connaissance demain.
J’aurai une journée très chargée avec la pose du picc-line à midi et une échographie dans l’après-midi. Et je dois rester à jeun après le petit déjeuner, jusqu’au soir. J’ai prévenu que je risquais de mordre.
Je suis passé par l’accueil de la chapelle pour mettre mon dossier à jour et nous avons patienté quand Michel m’a rejoint après avoir garé la voiture. Je vous ai fait quelques photos des superbes fresques, d’inspiration religieuse comme il se doit.
Voici donc :
Je pense que les infirmières devraient se remettre à porter la cornette, c’est beaucoup plus seyant que les charlottes bleues.
Après avoir patienté quelques minutes, nous sommes allés prendre les bagages dans la voiture et nous avons un peu tâtonné pour trouver la porte d’entrée du service, qui débouche sur un vestiaire. Les visiteurs ont à leur disposition une armoire, comme dans un vestiaire de salle de sport ou de piscine, avec un système de jeton et de clé. Surblouse et masque obligatoire avant d’entrer dans le service. Voici un spécimen qui pose avec beaucoup de bonne volonté :
Il fait très sérieux, on dirait un professeur en hématologie qui vient examiner son patient. Il est parti voici quelques minutes déjà. Demain, étant donné les allers-retours que je devrai faire, il prendra une journée de repos bien méritée, parce qu’il a assuré comme un chef !
Je vous fais une petite visite de la chambre, avec les murs tout blancs et mes joues toutes rouges car il fait une chaleur infernale :
Je n’ai pas encore testé le vélo, mais je peux marcher, me déplacer, sortir, entrer donc pour le moment tout va bien. Je commencerai la chimio demain vendredi et la greffe est programmée pour le jeudi 6 février comme prévu. Comme d’habitude, j’écris ces quelques lignes la veille, nous sommes mercredi et je vous partagerai l’article demain matin, donc jeudi matin. Je sais que je n’aurai pas beaucoup l’occasion d’écrire avant l’après-midi, j’essaierai de garder ce rythme tant que je pourrai le faire.
J’essaie de vous trouver une chanson ou deux « raccord »
C’est pauvre comme thème, l’hôpital.
Alors, voici une chanson des terribles frères Gallagher, une dent cassée par ci, un cocard par-là, mais j’aime bien (la musique, pas la bagarre)
C’était un de mes désirs les plus chers avant de regagner ma chambre d’hôpital en « secteur protégé » : voir le mimosa en fleurs. Alors, c’est le tout début de la floraison, mais un début prometteur si le gel ne vient pas tout griller en février. Michel a coupé quelques branches qui exhalent déjà un délicieux parfum. J’ai toujours adoré le mimosa. Cela me rappelle l’île d’Yeu, ces magnifiques floraisons qui contrastent joliment avec les murs blancs sont inoubliables et le parfum envahit les ruelles et venelles lorsque le soleil est de la partie.
Voici donc une de mes fleurs préférées – j’en ai beaucoup, entre les goganes qui fleuriront en mars, les narcisses, les jacinthes et en général toutes les fleurs, surtout si elles sont parfumées.
Il suffit d’un peu de soleil pour que les fleurs semblent éclairées de l’intérieur. J’adorerais en avoir un bouquet dans ma chambre d’hôpital, mais c’est strictement interdit. Alors je regarderai les photos.
« Secteur protégé » : on a l’impression que rien ne pourra nous arriver dans cette aile baptisée Unité Harvey. Le monde entier pourra continuer ses folies, les incendies continueront de ravager la Californie, les tempêtes secoueront le mimosa, mais moi je serai en « secteur protégé ». Je ne sais pas vraiment si cela serait efficace en cas d’attaque nucléaire. Il faudrait que l’on transfère tout le monde dans les sous-sols, j’imagine le bazar.
J’écris ces quelques lignes mardi après-midi, nous sommes encore J -1. Le vent qui s’était calmé souffle à nouveau, les rivières débordent, l’île de Chalonnes doit être inondée aussi, je verrai cela en passant sur les ponts demain, en espérant que la Maine est toujours dans son lit à Angers. La Maine ne prend en fait sa source nulle part, elle résulte de la confluence de trois rivières qui se rejoignent un peu en amont de l’agglomération : La Mayenne, la Sarthe et le Loir. La Maine se jette ensuite dans la Loire à la Pointe, tout près de Bouchemaine, on comprend mieux l’origine du nom, et contrairement à ce que beaucoup croient, la Loire ne coule pas à Angers, mais un peu plus au Sud. Voilà, vous savez presque tout sur notre hydrographie locale. Ajoutons que le fleuve royal reçoit d’autres affluents et on comprend pourquoi elle a tendance à s’étaler pendant les crues, souvent avec un temps de retard sur les pluies. « Que d’eau, que d’eau » comme s’exclamait Mac Mahon en voyant les dégâts provoqués par les crues à Toulouse, ce à quoi le préfet malicieux avait répondu « Et encore, Monsieur le Président, vous n’en voyez que le dessus ! ». Quand on parle tout le temps et que l’on prononce de longs discours, on est amené à prononcer ce genre de banalités. Le « J’y suis, j’y reste ! » de Sébastopol avait une autre allure, convenons-en. Je fais le curieux pendant que j’écris, et je vois que le Général de Gaulle, qui avait pourtant l’habitude de prononcer des formules inoubliables, avait lui aussi manqué d’inspiration. À Fécamp : « Je salue Fécamp, port de mer, et qui entend le rester ! » ou à Orléans, en 1959 : « Je puis vous assurer que la Loire continuera à couler dans son lit ». Alors, si j’avais été là, j’aurais précisé : « Mais mon Général, la Loire a malheureusement plusieurs lits, et quand elle est en crue, elle les utilise tous ! ». Mais je n’étais pas là, et si je l’avais été, je n’aurais certainement pas bronché devant le sauveur de la France.
Ah, au fait, et pour changer complètement de sujet, le feuilleton du colis continue. Ce matin, j’ai reçu un mail me demandant de mettre mes coordonnées à jour, et plus vite que ça ! Renseignement pris, il s’agit d’un mail automatique et « normalement », le colis doit arriver entre 16 h et 19 h. J’ai repris la discussion en tchat en indiquant que le suivi du colis ne se mettait pas à jour : « Ah mais c’est normal, c’est un bug ! » ça fait beaucoup de bugs, non ? Mais, comme par miracle, le bug a été résolu quand la conversation s’est terminée. Si la livraison est effective, ce sera Champomy ce soir et s’il y a encore un aléa, eh bien ils se débrouilleront avec leur colis et je demanderai le remboursement. Non mais, allo quoi !
Pour rester zen, je vous propose deux jolies chansons que j’ai repérées dans la 4e saison de New Amsterdam :
On va dire que vous ne m’avez pas vu, je vais aller me planquer… je ne sais pas encore où, mais je trouverai bien : une cabane abandonnée dans les bois (quels bois ?), ou alors une demeure inhabitée que je squatterai, à moins que l’une ou l’un d’entre vous ait pitié de moi et m’offre l’hospitalité.
Je ne suis pas un garçon compliqué : je sais faire à manger, je sais aussi faire le ménage et la vaisselle et je suis plutôt facile à vivre, sauf quand je cherche un papier (aujourd’hui, c’est un dossier) et que je ne le trouve pas. J’ai trouvé plein d’autres choses totalement inintéressantes, mais pas ce que je cherche : suis-je un cas particulier ou, parmi vous qui me suivez, y a-t-il des personnes semblables ?
En plus, j’attendais une livraison : eh bien, « faute d’une adresse complète votre colis n’a pu être livré. Veuillez mettre vos coordonnées à jour. »
Là, ça a fini de me mettre de très mauvaise humeur : cher livreur, tu aurais pu m’appeler, puisque tu avais mon numéro de téléphone, et je t’aurais guidé. J’ai donc utilisé la partie tchat de la plateforme de livraison et j’ai dit ce que je pensais : mon adresse est parfaitement rédigée, si elle est transmise incomplète ou tronquée au transporteur, ce n’est pas de mon fait ; en outre, si le livreur juge inutile d’appeler les clients, c’est un mauvais livreur. Ma charmante interlocutrice a dit qu’elle avait rectifié les coordonnées GPS, prévenu l’entreprise de livraison, et que le colis serait livré au plus tard demain, elle a ajouté qu’elle compatissait. Bah y’a intérêt, ma p’tite dame, parce que sinon je risque un AVC par votre faute. Elle s’est confondue en excuses alors qu’elle n’y était pour rien. Enfin j’espère.
Parfois on se demande qui a eu l’idée d’inventer ces nouvelles communes où vous avez plein de rues qui portent le même nom, donc j’indique notre lieu de résidence avec une grande précision, eh bien non. Ils embauchent des gars qui ne se donnent pas la peine de lire, ou de demander une précision et qui sont pressés de terminer leur tournée. Le Père Noël est plus efficace dans sa tournée.
Ajoutez à cela que, à part quelques magazines, on se demande si on aura de nouveau du courrier un jour, je pense que les hauts responsables de la Poste ont décidé de couler ce service : non seulement les tarifs sont prohibitifs, mais on applaudit désormais quand on voit la factrice passer dans notre rue.
Oui, je sais, je suis un râleur, mais ça me fait du bien. Ah, dernière raison de râler, j’ai envoyé un mail à l’infirmière coordinatrice du CHU pour savoir à quelle heure je dois me pointer mercredi : pas de réponse. Eh bien j’arriverai quand je pourrai, je n’ai pas reçu de convocation (cf. le paragraphe ci-dessus). Le dernier courrier envoyé depuis l’hôpital a mis une semaine pour arriver ici. Une semaine pour faire 35 km, je pense que cela mettait moins de temps au 18e siècle.
En attendant le livreur, j’ai pris deux photos pour vous montrer comment il faut organiser le linge : pas question de mettre tout en vrac dans un sac, le linge propre doit être placé dans des sacs en plastique hermétiquement fermés. Il a fallu les commander, mais bizarrement, le chauffeur n’avait pas eu de difficulté à lire l’adresse. Je sais, je suis une teigne !
Bon, je n’oublie pas que vous devez m’aider à me planquer, loin de Cruchotte, de Doc Jérôme et de Doc Sylvie. Si vous habitez en zone blanche, c’est un plus. Sinon, on fera comme si je n’avais pas de chargeur et personne ne saura où me trouver.
Je viens de recevoir mon résultat d’analyse, c’est presque tout bon, y compris pour les plaquettes, mais mes globules blancs sont partis se planquer : où sont passés mes neutrophiles ? Ah, je sais, ils avaient une adresse incomplète.
Trouver une chanson qui colle à ce que je viens d’écrire va être compliqué, mais j’ai une idée :
Un peu de douceur pour continuer :
Elle ne voulait vraiment pas y aller (elle aurait dû, la pauvre) :
Nous avons relu la liste fournie et les précautions à prendre pour ne pas faire d’impair. Le linge qu’il faut apporter avec soi doit être propre, lavé à 40° (il y a peu, c’était 60°), séché au fer à repasser (!) ou au sèche-linge. Il est interdit de le sécher à l’air libre, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur. Nous avons donc investi voici quelques semaines, dans un sèche-linge, je ne sais pas pourquoi mais Michel avait tiqué quand il avait lu « séché au fer à repasser ».
Michel gère tout ça de main de maître : et vas-y que je fais une lessive de couleur, puis de blanc, puis je recompte les vêtements : deux pyjamas, un peignoir, des boxers, des tee-shirts, pantalons de jogging, chaussures confortables et faciles à enfiler, mais neuves, pantoufles neuves, avec semelles lavables (si jamais je marche dans mon vomito…). On dirait les paroles d’une chanson de Boris Vian.
On avait prévu tous les achats nécessaires à la fin de l’été, j’ai évité les tee-shirts blancs, sinon je vais devenir invisible contre les murs de la chambre. Barbara disait dans un commentaire que ça manque de couleurs dans les chambres : l’élément décoratif, ce seront mes tee-shirts. Pour les pantalons de jogging, blanc, gris ou écru chez les mecs, ils proposent rarement du fuchsia ou du vert pomme. Tant pis. J’ai de beaux caleçons de pyjamas de couleur avec des hauts bleus, mais j’ai horreur de passer mes journées en pyjama : ça me donne l’impression d’être… malade.
Il faut aussi prévoir gants, serviettes, rasoir électrique (et uniquement électrique), brosse à dents très souple et trousse de maquillage… ah zut, non, c’est pour les filles, alors que pas mal de mecs s’y mettent aussi. Je pense que si j’avais un fond de teint, cela me permettrait de moins sursauter en me regardant dans le miroir quand je me rase. Là, j’ai bonne mine, ok, mais attendez un peu le troisième jour de chimio : on en reparlera !
Donc tant pis, pas de maquillage, mais il faudrait une crème hydratante : on doit avoir ça quelque part. Pour le vernis à ongles, aucun regret : il est strictement interdit. Je pense que cela fausse les mesures de l’oxymètre que l’on vous place au bout du doigt, et de toute façon, l’acétone ne doit pas faire partie des produits autorisés. Pour le déodorant, les sprays sont interdits, déo à bille.
Mercredi, je préparerai mon ordinateur, téléphone, papiers nécessaires, les médocs à 4 000 € et les chargeurs. Il faut une check-list. Tout ce que j’emporte avec moi doit être quasiment stérilisé, mais on ne va pas faire bouillir l’ordinateur et le téléphone qui seront nettoyés avec des lingettes, de même pour les chargeurs.
Les livres et revues doivent être neufs : pour les revues, il faut les choisir en milieu de pile, pour les livres, livres neufs uniquement.
Si par hasard vous aviez envie de me faire plaisir en venant me rendre visite, je n’aurai pas droit aux fleurs, ni aux biscuits « en vrac », ni au chocolat artisanal, encore moins aux pâtisseries : il faut des produits d’origine industrielle, emballés individuellement. Surtout pas de fraises (c’est une fixation chez moi !) ni de kiwis. Des petits chocolats enveloppés individuellement, ce sera parfait… mais, je n’aurai pas droit aux fruits à coques, de toute façon je préfère le chocolat noir parfumé à rien du tout avec le goût de chocolat… mais ça, c’est dans un monde idéal, il est possible que je regarde les chocolats sans y toucher, savoir qu’ils sont à portée de main me rassurera.
Je vous mettrai des photos des sacs de linge (sacs plastifiés sous vide).
Pour le moment, et pour faire plaisir à Barbara, je vais choisir une très vieille chanson, je ne suis pas certain que beaucoup d’entre vous la connaissent :
Pour moi, ce sera le coton :
Pas de pull marine, sinon j’aurais pris celui qu’est déchiré au coude
Famous Blue Raincoat (Le Fameux Imperméable Bleu)
It’s 4 in the morning, the end of December, Il est 4 heures du matin, fin décembre, I’m writing you now just to see if you’re better. Je t’écris juste pour savoir si tu vas mieux. New York is cold but I like where I’m living Il fait froid à New York mais j’aime bien l’endroit où je vis There’s music on Clinton Street all through the evening. Il y a de la musique sur Clinton Street durant toute la soirée. I hear that you’re building your little house deep in the desert. Il paraît que tu construis ta petite maison tout au fond du désert. You’re living for nothing now Maintenant tu n’as plus de raison de vivre, I hope you’re keeping some kind of record. J’espère que tu gardes une trace écrite.
Yes, and Jane came by with a lock of your hair, Oui, et Jane est passée avec une boucle de tes cheveux, She said that you gave it to her Elle a dit que tu la lui avais donnée That night that you planned to go clear. Cette nuit où tu voulais prendre un nouveau départ. Did you ever go clear? As-tu jamais pris un nouveau départ ?
Oh the last time we saw you you looked so much older, Oh la dernière fois que l’on t’a vu tu avais l’air tellement vieilli, Your famous blue raincoat was torn at the shoulder. Ton fameux imperméable bleu était déchiré à l’épaule. You’d been to a station to meet every train, Tu étais allé à une gare, attendre n’importe quel train, And you came home without Lily Marlene, Et tu es revenu sans Lily Marlène, And you treated my woman to a flake of your life. Et tu as donné à ma femme un flocon de ta vie. And when she came back she was nobody’s wife. Et quand elle est rentrée, elle n’était plus la femme de personne.
Well I see you there with a rose in your teeth, Et je te revois là, une rose entre les dents, One more thin gipsy thief. Encore un maigre voleur de gitan Well I see Jane’s awake: Ah, je vois que Jane est réveillée : She sends her regards. Elle t’envoie son bonjour.
And what can I tell you, my brother, my killer, Et qu’est-ce que je peux te dire, mon frère, mon assassin, What can I possibly say? Qu’est-ce que je peux bien dire ? I guess that I miss you, I guess I forgive you, Je suppose que tu me manques, je suppose que je te pardonne, I’m glad you stood in my way. Je suis content que tu te sois trouvé sur mon chemin. If you ever come back here, for Jane or for me, Si jamais tu repasses par ici, pour Jane ou pour moi, Well your ennemy’s sleeping, and his woman is free. Eh bien ton ennemi est endormi, et sa femme est libre.
Yes, and thanks for the trouble you took from her eyes Oui, et merci pour le tracas que tu as enlevé de ses yeux, I thought it was there for good, so I never tried… Je croyais qu’il était là pour toujours alors je n’ai jamais essayé… Yes, and Jane came by with a lock of your hair Oui, et Jane est passée avec une boucle de tes cheveux, She said that you gave it to her Elle a dit que tu la lui avais donnée That night that you planned to go clear. Cette nuit où tu voulais prendre un nouveau départ. Sincerely, L. Cohen Amicalement, L. Cohen
Je n’ai pas envie d’écrire une page sur le temps qui passe, gnagnagna. Mais quand même, on peut souligner que le temps n’est pas le même lorsque l’on attend une lettre ou un colis qui n’arrive pas, ou lorsque l’on va devoir préparer son sac pour l’hôpital. Le temps se dilate, ou se contracte, comme un de mes organes, avec un nodule en guise de décoration. En réalité, je suis à J-4 alors que je rédige, mais vous aurez l’article à J-3, donc demain dimanche.
La journée est bizarre : j’ai mis à manger aux piafs, qui étaient planqués parce qu’ils m’ont intimé l’ordre de me dépêcher, mais je ne vois personne. Sans doute que l’horaire n’était pas le bon et j’ai dû me faire traiter de « Cruchotte » par une bande d’emplumés mal éduqués. Ou alors ils font exprès de se planquer quand ils sentent que je les épie. Je pense que Michel aura d’autres occupations pendant mon absence et ils vont devoir se débrouiller comme des grands. Les allers-retours à gérer en plus du quotidien ici, les lessives, les courses, les travaux d’assainissement qui devraient débuter en même temps que le mois de février vont bien l’occuper.
J’ai parlé dans l’article précédent de ce qui permet de garder le lien avec l’extérieur, ces différents cordons ombilicaux qui font entrer un peu d’air frais dans nos chambres. J’ai déjà été hospitalisé quelques jours en hémato, mais pas dans la partie « greffes », celle que l’on appelle Unité Protégée Harvey.
Si vous faites les curieux, vous pourrez lire le livret d’accueil et voir une petite vidéo de présentation, on voit même Doc Sylvie ; comme dit Michel : « Elle était plus jeune ! » – la vidéo date de 2017, et, depuis, je crois que j’ai pris un coup de vieux aussi.
Il y a peu de différences entre l’unité Harvey et l’unité Siguier que je connais mieux. Les chambres sont similaires, à ceci près que vous avez un sas dans la partie protégée qui permet aux visiteurs de respecter les procédures : lavage des mains, surblouse, charlotte et surchaussures obligatoires, pas de contact avec le malade, pas d’objets interdits introduits dans la chambre, respect strict des consignes pour la sécurité du malade. J’aurai une chimio atténuée et par conséquent, je ne sais pas si toutes ces consignes seront aussi strictes dans mon cas. Les chambres sont à pression positive, avec une ventilation constante. L’eau du robinet et de la douche est stérile, mais il est recommandé de laisser couler un filet d’eau avant de se laver les dents ou de se doucher pour éviter tout contact avec une éventuelle bactérie.
Pour les visites, deux personnes sont autorisées en même temps. Pendant mon hospitalisation pour « COVID grave », il y avait eu tout un pataquès lorsque Michel avait essayé de me rendre visite pour la première fois. Il était tombé sur une Cruchotte de service, pas aimable, qui lui avait dit « Visites interdites, faites demi-tour ». Lorsque Michel m’en avait informé alors qu’il était de retour sur le parking, j’en aurais hurlé de rage, si j’avais pu : respirer était déjà mission presque impossible même avec l’apport d’oxygène au maximum, les larmes avaient coulé en silence. Heureusement, la femme médecin qui avait donné son accord pour les visites et dont les ordres étaient passé à la trappe au weekend avait mis les points sur les i à son équipe dès le lundi matin, et le tapis rouge avait été déroulé lorsque Michel était revenu me voir. J’avais précisé « Si je ne peux pas avoir de visites, je ne donne pas cher de ma peau ! » et je ne surjouais pas comme une drama queen éplorée : c’était la stricte vérité.
Je n’avais pas eu d’autres visites que celles de Michel, y compris en réanimation, puis, à la suite du pneumothorax, en pneumologie, mais ce n’était pas grave car je pouvais communiquer via Messenger ou par SMS avec mon téléphone. Si jamais vous aviez l’idée saugrenue de vouloir me rendre visite, sachez que le stationnement dans l’enceinte de l’hôpital est une calamité. Il vaudra mieux me tenir au courant des visites éventuelles au cas où on m’embarquerait pour un scanner ou un autre examen. De plus, je risque d’être « légèrement » incommodé par la chimio et les différents traitements : les malades dont j’ai pu lire les témoignages le soulignent tous : on dort beaucoup, le corps a besoin de récupérer, d’autant plus qu’on est souvent dérangé la nuit, même si les infirmières se font très discrètes, on a plusieurs visites et il est parfois difficile de retrouver le sommeil.
Pour le téléphone, je préfère les SMS ou les messages sur Messenger, je mettrai les notifications en sourdine lorsque j’aurai besoin de récupérer, mais tant que je peux le faire, je répondrai. Je suis moins bavard quand on m’appelle que sur un message écrit, mais ça c’est mon rapport compliqué avec le téléphone. Inutile aussi d’essayer de m’appeler en visio : je ne suis pas fan de ce genre de trucs, surtout si j’ai vomi toute la matinée et que je me fais peur en me voyant dans le miroir de la salle de bain : je connais, j’ai déjà croisé mon reflet dans ces moments-là.
Le matin, c’est souvent très animé dans la chambre : la prise de sang et les constantes, la pesée, le petit déjeuner, le ménage de la chambre, la visite des toubibs et internes, les allées et venue des infirmières. Il vaut mieux privilégier l’après-midi si vous voulez me laisser un message, ou être patient si je ne réponds pas, c’est en général beaucoup plus calme, sauf si le planning des examens impose un déplacement en brancard : ils font le maximum pour qu’on puisse tout faire dans la matinée, mais parfois c’est mission impossible.
En ce qui concerne les articles quotidiens, j’essaierai de garder le même rythme, ne serait-ce que pour maintenir une occupation « intelligente ». Pour la partie activité physique, j’aurai un vélo d’appartement, et même si je ne tiens que 5 minutes, j’essaierai d’en faire tous les jours. Après la greffe, je pense que je pourrai sortir dans le couloir et aller jusqu’au salon, un tapis de marche est aussi à disposition, c’est important de ne pas perdre trop de muscles, on « fond » très vite quand on est alité. Donc j’essaierai de passer le moins de temps possible au lit pendant mes périodes d’activités. Je sais que vous m’encouragerez et je compte sur vous, j’essaierai de me fixer quelques objectifs quotidiens (faire sa douche sans aide était la première épreuve sportive pendant l’hospitalisation « COVID »).
Comme d’habitude, je termine en musique :
Time (Temps)
Ticking away the moments that make up a dull day Passer les moments qui composent une journée ennuyeuse You fritter and waste the hours in an offhand way. Tu gâches et tu gaspilles les heures d’une façon désinvolte Kicking around on a piece of ground in your home town Trainant dans une partie du terrain de ta ville natale Waiting for someone or something to show you the way. Attendant que quelqu’un ou quelque chose te montre le chemin
Tired of lying in the sunshine staying home to watch the rain. Fatigué d’être allongé dans les rayons du soleil en restant à la maison à regarder la pluie You are young and life is long and there is time to kill today. Tu es jeune, la vie est longue et il y a du temps à tuer aujourd’hui And then one day you find ten years have got behind you. Et un jour tu t’aperçois que 10 ans sont derrière toi No one told you when to run, you missed the starting gun. Personne ne t’a dit quand courir, tu as manqué le signal de départ
So you run and you run to catch up with the sun but it’s sinking Et tu cours, cours encore pour rattraper le soleil mais il est en train de se coucher Racing around to come up behind you again. Faisant la course en rond pour se lever à nouveau derrière toi The sun is the same in a relative way but you’re older, Le soleil est le même d’une manière relative mais tu es plus vieux Shorter of breath and one day closer to death. Plus à bout de souffle et un jour plus près de la mort
Every year is getting shorter never seem to find the time. Chaque année se fait plus courte et tu ne sembles jamais trouver le temps Plans that either come to nought or half a page of scribbled lines Les projets qui s’évanouissent en fumée ou bien se résument par une demi page de lignes gribouillées Hanging on in quiet desparation is the English way Tenir bon dans un calme désespoir est une habitude bien anglaise The time is gone, the song is over, Le temps est révolu, la chanson est finie Thought I’d something more to say Je pensais que j’aurais quelque chose de plus à dire
Home, home again. Chez soi, chez soi à nouveau I like to be here when I can. J’aime être ici quand je peux When I come home cold and tired Quand je rentre à la maison frigorifié et fatigué It’s good to warm my bones beside the fire. C’est bon de réchauffer mes os auprès du feu Far away across the field Loin au dessus des champs The tolling of the iron bell Le son de la cloche de fer Calls the faithful to their knees Appelle les fidèles à se mettre à genoux To hear the softly spoken magic spells. Pour entendre des formules magiques prononcées à voix basse
Alors que j’écris cet article, vendredi après-midi, le vent souffle et la pluie cingle nos carreaux. Surtout ceux exposés sud-ouest, la bascule ne s’est pas encore faite. Nos amis Irlandais ont échappé au pire semble-t-il et tant mieux. J’ai des souvenirs d’une traversée bien mouvementée alors que je revenais d’Irlande. J’étais jeune alors et j’ai encore des images très précises de cette mini croisière : mon plateau repas qui traverse le restaurant où je devais être le seul attablé, et le serveur qui est revenu avec un steak-frites, double ration pour les frites : il avait croisé mon regard désespéré. Il était impossible de sortir sur le pont, tout était verrouillé par sécurité, et les pauvres passagers victimes du mal de mer avaient préféré se coucher à même la moquette, le sac à vomi dans une main.
J’étais de ceux qui aiment quand les éléments se déchaînent. Le barman était heureux de pouvoir discuter avec les « survivants », et il nous avait offert quelques bières… Je crois que je n’avais pas beaucoup dormi ensuite, nous étions quelques rescapés, et on avait dansé malgré le fort roulis sur la petite piste de danse, jusqu’au petit matin.
On apprécie mieux la tempête lorsqu’on peut en profiter en regardant la mer déchaînée, le ciré ou le K-way bien fermés pour garantir une meilleure étanchéité, les yeux brûlés par les embruns. On entend le vent qui mugit et siffle dans les drisses des bateaux et on se tient suffisamment à l’écart des lames qui se brisent sur les rochers en mille jets d’écume.
Là, je me contente de voir les arbres qui s’agitent à travers les carreaux, du moins ceux qui ne sont pas encore perlés de gouttes de pluie. Parfois, une accalmie trompeuse laisse croire que c’est terminé, mais une rafale soudaine nous prévient qu’il y en a encore d’autres à venir, d’autres grains, d’autres bourrasques. Comme souvent chez nous, le ciel se dégagera peut-être en fin de journée, les derniers rayons du soleil viendront éventuellement nous narguer, lorsque le vent aura tourné, mais je n’y crois pas trop, c’est bien parti pour durer quelques heures encore.
Je sais que je ne verrai pas grand-chose depuis ma chambre d’hôpital. Quand j’étais hospitalisé en pneumologie, j’avais une superbe vue sur la chapelle, et juste avant, dans cette partie que l’on appelle la Colline, une vue panoramique sur la Maine et, en arrière-plan, la ville. Je demandais à ce que les volets soient ouverts tôt le matin, pour voir le soleil se lever. Pendant plusieurs jours, je n’avais vu que le ciel, les nuages et les passages d’oiseaux. Cloué dans mon lit, j’étais incapable de me lever ou de m’asseoir sans aide à cause de ce fichu COVID, et je tentais de surnager, la tête tournée vers la fenêtre, sauf en réanimation où mon lit lui tournait le dos, et je m’étais laissé bercer par cette vue apaisante.
J’espère que j’aurai une vue dégagée en hématologie : on voit les gens qui passent, les étudiants en médecine qui se déplacent en groupes à l’heure du déjeuner en parlant fort, les voitures qui roulent lentement, avec des conducteurs en quête d’une place libre – un rêve – les ambulances et les taxis, les gens qui rendent visite aux malades ou qui viennent en consultation. Le CHU d’Angers, c’est une ville dans la ville. Je regarderai si les écharpes et les bonnets sont de sortie, ou si ce sont plutôt les parapluies… on en voit de moins en moins d’ailleurs. C’est à travers les vitres que le lien au monde extérieur existe. Derrière, dans le couloir, on entend le bruit des chariots, les infirmières qui se dépêchent, ou le bruit différent du chariot des repas. Il ne faut pas oublier de regarder par la fenêtre, quand on peut le faire.
Les infirmières me raconteront qu’elles ont dû se lever plus tôt pour gratter leur pare-brise, et qu’elles ont galéré en prenant leur service du matin pour trouver une place, on parlera de la pluie, du beau temps, de leurs gamins qui ne veulent pas faire leurs devoirs parce qu’ils passent leur temps sur leurs téléphones, de leurs maris qui regardent le foot pendant qu’elles s’occupent du linge, des heures supplémentaires qu’elles n’arrivent même plus à compter et de leurs envies de vacances.
Les autres liens avec le monde extérieur sont les messages que l’on reçoir, et les visites, mais j’en parlerai bientôt.
Je suis presque prêt pour tout ça, J -5.
Dust In The Wind (Poussière Dans Le Vent)
I close my eyes Je ferme les yeux Only for a moment and the moment’s gone L’espace d’un instant et le voilà parti All my dreams Tous mes rêves Pass before my eyes, a curiosity Défilent sous mes yeux, une curiosité Dust in the wind De la poussière dans le vent All they are is dust in the wind Ils ne sont que de la poussière dans le vent
Same old song La même vieille chanson Just a drop of water in an endless sea Rien qu’une goutte d’eau dans une mer infinie All we do Tout ce que nous faisons Crumbles to the ground though we refuse to see S’écroule sur le sol bien que nous refusions de l’admettre
(Chorus) (Refrain) Dust in the wind De la poussière dans le vent All we are is dust in the wind Nous ne sommes que de la poussière dans le vent
Don’t hang on Ne t’attache pas Nothing lasts forever but the earth and sky Rien n’est éternel excepté la Terre et le Ciel It slips away Tout s’éloigne doucement And all your money won’t another minute buy Et toute ta fortune ne t’achèteras pas une minute supplémentaire
(Chorus) (Refrain)
(All we are is dust in the wind) (Nous ne sommes que de la poussière dans le vent) Dust in the wind De la poussière dans le vent (Everything is dust in the wind) (Chaque chose n’est que de la poussière dans le vent) Everything is dust in the wind Chaque chose n’est que de la poussière dans le vent
J’ai l’humeur rêveuse, en fait je m’échappe d’un livre de Maxime Chattam, « La Constance du Prédateur », c’est glauque, sanglant et à mon avis légèrement alambiqué dans le dernier tiers du livre. Ou alors c’est moi qui fatigue, mais c’est très prenant et je n’abandonne pas ma lecture. Disons que c’est mon état d’esprit qui n’est pas « raccord » avec ce type de roman, il me faut plus de légèreté. Bref, j’ai besoin d’air frais, de sensations poétiques et de mignonneries, genre petit chat qui fait le fou, guépard affectueux qui embête le photographe animalier ou panda qui se roule dans la neige. Bon, c’est vu et revu et on s’en lasse aussi : Michel est contre l’arrivée de mouffettes facétieuses ou de suricates collants dans la maison, de toute façon, et je ne parle même pas de la girafe dans le jardin ni du petit rhinocéros joyeux qui lève ses petites pattes arrières en esquissant un pas de danse. Je n’aurai de toute façon pas le droit de câliner des bêtes à fourrure en rentrant de l’hôpital, ni un rhinocéros sans fourrure. Comment font les gens qui ont un chat ? Bah ils le confient à des amis pendant trois mois. Le chat finit par rentrer et, comme tout félin qui se respecte, il fait la tronche. Donc pas de chat, pas de suricate, ni de lapin. Rien. Même pas un rhinocéros sympa qui ne boude jamais.
Voilà, je commence à sortir de l’atmosphère Chattam. Je me disais, en rêvassant : « Oh, ce serait sympa que dans un an et quelques mois, aux beaux jours, on organise un petit séjour pour que celles et ceux qui me suivent ici se rencontrent ». Je réserverais un grand gîte, j’aurais le droit de caresser des chats, de prendre les gens dans mes bras, de fabriquer de beaux souvenirs et même les gamins seraient autorisés à me faire la bise. On boirait autre chose que de l’eau (mais de l’eau aussi) et on cuisinerait ensemble. On écouterait de la musique, on chanterait faux, on danserait et on irait se promener dans la campagne.
On essaierait de danser le sirtaki, comme en Crète, et on mettrait de la féta dans la salade. Et je mangerais tout ce qu’on m’aura interdit pendant plusieurs mois, surtout des fraises, et encore des fraises.
Ce serait bien, non ? On ferait des jeux d’extérieur, et si la pluie venait à menacer, on jouerait à « Qui est-ce ? » ou au Cluedo.
Voilà, c’était ma rêverie du soir (oui, j’écris l’article jeudi soir, et je le publierai demain, vendredi.)
Vous me direz ce que vous pensez de mes rêves.
Je vous offre un poème de Gérard de Nerval, celui que mes 3e aimaient bien quand j’étais prof de français :
Fantaisie
Gérard de Nerval
Il est un air pour qui je donnerais Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, Un air très vieux, languissant et funèbre, Qui pour moi seul a des charmes secrets.
Or, chaque fois que je viens à l’entendre, De deux cents ans mon âme rajeunit : C’est sous Louis treize ; et je crois voir s’étendre Un coteau vert, que le couchant jaunit,
Puis un château de brique à coins de pierre, Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs, Ceint de grands parcs, avec une rivière Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;
Puis une dame, à sa haute fenêtre, Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens, Que, dans une autre existence peut-être, J’ai déjà vue… – et dont je me souviens !
Gérard de Nerval
J’essaie de vous trouver des chansons sur le thème du rêve :
Le premier article sur lequel je tombe décrit de façon détaillée et documentée un problème récurrent : l’eau potable, ou plutôt l’eau que l’on croit potable, parce que, si on regarde de près les factures, on nous la fait payer de plus en plus cher, donc elle devrait être de qualité supérieure. Oui mais, car il y a un mais, elle ne serait pas si potable que ça et même cancérigène dans un nombre non négligeable de communes, cela représenterait 600 000 personnes. Ce n’est pas rien, tout de même.
« Pourquoi tu nous bassines avec tout ça ? » Alors, déjà, « bassines » est bien choisi, et, de temps à autre, j’essaie de répondre à la question « Mais quels sont les facteurs environnementaux qui peuvent influer sur toutes ces maladies ou en expliquer la concentration dans certains endroits ou chez certains professionnels : cancers, lymphomes, leucémies ? » Reprenons le cours de notre analyse (de l’eau, évidemment).
Le plus inquiétant, dans le cas de l’eau du robinet, c’est que le problème est identifié depuis longtemps, il provient du PVC de certaines canalisations, parfois quelques tronçons vétustes non remplacés. Le CVM, chlorure de vinyle monomère est un gaz cancérigène qui provient du PVC non traité. Ce problème a été identifié dans les années 70, mais on connaissait cette désagréable caractéristique depuis le début, les années 30. Non, je n’ai pas de diplôme en chimie, je viens de lire une série d’articles « sérieux ». Vous allez forcément trouver sur le net des bimbos maquillées comme des camions volés qui vont vous expliquer que, si tu mets trois rondelles de citron, du bicarbonate de soude et du sel bio dans ton verre, tu annihileras les effets de la pollution et tu perdras du poids. Alors non, tu perdras ton temps, doublement, puisque la Cruchotte qui se filme n’a aucune idée de ce qu’elle raconte. De même, je ne veux pas faire de sexisme, que pour ce type qui te montre ses muscles en se dénudant, et qui te donne une recette aussi débile de ce que tu dois boire pour arriver à avoir un corps aussi parfait que le sien, avec en prime un cerveau atrophié.
Le hic dans ces histoires d’eau, H2O, comme d’habitude est un problème de coût : remplacer tous ces réseaux délétères coûte très cher. Comment voulez-vous que les petites communes rurales trouvent de quoi financer tous les remplacements à effectuer, relier les hameaux isolés en campagne, ou les fermes ? Le changement d’un kilomètre linéaire coûte entre 50 000 et 200 000 euros. Vous le savez, si vous regardez l’évolution de vos factures, l’eau coûte de plus en plus cher aux particuliers, c’est un peu comme le traitement des ordures ménagères, et les élus ont bien conscience que le poids financier devient beaucoup trop lourd à supporter par les usagers. L’état aurait dû intervenir, ou devrait le faire, c’est tout de même une urgence sanitaire. Euh… comment vous dire ? Que ce n’est jamais le bon moment ? Que les plans se succèdent et ne sont pas suivis d’effet ? Que, et que… Bref, le problème a été longtemps laissé de côté, depuis 50 ans.
On nous dit souvent : « Buvez l’eau du robinet, arrêtez d’acheter de l’eau en bouteilles ! » Quelque part, je suis d’accord. Encore faut-il avoir confiance et dans l’eau du robinet, et dans l’eau en bouteilles !
Lorsque je sortirai de mon séjour dans ma chambre stérile, estampillée 3 étoiles par le guide Michelin des chambres d’hôpital (ne cherchez pas, cela n’existe pas encore), j’aurai l’interdiction totale de boire l’eau du robinet, pour des raisons sanitaires essentiellement, pas pour cette sombre histoire de PVC cancérigène. Il peut y avoir une bactérie à la sortie du robinet, on ne peut pas garantir la qualité sanitaire de l’eau à 200%. Ainsi, j’aurai droit à ma bouteille d’eau, qui devra être consommée dans la journée et à laquelle personne ne devra toucher, sous peine d’une amende dont je n’ai pas encore fixé le montant. Super ! Oui, mais quelles marques d’eau choisir pour avoir également une garantie sanitaire suffisante ? Là, les choses se compliquent encore, car on vous fait payer au prix fort un autre scandale sanitaire.
Je précise que filtrer l’eau du robinet n’a, dans ce cas, aucun effet.
Je pense que je vais me mettre au Saumur-Champigny, moi qui ne bois plus une seule goutte de vin depuis que l’on m’a dit « chimio » et avant même de recevoir les piqûres douloureuses, je sais que le foie est suffisamment sollicité pour éviter la moindre goutte d’alcool au quotidien, et qu’il le restera encore avec la médication post-greffe : 21 comprimés à ingérer dans la journée… avec de l’eau. Dans les grandes occasions, je m’autorise un fond de verre de vin ou de crémant de Loire, rien de plus. Quand on regarde les notices des médicaments du type « Vidaza », il est indiqué : « réduire votre consommation d’alcool ». Par excès de zèle, sans doute, elle est en ce qui me concerne réduite à zéro. Je ne m’en porte pas plus mal, certainement, mais j’aimerais bien boire de l’eau en toute sérénité. Je ne me pose pas non plus la question 100 fois par jour, nous avons une carafe à filtre, et ma foi, l’eau a le goût de l’eau, c’est à dire qu’elle est parfaitement insipide sans ce goût de chlore insupportable. On cuisine à l’eau du robinet, on se lave évidemment avec l’eau du robinet etc. Et c’est tellement banal que l’on ne passe pas notre temps à savoir si on a raison ou pas de l’utiliser : on n’a de toute façon pas le choix.
J’essaie de me mettre à la place des parents dont les mômes sont confrontés à ces soucis environnementaux quotidiennement. Tu dois normalement pouvoir leur donner à manger et à boire des produits sains. Sans tomber dans l’excès non plus, le système immunitaire des enfants a besoin de se frotter à différents virus et microbes pour se renforcer. Donc ils bouffent de la terre quand ils sont petits, font des tas de trucs impensables pour nous adultes, y compris lécher la serpillière ou farfouiller dans la litière du chat et c’est tant mieux, surtout s’ils vivent à la campagne et qu’ils peuvent jouer et courir dehors, pour les gamins élevés comme des poules en batterie, dans des cages appelées « appartements », c’est plus compliqué. Un gamin doit pouvoir courir et jouer dehors, sans recevoir des doses de produits phytosanitaires dans la tronche, ni craindre de boire au robinet en rentrant à la maison, ils sont cra-cra quand ils rentrent : tant mieux. Les bébés des pays nordiques, Suède, Finlande etc. font la sieste dans leurs landaus, dehors, qu’il fasse froid ou qu’il neige : ils sont évidemment bien couverts mais on sait qu’il vaut mieux pour eux qu’ils renforcent leur système immunitaire. Donc, dehors les gamins ! Allez jouer au ballon, à ce que vous voulez, mais dehors.
D’ailleurs, nous adultes ferions bien de montrer l’exemple : tout le monde dehors. Voyez-vous, ce qui m’effraie le plus dans ce qui m’attend, ce n’est pas l’hospitalisation en elle-même, ni la chimio, ni la greffe : c’est le fait de vivre 24 h / 24 dans un milieu totalement stérile, où les seuls parfums seront ceux des médocs ou des désinfectants, sans oublier les effluves du plateau repas quand je retirerai l’opercule : effet vomito garanti, parce que, même si c’est appétissant, je sais que cela ne m’inspirera pas vraiment. Mais, au moins j’aurai ma bouteille d’eau à moi ! CQFD.
Voici le lien vers l’article anxiogène : (vous regarderez votre eau du robinet d’un œil soupçonneux ensuite !)