La vie après la greffe, 26 octobre 2026

Vendredi 23 octobre

La tempête Austen est bien présente, même si le vent se calme actuellement. Je me suis levé dans la nuit et cela commençait à bien souffler. J’ai erré sur internet avant de me recoucher, puis je me suis rendormi avec un rêve dont je me souviens : je demandais à Michel s’il avait fermé le grand parasol de la terrasse, et il me répondait : « Tu n’as qu’à le fermer toi-même ! » C’est bien la preuve que, même dans mes rêves, je devrais m’abstenir de poser des questions idiotes. J’ai raconté mon rêve au petit déjeuner : « Ah, tu sais, tu as parlé anglais aussi ! » Je n’ai aucun souvenir de ce rêve, ce qui est dommage : j’aurais aimé savoir avec qui je parlais, et quel était le sujet de cette conversation. J’ai longtemps rêvé d’entretiens avec Elizabeth II. Elle me recevait dans une grande salle de réception, me servait (si, si !) une tasse de thé, et nous avions d’aimables conversations. Ce rêve récurrent a commencé à la fin de mon adolescence et s’est poursuivi pendant de nombreuses années, jusqu’à récemment. Les entretiens avaient lieu à Buckingham et, voici peu de temps, j’ai vu un reportage sur le palais et sur la vie quotidienne de la famille royale. J’ai reconnu immédiatement la grande salle, mais, surtout, le motif chargé de l’épaisse moquette qui me surprenait à chaque rêve. Le dernier rêve avec Elizabeth II fut un peu morbide. C’était quelques mois avant le décès de la reine. Nous n’étions pas dans la grande salle habituelle, mais nous étions accueillis par un sinistre majordome qui prenait nos vêtements à l’entrée. Sa majesté lui tendait son manteau, en ajoutant « Je le reprendrai en partant ». Le majordome lui répondait, avec un sourire énigmatique : « Là où vous irez, Majesté, vous n’en aurez plus besoin ». Nous nous retrouvions ensuite avec plusieurs convives, dans un silence pesant, autour d’une grande table rectangulaire, faiblement éclairée par des candélabres, seule la table était visible, le reste de la pièce était d’un noir profond. La reine me disait : « Je crois que nous n’aurons plus nos entretiens habituels. Je vais partir, mais pas vous ». Ce rêve m’avait bien entendu tracassé. J’avais compris que sa Majesté avait pris congé. La question que tout le monde me pose, et à laquelle je n’ai aucune réponse rationnelle, est : « Mais pourquoi rêvais-tu de la reine ? » Il doit y avoir une explication psychanalytique, une clé à ces rêves. Je me suis souvent plu à imaginer que la reine se réveillait en se disant « I have had a strange dream… Always the same one ! »

Bon, je vous rassure, je ne rêve pas de Camilla, ni de Charles et encore moins de Megan. Il faudra que je vous raconte un jour comment, mais uniquement en rêve, j’ai aidé Marine Le Pen, qui avait organisé un pot-au-feu pour 500 convives… et qui se retrouvait avec une salle vide. Sinon, je vous rassure, tout va bien dans ma tête, en dehors des rêves !

Week-end des 24 et 25 octobre.

Hier après-midi, nous avons rendu visite à notre commercial, D., dont la société était en « portes ouvertes ». Nous avons attendu un petit moment, car il était occupé avec des clients et nous avons regardé en l’attendant ce qui était exposé. Je suis toujours énigmatique et je fais durer le suspense jusqu’à la signature finale du projet. D. est sympathique, dynamique, très à l’écoute. En plus, il est sexy. Il est passé une première fois à la maison, il a pris le temps de nous écouter pour savoir ce que nous voulions exactement et nous a ébauché un projet sur son ordinateur, en tenant compte de nos désirs. On a même eu une première estimation, ce qui nous a permis d’envisager le financement. D. reviendra le lundi 2 novembre et nous finaliserons tout cela. Dès que nous aurons signé, je lèverai le voile sur ce mystère qui vous tient en haleine (je plaisante, évidemment).

Nous avons aussi reçu X., d’une société concurrente. Comment dire… je pense qu’un commercial des pompes funèbres aurait plus d’allant et de charisme et aurait au moins montré sa gamme de produits « Vous voyez, ce cercueil est très confortable, vous pouvez passer au magasin pour l’essayer ». X nous regardait de haut (forcément, il doit mesurer 1,90 m) et chipotait dès que Michel avançait une idée : « Ah oui, mais là, il va falloir faire ceci au préalable, et puis… » Bref, il m’a très vite gavé et j’ai battu en retraite. J’ai laissé Michel en première ligne et je suis allé m’asseoir dans mon fauteuil. X. n’avait pas envie de nous vendre son « produit ». Michel lui a même dit : « Faites comme vous voulez, on verra bien quand on aura votre devis ». En plus, X. n’était pas sexy ! (Michel est d’accord avec moi !). Le devis ne montre même pas le modèle en 3D du « cercueil ».

J’en reviens à l’actualité, tout en croisant les doigts pour qu’on ne revive pas un 17 octobre bis. J’ai lu çà et là des articles dans lesquels on évoque les « pillards », « hordes venues des banlieues, issues de l’immigration ». Sauf que la réalité est plus nuancée. Parmi ces voleurs et recéleurs (j’ai suivi quelques résumés des comparutions immédiates), il se trouve des Julien, des Sophie, des enfants de familles qui ne vivent pas en banlieue. Et on trouve aussi des Habib, des Oussama. On dit que la justice a été très sévère. Je pensais que la justice devait être « juste ». Non pas que je trouve des excuses à ces exactions, loin de là. Mais doit-on pour autant condamner avec la même sévérité celui ou celle qui a ramassé un pull par terre, et ceux qui ont pillé et saccagé des magasins, en terrorisant les vendeurs et les gérants ? Pour info, ceux qui ont mis le feu à l’hôtel de ville de Limoges habitent sur le plateau de Millevaches, en Creuse.

On a d’un côté ceux que la République a laissés de côté, renonçant à peu près à tout dans ces quartiers réputés difficiles : des logements dégradés, des trafics de drogue que l’on a laissé s’installer, des écoles, des collèges et lycées qui transpirent l’abandon et la misère. Et on voudrait que ces jeunes respectent la République. Pour élever un enfant, il faut un village, et on laisse tout sur les épaules de mamans, souvent seules, qui ont fait ce qu’elles pouvaient dans un environnement déstructuré. Qui a supprimé ces policiers de proximité qui prenaient le temps de discuter avec les jeunes, de leur montrer le « bon » chemin ? Qui a démantelé toutes ces structures associatives qui accompagnaient les jeunes ?Alors non, pour une fois ce n’est pas Macron. Rappelez-vous Nicolas Sarkozy qui raillait ces policiers payés selon lui à jouer au foot avec les « racailles », terme qu’il affectionne.

La haine peut rendre aveugle, mais il faut remonter souvent bien plus loin pour comprendre l’état de la France aujourd’hui. Hier, un cinglé a tiré dans la foule, par haine suprémaciste, par désir d’éliminer tout ce qui n’est pas « de souche française ». Mais s’il a tenu l’arme dans son délire meurtrier, on peut aussi s’intéresser à celles et ceux qui alimentent ce discours, y compris à l’étranger avec les élucubrations de Trump dont j’espère qu’il terminera un jour en prison. Il est bien plus dangereux que Julien, Sophie, Habib ou Oussama, et il fait naître les vocations de futurs tueurs en série.

Je vous conseille d’écouter l’excellente analyse d’Amélie Nothomb. L’interview date de début septembre, donc plus d’un mois avant les sinistres événements du 17 octobre.

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La tempête Austen a bien soufflé en Bretagne, et chez nous aussi, dans une mesure moindre, évidemment. Le magnifique saule pleureur des remparts de Vannes a été déraciné. C’était un arbre remarquable, de 16 m de haut qui est tombé dans la Marle. Le saule avait résisté à la tempête de 1999. Nous l’admirions à chacun de nos passages à Vannes, c’était comme un vieux copain.

VIDÉO. Tempête Austen : un Arbre remarquable de France tombe dans les jardins des Remparts de Vannes

Dimanche 25 octobre

Pour le moment, la journée illustre bien ce que l’on entend à cette période de l’année : « Un temps de Toussaint ». Il ne fait pas froid, mais la pluie est constante et on ne va pas s’en plaindre. Elle a tellement été attendue, réclamée, que c’est une bénédiction de voir qu’il peut encore pleuvoir. La Loire ne ressemble à rien, encombrée de bancs de sable, entravée dans sa course vers l’océan et je me demande dans combien de temps nous pourrons enfin retrouver le fleuve sauvage qui déborde et inonde la vallée. C’est surtout ce qui tombe en amont qui peut faire bouger le fleuve.

Pour fêter le retour du temps de saison, nous allons déguster le premier pot-au-feu de la saison. Ici, on ne met pas la hotte aspirante quand le pot-au-feu mijote. Il faut laisser les parfums emplir la maison, tant pis pour la buée sur les vitres de la cuisine. C’est le parfum de l’enfance, des faitouts sur la cuisinière à charbon dont on venait soulever le couvercle et j’ai l’impression que ma mère va sortir de la cuisine pour me demander de l’aider à éplucher des légumes. J’adorais être dans la cuisine avec elle. Nous écoutions la radio et nous discutions. Elle me donnait des conseils : « Surtout, tu ne mets pas les pommes de terre au début, il faut que la viande cuise tranquillement, sinon elle va durcir. » Suivant ce que l’on récoltait dans le jardin, on pouvait varier un peu les légumes, mais on retrouvait toujours les poireaux, les carottes, quelques navets et les pommes de terre. Souvent, je descendais au jardin pour composer un bouquet garni avec du thym et du laurier. Le rouge-gorge me saluait et me suivait. Les grilles du jardin grinçaient à chaque ouverture ou fermeture, je les entends encore.

Aujourd’hui, il y aura aussi du panais et un rutabaga (les navets n’étaient pas terribles). S’il reste de la viande, je ferai un hachis parmentier et nous nous régalerons une deuxième fois. Le bonheur, parfois, c’est tout simple.

Finalement, le soleil est de retour, peut-être pas pour très longtemps, mais c’est agréable. J’ai fait le coiffeur ce matin, et j’ai eu la flemme de faire le ménage ensuite. Une fois n’est pas coutume, je m’y attellerai demain. La semaine qui s’annonce sera calme : pas de rendez-vous au CHU, pas de prise de sang, pas d’examen programmé : une vraie semaine de vacances. Les affaires reprendront le 3 novembre, avec une échographie vessie pleine, mais pas au CHU. Ensuite, il faudra que je pense à la prise de sang qui doit être effectuée quinze jours avant la visite programmée début décembre avec Doc Sylvain. Il est l’un des signataires de la nouvelle brochure nationale sur les myélodysplasies.

Voici le lien qui permet d’accéder à la brochure. Cela intéressera surtout celles et ceux qui sont concernés directement ou indirectement par cette maladie. Pour rappel, mon profil était particulièrement « inquiétant » avec plusieurs anomalies génétiques, dont le célèbre TP53.

Brochure-Syndromes-Myelodysplasiques_202_6ad78602cf6f3.pdf

Pour en revenir aux examens programmés, j’aurai une nouvelle échographie des tissus du cou le 16 décembre, cela concerne le suivi en dermatologie. L’examen permet de vérifier les ganglions et de repérer un éventuel ganglion sentinelle qui signalerait que le carcinome infiltrant de l’oreille, pour lequel on m’a opéré, partirait en promenade ailleurs. La première échographie s’était révélée rassurante, mais la dermatologue qui assure mon suivi désormais préfère s’assurer que rien n’a bougé de ce côté-là. Il suffit parfois d’une toute petite cellule téméraire pour que d’autres organes soient atteints, et mes défenses immunitaires sont encore trop faiblardes pour que l’on puisse baisser la garde. L’échographie évite un recours systématique au scanner. Je pense que j’ai eu largement ma dose et on essaie d’espacer ces examens pour éviter d’irradier mon petit corps fragile.

Je viens de faire un petit tour de jardin. Le houx commence à se garnir de boules rouges. Le tilleul a perdu quelques petites branches, mais rien de bien méchant. Les feuilles rescapées de la canicule refusent de prendre leur teinte d’automne. Le vent est toujours bien présent et n’est pas bien chaud.

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