Week-end des 17 et 18 octobre
Je reviens brièvement sur la journée du vendredi 16. Je suis allé chercher Nicole à la gare et nous l’avons « kidnappée » à la maison. Notre prisonnière n’a pas subi de violences et nous l’avons bien traitée, en la faisant déjeuner et en papotant avec elle jusqu’à l’heure du départ. Ah, mais oui, je ne vous ai pas encore dit… Il va falloir patienter jusqu’au chapitre suivant.
Samedi 17 octobre :
Nous sommes depuis hier dans un joli gîte, non loin d’Angers, que j’ai loué voici quelques mois déjà. Le but ? Se retrouver dans un endroit agréable entre patients ayant eu des parcours hématologiques compliqués. Nous nous connaissons grâce au forum Ellye et je pensais que nous serions plus nombreux à nous retrouver ici, dans cette grande maison entourée de verdure. Il y a donc Michel et moi, Nicole et Martine. Marie a été obligée d’annuler son séjour en raison d’une forte fièvre qui s’est déclarée la veille de son départ.
L’arrivée de Martine, qui avait pris un train au départ de Saint-Lazare, a été plutôt mouvementée, avec une panne au milieu de nulle part en pleine nuit. Le chauffeur a pu repartir, et le train est arrivé en gare avec une heure de retard. Jean Castex, si vous me lisez, il va falloir vraiment faire quelque chose !
Voici le programme du samedi :
Ce matin, c’était « opération commando » à l’hypermarché du coin : ces dames avaient omis d’apporter des serviettes de bain, et elles ont dû investir. Pendant que Nicole et Martine faisaient leurs emplettes, nous avons fait les courses pour les quatre repas, et nous avons regagné le gîte. Le retour fut plus simple que l’aller, car le GPS nous a offert une fantaisie dont il a le secret en nous choisissant un parcours labyrinthique passant par tous les lotissements possibles (pas sympa, le GPS). Dans l’après-midi, nous avons fait découvrir à nos invitées l’île de Béhuard, qui les a conquises. Le fond de l’air était frais, mais le soleil nous réchauffait. Nous sommes ensuite rentrés, certains ont pris un thé, tout le monde a discuté. L’ambiance est chaleureuse et les conversations s’enchaînent. Je les entends discuter dans la cuisine pendant que j’écris ces quelques lignes.







Dimanche 18 octobre
Nous avons passé une très bonne journée, malheureusement, Nicole, notre Mamynou, est repartie en début d’après-midi. Nous l’avons conduite à la gare, et l’émotion était présente lors de notre « au-revoir ». J’ai reçu un SMS en fin d’après-midi et Nicole est arrivée à bon port, avec une étape en Vendée avant de repartir dans le Tarn.
Nous avons ensuite fait un détour par le jardin de l’arboretum Gaston Allard, où Martine s’est régalée. Michel a joué le guide, retrouvant son enthousiasme de jeune homme.
Bref, notre week-end à l’écart des émeutes urbaines nous a fait le plus grand bien, mais nous pensons à celles et ceux qui, de près ou de loin, ont eu à subir ces scènes de guérilla. J’y reviendrai sans doute dans les prochains jours, mais je vais avant partager quelques photos apaisantes. Juste une précision pour mes nouveaux abonnés : les articles du blog paraissent le lundi et sont complétés jusqu’au jeudi suivant.






Lundi 18 octobre
Nous sommes rentrés à la maison ce matin, après cette parenthèse enchantée. Il faisait froid en tout début de matinée, et nous avons vu des toits couverts de gelée blanche, la première de la saison. La maison s’était bien refroidie aussi et nous avons rallumé le chauffage. C’est plutôt tardif cette année, la pompe à chaleur n’a pas fonctionné depuis un bon moment (en ce qui concerne la fonction « chauffage »). Nous sommes allés faire quelques courses et nous avons récupéré les vaccins antigrippe à la pharmacie. Benoît s’est fait un plaisir de nous servir (ouf, il n’avait finalement pas disparu !). Michel a retrouvé ses habitudes après le déjeuner et il a pu faire une petite sieste bien méritée. J’ai également somnolé pendant une courte période, et j’ai appelé le CHU pour avoir des éclaircissements sur ma consultation en urologie, initialement prévue le 20 novembre, mais j’ai vu sur l’application du CHU qu’elle était désormais fixée au 4 décembre. La secrétaire m’a confirmé que le 4 décembre était bien la bonne date, l’urologue sera au bloc le 20 novembre et je vais recevoir prochainement, par courrier, le rectificatif. Il n’est pas nécessaire de refaire les analyses (ouf !).
Tout est calme ici, rien à voir avec les images hallucinantes de pillages et saccages en tout genre. J’ai pensé à l’incendie de Notre-Dame quand j’ai vu le campanile de la mairie de Limoges s’effondrer. Les journalistes ont commenté en parlant du « beffroi » qui est un terme impropre. Cela m’a bêtement agacé, j’aime que les mots soient employés à bon escient. Je me demande si, à force de glissements sémantiques de ce style, on n’ajoute pas du chaos au chaos. Le président, lui, n’a rien ajouté du tout pendant son allocution : pourquoi parler quand on n’a rien à annoncer ?
Je pense au refrain de « Désanchantée » de Mylène Farmer :
Tout est chaos
A côté
Tous mes idéaux : des mots
Abimés…
Je cherche une âme, qui
Pourra m’aider
Je suis
D’une géneration désenchantée
Désenchantée
Ah, j’allais oublier : je voulais dire à Anton que je lis avec assiduité son blog. Et que je lis également son livre « La Grande Idée », Anton Beraber, avec beaucoup de plaisir. Ce n’est pas un « page-turner », c’est un livre qui demande l’implication du lecteur, et cela me convient. En suivant son blog, je marche à ses côtés dans les rues de Bucarest, je rencontre ses amis, je partage ses interrogations. Bref, j’apprends à connaître l’homme pendant que je découvre l’œuvre de l’auteur.
Avant de me replonger dans la lecture du roman, je pense à ce récit de Mamynou qui nous a raconté son épopée en Allemagne lorsqu’elle était jeune. Je me dis qu’il y a le souffle d’un roman dans cette évocation, c’était si joliment raconté. Mamynou, il va falloir remplir des carnets maintenant !
Mardi 20 octobre
Je viens de vérifier la citation d’Albert Camus que j’ai en tête depuis cette histoire de campanile transformé en beffroi, voici la phrase exacte : « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde ». Camus veut dire par là que mal nommer la réalité favorise l’incompréhension entre les êtres. Nous vivons une période de grande incompréhension. Si vous écoutez les interviews réalisées par de nombreux journalistes, l’écoute n’est plus là : certains formulent leurs questions en donnant déjà des éléments de réponses, l’interviewé passe son temps à réfuter les allégations de son interlocuteur, le tout donne l’impression de cafouillages, de salmigondis et personne ne comprend plus rien à rien. Dans d’autres cas, c’est l’invité qui prend le dessus, qui écrase par ses propos la ou le journaliste, en s’imposant et en transformant l’entretien en monologue. Plus personne n’écoute personne : l’un pense à sa prochaine question sans écouter son invité, l’autre se dit qu’il doit s’imposer pour avancer ses idées. Tout est faussé.
Bref, un campanile, ce n’est pas un beffroi. Je suis un peu « Idéfix », mais j’y vois le symbole d’une époque où l’approximation en matière de communication est devenue la règle.
Pour en revenir aux émeutes qui ont aussi touché Milan et Turin, voici ce que j’écris dans mon prochain roman. Je sais, ce n’est pas beau de se citer :
— Tu sais, Maman, si nous n’avions pas eu les vélos, nous serions partis à pied. Nantes n’est plus vivable de toute façon et il faudra des mois pour que l’on puisse à nouveau y circuler. Tu n’imagines pas ce que nous avons vu, c’est effrayant. Les gens sont devenus de vrais sauvages, on a vu des gens piller les magasins en dérobant n’importe quoi, y compris des ordinateurs ou des télés : la nourriture, on peut comprendre quand tu as une famille à nourrir, mais le reste ? Ils vont faire quoi de leurs téléphones volés ? On n’a plus de réseau, plus d’électricité, et ils volent des téléphones portables ! (Tempête solaire en Anjou, février 2024. Le roman paraîtra en mars 2027)
Il est des révoltes légitimes, les manifestants du 17 octobre avaient certainement de bonnes raisons de défiler dans les rues, je ne trouve pas d’excuses aux émeutiers. Allez savoir pourquoi, j’ai toujours en tête la mort de Gavroche quand les événements dégénèrent :
Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette. Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l’Antée dans ce pygmée ; pour le gamin toucher le pavé, c’est comme pour le géant toucher la terre ; Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’ou était venu le coup, et se mit à chanter : Je suis tombé par terre, C’est la faute à Voltaire, Le nez dans le ruisseau, C’est la faute à… Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler. (Les Misérables, Victor Hugo)


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