La vie après la greffe, 12 octobre 2026

Vendredi 9 octobre

Je vais revenir sur la journée d’hier, parce qu’elle fait partie de ces journées compliquées et dont on se souvient longtemps. Enfin, à 70 ans, les risques sont limités ! Pour rappel, nous avons récemment décidé de changer nos deux plaques gaz + induction. La partie gaz fonctionnait très bien, mais l’induction donnait des signes de faiblesse. Bon, j’ai toujours eu du mal avec la partie « commandes digitales ». Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai les doigts récalcitrants. J’ai appris à enlever la casserole de lait avant de baisser l’intensité du réglage. Sinon, c’est le débordement garanti. Au fil du temps (les plaques étaient déjà en place quand on a acheté la maison, il y a vingt ans), le système est devenu moins fiable, et les plaques avaient tendance à s’arrêter lorsqu’on laissait une gamelle mijoter trop longtemps. J’ai pallié ce problème en flanquant des coups de poing sur la plaque, conscient que cela ne pourrait pas fonctionner éternellement. Je sais, la méthode est brutale, mais mes capacités de compréhension des circuits électroniques sont extrêmement limitées. Si ça débloque, je frappe !

Je frappe, et je peste contre le temps perdu. Donc, la décision fut prise de changer les deux plaques. Problème : on ne trouve plus que des plaques en un seul tenant. Il fallait absolument que l’emplacement dans le plan de travail fût aux bonnes dimensions. Michel avait pris des mesures, coincé dans le placard sous le plan de travail. Rappelez-vous, je l’avais déplié. Normalement, la nouvelle plaque s’insérait pile-poil ; Michel avait démonté les plaques avant-hier (mardi), sans difficulté particulière. La baguette de bois entre les deux plaques a été démontée facilement et notre chef bricoleur a repris les mesures : « Je pense que ça va passer ! » J’avais personnellement un doute, mais j’en ai plus qu’assez de jouer les Cassandre, d’autant que j’ai tendance à gagner quand je joue à ce petit jeu. Les secrétaires de mes établissements se souviennent sans doute de mes flashs. En Mayenne, les profs m’interdisaient mes oracles : « Ah non, vous avez toujours raison quand vous nous prévoyez le pire ! » Si bien que là, je me suis tu. Mentalement, je voyais la nouvelle plaque refuser de s’encastrer, alors que les mesures annonçaient le contraire. Les livreurs sont arrivés avant midi, on a donc différé le moment du repas (plats surgelés d’une célèbre marque, que je n’ai pas trouvés vraiment à mon goût d’ailleurs). Les livreurs apportent la plaque, la déballent et le moment de vérité arrive. Je vais aux nouvelles, car le silence règne dans la cuisine : « Pff, ça ne passe pas ! » Loin de triompher en lançant « Ah, je le savais ! » (ce qui m’aurait valu un lancer de plaque sur la figure), je préfère un prudent « Ah zut, alors ! » Une courte discussion avec les livreurs aboutit sur le fait qu’il va falloir retravailler l’emplacement. Les deux livreurs repartent après avoir branché le gaz et rassurent Michel sur le branchement électrique : « Le fil bleu avec le fil bleu, le jaune avec le jaune… Mais si vous avez un problème, on reviendra faire le branchement. » Les gars partent et nous déjeunons. J’ai du mal à avaler mon plat, fade, pas bon. J’ai même l’impression que ma GVH hépatique va se manifester, mais ce doit être la contrariété qui me fait caler avant la fin.

Michel zappe sa sieste et file à Chemillé chercher la meuleuse qu’il avait prêtée à Xavier, heureusement, il a le double des clés de la maison : « Mais si, tu sais bien, il en avait eu besoin… » J’ai déjà du mal avec le bricolage, alors je ne sais pas où sont les outils dont j’ai interdiction de me servir depuis que j’ai cramé un Kärcher en faisant au passage sauter le disjoncteur : « Un jour, tu arriveras à faire sauter la centrale de Chinon ! » Je dois avouer que c’est sans doute vrai : je suis interdit de tronçonneuse, de perceuse, d’outils tranchants, mais, curieusement, « on » m’autorise l’aspirateur, le chiffon et l’éponge, ainsi que la cuisine. Chacun ses domaines. Bref, il revient avec cette disqueuse, et des disques neufs, car le plan de travail était à l’origine recouvert d’horribles petits carreaux marron, très à la mode en 1970. Il n’y a pas grand-chose à rogner, mais un nuage de poussière s’élève dès la première entaille. Au bout d’un certain temps, je viens donner un coup de main pour présenter la plaque qui s’encastre sans difficulté.

Il ne reste donc « que » la partie branchement. Cela ne pose pas de problème particulier (je n’entends pas de jurons). Michel est de nouveau plié dans le placard, ce qui est inconfortable comme on peut l’imaginer. Il ne reste plus qu’à replacer le cache qui se visse. Enfin, qui devrait se visser. La lutte est rude et je sens que Michel va craquer au sens propre et au sens figuré. J’ai beau tenir la lampe, les vis refusent de s’engager dans l’emplacement prévu. Si une vis tombe, c’est la catastrophe, car on ne pourra pas la récupérer. Les jurons pleuvent. J’aimerais bien faire plus, mais il est inenvisageable que nous soyons deux dans le placard. Je lui suggère une pause, ce qu’il accepte, et je réfléchis dans mon coin. Puisque mes mains ne servent à rien, je dois faire fonctionner ce qui reste de mon cerveau. Ah, j’ai un début de solution : « Tu devrais repérer l’emplacement avec des piques en bois, si tu en perds une, ce n’est pas grave. » La suggestion est acceptée. Il retourne dans son placard et applique mon idée. Après quelques essais, une première vis est placée. Il en reste une, plus récalcitrante, mais cela ne prend que quelques minutes. Mon chéri est épuisé, en nage, et je l’aide de nouveau à se déplier. On entend quelques craquements sinistres, les cervicales ont pris cher (et que dire des genoux !), mais il est vivant ! Il passe un coup d’aspirateur pour éliminer la poussière, je m’occupe du carrelage mural qui est aussi recouvert de saleté, ainsi que la cafetière qui était pourtant à l’écart. Heureusement qu’il a pu aérer et fermer les deux portes intérieures. Il décide quand même d’aller à sa séance de sport, prend une douche et se change pendant que je finis de traquer les « scories volcaniques » tout en ayant une pensée émue pour les habitants de Pompéi. Enfin, j’ai fait le plus urgent. Tout fonctionne : gaz et induction et nous allons pouvoir abandonner les surgelés. Ouf !

Et, devinez quoi, on a décidé qu’aujourd’hui vendredi, c’était dimanche et que l’on ne ferait rien, à part les courses parce qu’il faut bien manger et remplir le réfrigérateur de temps en temps.

Samedi 10 octobre

Les cendres « céramiques » comme me l’a suggéré Michel, au lieu de « volcaniques », se sont infiltrées insidieusement dans la partie des placards sous le plan de travail que nous n’avions pas encore explorée. Il a fallu sortir tous les ustensiles, plats, appareils ménagers, plats à tarte, et tout ce qui s’apparente à un inventaire à la Prévert avec quelques surprises « Ah, c’était là ? » Michel a ensuite nettoyé les étagères, puis on a relavé chaque plat, ustensile, extracteur de jus… bref, tout, quoi ! Nous menons depuis trois jours une vie passionnante, pleine de découvertes. Bon, les plaques fonctionnent très bien et mes doigts n’ont pas encore fait court-circuit avec l’allumage côté induction. Je ne devais pas être suffisamment chargé en électricité statique pour tout détraquer.

Hier, et avant-hier aussi, j’ai réalisé une bande annonce (on dit aussi « book trailer ») pour présenter mon futur roman « Tempête solaire en Anjou ». Le truc vaut ce qu’il vaut, je l’ai réalisé avec une IA, évidemment, mais ce ne fut pas sans peine. Madame IA avait l’humeur badine et modifiait ce que nous avions pourtant validé quelques minutes plus tôt. Elle a ainsi pris l’initiative de forcer sur les couleurs, alors que je voulais des nuances. Il s’agit d’aurores boréales, certes intenses, mais pas au point d’imaginer que le ciel a pris feu en pleine nuit. Ensuite, elle a ajouté un immense château sur les hauteurs de Chalonnes : « D’où sors-tu ce château ? » « Ah, oui, il n’y a pas de château, désolé, je vais l’enlever ! » (elle s’identifie comme un homme, sans doute pour paraître plus crédible, ce qui est un raisonnement absurde). Notez que je suis resté poli, j’ai pensé fortement : « D’où sors-tu ce p…n de château ! ». Il a fallu aussi gérer les décalages, les doublons, les oublis. Enfin, je serais bien incapable d’écrire un roman avec ce truc. Je parle de la partie « rédaction », parce que pour les recherches improbables et pointues, cela reste un outil très intéressant, même si je prends le temps de vérifier les sources . Mais hier, j’ai failli craquer : « Si tu continues, j’abandonne le projet ! » « Non, non, je vais prendre en compte tes indications ». Eh bien il était temps ! Bon, le résultat est perfectible, mais cela m’a pris plus de temps que pour écrire trois chapitres d’un roman.

Voici un exemple d’image modifiée après la « disparition du château »

Et voilà le château « imaginaire ». Je précise que c’est réalisé à partir d’une photo que j’avais fournie, donc sans château.

Le ciel ne me convenait pas, j’ai donc demandé plus de « nuances » :

C’est simplement pour vous montrer le temps que l’on peut consacrer à ces montages… ChatGPT me donne l’estimation suivante pour le temps passé : Nous avons travaillé sur la bande-annonce pendant deux jours, pour environ cinq heures de travail effectif. Il a fallu créer et valider les images une à une, monter les séquences, construire l’ambiance sonore et procéder à plusieurs ajustements avant d’obtenir la version finale.

Je suis gentil car j’aurais pu ajouter avec perfidie : « On aurait pu mettre trois heures si tu n’avais pas fait autant de fantaisies ! » Ce genre de vidéos permet de se calmer les nerfs efficacement :

Dimanche 11 octobre

Puisque nous sommes dans les aurores boréales (les habitants de Liège ont pu en voir hier soir), voici une nouvelle clé de lecture de mon roman :

☀️ TEMPÊTE SOLAIRE EN ANJOU

Mars 1989 : quand le Soleil plonge le Québec dans le noir.

Le 13 mars 1989, à 2 h 44 du matin, le réseau électrique d’Hydro-Québec s’effondre en moins d’une minute. Six millions de personnes se retrouvent privées d’électricité. La panne durera plus de neuf heures.

À l’origine de cet événement : une violente tempête solaire.

Comment le Soleil, situé à près de 150 millions de kilomètres de la Terre, peut-il perturber un réseau électrique ? Lorsqu’une éruption solaire s’accompagne d’une importante éjection de matière, celle-ci peut provoquer de fortes perturbations du champ magnétique terrestre. Des courants électriques indésirables apparaissent alors dans les longues lignes à haute tension et peuvent déstabiliser le réseau.

Ce n’est pas de la science-fiction. C’est arrivé.

Depuis, les réseaux électriques ont été mieux protégés. Mais notre dépendance à l’électricité, aux télécommunications et aux équipements électroniques n’a cessé de croître.

Et si une tempête solaire particulièrement puissante frappait aujourd’hui ?

C’est l’une des questions qui m’ont conduit à écrire Tempête solaire en Anjou, mon prochain roman, à paraître en mars aux éditions La Geste.

Dans mon histoire, la panne ne se limite pas à quelques heures. Elle bouleverse durablement le quotidien et oblige chacun à se demander comment vivre lorsque les technologies sur lesquelles repose notre société cessent de fonctionner.

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🔎 UNE CLÉ DE LECTURE

En 1989, une tempête solaire a suffi à mettre à l’arrêt le réseau électrique québécois.

Dans mon roman, j’ai imaginé ce qui pourrait arriver si la crise prenait une tout autre ampleur.

Car la question n’est pas seulement de savoir si notre technologie peut nous faire défaut. C’est aussi de découvrir ce qu’il reste lorsque nous ne pouvons plus compter sur elle.

☀️ Rendez-vous le mois prochain pour une nouvelle fenêtre sur Tempête solaire en Anjou.

Lundi 12 octobre

Je ne suis pas fan des films, mais la chanson collait bien aux images. D’habitude, je vous réveille en douceur, mais là, on est sur un autre registre :

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