La vie après la greffe, 5 octobre 2026

Vendredi 2 octobre

On ne parle que de ça et du Pinocchio Jordan dont le nez s’allonge au fur et à mesure qu’il nie l’évidence.

Les lycées sont en feu au sens propre et au sens figuré. Encore une fois, au lieu d’écouter les lycéens, dont les revendications, même si elles paraissent hétéroclites, sont loin d’être fantaisistes, on a sorti la grosse artillerie. Certains responsables politiques (on ne va pas leur faire de pub) soufflent sur les braises tout en disant « officiellement » qu’ils réprouvent la violence. L’autre « extrême » se frotte les mains et se dit que cela va faire oublier l’affaire « Pinocchio ». Entre les casseurs organisés et cagoulés, les lycéens qui manifestent pacifiquement, les profs et les cadres de direction qui prennent des coups au passage, les élèves terrorisés dans les classes (ils craignent pour eux, pour leurs proviseurs et pour leurs profs et surveillants) et les maladresses verbales qui attisent le feu, on assiste à une révolte incontrôlable, parce que des adultes irresponsables disent « Allez-y les jeunes, cassez tout, puisqu’on ne vous écoute pas ». Certains lycées sont fermés jusqu’à la Toussaint : le lycée Mandela à Nantes est dévasté, le hall est un champ de ruines. Je plains les collègues profs, vie scolaire, agents et personnels de direction qui vont passer leur temps à remettre les locaux en état, enfin, ils vont tenter de le faire avec l’appui technique des régions qui ont dépensé des millions d’euros pour construire ces établissements. Alors, certes, on n’avait jamais imaginé qu’un jour il ferait 40° dans les classes. Je regardais les images du lycée Mandela de Nantes, avec cette verrière qui a été pulvérisée par l’incendie. Une verrière, avec les températures que l’on connaît actuellement… Faut-il garder ce principe architectural ?

Je suis content de ne plus être en activité. Ce n’est pas de la lâcheté, mais du réalisme. De toute façon, les lycées, c’est le rectorat. Quand j’ai terminé ma carrière à la direction académique du Maine-et-Loire, j’ai servi de « couteau suisse » au directeur académique : un dysfonctionnement dans un collège ? (au choix, Cholet, ou Angers), on va envoyer M. Macron. J’avais simplement désigné mon dernier établissement comme « tabou absolu » pour une quelconque intervention de ma part. La révision de la carte de l’éducation prioritaire, c’était le DASEN adjoint et moi, avec les IEN des secteurs concernés, et ce fut passionnant, réussi à mettre sur pied un groupe de travail départemental avec une collègue IEN, et cela avait bien fonctionné. J’imagine qu’après mon départ à la retraite le groupe n’a pas forcément perduré (pendant plusieurs mois j’avais tenté de sensibiliser au fait que j’allais cesser mon activité). Comme on voyait que tout cela fonctionnait plutôt bien, on m’avait ajouté la politique de la ville. Imaginez des réunions à Cholet : j’étais le seul « représentant de l’état » que le maire tolérait encore, je dois d’ailleurs dire qu’il s’est toujours montré courtois avec moi. Je travaillais en collaboration étroite avec mes collègues de la préfecture, mes « drôles de dames », nous étions les bêtes noires du maire (toujours en place à Angers) : nos dossiers étaient bétonnés, nous avions une éthique de travail, avec des principes simples et, comble du comble, j’étais présent à toutes les réunions, y compris quand elles étaient programmées malicieusement pendant les vacances. Sans jamais élever le ton, ou nous mettre à plat ventre, nous avions fait évoluer pas mal de dossiers, notamment les contrats ville de Saumur, Angers et Cholet. Bref, on rigolait bien quand même quand on débriefait. Quand je demandais au DASEN jusqu’où je pouvais aller, il me disait « Vous vous en sortez très bien et je n’ai pas de conseils à vous donner, c’est pourquoi vous me représentez ». Ce qui n’était pas toujours confortable, Henry VIII aurait pu dire la même chose avant de couper la tête de tel ou tel conseiller. Si je parle de cela, c’est parce que j’ai toujours pensé qu’il fallait dialoguer avec les profs, avec les personnels vie scolaire, avec les agents, avec les collègues personnels de direction, avec les responsables politiques, et, bien évidemment, avec les élèves quand j’étais principal de collège, en argumentant, en arrivant aux réunions avec des dossiers solides (j’avais bossé tous les indicateurs des secteurs « prioritaires »), et les équipes savaient que je ne venais pas pour « rien » et que je prenais pas mes interlocuteurs pour des imbéciles. Bref, je n’ai pas de leçon à donner, mais désamorcer des crises prévisibles, c’est faisable, en identifiant les points d’appui, les leviers possibles, et les « bonnes volontés ». J’avais dû, dans un collège que je ne nommerai pas, faire en sorte que le principal et son adjoint soient capables de se réunir dans la même pièce, cela m’avait demandé de négocier pendant plusieurs semaines, c’est vous dire. Imaginez dans une arène faire cohabiter pacifiquement un lion affamé et un agneau candide et maladroit. C’était un vrai feuilleton à la direction académique et tout le monde se demandait, moi le premier, si j’allais y parvenir ; j’étais Tom Cruise dans Mission impossible (je ne parle pas de mon aspect physique) … Nous avions constitué une équipe avec une collègue enseignante, un CPE et moi-même. Bref, je rentrais de ces séances un peu secoué, parce que je voyais des situations humaines intenables. J’avais même craint que l’un des chefs d’établissement ne finisse par envisager un suicide : il était conspué par les élèves quand il mettait le nez dans la cour, traité comme un moins que rien par la CPE, par l’adjoint qui refusait de lui parler, devant une équipe de profs qui refusaient dans leur majorité de cautionner ce que j’avais qualifié en réunion avec le DASEN de brimades, de fonctionnement humiliant, nous savions aussi que le principal avait sa part de responsabilité dans tout ça. Alors, que des lycées puissent s’embraser, cela ne m’étonne pas. Encore une fois, il n’y a pas de solution clé en main. Et, pour ce que je viens de vous raconter, n’y voyez rien d’extraordinaire : c’est d’une grande banalité. Je faisais mon travail, c’est tout.

Peut-être que l’interdiction des téléphones portables a été un des éléments déclencheurs, même s’il n’est pas conscient. Je proposerais bien un sujet de philo : « Faut-il nécessairement interdire pour responsabiliser ? » Vous avez quatre heures, attention à l’orthographe ! » Je pense que les lycéens ne sont pas plus irresponsables que bon nombre d’adultes. Et ce sont des ados… Je ne parle pas des casseurs professionnels. J’imagine mal des lycéens s’organiser pour se procurer des dizaines de pneus auxquels ils mettraient le feu. Cela ne tient pas debout, mais c’est si facile de généraliser avec des formules lapidaires « Les jeunes, ce sont tous des voyous » ! Je suis désolé : c’est faux et archi faux. Ils dénoncent des faits inadmissibles : les remplacements non assurés, les classes surchargées, Parcoursup, les locaux surchauffés, les emplois du temps aberrants et bien d’autres choses auxquels on ferait bien de trouver rapidement de vraies réponses.

Pour l’anecdote, je me souviens d’une tentative de blocage de lycée par l’un de mes fils et par un de ses copains, j’ai oublié la « raison », mais cela m’avait fait rire quand j’en avais parlé avec lui. Le proviseur adjoint m’avait appelé : « J’adore X (mon fils), mais là, il faut que tu lui dises qu’il commence à me les briser menu, menu ! » J’avais transmis le message sans en reprendre tous les termes, en ajoutant qu’il fallait peut-être arrêter les âneries. Mon fils, interne, adorait discuter avec le proviseur adjoint qui passait le soir voir les pensionnaires. J’avais dit « Il risque de ne plus t’adresser la parole ». Argument ultime : le révolutionnaire était redevenu l’élève sage et les conversations du soir avec mon collègue avaient pu se poursuivre.

Tiens, pur hasard : voici le proviseur en question, un camarade de promo, et je peux dire que c’était une sacrée promo. J’ai lu des réactions outrées sur les réseaux sociaux : « C’est ridicule, un proviseur ne doit pas “copiner” avec les élèves, il perdra toute autorité sur eux. » Une mère d’élève a répondu : « Détrompez-vous, le proviseur est au contraire très respecté par les élèves. Il ne copine pas, il montre qu’il connaît leur culture, qu’il s’intéresse à ce qu’ils font… en quoi cela lui ferait-il perdre son autorité ? »

Je m’éloigne un peu du sujet principal du blog, mais tout cela me remue les tripes en ce moment. Demain, je commenterai les résultats de la prise de sang de jeudi : encore une fois, je me distingue, sans que cela soit, pour le moment, de nature à inquiéter Doc Sylvie ou Doc Sylvain. Disons qu’ils vont penser « Mais qu’est-ce qu’il est en train d’inventer ? »

Week-end des 3 et 4 octobre

Samedi 3 octobre :

Revenons à cette « nouveauté » qui s’est invitée sur la dernière analyse en date. Il s’agit de « bisalbuminémie ». Mais « kékséksa » ? me suis-je dit en découvrant ce nouveau terme médical, rejeté par les deux correcteurs orthographiques que j’utilise. C’est fou ce que l’on peut apprendre quand on est « malade » (je ne suis pas « malade », mais en suivi post-greffe, nuance). Donc dans « bisalbuminémie », il y a « bis » = deux, et albumine. Donc deux albumines différentes. Comment est-ce possible ? Et qu’est-ce que cela implique ? Voici une synthèse de la « chose ». N’oubliez pas que je suis une chimère et que je peux inventer toutes sortes de curiosités.

La bisalbuminémie : une curiosité révélée par l’électrophorèse

Une prise de sang peut parfois révéler des anomalies dont le nom semble beaucoup plus inquiétant qu’elles ne le sont réellement. C’est le cas de la bisalbuminémie, une particularité assez rare découverte grâce à l’électrophorèse des protéines sanguines.

Qu’est-ce que l’albumine ?

L’albumine est la principale protéine présente dans le sang. Elle est fabriquée par le foie et joue notamment un rôle dans le maintien de l’équilibre des liquides entre le sang et les tissus. Elle sert également de protéine de transport pour différentes substances, notamment certains médicaments, hormones, acides gras et pigments biliaires.

Lors d’une électrophorèse des protéines, les différentes protéines du sang sont séparées en fonction de leurs propriétés électriques et de leur mobilité. L’albumine apparaît normalement sous la forme d’un seul pic, généralement le plus important du tracé.

Alors, qu’est-ce qu’une bisalbuminémie ?

Le terme signifie littéralement qu’on observe deux fractions d’albumine au lieu d’une seule sur l’électrophorèse.

Une partie des molécules d’albumine présente alors une mobilité légèrement différente de celle de l’albumine habituelle. Le tracé montre donc un dédoublement du pic d’albumine.

Il ne s’agit pas de la découverte d’une « deuxième albumine » produite par le foie, mais d’une modification des propriétés d’une partie de l’albumine circulante.

Est-ce une maladie ?

Pas nécessairement.

La bisalbuminémie peut être constitutionnelle, c’est-à-dire liée à une variante génétique de l’albumine présente depuis longtemps, parfois sans aucune conséquence clinique.

Elle peut également être acquise et transitoire, apparaissant dans certaines circonstances.

C’est d’ailleurs cette deuxième possibilité que mon laboratoire a évoquée dans mon propre cas, en mentionnant notamment plusieurs situations susceptibles de provoquer une bisalbuminémie : certains antibiotiques de la famille des bêta-lactamines, les produits de contraste, les lipoprotéines, des pigments biliaires à concentration élevée ou, plus rarement, certaines situations pancréatiques.

Il est donc important de ne pas confondre « bisalbuminémie » et « maladie » : la découverte de ce phénomène conduit surtout à rechercher son contexte et éventuellement sa cause.

Bisalbuminémie et taux d’albumine : deux choses différentes

C’est une distinction importante.

On peut avoir une bisalbuminémie sans que le taux total d’albumine soit diminué.

Inversement, une personne peut avoir une albumine basse sans bisalbuminémie.

Le dédoublement observé à l’électrophorèse renseigne donc sur la forme ou la mobilité de l’albumine, tandis que le dosage de l’albumine renseigne sur sa concentration dans le sang.

Les deux informations doivent être interprétées séparément.

Que fait-on lorsqu’on découvre une bisalbuminémie ?

Il n’existe pas de traitement spécifique de la bisalbuminémie elle-même.

La démarche consiste essentiellement à :

  • vérifier si cette anomalie était déjà présente sur d’anciennes électrophorèses ;
  • rechercher une cause acquise éventuelle ;
  • examiner le contexte hépatique, biliaire, médicamenteux ou, selon les circonstances, pancréatique ;
  • refaire une électrophorèse pour voir si l’anomalie persiste ou disparaît.

Une bisalbuminémie nouvellement apparue puis disparue quelques semaines ou quelques mois plus tard peut ainsi correspondre à un phénomène transitoire.

Dans mon cas

La découverte est particulièrement intéressante parce que mes électrophorèses précédentes ne signalaient que mon pic monoclonal connu et suivi, sans mention de bisalbuminémie.

Lors de l’analyse du 3 septembre 2026, l’albumine était à 39,9 g/L et le laboratoire indiquait uniquement la présence du pic monoclonal connu.

Un mois plus tard, le 1er octobre, l’albumine était à 37,1 g/L et le laboratoire signalait pour la première fois une « bisalbuminémie probablement secondaire ». Il précisait les différentes causes possibles, tout en indiquant que mon pic monoclonal restait stable.

Une nouvelle électrophorèse est prévue avant ma prochaine consultation. Elle permettra notamment de voir si cette particularité a disparu ou persiste.

À retenir

La bisalbuminémie est un aspect particulier du tracé de l’électrophorèse : deux fractions d’albumine au lieu d’une.

Elle peut être constitutionnelle ou apparaître secondairement dans certaines situations. Elle n’est pas, à elle seule, synonyme de maladie grave.

Lorsqu’elle est découverte pour la première fois, le plus intéressant est généralement de rechercher son contexte et de contrôler son évolution.

Voilà pour la partie « info ».

Sinon, il y a deux bonnes nouvelles ce matin au sujet des dragons-virus : CMV est de nouveau endormi et il n’est plus détectable. EBV reste positif, mais sa charge virale diminue, bien en dessous des seuils problématiques. Il reste donc deux points de surveillance : les infections, avec un taux de lymphocytes T CD4 trop faible, et la bisalbuminémie. On surveille aussi le pic monoclonal qui a augmenté, mais reste aussi au-dessous du seuil qui nécessiterait des examens plus approfondis. Il a quand même progressé de 22 %, même si le labo le qualifie de « stable », on verra à la prochaine analyse si c’était une « fantaisie transitoire » ou si c’est un phénomène qui s’accélère. On surveille aussi la baisse assez importante des lymphocytes. Étant donné que les lymphocytes T CD4 sont faibles, mais stables, il peut s’agir d’une perte de lymphocytes B. Donc, encore une fois, on attendra la prochaine analyse. En ce qui concerne l’albumine « globale », elle est aussi en baisse assez nette. Peut-être y a-t-il une perte d’albumine qui sera visible dans les analyses d’urine programmées avant l’échographie. Là aussi, on verra. Ce qu’il faut retenir, c’est que la surveillance est toujours de mise.

Voici une vidéo que je trouve intéressante :

Dimanche 4 octobre

Le ciel est désespérément bleu et le soleil brille. J’en ai assez de cet été éternel, je veux de la pluie, du vent, des tempêtes automnales, des petits matins frileux et givrés. On entend les oiseaux chanter comme au printemps : silence, les piafs ! ce n’est pas le moment de fonder des familles.

J’ai lu tôt ce matin que la Crète est frappée par des inondations inimaginables ; j’ai peut-être bien fait d’avoir ces terribles coliques néphrétiques qui nous ont conduits à annuler le séjour prévu. Athéna veille sur moi.

https://actualite.lachainemeteo.com/actualite-meteo/2026-10-02/crete-jusqu-a-361-mm-de-pluie-des-inondations-meurtrieres-apres-des-pluies-exceptionnelles-92840

Je vous propose d’écouter la chanson du générique de la série « Bron » (The bridge)

C’est une série scandinave comme je les adore. (En replay sur ARTE)

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