Week-end des 26 et 27 septembre
Je reviens rapidement sur la journée d’hier, vendredi 25 septembre. Nous sommes partis vers 10 h en direction du parc des expositions, à l’est d’Angers. C’est le salon de l’ameublement et nous avons un projet, non pas d’achat de meubles (où les mettrions-nous ?), mais un autre projet plus conséquent ; je vous sens curieux, cependant, rien n’est décidé ni acté et ce projet restera secret.
Nous sommes ensuite allés dans cette immense zone commerciale en forme de soucoupe volante où nous avons déjeuné : nous avions faim et nous avions aussi envie de nous poser, car le fait d’arpenter le salon, dans le brouhaha et dans tous les sens nous avait un peu fatigués. L’objectif était ensuite de trouver de nouvelles plaques « gaz + induction », car les nôtres donnent des signes d’obsolescence. Cela fait 20 ans que nous sommes dans la maison et elles étaient déjà en place. Il a donc fallu chercher avec une des vendeuses présentes dans le rayon électroménager de cuisine un ensemble qui corresponde à l’emplacement déjà présent ; ce n’est pas une mince affaire. Heureusement, Michel avait pris les mesures en passant un bon moment dans le placard sous la plaque. Opération en plusieurs temps : 1) sortir les poêles et les casseroles qui sont rangées là, 2) sortir la planche intermédiaire, 3) en profiter pour nettoyer l’intérieur et la planche qui est sortie, 4) prendre les mesures, 5) remettre en place la fichue planche qui ne passe que dans un sens, 6) remettre en place les poêles et les casseroles, 6) aider Michel à se déplier.
Bientôt, il faudra recommencer toute l’opération, extraire les plaques et vérifier les mesures prises. S’il faut rogner un centimètre, ce ne sera pas une mince affaire. Ce jour-là, j’aurai un rendez-vous urgent, genre séance d’aquaponey.
Tout ce que je viens d’écrire n’utilise pas l’intelligence artificielle… enfin, ce n’est pas tout à fait exact, puisque je fais appel à un correcteur orthographique efficace, qui propose aussi des reformulations si j’écris une phrase qu’il juge bancale. La plupart du temps, je ne tiens pas compte des suggestions, parfois tartignoles, mais, dans d’autres cas, elles sont pertinentes, parce que j’ai oublié un mot, ou utilisé deux fois « : » dans une phrase. Et là, j’ai recours à l’intelligence artificielle qui reprend mes mots en les agençant différemment. Vous voyez où je veux en venir : l’écrivain Thélyson Orélien a, semble-t-il, écrit un roman en ayant recours à l’IA. Il aurait pu dire, comme je viens de le faire, que l’IA est partout, même dans Word, et que le recours à des correcteurs orthographiques s’appuie sur cette technologie. Il aurait pu dire aussi que l’IA, c’est bien pratique quand on sait l’utiliser et qu’il faut faire des recherches préalables : contexte historique, vérification de faits scientifiques, géographie, que sais-je encore ? Au lieu de quoi, il a dit « Non, ce n’est pas vrai ». C’est là où réside la faiblesse de sa défense. S’il avait dit : c’est un outil qui permet d’éviter de raconter n’importe quoi, ou qui m’évite des incohérences textuelles, il aurait été plus crédible. Cela aurait permis de contextualiser un débat sain et utile.
Le plus grave, dans cette histoire, ce sont les plagiats dont on l’accuse aussi. Là, il n’y a rien à contextualiser, malheureusement. J’ai beaucoup souri en entendant certaines plumes dire « Il faut revenir au manuscrit ». J’imaginais, en ricanant nerveusement, la tête d’un éditeur qui recevrait un de mes manuscrits écrits en pattes de mouches illisibles… Et je pourrais, vilain que je suis, recopier un texte rédigé par l’IA. Je ne vois pas ce que cela résoudrait : si je veux « tricher », je trouverai un moyen de le faire. Plusieurs auteurs ont dit, assez justement, que de grands écrivains avaient utilisé des prête-plume (que l’on appelait naguère « nègres », mais c’est devenu incorrect). Alexandre Dumas faisait appel à Auguste Maquet. De même, les politiques ont recours à des « prête-plume » pour écrire leurs discours. Enfin, certains : quand on voit les élucubrations de Trump, je ne pense pas qu’un prête-plume soit derrière. L’esclave moderne s’appelle désormais « Claude » ou « Gemini », ou « ChatGPT », et il arrive à duper des lectrices et lecteurs : Amélie Nothomb avait été enthousiasmée à la lecture du livre d’Orélien, et ce n’était pas la seule ; Alexandre Dumas continue à captiver les lecteurs qui découvrent ou redécouvrent son œuvre sans se soucier de savoir quels sont les passages qui ont été écrits par un autre.
Voici un article très intéressant qui permet de comprendre le positionnement des libraires. Beaucoup continuent à défendre le livre. Voici un extrait :
« À la place d’éditeurs, on met des gens qui sortent d’écoles de commerce, qui ne connaissent rien au livre. Qui est à la tête des maisons d’édition ? Qui fait la correction ? On retrouve de plus en plus de coquilles, d’erreurs, de syntaxe dans tous les livres qui sont publiés. Est-ce que la question ne devrait pas se poser à ce niveau-là, plutôt que de tirer sur un auteur ? » Lecteurs et libraires s’interrogent en tout cas sur la rapidité avec lequel le livre a été retiré de la sélection Goncourt.
Et dans les réactions que je consulte, une réflexion qui donne à réfléchir :
Qui se cache derrière « Balance ton Claude » ? Pourquoi ce compte fraîchement actif s’intéresse-t-il à ce livre précis ? Pourquoi cette attaque le jour du prix Fnac ? Qui lui a transmis le texte numérique complet ? Quels passages ont été sélectionnés, dans quel format et selon quel protocole ? Quel lien existe entre ce pseudonyme, « @Pangramed », et la société Pangram ? Pourquoi la presse interroge-t-elle Thélyson Orélien avant d’identifier son procureur ?
En effet, je me suis fait la même réflexion : qui a fourni le texte numérique que l’on a ensuite soumis à Pangram ? Finalement, toute cette histoire permettrait d’écrire un bon roman !
Dimanche 27 septembre
Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le pape Léon XIV est actuellement en France. Ah bon ? Vous le saviez ? Je me demande bien comment ! Bon, j’arrête avec mes sous-entendus. Je suis laïc, et la venue du pape ne me choque pas, ni la ferveur des catholiques, encore que, il y aurait beaucoup à dire sur ces messes en plein air et sur les confessions et communions sur la voie publique. En revanche, ce que je ne supporte pas, c’est le matraquage sur les chaînes publiques. Zut à la fin ! Que ce soit un évènement exceptionnel, je veux bien, mais de là à diffuser à longueur de temps le pape dans sa papamobile, le pape qui bénit les enfants, qui fait la morale à la République laïque, à un moment donné, ça va bien. Donc, plutôt que de râler devant le poste de télé, on cherche des alternatives. On a regardé Quotidien que l’on suit occasionnellement, et pas uniquement quand sa Sainteté vient nous casser les burettes. Vendredi soir, il y avait Zazie. J’aime beaucoup la chanteuse et la personne. Ma maman était fan aussi. Une fois, j’étais arrivé chez elle et elle m’avait expliqué qu’elle avait écouté une émission où Zazie était interviewée, elle l’avait trouvée formidable, drôle, intelligente. « Tu savais qu’elle est d’une très ancienne famille de la noblesse ? » Ah non, je ne savais pas, elle en parlait peu à l’époque et avait choisi un pseudo, dans le civil, elle s’appelle Isabelle de Truchis de Varennes. Sur une pochette de disque, on comprend bien que le patronyme entier est un peu long à écrire. Zazie dit souvent qu’elle n’a absolument pas honte de faire de la pop, de la variété, et elle a tout à fait raison. Cependant, ses textes abordent souvent des thèmes de société. Elle écrit aussi pour d’autres et, en dehors de ses apparitions « promotionnelles » où elle fait preuve d’un humour qui fait mouche, elle est discrète. Elle a parlé avec pudeur du décès récent de son père, de sa mère, physiquement en forme mais dont la tête ne va plus vraiment bien, de ce rapport inversé lorsque les enfants deviennent à leur tour les parents de leurs parents. Pour terminer, Zazie est heureuse de « vieillir », contrairement à d’autres qui feraient tout pour qu’on oublie leur âge. Cela me rappelle une thématique que Doc Sylvie aborde souvent : « Mais c’est bien de vieillir, M. Macron ! ». Et je lui réponds « Je suis d’accord, tant que l’on vieillit bien ! ».
Voici donc un intermède musical signé Zazie.
Dans un tout autre registre, nous regardons la série les Tudors, avec une très belle bande-son qui permet d’adoucir les images… Ah, Henry VIII et son caractère imprévisible… Anne Boleyn a encore sa tête dans la saison 2, mais son destin funeste est connu. Pour le moment, on a déjà assisté à plusieurs exécutions ordonnées par le roi, conseillé par Thomas Cromwell. Ce pauvre Thomas More (têtu comme un troupeau de mules) n’a pas voulu prêter serment et reconnaître l’autorité religieuse du roi, fâché avec le pape : on lui a coupé la tête. Dommage, j’aimais bien Thomas More. Mais Cromwell finira par perdre la tête aussi : je n’aime pas Cromwell ! Ceux qui parmi vous sont fans de la série Kaamelott reconnaîtront la très belle pavane de Thoinot Arbeau : « Belle qui tient ma vie ». Je suis certain que mon ami Valéry joue cette pavane sur son luth.
1 – Belle qui tiens ma vie
Captive dans tes yeux
Qui m’as l’âme ravie
D’un sourire gracieux
Viens t’en me secourir )
Ou me faudra mourir. ) bis
2 – Pourquoi fuis-tu mignarde
Si je suis près de toi
Quand tes yeux je regarde
Je me perds dedans moi
Car tes perfections )
Changent mes actions. ) bis
3 – Tes beautés et ta grâce
Et tes divins propos
Ont échauffé la glace
Qui me gelait les os
Et ont rempli mon cœur )
D’une amoureuse ardeur. ) bis
4 – Mon âme voulait être
Libre de passions
Mais amour s’est fait maître
De mes affections
Et a mis sous sa loi )
Et mon cœur et ma foi. ) bis
5 – Approche donc ma belle
Approche-toi mon bien
Ne me sois plus rebelle
Puisque mon cœur est tien
Pour mon mal apaiser )
Donne-moi un baiser. ) bis
6 – Je meurs mon angelette
Je meurs en te baisant
Ta bouche tant doucette
Va mon bien ravissant
À ce coup mes esprits )
Sont tous d’amour épris. ) bis
7 – Plutôt on verra l’onde
Contre mont reculer
Et plutôt l’œil du monde
Cessera de brûler
Que l’amour qui m’époint )
Décroisse d’un seul point. ) bis
Henry VIII aurait composé Greensleeves pour lady Anne avant de l’épouser, le conditionnel est de mise, mais le roi a composé plusieurs chansons connues, alors pourquoi pas celle-ci ? On pense qu’il s’agit plutôt d’une chanson italienne arrivée plus tard en Angleterre. La chanson raconte les plaintes d’un amant dont l’amour est rejeté par une femme inconstante. Ce que François Ier a écrit à l’aide d’un diamant sur une vitre à Chambord « Souvent femme varie, bien fol est qui s’y fie » fait aussi allusion à ces déceptions amoureuses. C’était risqué de contrarier les rois, surtout Henry VIII.
Et voici Valéry au luth. Je le vois bien en maître de musique à la cour du roi Henry.
Lundi 28 septembre
Il a plu une bonne partie de la journée, et c’est une très bonne nouvelle. Nous avons enfin eu une vraie journée d’automne comme je les aime. Je vois des oiseaux qui vont et qui viennent, mais je pense que les hirondelles sont parties, je leur souhaite un bon voyage car j’aime beaucoup ces oiseaux acrobates.
Alors, que faire quand il pleut ? Je passe au crible un autre manuscrit en attente de sélection (ou de rejet), mais bon, ce ne sera pas inutile. Comme d’habitude, le diable se cache dans les détails, mais je suis un peu maniaque. Parfois, on rêvasse quand on écrit : Inverness était devenu Aberdeen avant de redevenir Inverness (sans doute un effet du whisky écossais, et pourtant je n’en bois plus). Ce serait sans doute passé inaperçu, mais on a des lecteurs qui sont l’équivalent de Sherlock Holmes et qui ne laissent rien passer ; ils lisent avec une loupe, traquent l’espace en trop, la majuscule oubliée ou l’incohérence temporelle. Sur 380 pages, cela peut arriver. Maintenant, les maisons d’édition font de moins en moins appel aux correcteurs (le plus souvent des correctrices) professionnels, et même un très bon correcteur intégré peut vous proposer une ânerie, il faut réfléchir avant de valider la solution proposée, voir si le COD placé avant le participe passé a été bien identifié, ou si l’adjectif est accordé avec le substantif qu’il qualifie. Ah c’est comme les emmanchures de la pub, ce n’est pas facile ! Alors pourquoi le fait-on ? J’en vois qui pensent très fort « parce que cela rapporte de l’argent ». Non, pas vraiment, pas à mon niveau. Je gagnerais plus en allant vendre des légumes sur le marché (c’est un exemple).
Bon, alors, pourquoi le faire ? Parce que ça me plaît, et que cela m’amuse encore. En bon Bélier, si je me lasse un jour, je refermerai cette porte aussi rapidement que je l’ai ouverte.
J’ai aussi fait ma leçon de Grec, j’étais coincé avec ce qui s’apparente au cas possessif anglais, mais j’ai insisté, et voilà, on va pouvoir passer à autre chose. Bon, il me faudrait un manuel ou des cours un peu structuré car mon esprit cartésien ne se contente pas de deviner ou de remettre des mots dans l’ordre. Je vais donc prospecter… mais je finirai d’abord la correction de mon manuscrit. Je devrais préciser « pinaillage », parce que c’en est, ou « fignolage » si vous préférez. Bon, je vois bien que vous vous en fichez un peu !
Ah, une bonne nouvelle : le pape rentre à Rome ! Ouf, il est sain et sauf, il a bien mangé, il a béni des milliers de personnes, il a engueulé les dernières lois républicaines. On s’en fiche un peu ; celles et ceux qui sont contre la fin de vie assistée n’auront qu’à souffrir le martyre si la maladie est impossible à soulager avec de la morphine, par exemple. On ne dirait pas, mais même une colique néphrétique reste extrêmement douloureuse avec des antalgiques puissants. La loi est faite pour que les malades en fin de vie qui n’en peuvent plus puissent partir paisiblement. Si cela heurte la conviction de certains, personne ne les oblige… Ils deviendront des martyrs, feront aussi souffrir leur entourage et iront au paradis (ou pas).
Ah, une anecdote inquiétante qui concerne notre bourg si paisible : une dame a constaté que quelqu’un a volé les fleurs qu’elle avait déposées, pour son beau-père décédé, au colombarium du cimetière. Je trouve cela complètement affligeant, dérangeant et inquiétant. Soit c’est de la bêtise pure, soit c’est de la méchanceté gratuite, soit c’est un mélange des deux. Mais c’est révélateur d’une forme de déliquescence de la société. On commence par des « petites bêtises » (notre plaque de rue avait disparu, enlevée par quelques jeunes alcoolisés que Michel avait aperçus et entendus en pleine nuit), on continue au cimetière, ou en volant du matériel de jardinage, mais là cela ne concerne pas vraiment les « jeunes »… et puis quoi, après ? Dans mon jeune temps, les gendarmes auraient patiemment enquêté, mais ils ont tellement de dossiers plus importants à gérer… et puis nous sommes « à l’écart », ou « dans les écarts », alors on les voit très rarement, ou à contretemps. C’est un peu comme le menuet quand on a trois temps de retard, on est ridicule. Non, je ne sais pas danser le menuet, mais je peux improviser si vous insistez ! Ah, ok, vous n’insistez pas. Je vois.


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