La vie après la greffe, 20 juillet 2026

Vendredi 17 juillet

Cela fait du bien d’enfiler une robe de chambre le matin quand la fraîcheur si longtemps oubliée vous rappelle qu’on peut encore avoir froid, même en plein été. Ce n’est pas le Grand Nord, mais c’est bien agréable. Pas d’arrosage matinal, la terre est restée relativement humide, avec un peu de rosée aussi, certainement. Le jardin profite de cette parenthèse bienvenue, on va laisser les choses se faire.

Hier, alors que je vidais le lave-vaisselle, j’ai commis un meurtre : quatre assiettes que j’avais posées un peu trop rapidement sur le bord du plan de travail se sont fracassées par terre, dans un vacarme épouvantable. Nous avons ramassé les morceaux, éparpillés sur le carrelage, et j’ai senti comme un chatouillement sur le pied. En fait, j’ai reçu un éclat qui m’a entaillé le haut du pied, et le côté aussi. J’ai désinfecté, Michel a posé un pansement hémostatique et tout est rentré dans l’ordre. Inocemment, j’ai dit que j’aurais pu, à quelques centimètres près, entailler une artère… C’est bien la preuve que je ne privilégie pas toujours le pire scénario. Nous devrons retrouver des remplaçantes, que je préviendrai gentiment lorsqu’elles auront subi un premier lavage.

Je suis allé à ma séance « magicien d’os » chez François, l’ostéopathe, qui m’a demandé mon parcours médical. Je lui ai dit que j’allais simplifier, sinon cela ressemble à l’interview de Michel Boujenah par Claude Sérillon. La séance a été très douce, sans craquements ni douleurs. Je dois y retourner dans une dizaine de jours et j’aurai des exercices à faire.

La nouvelle qui fait la une depuis hier soir dans notre département, c’est l’incarcération du maire de Chalonnes-sur-Loire pour détention de fichiers pédophiles, vidéos et photos, sur son téléphone portable. La première adjointe est donc devenue maire de la commune, et on imagine bien les remous et la stupeur que la nouvelle a provoquée, à la fois chez les colistiers de la liste majoritaire et chez les élus d’opposition, et l’impact sur la population chalonnaise. Ce qui fait peur aussi, ce sont les commentaires que l’on voit fleurir sur les réseaux sociaux : « Il faut appliquer la peine de mort », « je ne vois que la lapidation », « Il était ami avec la députée », pour cette dernière affirmation, et pour apporter des précisions, la députée actuelle qui fut également maire de la commune, marquée légèrement à gauche, alors que le maire incarcéré représentait la droite, n’a bien entendu aucun rapport avec cette triste affaire, mais on voit bien l’intérêt d’entonner l’air de la calomnie : après tout, si on peut salir d’autres personnes bien implantées… Cela témoigne d’un climat délétère que l’on aurait tort d’ignorer. Bientôt, d’autres amalgames seront faits, d’autres personnes seront désignées comme complices, ou pire. Sans aucun contrôle, sans que ces futures victimes soient concernées en quoi que ce soit. Pourtant, la justice a fait son travail, le maire est sous les verrous, et la peine a été appliquée. Alors, faut-il revenir au Moyen Âge en proposant le pal, l’écartèlement et le bûcher ?

Mon cher et tendre va avoir de nouvelles lunettes, le choix n’a pas été trop compliqué, moins que lorsqu’il s’agit d’acheter une paire de chaussures…

J’ai lu, avant de partir, un article qui concerne le rôle du CMV dans le glioblastome. Vous vous souvenez sans doute de notre ami Rémy et de sa lutte, perdue d’avance – il en était conscient pendant ses moments de lucidité – contre cette terrible maladie, le glioblastome, qui n’a pas encore de solution thérapeutique, même si de nouvelles pistes sont explorées. Le CMV, dont on connaît la traitrise et la nocivité, ne provoque pas directement le glioblastome, mais, s’il est présent et que le patient souffre de cette tumeur cérébrale, il agit sur les cellules cancéreuses, en les modifiant pour les rendre plus résistantes aux traitements, donc il renforce la nocivité de la maladie. C’est un virus diabolique, je le savais, mais là… Je pense que cette info n’était pas encore connue des équipes médicales qui suivaient Rémy, quoi qu’il en soit, l’administration de valganciclovir permet certes une meilleure survie, mais n’autorise pas à envisager une rémission. Saleté de pourriture de dragon virus ! Pour info, Rémy avait bénéficié de soins palliatifs avant son grand voyage… la fin avait été très compliquée, malgré la présence des soignants et des proches, et ce fut difficile, pour lui, pour ses amis, pour les soignants qui ont fait le maximum… La colère l’emportait souvent, je pense que je me serais révolté aussi. Personne ne veut terminer sa vie ainsi, personne… même celles et ceux qui vilipendent la loi sur l’accompagnement de la fin de vie. Je ne souhaite pas à M. Retailleau, à Aurore Berger ou à leurs amis politiques d’avoir à gérer pour eux-mêmes ou pour leurs proches des fins de vie aussi compliquées, parce que, par principe, je pense que tout être humain, y compris celles et ceux avec lesquels je me sens en profond désaccord, ne méritent pas de terminer leur vie de façon inhumaine.

Contre le glioblastome, la tumeur cérébrale la plus fréquente, la piste du cytomégalovirus

Une actualité moins lourde, celle des fleurs du jardin. La « paumée du Caire » (ipomée du Caire) a l’esprit aventurier et s’enfuirait volontiers de son bac. Le géranium au pied du datura, a une belle couleur rouge, il est un des rares à se plaire au plein soleil et apprécie les arrosages réguliers.

Sous ce beau pansement, un massacre : j’ai « explosé » les taches de purpura en passant trop près de la poignée d’une des deux portes de la cuisine… Sous le pansement, c’est une vraie charpie : peau arrachée et bras sanguinolent. Voilà, j’ai gagné ma journée.

Week-end des 18 et 19 juillet

Samedi 18 juillet

La journée a commencé par une poussée de fièvre, d’abord peu perceptible, mais j’ai pris ma température dès mon réveil matinal, je sentais bien que quelque chose se tramait. Le thermomètre indiquait 37.5°. Pas de quoi s’affoler, sauf quand on connaît le bonhomme, et je me connais un peu. Avant de sortir pour m’occuper du potager, j’étais à 38.4 et en rentrant, 40 minutes plus tard, à 38.6. Il fallait donc passer la vitesse supérieure et j’ai attendu le petit déjeuner pour prendre un doliprane, qui a été efficace. La fièvre est retombée, je n’ai pas eu de crise de tremblements, et je vais surveiller dans la soirée, car je suis coutumier des remontées en flèche. Pour le moment, je me sens plutôt en forme.

Alors, pourquoi ces épisodes fébriles ? Cela peut être dû à une réaction immunitaire contre le dragon virus EBV, on supposera que l’autre, le CMV, est encore neutralisé. On constate parfois des épisodes fébriles sans cause identifiable. Le plus important est de les repérer, de ne pas les négliger, et d’attendre un peu avant de sortir les armes fatales, comme l’antibiotique prescrit en cas d’épisode fébrile durable.

Nous arrivons de Chemillé, et nous avons fait les courses pour le week-end après être passés chez Sylvaine et Xavier pour relever le courrier (rien que de la pub !).

J’ai travaillé mes leçons de grec ce matin, avec de nouveaux mots, et j’adore ça. Je me débrouille pas trop mal, mais j’ai hâte d’apprendre quelques phrases basiques de façon à pouvoir les réemployer en septembre. Je serais incapable d’écrire une phrase en alphabet grec, mais je le déchiffre plutôt facilement, ce qui peut aider lorsqu’on lit un menu ou un panneau routier.

Ce soir, nous allons regarder deux nouveaux épisodes de « Happy Valley », en replay sur Arte. Je remercie Régine (du Gers) pour avoir évoqué cette série, excellente, sur Facebook. Les personnages sont attachants, ou inquiétants, et l’intrigue est bien menée. Les Anglais savent réaliser de bonnes séries, avec des actrices et acteurs convaincants, sans que cela tourne à la caricature ou, pire, à l’ennui. Cette série est ancrée dans une réalité contemporaine, un coin d’Angleterre où le trafic de drogue gangrène une petite ville du Yorkshire.

Dimanche 19 juillet

Que fais-tu devant ton écran à 2 h du matin ? Question légitime, mais en l’occurrence, il ne s’agit pas d’une simple insomnie. Ce serait trop facile. Je me suis réveillé en grognant, parce que la fièvre remontait, et je m’en doutais déjà un peu hier soir. Bref, 38.5°, je n’ai pas attendu d’arriver à 39 avant de prendre un doliprane, et j’attends qu’il agisse. La fièvre va céder, certes, mais cela ne règle pas le problème. Je vais devoir contacter le service post-greffe demain matin et expliquer la situation. Ils vont sans doute me convoquer pour une prise de sang et des tests PCR. Alors, c’est quoi encore ce truc ? Soit c’est une infection, soit c’est autre chose. Deux indices : la fièvre s’installe le soir et la nuit ou en fin de nuit, cède avec le doliprane, puis repart. De plus j’ai des frissons (mais je n’attends pas avant qu’ils deviennent trop importants) et des douleurs abdominales, sans diarrhée. Les ganglions sont toujours présents ; c’est un peu « normal » avec une infection, mais cela peut aussi signifier autre chose. Bref, je fais mon intéressant, comme d’habitude. Cela m’étonnerait que le CMV soit responsable, il était vraiment à zéro, quant à EBV, ce n’est pas forcément son mode opératoire, sauf s’il s’est « échappé ». Beaucoup de questions, aucune réponse pour le moment. On ne va pas se mettre la rate au court-bouillon (ah, ah, ah : elle y est déjà, la bonne blague !)

Je crois que Doc Sylvie est en vacances : alors, moi je meurs, et elle s’en va je ne sais où… Elle va encore dire à la prochaine visite que je ne suis pas obligé de montrer l’étendue de mes talents en profitant de son absence pour faire mon intéressant, pfff.

J’en profite pour lire un peu (je vous épargne la triste défaite de la France en « petite finale », mais je m’en fiche un peu). J’ai lu un article très intéressant sur un livre écrit par Jean-Pierre Mader, vous savez, « Macumba ». L’auteur de l’article a été bluffé par son livre, « On connaît ma chanson » (éditions Privat) tout en finesse et en modestie, et il a redécouvert l’artiste, discret, et son parcours. Il ajoute qu’il est parfois facile de tomber dans la caricature quand on parle d’un artiste : je suis d’accord, je l’ai toujours pensé. Certains peuvent avoir « la grosse tête », et d’autres, un idéal, une éthique, qui en font des êtres singuliers, fragiles, discrets et lucides. La vie ne se résume pas au « cash » perçu, mais par un itinéraire, un chemin de vie. Bref, j’ai toujours pensé que J-P Mader était un sacré bonhomme, et je suis content de ne pas avoir été déçu.

J’ai lu l’autobiographie de Jean-Pierre Mader et j’ai pris une leçon d’humilité | Slate.fr

Prochainement, je vous parlerai d’un ami artiste, parolier, auteur de parodies hilarantes : Chris, prépare-toi, ton heure va venir !

Lundi 20 juillet

Passage rapide avant d’appeler le CHU lorsque l’équipe sera en place. La fièvre ne cède pas, même avec le doliprane, il va donc falloir explorer tout cela…

15 h45

Le service post-greffe, que j’avais contacté ce matin, vient de me rappeler. Doc Chama veut me voir demain matin et j’aurai la prise de sang et les tests PCR, bref, c’est quand même rassurant de savoir que le problème va être pris en charge. Comme d’habitude, la fièvre se calme en journée, et j’attends la traditionnelle « remontada » de la soirée avant de me shooter au doliprane (j’évite d’en prendre régulièrement compte-tenu de sa nocivité sur le foie).

À part une grosse fatigue, rien de nouveau sous le soleil.

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Réponses

  1. Avatar de fadinggoatee07e5faad24
    fadinggoatee07e5faad24

    Cher Joël, un régal de vous lire à chaque fois. J’espère que cette foutue fièvre ne présage rien de grave…. Belle journée à vous deux ! Mille bises
    PS : quand j’ai commencé à lire  » ça fait du bien d’enfiler une robe…. de chambre ahah ah, j’ai imaginé un instant notre Joël avec une robe légère flottant à la fraîcheur matinale … mais non! Une robe de chambre ahahahah .

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    1. Avatar de fadinggoatee07e5faad24
      fadinggoatee07e5faad24

      J’ai oublié de changer le pseudo attribué d’office ( n’importe quoi tous ces trucs à remplir…) c’est Rose , Rosario-;)

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    2. Avatar de Joël Macron
      Joël Macron

      Bonjour Rose,

      Je viens d’appeler le CHU, l’infirmière doit me rappeler. Ce n’était pas Marie-Luce (au secours !). Michel riait, car il a bien entendu que je ramais pour expliquer qui j’étais et ce que je voulais. Il m’a dit « Marie-Luce doit être en vacances… » Mais comment ça, en vacances ? Rendez-moi Marie-Luce ou j’arrête de respirer et je me fais monter la fièvre !

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    3. Avatar de fadinggoatee07e5faad24
      fadinggoatee07e5faad24

      😂😂 😘

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