Jeudi 5 mars
Comme vous l’imaginez, après le tournis qui a accompagné le décès de la maman de Michel, nous avons besoin de repos. Michel n’a pas arrêté une minute : PFG, paperasse, notaire (paperasse à nouveau) et gestion du quotidien : repas, allers-retours, discussions avec la famille, couchers plus tardifs qu’à l’accoutumée, dossiers informatiques pour réunir les documents scannés. Bref, ce fut copieux.
De mon côté, j’ai fait de mon mieux, avec une forme qui a décliné de jour en jour. Ce sont les nausées qui ont refait leur apparition, accompagnées par une fatigue de plus en plus présente. Hier soir, après avoir toussé sans arrêt une bonne partie de la journée, j’ai pris ma température : 39°. J’ai pris un doliprane pour éviter que la fièvre s’emballe – je me connais – et je me suis couché en grelottant. 2 h du matin, premier réveil : mon haut de pyjama est trempé, à essorer, je me change. Je tousse toujours… je me rendors tant bien que mal, le sommeil est entrecoupé par plusieurs crises de tremblements et la fièvre a dû battre des records, mais je n’ai pas eu envie de me faire peur. Ce matin, j’étais redescendu à 38.8°. De nouveau, un doliprane, mais aussi un comprimé de roxithromycine . J’ai suivi les consignes données par Doc Sylvie dans son compte-rendu « En cas de fièvre, reprise de la roxithromycine à raison de deux comprimés quotidiens pendant une semaine ». Cela a l’air vraiment efficace. Nous avons joué ensuite aux petits chimistes avec un autotest COVID, négatif.
J’ai eu froid à plusieurs reprises alors que j’étais bien couvert, notamment en attendant devant la chambre funéraire. Un vent glacial et mordant était bien présent, j’imagine que c’était parce qu’il était lié à la Faucheuse et que cette dernière avait décidé de faire une autre victime, j’y ai pensé cette nuit alors que je claquais des dents. Michel m’a dit « tu frissonnais tellement que j’ai pensé à un tremblement de terre ! » Pour info, notre lit est constitué de deux sommiers et deux matelas indépendants, inclinables.
Pendant ce temps, le monde va de mal en pis. Trump, qui vient de confondre son père et son grand-père, s’en est pris violemment au Premier ministre espagnol, qui a maintenu sa position pacifiste, ce que je trouve juste et courageux. Les USA sont gouvernés par un malade mental : au secours !
Week-end des 7 et 8 mars
3 h 33, fièvre à 38.9. Je ne vais pas m’étaler sur le sujet, même si, comme vous vous en doutez, je ne suis pas serein. Je viens de prendre un doliprane et je retournerai me coucher quand la fièvre commencera à baisser. En attendant, je viens discuter ici.
Je vous avais parlé de ce reportage sur les gamins ukrainiens orphelins, placés en famille d’accueil. À la fin du reportage, j’avais saigné abondamment du nez : l’émotion, un vaisseau qui claque, et voilà…
Mercredi soir, j’ai regardé un reportage sur cette école de petites filles iraniennes bombardée par on ne sait qui : les Israéliens disent « ce n’est pas nous », les Américains disent qu’ils vont enquêter, comptant sans doute sur l’usure du temps et l’oubli.
Comment peut-on bombarder une école en massacrant des fillettes et leurs maîtresses ? Notons au passage que ces petites filles sont éduquées, je ne me permettrai pas de juger l’enseignement qu’elles avaient reçu, sans doute éloigné de nos codes occidentaux. On les voit défiler devant une caméra, elles sont heureuses d’être à l’école. Visionnez bien ce passage où la dernière écolière semble adresser un large sourire au cameraman et puis, quelques jours plus tard, leur courte vie s’arrête. Certains vont dire « Tant pis, ou tant mieux, dommage collatéral ». Depuis quand tolère-t-on ce genre de raisonnement ? C’est un crime de guerre, point barre. Si on veut qu’un peuple haïsse ses « libérateurs », il faut continuer ainsi. Aucun mandat de l’ONU pour agir (Trump s’en tape royalement), mais où va ce monde de cinglés ? Je pense à Prométhée, enchaîné à sa montagne alors qu’un aigle lui dévore le foie, éternellement. Il a donné le « feu » aux hommes. Qui enchaînera Trump ?
Est-il utile de le préciser ? Je n’ai aucune sympathie pour le régime islamiste iranien ni pour les régimes totalitaires, quels qu’ils soient. Nous avons la chance de vivre dans un pays libre et démocratique, pourtant, certains aimeraient bien « essayer » une autre forme de gouvernance, oubliant (illettrisme ? Inculture ?) que la France a déjà vécu cela avec Pétain et ses sbires.
Nous sommes le dimanche 8 mars, et les droits des femmes sont à l’honneur (je ne pense pas que ce soit le cas partout). En tout cas, voici une chanson de circonstance.
Lundi 9 mars
Les affaires reprennent : le CHU m’a contacté un peu avant midi, l’infirmière a fait le point avec moi et a transmis les infos à Doc Sylvie (Doc Sylvain est actuellement « à l’étage », en charge des greffes, mais il suit la situation également).
L’infirmière m’a rappelé ensuite pour le programme des réjouissances après que Doc Sylvie a donné ses instructions : je dois aller en consultation demain matin, Doc Sylvie essaie de programmer un scanner. Ce sera peut-être juste pour avoir un créneau en urgence demain, ce n’est pas grave. Avec Doc Sylvie, c’est action/réaction. J’aurai probablement une prise de sang, de façon à vérifier que la formule sanguine n’a pas été trop bousculée. Mes lymphocytes sont immatures et n’ont sans doute pas été suffisamment efficaces. Côté foie, ce sera certainement très chahuté… Nous verrons bien.
Maintenant, une petite période de repos ne sera pas de refus.
Mardi 10 mars
Nous avons pris la route sous un épais brouillard qui s’est un peu dissipé. Je ne veux pas dire par-là qu’il a fait l’imbécile, mais il s’est peu à peu transformé en nuages bas.
Nous étions en salle d’attente vers 8 h 15, grand silence jusque vers 8 h 45. L’infirmière vient me voir en me disant : « Vous n’avez pas eu de message ? en fait, vous avez un scanner vers 9h ». Nous voilà en train de déambuler dans les sous-sols de l’hôpital mais ce n’est pas ici que se déroulera l’examen. Il faut remonter au rez-de-chaussée et se présenter au scanner des urgences. L’équipe n’est pas débordée et il règne un joyeux bazar dans la pièce attenante à l’engin radioactif. On m’accueille très gentiment, et, à mon grand soulagement, je n’ai pas de produit d’injection. Cela va donc très vite.
Nous rejoignons la salle d’attente et je passe en consultation avec Doc Chama car Doc Sylvie est occupée sur un cas particulier. Doc Chama pense à un virus respiratoire : « On va vous faire un test PCR et une prise de sang, je vous demanderai d’attendre mon feu vert pour partir, je veux au moins voir la NFS avant votre départ. On évoque la perte de poids, importante et on échange sur les astuces qui permettraient au moins de stabiliser le poids (repas fractionnés etc).
Retour en salle d’attente, puis passage pour les constantes le test PCR, la prise de sang et on me donne deux tubes pour recueillir mes précieux crachats. Doc Sylvie arrive dans la pièce au moment où j’enlève mon appareil auditif pour la prise de température : « Non mais, vous avez vu les filles ? Je lui parle et il enlève son appareil auditif ! » et elle sort comme dans une scène de théâtre bien rodée, genre Jacqueline Maillan.
Retour en salle d’attente N°XXXXXX. Marie-Luce me dit ensuite que je peux aller prendre le petit déjeuner. Je viens de finir mon yaourt et Doc Sylvie arrive pour l’acte 2, elle s’installe en face de moi (tous les malades sont passés en consultation). « Figurez-vous que je vous écrivais un mail quand l’infirmière m’a indiqué que vous nous aviez contactés ! En fait, je voulais vous parler de « Aller simple pour l’île d’Yeu – le Caillou Blanc. »
Je lui avais offert le livre lors de notre dernière visite. Elle poursuit : « J’ai adoré votre livre, et comme je vous connais, cela a donné une autre dimension à ma lecture. Je me suis passionnée pour votre récit, les personnages, les lieux et les atmosphères que vous décrivez si bien. Maintenant, je veux passer mes vacances là-bas, manger de la tarte aux pruneaux et rencontrer les personnages du livre ! »
Je suis ému car je ne m’attendais pas à un retour aussi sincère et complet, elle me décrit des passages très précis. Avant de me laisser finir de déjeuner, elle me regarde, de son œil qui voit tout : « Vous avez drôlement décollé, il va falloir vous remplumer et reprendre des forces ! » Le médecin refait surface !
« Ne vous inquiétez pas, s’il y a quelque chose, on vous rappellera lorsque les résultats seront arrivés ». Et elle repart discuter avec Marie-Luce et l’infirmière. C’était un moment magique, inoubliable.
Nous sommes rentrés et, alors que nous prenions le café, le téléphone a sonné, c’était l’infirmière : « Doc Sylvie veut vous revoir dans trois semaines… Le 31 mars, c’est bon pour vous ? »
C’était bon, alors j’ai noté la date dans l’agenda. Maintenant, il faut attendre les résultats partiels puis complets du labo et du scanner. Première tâche à effectuer : aller à la pharmacie pour récupérer le deuxième antibiotique prescrit ce matin.
Mercredi 11 mars
Je reprends la fin d’après-midi d’hier, j’étais trop fatigué pour me remettre au clavier. Vers 18 h, appel du service hémato, je reconnais tout de suite la voix de Doc Sylvie : « M. Macron, on a eu un appel urgent du labo, ils viennent de retrouver des pneumocystis dans les prélèvements effectués. C’est une affection fongique très ennuyeuse qu’il faut traiter au plus vite. L’ordonnance que l’on vous a donnée ne sert à rien, ces antibiotiques sont impuissants à soigner ce type d’affection fongique. Je viens de faxer à votre pharmacie l’ordonnance avec l’Atovaquone, ce sirop jaune que personne n’aime, mais qui est le seul remède efficace. Pouvez-vous les appeler maintenant ? Il faudrait commencer au plus vite. »
J’appelle la pharmacie et la commande part. J’ai pu récupérer l’horrible sirop en fin de matinée et j’en ai pris une cuiller-dose avant le repas. C’est toujours aussi mauvais.
Il faut savoir que les infections à pneumocystis ont donné du fil à retordre aux équipes qui soignaient les malades du SIDA. Une pneumonie foudroyante tuait les malades que l’on soignait avec des antibiotiques très puissants et inefficaces, puisque l’on ne connaissait pas la nature fongique de cette infection. Nous avons, dans nos parcours de malades du sang, beaucoup de points communs avec les personnes atteintes du SIDA. Là, ce sont les CD4, une catégorie très importante de lymphocytes, qui ne fonctionnent pas : ils sont présents chez moi, mais naïfs, incapables de combattre efficacement ces attaques. Si j’avais négligé la toux, il aurait été très compliqué de me soigner. Bref, j’ai eu de la chance dans mon malheur.
Autre question : mais comment as-tu attrapé ça ? Cela se transmet par voie aérienne exclusivement. Un de vos amis vient vous voir, vous discutez, vous vous embrassez pour vous saluer et voilà. Lui ne sait pas qu’il est porteur pendant un court laps de temps de ce champignon. Ses CD4 sont efficaces, il est immunocompétent. Vous êtes au contraire immunodéprimé ; imaginez la danse de la joie de ces petits champignons qui vont pouvoir coloniser vos poumons si facilement ! Il n’existe qu’un seul traitement efficace et qui ne provoque pas de dégâts collatéraux trop importants. C’est une chance.
Je vous parlerai demain de l’analyse de sang dont les résultats, encore très incomplets, commencent à me parvenir.
Jeudi 12 mars
Pour clore ce chapitre, une chanson dont les paroles me parlent en ce moment. J’essaie de récupérer : la fièvre est enfin partie, mais je me sens très faible. La toux est toujours présente. Étant donné que les résultats arriveront sans doute plus tard dans la matinée, je vous les transmettrai plus tard.


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