Vendredi 12 décembre
C’est le jour de mon extraction dentaire, elle se déroulera cet après-midi. Je profite de ce « répit » matinal pour écrire et vous faire part de mes (modestes) réflexions. Je voudrais pour commencer, et une fois n’est pas coutume, vous présenter un personnage sympathique dont la popularité ne cesse d’augmenter partout dans le monde. Il s’agit d’une pub, pour un supermarché. C’est une animation, sans aucune « Intelligence artificielle », le travail d’un studio français, impeccablement réalisé. L’histoire de ce loup solitaire et malheureux est émouvante, fait beaucoup pleurer dans les chaumières et n’est pas sans rappeler certaines scènes célèbres de Walt Disney. Vous savez qu’il y a eu de très sérieuses études à ce sujet. Prenez un échantillon de prisonniers auxquels vous projetez le film Bambi. Ceux qui ricaneront à la scène de la mort de la maman et au chagrin de Bambi seront les vrais « psychopathes » qu’il faudra surveiller de très près.
Revenons à notre loup malheureux mais si sympathique, le voici :
L’histoire est adorable et outre le loup, on croise de charmants personnages : le hérisson et l’écureuil, craquant, qui se montre à la fin empathique et courageux. Mais, et vous vous doutiez qu’il y avait un « loup » quelque part si je vous parle de ça, je m’interroge sur l’impact impressionnant de ce petit court métrage. Prenez des images réelles, parlant du même sujet, par exemple un SDF qui vous ferait part de sa solitude, obligé de fouiller les poubelles pour manger, ou une sympathique mamie cloîtrée chez elle et à qui personne ne vient rendre visite. Eh bien, les gens zapperaient : « Ras le bol de voir ça au moment du repas ! ». Pour toucher les gens, il faut de la mignonnerie (attention, la pub n’est pas mièvre), des bouilles craquantes, un décor féérique, de l’humour (regardez de près le livre de recettes du loup, à un moment on voit la recette des « trois petites saucisses », qui rappelle les trois petits cochons), un retour en enfance et une technique irréprochable. La réalité nous ennuie, et j’allais utiliser un autre verbe. Je me dis que pour sensibiliser les gens à des thématiques médicales, il faudrait une animation bien réalisée, avec un loup ou un charmant lapin qui souffrirait d’une leucémie. Le petit peuple de la forêt se mobiliserait pour lui trouver un donneur de moelle osseuse et le petit malade ressortirait guéri sous les applaudissements des soignants. Et ça fonctionnerait, bien mieux que ces vidéos réalistes où l’on vous montre de jeunes enfants ou ados, pâles, le crâne rasé, perfusion à gogo, infirmière masquée etc. Un petit lapin, vous dis-je, essayez avec un petit lapin ! Et, dans le rôle du donneur, un loup adorable.
Et pourtant, quand on regarde ces images… alors, ce n’est pas de l’animation, mais ça remue le cœur et les tripes :
Samedi 13 décembre
J’ai donc eu droit à une extraction dentaire hier… enfin, deux extractions, mais je vais vous expliquer tout ça.
À 14 h, j’ai pris les deux antibiotiques que le chirurgien-dentiste, Doc Cédric, m’avait prescrits. La première gélule passe difficilement, je me dis que bon, elle a pu se coincer en route malgré le verre d’eau. La deuxième ne passe pas, ou du moins déclenche nausée et vomissement, juste avant de partir, bien entendu. Pas de gélule dans le vomito, je ne tente surtout pas d’en prendre une troisième et je me jette sur la boîte de zophren, au cas où. Je sais, je suis une fabrique de vomito. J’arrive dans le cabinet dentaire, j’attends quelques minutes en salle d’attente et Doc Cédric arrive, tout sourire comme d’habitude. Enfin, je devine qu’il sourit car ses yeux sont « rieurs », avec le masque on finit par deviner l’humeur du praticien en regardant ses yeux. Radio panoramique, puis passage en « salle d’opération ». Le « match » peut commencer, et l’examen préalable aussi : « M. Macron, je vais extraire la molaire, comme prévu, mais malheureusement, je vais devoir aussi enlever la dent de sagesse. Elle bouge beaucoup, et elle va finir par vous faire mal si on ne l’extrait pas aujourd’hui. Êtes-vous d’accord ? »
Il a la présence d’esprit d’enlever ses doigts de ma bouche pour que je puisse répondre. Mon cerveau tourne à 200 à l’heure : si je refuse, je vais le contrarier, et il insistera de toute façon ; si je m’enfuis, je pourrai toujours rechercher un chirurgien-dentiste aussi compétent et gentil, si je lui mords les doigts, là je pense que je risque un procès. J’accepte donc sa proposition avec l’enthousiasme que vous devinez, je garde l’option « morsure » au cas où.
Première étape, la double anesthésie : il a raison, le produit est toujours aussi dégoûtant, mais efficace. J’ai bien fait de prendre le zophren ! Les craquements sinistres se font entendre, mais la molaire cède assez facilement : elle était prévenue, elle a eu le temps de se préparer à la séparation. En revanche, c’est un peu plus compliqué pour la dent de sagesse qui n’était pas au courant : « Comment ça je bouge ? » Elle fait de la résistance, mais c’est inutile car Doc Cédric finit par l’extraire également. Résultat du match : Doc Cédric 2, dents 0.
Nous repassons dans son cabinet pour les conseils post extraction : « Gardez la compresse pendant 20 minutes et passez à la pharmacie pour prendre le doliprane et le bain de bouche. Pas avant dimanche, pour le bain de bouche, et vous y allez tout en douceur ! ». Michel me récupère, au bout de 10 minutes de route, je constate que la compresse est gorgée de sang et je préfère l’enlever, la gencive va saigner une bonne partie de la soirée. Passage à la pharmacie où on se montre compatissant : « Mercredi, c’était l’oreille, et aujourd’hui, deux dents ! » J’ai quasiment le même pouvoir que le loup de la pub sur la pharmacienne qui me plaint sincèrement, j’estime avoir mérité de faire mon Caliméro. “Mal aimé, je suis le mal aimé ! »
Nous arrivons à la maison, je suis groggy, on ne peut pas dire que la mâchoire soit douloureuse, mais, par précaution, je prends un comprimé de doliprane. Enfin, j’essaie, devinez quoi ? Nouveau vomito ! Michel trouve des comprimés effervescents, ouf, ça passe ! Légère douleur un peu plus tard, soulagée par une poche froide. Et ce matin, pas de douleurs, juste deux dents en moins et un soulagement : bizarrement, la molaire très abîmée ne m’a jamais fait mal, pas d’infection ni d’abcès. Je sais, vous n’aimez pas aller chez le dentiste, j’ai tenté un exorcisme dentaire en vous racontant tout ça avec les détails ! En attendant, une chimio chez moi = une extraction dentaire. Suis-je le seul ?
Dimanche 14 décembre
Le brouillard matinal semble vouloir se lever. Peut-être verrons-nous le soleil aujourd’hui. Nous sommes dimanche et nous nous laissons vivre, après une semaine bien chargée en « tortures » en ce qui me concerne. Comme le chantait Lucienne Delyle : « C’est du passé, n’en parlons plus ! ».
Hier soir, nous avons regardé notre série du moment sur Netflix, il s’agit de « Mr Mercedes », l’adaptation très réussie d’une trilogie écrite par Stephen King. Le point de départ est le suivant : Bill Hodges, un flic à la retraite, est mis au défi par un criminel de reprendre une enquête qui l’a toujours tracassé : un chauffard au volant d’une Mercedes volée avait causé un massacre, deux ans plus tôt, en tuant délibérément pas moins de 16 personnes.
Les personnages sont tous déjantés : on a Brady, le tueur, psychopathe très intelligent et malfaisant, Bill Hodges qui reprend l’enquête avec ses propres méthodes, ses amis, avec leurs failles, leur passé, tous terriblement attachants.
Les scènes sont parfois insoutenables : Brady ne fait pas dans la dentelle quand il tue, mais il n’est pas le seul. Dans la 3e saison, Brady a été tué… Mais une partie de lui semble vivre encore et hante un des personnages.
Les thèmes soulevés par Stephen King sont d’actualité, on y parle d’intrication quantique, car Brady développe des super pouvoirs grâce à un essai médical digne du Dr Frankenstein et il prend possession des cerveaux de plusieurs personnes alors qu’il semble être dans le coma… du moins pendant un bon moment. La bande son est géniale, Bill Hodges a une belle collection de disques. Bref, si vous n’avez pas peur du sang, cette série vous captivera.
Voici quelques bandes annonces et teasers :
Pour terminer, un peu de douceur et de nostalgie…
Mardi 16 décembre
Ce devrait être une journée calme, sauf imprévu. J’ai eu hier soir des nouvelles de mon frère aîné, lequel a subi une lourde intervention, par l’intermédiaire de ma nièce qui m’a rassuré. Elle venait de passer une sale journée après avoir tenté en vain d’obtenir des infos par téléphone : interlocuteurs du CHU pas au courant, communications coupées, errance téléphonique alors qu’on lui passait plusieurs services non concernés. Finalement, le frangin a réussi à l’appeler en début de soirée, encore groggy et shooté par les médocs, mais avec de bonnes nouvelles concernant la lourde opération qu’il a subie. Maintenant, il va rester sous haute surveillance pendant un bon moment, et c’est rassurant. Nous irons le voir aux beaux jours, tout en prenant régulièrement de ses nouvelles.
Demain, ce sera retour au CHU pour la visite post-greffe. Cela peut sembler être une simple formalité, mais plusieurs échanges avec des amis sur le forum Ellye me montrent qu’on peut avoir de mauvaises surprises plusieurs mois après la greffe. Alors, il convient de rester vigilant, sans céder à la panique à la moindre alerte : c’est parfois un numéro d’équilibriste.
Mercredi 17 décembre
Voilà, nous sommes de retour du CHU et la visite post-greffe a été rondement menée. C’est Doc Sylvain qui m’a pris en charge : « Joël, on y va ! », ce sera d’ailleurs lui qui sera mon référent pour les visites ultérieures. Janvier, février et mars : les visites seront mensuelles, la prochaine est prévue le 14 janvier. À partir de mai, ce sera au rythme d’une fois par trimestre. Le tout sous réserve, bien entendu, que les résultats restent dans les normes. En janvier et février, je devrais voir Doc Chama, que je connais bien puisqu’elle assurait les consultations pendant la période « greffe ».
Petit gag au début de la visite : Doc Sylvain me présentait des images de ganglions axillaires, sauf que je n’ai pas eu d’imagerie à ce niveau-là : il s’était planté de classeur de suivi ! Deuxième gag, lorsqu’il a voulu envoyer les images de mon lobe d’oreille, il a cassé son téléphone avec lequel il avait pris les photos, c’est pour cela que j’ai dû en renvoyer au service (pour un peu, ce serait de ma faute !). Il m’a expliqué ensuite que je devais m’attendre à de la chirurgie car le compte-rendu de dermatologie évoque clairement un carcinome. Sinon, RAS : l’EBV, l’un de mes dragons-virus, est sous haute surveillance parce qu’il flirte avec les 4 logs, quant au CMV il dort pour le moment, mais c’est un vicelard qui peut aussi se réveiller brutalement.
On va donc attendre, comme d’habitude les résultats du labo, pour la biopsie, je devrais avoir un appel vers le Nouvel An ou juste après.
Jeudi 18 décembre
En attendant les résultats du labo, voici un petit intermède musical, comme on disait jadis à l’ORTF. Cette chanson de Dylan est le générique de la 3e et dernière saison de Mr Mercedes dont j’ai déjà parlé…
Il est question de rêves dans cette très belle chanson :
Paroles
I was thinking of a series of dreams
Where nothing comes up to the top
Everything stays down where it’s wounded
And comes to a permanent stop
Wasn’t thinking of anything specific
Like in a dream, when someone wakes up and screams
Nothing too very scientific
Just thinking of a series of dreams
Thinking of a series of dreams
Where the time and the tempo fly
And there’s no exit in any direction
‘Cept the one that you can’t see with your eyes
Wasn’t making any great connection
Wasn’t falling for any intricate scheme
Nothing that would pass inspection
Just thinking of a series of dreams
Dreams where the umbrella is folded
Into the path you are hurled
And the cards are no good that you’re holding
Unless they’re from another world
In one, the surface was frozen
In another, I witnessed a crime
In one, I was running, and in another
All I seemed to be doing was climb
Wasn’t looking for any special assistance
Not going to any great extremes
I’d already gone the distance
Just thinking of a series of dreams
Dreams where the umbrella is folded
Into the path you are hurled
And the cards are no good that you’re holding
Unless they’re from another world
I’d already gone the distance
Just thinking of a series of dreams
Pour l’interprétation et la traduction, vous pouvez consulter cette page :
Voilà un court résumé de l’analyse reçue ce jour : « Le foie, vous-dis-je, le foie… »
Bilan de décembre : une greffe solide, mais une vigilance qui reste de mise
Les analyses montrent une excellente reconstitution du sang : globules rouges, blancs et plaquettes sont dans les clous, sans signe de rechute. Les reins ont bien récupéré malgré les épisodes passés.
Le point d’attention reste le foie, avec des phosphatases alcalines toujours élevées, signe probable d’une GVH hépatique chronique. Rien de brutal, mais une inflammation persistante qui nécessite un suivi régulier.
L’électrophorèse confirme la présence de deux petits pics monoclonaux déjà connus, liés à la reconstruction du système immunitaire et probablement à une stimulation virale chronique.
En résumé : la greffe tient, le corps s’adapte, et le suivi continue — sans urgence, mais avec méthode.


Répondre à Joël Macron Annuler la réponse.