Vendredi 24 octobre
Il fait beau, depuis ce matin, avec un ciel sans doute trop bleu pour ce début de journée, mais ce qui est pris n’est plus à prendre. Rien de bien neuf sous ce soleil matinal. Je continue doucement à perdre du poids me dit la balance. Le bourguignon qui mijote parviendra peut-être à stabiliser tout ça si je parviens à manger une part raisonnable. Doc Sylvain a dit que ça ne l’inquiétait pas. Bon, on verra ce que Doc Sylvie en pensera la prochaine fois. À ce propos, il est hors de question qu’elle fasse semblant de ne pas me voir le mercredi 5 novembre… novembre, déjà, il va falloir préparer Noël, penser aux cadeaux, et je dois aussi investir dans un pantalon à ma taille, parce que rien ne va plus de ce côté-là et je risque de me retrouver le pantalon aux chevilles en allant faire des courses. Ça a failli m’arriver sur le parking du super U mais j’ai réussi à choper la ceinture avant la chute fatale. Et ça vous fait rire ! Ne dites pas non, je vous ai vus !
Bon, je vous offre des fleurs, un bouquet de dahlias qui ont été un peu malmenés par Benjamin, même si la tempête a été très modérée ici. Nous sommes en Anjou, pas sur les caps exposés au vent.

Samedi 25 octobre
Je vais vous raconter l’anecdote du jour que l’on peut intituler « Voyage dans le futur » ou « Le Michel de Schrödinger »
Tout commence hier soir, juste avant d’aller au lit (nous sommes donc vendredi 24 octobre). Pris d’une inspiration subite, je dis à Michel « On change d’heure, il faudrait que tu t’occupes de la pendule et des radio-réveils, s’il te plaît ». Alors, il sait que j’ai horreur de ces réglages, surtout sur les radio-réveils qui pourraient passer par la fenêtre, tellement ça me gonfle. Gentiment, il s’exécute. Fin du premier épisode.
Cette nuit, il se réveille et regarde l’heure à sa montre : elle est restée (!) à l’heure d’été, ainsi que la station météo qui se met à l’heure automatiquement. « Mais quelle est donc cette diablerie ? » Il regarde son téléphone : même constat, il est à l’heure d’été. Il se dit qu’il y a anguille sous roche et réalise que je lui ai fait régler les appareils 24 h en avance !
Ce matin, il m’explique tout ça et me dit « Je ne change rien aux réglages, tu vas vivre en décalé toute la journée, pour la peine ! » En moi-même, je me dis que je me fierai à ma montre qui me donnera l’heure exacte.
Ceci prouve une chose, et même plusieurs : il ne faut jamais m’écouter quand je suis sûr de moi. Le pire, c’est que mentalement, je m’étais dit dans la soirée : « Bon, demain on est samedi » (simplement pour le menu du midi). Mon Michel de Schrödinger s’est bien recalé à la bonne heure depuis. Quant à moi, je pense avoir trouvé la solution pour voyager tranquillement dans le futur. Au 1er décembre, j’essaierai de changer d’année…
Dimanche 26 octobre
Nous sommes bien à l’heure d’hiver, cet anachronisme perdure alors que tout le monde réclame sa disparition. Il va falloir que les agriculteurs s’adaptent pour traire les vaches, ceux qui bossent reviendront chez eux de nuit, les gamins vont devoir trouver un nouveau rythme de sommeil etc. Les retraités que nous sommes ne sont pas les plus impactés. Souvent, on se demande « Mais quel jour sommes-nous ? » C’est un privilège, n’est-ce pas messieurs les ministres ?
En attendant, Colette avait écrit un joli texte sur sa vieille montre. Je suis un fervent admirateur de l’écrivaine et j’aime souvent me replonger dans ses livres.
« Il se fait tard, sans que je m’en sois aperçue. Il est l’heure de laquelle on dit couramment qu’elle est longue, et triste singulièrement aux personnes âgées et seules. Pourtant deux heures, trois heures, ce sont pour moi des instants, pour peu qu’une relative oisiveté m’y aide. (…) Cet après-midi me fut une douce journée, passée à flâner et à souffrir. Près de moi brille encore, dans le bleu du soir, la montre à cadran d’or que j’appelle la montre cardiaque, parce que suspendue par son anneau à un clou mince comme une épingle, les battements de son cœur l’obligent à osciller légèrement. Elle me mesure ma vie, mais c’est moi qui la secours. Si j’oublie un seul jour de la remonter, la voilà muette et entrée dans la mort. Qui la réparerait ? Elle est ancienne, les ouvriers délicats qui eussent pu la soigner sont morts aussi. Il faut bien que j’accepte de la voir passer, un de ces jours, à l’état mélancolique d’objet d’art. »
Mardi 28 octobre
Hier, j’étais plutôt somnolent et pas vraiment motivé pour écrire. J’ai eu de nombreux échanges avec mes correspondants du forum ; je vous ai déjà parlé des deux personnes qui viennent d’être greffées, toutes deux à Angers. Les proches louent la qualité des soins, la réactivité des équipes et le relationnel : c’est tellement important dans cette aventure qu’est une greffe de moelle osseuse. Rien ne se passe jamais de la même façon pour les greffés. Tout peut fort bien démarrer, et le grain de sable, souvent sous la forme d’un virus banal, vient enrayer la belle machine. Tout peut aller très vite, et très loin. J’étais à deux doigts de la dialyse quand mes reins ont flanché, par exemple.
Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec mon chirurgien-dentiste qui va encore m’hypnotiser en plongeant son regard dans le mien. Oui, il a de très beaux yeux, mais quand les médecins ou les soignants portent le masque, on se concentre naturellement sur les regards. « Les yeux sont le miroir de l’âme, ils révèlent ce que les mots ne peuvent cacher ». Paulo Coelho a développé cette citation que l’on attribue à Cicéron : « Le regard est le reflet de l’âme ».
Cela n’empêche pas que je déteste le bruit de la roulette, avoir les doigts du dentiste, même s’il a de beaux yeux, dans ma bouche. Chaque chimio m’a coûté une dent. Je pense que l’acidité de la salive est modifiée d’une part par les produits chimiques, d’autre part par les « vomitos » intempestifs et nombreux.
Sauvera-t-il ma molaire qui a été la dernière victime ? Doc Cédric est très compétent et arrive souvent à proposer une solution. J’ai de la chance qu’il n’y ait eu ni infection, ni douleurs. Juste l’inconfort d’une dent creuse. J’avais signalé le problème, mais nous étions trop proches de la greffe « pas question d’entreprendre des soins maintenant ». Après, il a fallu attendre que mes plaquettes paresseuses reviennent à un niveau acceptable. C’est fait, et je ne vais pas prendre le risque qu’elles recommencent à descendre : la fenêtre de tir est parfois étroite avec elles.
Je ne vais pas pouvoir parler beaucoup ce soir, Michel aura une soirée tranquille !
Mercredi 29 octobre
La matinée a commencé par un superbe lever de soleil qui m’a immédiatement rappelé le vers sublime et récurrent du poète Homère : « Dès que, fille du matin, parut l’aurore aux doigts de rose ». Je ne vais pas vous faire l’analyse complète du vers, on peut écrire des pages et des pages sur l’harmonie, la fusion parfaite entre la nature et le monde des hommes. Ἦμος δ᾽ ἠριγένεια φάνη ῥοδοδάκτυλος Ἠώς, « émos d’ériguéneia phané rhododactulos éos … »
Voilà, je trouve que c’est bien de commencer sa journée par des recherches que certains pourraient considérer comme futiles. Un vers d’Homère suffit à expliquer la pensée grecque de cette époque où les rivières, la mer, le ciel, le vent étaient des dons du ciel, des divinités, qu’il convenait de célébrer. Le monde a changé : qui se préoccupe encore de « la fille du matin aux doigts de rose ? »
Pour les curieux, voici un lien que j’ai trouvé fort bien documenté :
Dès que, fille du matin, parut l’Aurore aux doigts de rose… – AgoraVox le média citoyen
Revenons à aujourd’hui, ou plutôt hier. J’ai vu mon Dr Cédric qui m’a fait « l’entretien » de mes gencives en louant l’efficacité de mon brossage de dents. Il a constaté aussi, malheureusement, l’état délabré de ma molaire qui nécessitera une extraction programmée le 7 décembre. On verra par la suite, chez un dentiste « classique » ce qu’il convient de faire, il faudra attendre la cicatrisation complète. Chez moi, cela peut prendre un peu de temps.
On a aussi, et en premier lieu, évoqué la greffe, de façon succincte, sinon il serait encore en train de m’écouter. J’avais eu la bonne idée de lui apporter la photocopie de ma dernière analyse de sang, et l’ordonnance actuelle.
La fille du matin aux doigts de rose a laissé place à un ciel qui s’ennuage en nuances de gris. Il semblerait que la pluie soit en chemin…
Jeudi 30 octobre
La fille du matin aux doigts de rose a revêtu ses voiles et ses cotonnades : le brouillard est dense ce matin. Il est temps de clore cet article.


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