Post-greffe, octobre J 9

Week-end des 4 et 5 octobre

Vendredi, rien de spécial : les courses dans l’après-midi au Super U. J’ai pu échanger un peu avec la gentille caissière qui a toujours pris de mes nouvelles pendant l’hospitalisation, et après également. Voilà, ce sont des choses toutes simples, mais qui font un bien énorme quand on est hospitalisé : « La caissière m’a demandé de tes nouvelles » me disait Michel. Parce que, finalement, en dehors des proches très proches et des « fidèles « sur les réseaux sociaux, rares sont celles et ceux qui ont cette délicatesse. Mais il y en a eu quelques-uns, et cela fait du bien. Et puis, parfois, on a quelques déceptions : des gens qui ne se sont souciés de rien et qui ne se sont jamais manifestés. Tri salvateur dans les « amis » qui ne sont que des connaissances plus ou moins intéressées. Bref, l’humanité dans sa diversité.

Hier, samedi matin, c’était tempête au programme, une des premières, bien arrosée et surtout bien ventée, une comme je les aime, sans dégâts par chez nous. Et puis, en fin de matinée, une barre de ciel bleu, toujours avec du vent, mais sans risque de se retrouver trempés. Nous sommes allés aux portes ouvertes de notre pépiniériste local. Michel a déniché un superbe pied d’anémone du Japon. Je suis, depuis tout petit, un fervent admirateur de cette jolie plante qui a la belle idée de fleurir en automne. Notre jardin, à la poste de Chambon-sur-Voueize, possédait de nombreux pieds d’anémones et j’adorais les contempler le matin, quand elles étaient perlées de rosée. Ce sera donc un plaisir régressif de les voir fleurir ici, c’est un peu comme ces nounours chocolat/guimauve que j’achetais une fois par semaine avec mon argent de poche ; ceux que l’on trouve de nos jours n’ont hélas ni la même consistance ni le même goût, mais je me trompe peut-être.

Ce matin, j’étais matinal, comme souvent, je l’avoue. J’ai écrit un long mail à mon fiston, le troisième, qui m’a répondu quasi instantanément « Moi aussi, papa, je suis matinal ! ». Les pommes ne tombent jamais loin de l’arbre… Nous avons échangé deux ou trois messages et je l’ai appelé après le petit-déjeuner, car il a engagé un long travail sur lui-même. Il est bipolaire, ou maniaco-dépressif, ce qui veut dire la même chose. Des phases d’excitation (up) où il se prend pour un super héros, et des phases de dépression (down) dans lesquelles il peut se mettre en danger. Il est suivi au Mans avec un accompagnement socio-psychomédical remarquable. Il gère désormais parfaitement sa maladie et repère les moments où il doit reprendre son traitement. C’est un garçon intelligent, sensible et courageux et je suis très fier de lui. Je le lui dis régulièrement, car ce n’est pas du tout le genre de discours qu’on lui tient, surtout dans la proche famille. Il avait besoin de me confier des choses intimes, de me poser des questions sur l’environnement familial (volontairement, je ne développe pas, mais je suis d’accord avec son analyse), car il a occulté pas mal d’épisodes. Certains lui reviennent ensuite quand je les lui rappelle, sous forme de flashs, un peu plus tard et il revit alors toute la scène. On a longuement parlé de cet aspect « oubli » et je lui ai suggéré que c’était pour lui une forme de protection.

Il a travaillé dans le cadre de son futur métier pendant deux mois et demi cet été dans un foyer pour personnes âgées. Que ce soit des personnes handicapées, ou vulnérables, il adore se rendre utile et adore ce qu’il fait, et c’est un garçon courageux.

Et puis nous avons parlé de ses amours, et je sais que je suis le seul en qui il a confiance pour évoquer cela, d’autres ne savent rien et c’est très bien ainsi. On a aussi beaucoup ri quand je lui ai raconté notre nuit au château, avec ce fameux lit à baldaquin (j’avais joint une photo) qui nous a valu un bon fou rire quand on s’est demandé, Michel et moi, comment nous allions pouvoir l’escalader. Bref, une conversation familiale et matinale riche et réconfortante. Nous démêlons tous deux l’écheveau familial qui s’était transformé pour lui en toile d’araignée. Maintenant, il a appris à gérer cela aussi, et à penser par lui-même, et pour lui-même.

Quelques fleurs du jardin, et en premier, l’anémone du Japon qui attendra sagement son heure dans la serre avant d’être plantée au printemps. Il fait beau, beaucoup de papillons, mais ils ne veulent pas se laisser prendre en photo.

Lundi 6 octobre

Bien, nous aurons donc eu le gouvernement le plus éphémère. Que faut-il attendre de tout ce cirque ? On a la réponse sur le bout de la langue, mais on préfère faire comme si tout allait bien : « Je vais bien, tout va bien… »

Manuel de survie pour les prochains jours :

  1. Éviter de regarder les chaînes d’info en continu qui ne feront que ressasser les mêmes antiennes, du style : que va-t-il se passer maintenant ? Dissolution ? Nomination de Mathilde Panot Première ministre ? (Je vous ai vus frémir !)
  2. Manger du chocolat… ah oui, mais je n’ai plus envie de chocolat… Du fromage ? Ce n’est pas franchement top. Grappiller le raisin noir dans la corbeille à fruits, reste plus que ça !
  3. Chercher le saint ou la sainte qui s’occupe des gouvernements et prier. Non, je ne sais pas qui. Il reste Notre-Dame des Causes Perdues… Ah, mais je ne sais pas prier, bah je chercherai sur les sites cathos
  4. Regarder les papillons dans le jardin : ils s’en fichent pas mal du Premier ministre, les papillons. Si ça se trouve, le prochain Premier ministre est encore à l’état de chenille.
  5. Amuser la galerie sur mon blog avec des infos pas drôles : ce n’est pas gagné. Du coup Jean Castex ne peut plus être nommé à la tête de la SNCF, je l’imagine cherchant ses lunettes partout. Il faut nommer Castex Premier ministre !

Sur ce, je vais faire un tour de jardin pour voir les papillons…

Mardi 7 octobre

Je ne vais pas commenter l’actualité, je n’ai pas envie de vomir sur le clavier. Enfin, si, juste une remarque : on n’est jamais mieux trahis que par les siens, et de Gaulle avait raison quand il disait se méfier plus de ses amis que de ses adversaires.

Sinon, j’ai lu sur un des groupes Facebook auquel je suis encore abonné (mais je fais du tri aussi) une analyse d’une lectrice qui a lu Kolkhoze d’Emmanuel Carrère. Cette dame trouve le livre pas évident à lire, mais elle l’a lu et regrette surtout l’emploi de « mots difficiles ». Je ne commente plus rien en mode public, donc je me suis abstenu de lui poser la question « Qu’est-ce qui pour vous est un mot difficile ? ». Ce n’est pas un jugement condescendant de ma part, mais je m’interroge sur cette remarque. On peut dire que le schéma narratif n’est pas évident, que l’on a du mal à se retrouver dans les liens familiaux, que le passé vient souvent s’imbriquer dans le présent… Mais quid des « mots difficiles » ? Je me demande si cela n’est pas dû à la paupérisation littéraire. Cette dame doit lire, comme je l’ai fait, je vous en ai parlé, des livres « dont on parle », qui se lisent rapidement et s’oublient rapidement aussi. Attention, je sais pour pratiquer l’écriture qu’il est bien plus difficile d’avoir un style fluide qu’un style alambiqué. Mais chez Carrère, même si on a affaire à un écrivain qui peaufine ses phrases, ce n’est pas ce qui choque le plus. Reste le lexique utilisé. C’est vrai, Carrère utilise des mots précis, qui désignent des objets, des sentiments, des actions, des portraits. A-t-on à ce point perdu le sens de l’écrit ? Certainement, puisque la lectrice s’exprimait avec sincérité : « ce n’est pas facile à lire ». Bon, quand on voit le niveau littéraire de nos politiques, cela corrobore en fait que notre société a décliné sans que nous en ayons conscience. Nous sommes comme ces grenouilles que l’on place dans une casserole d’eau froide et que l’on fait bouillir sans qu’elles aient l’idée de sauter avant qu’il ne soit trop tard. Parfois on s’indigne : le Club des 5 a été réécrit au passé composé, parce que l’alternance imparfait/passé simple était trop difficile à lire. Je précise que c’est une initiative de l’éditeur, et pas de l’éducation nationale. Certains, situés très à droite de l’échiquier politique, avaient fait courir cette rumeur, reprise à l’époque par des gens qui eux-mêmes se plaignent aussi des « mots compliqués ». La boucle est bouclée. Bon sang, mais relisez Colette, ou Camus, ou Modiano. Rien de compliqué là-dedans, des idées, du sens, des mots justes, des émotions.

Ah, voilà, notre époque ne sait plus exprimer ses émotions : on éructe, on sort des jugements abrupts, on accuse les autres. Trop facile.

Mercredi 8 octobre

J’ai été mal inspiré de parler de « vomito » hier. La journée ne s’est pas terminée formidablement bien et j’ai renoué avec cette fâcheuse habitude. Bref, tout n’est pas réglé à ce niveau-là.

Pendant ce temps, la mission impossible du Premier ministre démissionnaire se poursuit…

Paysages d’automne

Jeudi 9 octobre

Voilà, je vais boucler l’article avec quelques chansons, même si je ne suis guère inspiré ce matin. Ce sera un peu au hasard…

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Réponses

  1. Avatar de Valéry Sauvage
    Valéry Sauvage

    Ici nos anémones du Japon commencent, mais ce sont des blanches… 😉 (bon sujets pour le photographe).

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  2. Avatar de Joël Macron
    Joël Macron

    Quand je serai président dictateur nommé à vie, j’imposerai les anémones du Japon, blanches ou roses, dans tous les jardins. Ce sera mon premier décret, qu’on se le dise !

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