Post-greffe, septembre J 4

Vendredi 29 septembre

L’été se termine dans la fraîcheur et l’humidité : une bonne pluie est tombée cette nuit, et c’est tant mieux pour la nature.

Je lisais un article sur le plan en cas de conflit en ce qui concerne les hôpitaux. Tout doit être prêt pour accueillir les nombreux blessés, trier les urgences, amputer, soigner les brûlures, bref : se tenir prêt. Cela peut paraître étonnant mais je sais, pour l’avoir vécu, que ce type de plan est régulièrement mis à jour. D’abord voici un lien vers un article :

Les hôpitaux français se préparent à la guerre

Cela me ramène 20 ans en arrière. Je suis principal dans un collège tranquille de la Mayenne et un jour je reçois un appel téléphonique d’un interlocuteur du Conseil Départemental : « Monsieur le Principal, j’ai besoin de vous voir pour mettre en place le plan en cas de pandémie mondiale ». Un peu surpris, je propose une date et ce monsieur arrive. Il veut me voir avec la gestionnaire et précise que sa démarche doit rester confidentielle. Il commence son intervention en nous présentant les raisons de ce plan pandémie : « Nous savons que d’ici dix ou vingt ans, un virus incontrôlable va déferler sur le monde, provoquant des millions de victimes. Ce n’est pas un scénario catastrophe mais une réalité que nous devons anticiper. En gros, ce sera comme la grippe espagnole, en plus meurtrier, avec un taux de létalité égal ou supérieur à 60%. » Il nous explique aussi que les établissements scolaires, collèges et lycée seront en première ligne, transformés en dispensaires de campagne pour accueillir les malades et évacuer les victimes. Les vivants et les morts ne doivent pas se croiser. Nous faisons le tour du collège tous les trois pour organiser le funèbre cheminement. Le réfectoire accueillera les malades, les morts seront déposés dans une fosse commune située à l’arrière du bâtiment, qui sera creusée par les militaires, lesquels seront hébergés dans des tentes ou bâtiments provisoire sur l’enceinte du collège (nous disposions d’un grand espace, arboré et avec des pelouses : le paradis des oiseaux et des écureuils). Le principal et la gestionnaire seront les seuls à être sur place, en tant que principal, je serai responsable du dispensaire et je devrai me tenir disponible à tout moment, tous les autres personnels auront interdiction de venir nous voir, et, bien entendu, les cours ne seront plus assurés puisqu’il y aura un confinement généralisé. Les militaires armés assureront notre sécurité physique car des tentatives d’intrusion seront à craindre : nous aurons des stocks de nourriture, des masques, des médicaments et des combinaisons qui attireront les convoitises. Évidemment, nous avons de grands risques de tomber nous-mêmes malades, mais dès qu’un vaccin sera disponible, et si nous sommes en vie, nous serons prioritaires, un médecin militaire organisera les vaccinations. Tout est calé, nous faisons un débriefing avant le départ du monsieur. La récré arrive et je passe en salle des profs « Ben, vous êtes tout pâle, chef ! C’était qui le type qui se promenait partout avec vous ce matin ? ». Je reste évasif et me contente d’un « secret défense ! » en ajoutant « C’est aussi bien que vous ne sachiez rien. » La suite, vous la connaissez : certes, on n’est pas allé jusqu’au bout du plan prévu, mais c’était bien parti pour pendant la pandémie. Ne vous leurrez pas, ce n’était qu’une répétition : le fameux virus tueur est en train de se préparer, quelque part en Asie. Alors, qu’il y ait un plan pour un conflit en Europe, cela ne m’étonne pas. Il sera effectif un jour, probablement.

Samedi 30 août et dimanche 31 août

Je suis en mode sevrage, j’essaie de me passer de ma « drogue » qui m’a permis de surmonter la période « vomito », je veux parler du Zophren. Hier, un seul comprimé au lieu de deux et aujourd’hui, je suis pour le moment à 0. Mais j’en prendrai quand même pour le trajet la semaine prochaine – destination Cantal – et j’en aurai en réserve. Le foie est un organe taquin qui ne prévient pas lorsqu’il se détraque. La veille, tu vas bien, le lendemain, tu passes une partie de la journée cramponné à la cuvette des toilettes. Il me semble que j’ai moins de difficultés à manger mais je reste prudent au niveau des quantités ingérées. Je gère mieux cet aspect, et quand mon corps me dit « stop », je n’insiste pas. Sinon il fait un vrai temps de rentrée. Cela me rappelle le bon vieux temps, lorsque j’attendais avec impatience d’accueillir les profs, passer du temps avec les stagiaires en leur faisant la visite des locaux et en les rassurant : « Tout le monde a débuté, mais vous ne serez pas seul ». Je me souviens d’une jeune stagiaire d’Arts Plastiques, qui faisait des choses formidables avec les élèves, mais qui avait parfois le sentiment d’être débordée, ou de ne pas avoir mené sa séquence comme elle l’avait écrite. Elle venait souvent me voir en fin de journée, parfois les larmes coulaient et je l’écoutais tout en la rassurant : « Si vous croyez qu’une séquence, même parfaitement ficelée fonctionne à chaque fois… Même avec des profs expérimentés ça peut foirer ! » Et puis nous parlions d’autre chose, de ses projets, de son ressenti. Et elle repartait, larmes séchées, avec un grand sourire. Je me souviens que j’avais posé la question au rectorat lors d’une réunion avec des inspecteurs IA IPR : « Mais pourquoi j’ai un ou une stagiaire tous les ans ? » (en soulignant que cela ne me dérangeait pas mais que d’autres collègues n’en voyaient jamais). « On va vous expliquer, Monsieur le Principal : il existe des établissements où nous ne mettrons jamais de stagiaires, parce qu’ils ne seront pas épaulés et encadrés, que ce soit par les profs ou par le chef d’établissement, et il y en a d’autres où on sait que le stagiaire sera accompagné et vous êtes dans cette catégorie. » Alors j’ai eu des stagiaires dans plusieurs disciplines et j’espère qu’ils sont bien dans leur peau d’enseignantes et d’enseignants. Le métier a beaucoup changé, et pas dans le bon sens, je ne sais pas si les jeunes sont accueillis avec bienveillance actuellement, les salles des profs doivent être survoltées. Je suis quasiment certain que je ne pourrais certainement pas faire la même carrière si je débutais aujourd’hui, peut-être que je rendrais rapidement les armes devant ce qui relève du saccage de l’éducation nationale, surtout de l’enseignement public, et je ne pourrais plus favoriser un climat serein dans un établissement. Triste constat, triste époque.

Lundi 1er septembre

René Guy Cadou

Odeur des pluies de mon enfance
Derniers soleils de la saison !
A sept ans comme il faisait bon,
Après d’ennuyeuses vacances,
Se retrouver dans sa maison !

La vieille classe de mon père,
Pleine de guêpes écrasées,
Sentait l’encre, le bois, la craie
Et ces merveilleuses poussières
Amassées par tout un été

O temps charmant des brumes douces,
Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
Le vent souffle sous le préau,
Mais je tiens entre paume et pouce
Une rouge pomme à couteau.

**Automne**

Bonne rentrée, courage ! Je repasserai dans l’après-midi vous donner quelques nouvelles après ma visite post-greffe

Nous voici de retour après une matinée bien remplie : RAS pour la visite post-greffe, je dois arrêter le Valganciclovir, et pas besoin de cortisone. Ensuite j’ai eu droit à la prise de sang habituelle et à la première dose de vaccin Tétravac. Chloé est passée me chercher juste après pour une série de tests d’efforts que j’ai semble-t-il réussis avec succès, elle était très contente. Cela fait partie du protocole qui accompagne l’escrime. Nous avons eu le temps de faire quelques courses : j’ai acheté des bâtons de marche, Michel une paire de chaussures et une caméra pour nos randos dans le Cantal et nous avons déjeuner sur place (centre commercial Atoll). Maintenant, c’est repos alors que les orages arrosent le secteur.

Mardi 2 septembre

Pas d’orage en ce 2 septembre mais une pluie continue depuis ce matin et un ressenti très automnal : on est bien chez soi ! En cuisine, c’est opération coulis de tomates. Michel est à l’oeuvre et les tomates épluchées s’égouttent avant la cuisson. Il faut dire que la production de fin de saison est abondante. Cela nous rappellera l’été au coeur de l’hiver.

Autre bonne nouvelle, les résultats d’analyse qui sont arrivés ce matin : globules rouges et globules blancs vivent leur meilleure vie, et les plaquettes commencent à remonter. En ce qui concerne le foie, c’est meilleur, toujours perturbé mais à un degré moindre. Les phosphatases alcalines restent élevées, on verra dans trois semaines si c’est toujours le cas. Autre bonne nouvelle : la créatinine a baissé, ce qui signifie que les reins fonctionnent normalement. Je vais donc pouvoir partir tranquillement et nous apprécierons d’autant mieux notre séjour dans le Cantal. Il ne reste plus qu’à attendre les résultats pour le CMV et l’EBV, sans appréhension particulière.

Mercredi 3 septembre

En fait, j’aurais mieux fait d’être prudent : les résultats CMV et EBV sont arrivés et, si tout est OK pour le CMV qui reste indétectable, le virus EBV s’est réveillé et c’est tout de même fâcheux parce qu’il est à 3,41 log (c’est la mesure de la charge virale) et on doit recevoir une perfusion de rituximab à 4 log. C’est RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) au CHU ce matin et je pense que j’aurai un appel de Doc Sylvie en fin d’après-midi. Peut-être me demandera-t-elle de passer au labo de Murat pour une prise de sang intermédiaire, dans ce cas elle faxera l’ordonnance à la pharmacie avant notre départ. Bref, on verra bien. Ou alors elle me laissera partir tranquille pour mieux me rattraper le 21 septembre. Pour rappel, les deux virus sont fâcheux, chacun pour des raisons différentes. En ce qui concerne l’EBV, les antiviraux sont totalement inefficaces, il faut avoir recours au Rituximab si la charge atteint 4 log.

La blague du jour : Michel m’a déposé chez l’audioprothésiste avant de faire les courses. Je voulais que l’entretien de mes appareils auditifs soit fait avant notre départ, et j’ai bien fait car la dame a « réparé » quelques dysfonctionnements qui auraient pu m’ennuyer sous peu. Bref, tout se passe pour le mieux. En sortant, comme la banque est juste à côté, j’avais prévu de retirer de l’argent au distributeur. Je joue avec la machine qui me demande si je veux un retrait – non, je veux un selfie façon Bayrou, me propose plusieurs montants, je sélectionne celui qui me convient et v’latipas que ce truc me demande mon code. « On fait comment pour rentrer son code ? » Je précise que je n’ai pas retiré d’argent depuis certainement une année complète. Me voilà complètement benêt devant l’écran… Bayrou a raison : je suis un boomer. Je cherche (heureusement, je suis seul), je regarde bêtement l’écran qui n’est même pas tactile, contrairement à celui de mon téléphone, et je finis par comprendre que j’ai posé ma pochette sur le clavier, donc évidemment je ne le voyais pas, du moins pas suffisamment. Heureusement, je connaissais encore mon code et je me suis rappelé qu’il fallait prendre les billets avant de partir. Bref, le retour au « monde civilisé » risque encore de me réserver quelques surprises !

Jeudi 4 septembre

Voilà, c’est le moment de boucler cet article. Ensuite, je ne garantis pas autant de régularité pendant nos vacances. Ce sera selon l’inspiration, et probablement plus sous la forme d’un album photo. Nous rentrerons le dimanche 21, d’ici-là, portez-vous bien.

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Réponses

  1. Avatar de Valéry Sauvage
    Valéry Sauvage

    Bon séjour cantalou !

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    1. Avatar de Joël Macron
      Joël Macron

      Merci ! J’espère que je pourrai avoir suffisamment d’appétit pour apprécier les bons produits locaux. Doc Sylvie a dit « Mangez tout le fromage que vous voulez ! » Encore faut-il pouvoir. Mais avec l’air de la montagne, tout est possible.

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