Post greffe, Juin J 12

Vendredi 6 juin

La journée a commencé un peu tôt : il faisait à peine jour lorsque je me suis levé et j’en ai profité pour écrire. Mon manuscrit avance, je pense que j’arrive dans le dernier tiers du livre et ensuite, je laisserai décanter tout ça. Il y a toujours un passage à vide quand on termine l’écriture d’un livre : les personnages vous manquent, et un sentiment de vide s’installe. Il faut savoir attendre avant de repartir sur un autre projet, et surtout avant de se relire, comme si on découvrait le texte. Donc laisser du temps au temps. À l’automne, je retravaillerai tout ça, je profiterai des jours de pluie, en commençant peut-être dans le Cantal dans ce joli gîte inspirant.

Je suis sorti au bon moment pour aller à la pharmacie chercher quelques médicaments, le ciel devenait menaçant. On arrive à un moment charnière où des traitements vont s’arrêter, notamment la cortisone, donc il faut calculer en fonction de ce que l’on sait et de ce qui est envisagé pour la suite. Si on arrête la cortisone, on doit aussi arrêter un autre traitement, mais peut-être que j’aurai besoin d’hydrocortisone si mes surrénales ne fabriquent pas suffisamment de cortisol, cela sera bientôt dosé. Bref, je ne suis pas mécontent de voir les prises de médicaments s’alléger. Les reins ont bien souffert et il est important de mettre ces filtres essentiels au repos, pour leur laisser le temps de récupérer.

Le vent est tellement désagréable cet après-midi que je vais me contenter d’un petit tour au jardin, avec quelques photos. J’ai pas mal travaillé sur mon manuscrit, et une pause… s’impose !

Week-end du 7 et 8 juin

Hier, samedi 7 juin, petite balade sous les nuages et avec un vent encore assez fort. Mais notre petit chemin (à gauche après le pont) est vite abrité. Nous avons été inspirés de sortir en début d’après-midi, car le temps s’est bien gâté ensuite avec encore de bonnes pluies. Tant mieux, cela fait du bien à la nature. J’étais allé récupérer un médicament à la pharmacie, ce qui fait qu’au total j’ai marché un peu plus de 5 km dans la journée.

J’ai aussi écrit en imaginant un laboratoire secret dans un manoir près du Loch Etive. Un loch peut-être un lac, profond, d’eau douce ou un lac d’eau salée, façon fjord norvégien s’il communique avec la mer. Les rias en Bretagne sont de même nature que les lochs d’eau salée ou que les fjords. J’ai parcouru la rive sud avec Google maps et c’est fort joli. J’ai ensuite fait des recherches sur les funérailles de Victoria : les chevaux qui tiraient l’affut de canon sur lequel était posé le cercueil se sont passablement énervés et ont tout cassé. Ce sont des pauvres marins en uniforme qui n’avaient rien demandé qui ont été chargés de tirer l’attelage. Quand Victoria a été couronnée, cela avait été un joli bazar également. La jeune reine, haute comme trois pommes (1.50m) n’avait pas envie d’écouter les explications qu’on lui donnait pendant la répétition à Westminster. Elle a à peine 18 ans, en ce 28 juin 1838 et la salve de coups de canons à 4 h du matin l’a réveillée (forcément, on n’a pas idée non plus…). On a décidé de refaire une couronne, celle qui existait était trop lourde pour la pauvre jeune fille (beaucoup de dépenses, très critiquées). On a tendu des tentures dans Westminster, et la jeune reine paraît encore plus petite, mais, heureusement, la télévision n’existe pas encore. Les musiciens sont là, mais il n’y aura pas d’hymne officiel puisque le compositeur qui devait l’écrire a eu le mauvais goût de décéder 3 mois avant le mariage – quand ça ne veut pas, ça ne veut pas… Victoria semble perdue « Dites-moi ce que je dois faire », mais elle n’est pas la seule : les demoiselles d’honnneur se prennent les pieds dans des traines trop longues, le clergé improvise, l’archevêque de Canterbury se trompe de doigt en passant l’anneau au doigt de la reine, qui aura ensuite un mal de chien à l’enlever pour le passer au bon doigt. Le prélat semble d’ailleurs complètement à l’ouest puisqu’à un moment il cherche désespérément le globe que la reine a déjà en main. La cérémonie se termine (ouf !) et la reine se repose dans la chapelle d’Edouard le Confesseur, elle constate que l’endroit sacré a été transformé en garde-manger : bouteilles de vin et sandwiches ont été entreposés près de l’autel, au grand dam de Victoria qui a à peine le temps de protester : mince, on a sauté des pages de liturgie pendant la cérémonie, on revient donc chercher la reine…

Vient alors l’hommage des grands du royaume, Lord Rolle, 82 ans, se prend les pieds dans les marches et s’écroule devant la jeune reine qui se précipite pour aller à son secours…

J’aurais tant aimé y être !

https://www.lepoint.fr/histoire/sacre-a-westminster-le-grand-cafouillage-de-la-reine-victoria-25-12-2022-2502827_1615.php

Aujourd’hui, dimanche 8 juin, belle promenade par un jour de juin idéal (selon mes critères) : peu de vent, mais une brise légère, soleil avec quelques nuages uniquement décoratifs, pas de pluie, des vaches dans les champs, des moucherons dans le chemin creux, et 6.5 km. Les hirondelles volent haut, il fera beau demain. Cela m’a permis de me reposer les « cellules grises », car j’ai écrit plusieurs pages depuis ce matin.

Au passage, quelques photos de « cotonnades » de peupliers, qui s’accrochent au grillage.

Lundi 9 juin

C’est une journée tranquille à la maison. Je n’avais pas envie d’aller marcher, et j’ai poursuivi mes travaux d’écriture une bonne partie de la matinée, et aussi une partie de l’après-midi, mais de façon plus légère (enfin, si l’on peut dire). Je voudrais que mes personnages partent de Loch Etive, pour aller sur l’île où tout a commencé : mais pourquoi ai-je choisi une région aussi compliquée ? c’est un puzzle de lochs de mer, de montagnes, de cheminements improbables même quand on veut aller en mer. Bref, je teste différents itinéraires et je dois prendre en considération le fait que le roman se situe en 1901. Nous arrivons fin janvier dans le récit, et les préparatifs de la sépulture de Victoria font la une des journaux. Comme je suis du genre curieux, j’ai regardé aussi le règne d’Edward VII. Ben dis-donc, petit coquin va ! 55 maîtresses « connues » (les autres ne sont pas décomptées) dont des actrices (Sarah Bernhardt) des chanteuses, la mère de Winston Churchill etc. Ceci dit, il était fort aimable et il avait des qualités relationnelles reconnues. Il n’a régné que 9 ans, (décédé en 1910).

Et pour terminer, je suis allé lire les articles qui parlent de la « modification des ALD » (affections longue durée). Je n’ai pas lu les 458 pages du rapport de l’IGAS, mais si ça vous amuse, je vous mets le lien. Que dire ? Il vaut mieux être jeune et en bonne santé, que jeune et malade ou vieux avec une maladie chronique. C’est le premier constat. Le deuxième, c’est que nos cotisations mutualistes vont encore augmenter (mais pas nos retraites qui risquent d’être ponctionnées). Dans tout ça, il y a certainement des mesures de bon sens. Et peut-être faudrait-il se pencher aussi sur le prix de certains médicaments : mon traitement à 4 500€ la boîte est heureusement terminé. Sinon, je peux donner des suggestions qui vont à peu près dans le même sens trumpiste : « Tu es malade ? Tu as besoin d’une greffe ? OK, mais tu vas devoir payer un maximum de ta poche ! Tu ne peux pas ? Tu n’as plus les moyens de te payer une mutuelle hors de prix ? Eh bien, va te faire voir ! »

J’en suis là de mes réflexions… Je ne devrais pas jouer à me faire peur !

https://www.igas.gouv.fr/protection-sociale/revue-de-depenses-relative-aux-affections-de-longue-duree-ald-pour-un-dispositif-plus-efficient-et-equitable

(Ils appellent ça un dispositif plus efficient et équitable !! Manquent pas d’air !)

Mardi 10 juin

Encore un réveil matinal, en plus un rêve idiot juste avant de me réveiller : on me livrait un colis que je n’avais pas commandé, dont je ne voulais pas, et le livreur insistait, en me demandant de l’argent ! Enfin quoi ? Bref, j’étais déjà énervé en ouvrant les yeux.

J’ai donc repris mon manuscrit. Je me suis aperçu hier, en faisant une série de vérifications, que mon île n’était pas la « bonne »- on n’a pas idée de donner le même nom à des lieux situés situés sur la même partie ouest de l’Ecosse, avec une géographie tellement compliquée que même un géographe s’y perdrait sans GPS. Bref, par effet papillon, mon début ne tenait plus : je devais relocaliser le point de départ (facile), sauf que cela avait une incidence sur les trajets effectués par les personnages et sur la chronologie (pas facile du tout). Mais je me suis sorti de ce guêpier ! Peut-être que j’aurais pu faire semblant de ne rien remarquer, en sifflotant, tranquille… Dans ce cas, et le sachant, il y aurait eu tromperie de ma part. J’avoue que sur ce coup-là, ChatGPT m’a été utile et d’une grande patience du style « Nous allons reprendre tout cela calmement » (il a dû sentir que j’étais passablement irrité). Mes pauvres héros doivent passer deux nuits (en escales) dans le vieux rafiot qui sent le hareng. Le capitaine est un bonhomme bougon qui connaît plein de jurons très drôles, mais un très bon navigateur, et le rafiot est en fait adapté à ces bras de mer écossais et aux tempêtes. Je pense qu’à la fin du livre, les personnages vont me demander des comptes : « Dis donc, non seulement on a passé une nuit dans le train, bloqués par une congère, mais en plus on a dû se payer le mal de mer plusieurs fois, tu nous fais aussi manipuler du radon, alors que toi tu en connais les dangers ! » Désolé, les gars je vous promets un retour à Édimbourg plus calme. Pour le radon… eh bien, vous aurez plus tard des cercueils en plomb, comme celui de Marie Curie, pour éviter les radiations que votre corps émettra, même après votre mort.

Sinon, rien de neuf : il fait très chaud, et si nous sortons, ce sera dans la soirée. Ah si, un article intéressant sur un nouveau traitement contre le cancer (il semblerait que les découvertes soient légion en ce moment). On voit aussi certains traitements par immunothérapie, encore peu développés car le coût des molécules est tellement élevé qu’on ne peut pour le moment les utiliser que pour certains profils de malades inclus dans des protocoles.

https://www.slate.fr/sante/equipe-chercheurs-developpe-therapie-lumiere-cancer-science-estomac-infrarouge-systeme-immunitaire

Mercredi 11 Juin

Hier soir, petite promenade vespérale, le soleil a trop cogné en journée pour s’aventurer dans les chemins. Il faudra désormais choisir : sortir le matin, tôt, ou le soir… ou bien rester à la maison.

Jeudi 12 juin

Il pleut… mais quand je dis « il pleut », c’est un déluge, c’est ce qui m’a réveillé à 5 h du matin, et pourtant, je crois que si même un Boeing atterrissait en catastrophe dans le jardin, je ne me réveillerais pas. Enfin, peut-être pas. Donc j’ai l’air malin en caleçon et T-shirt (caleçon bleu avec des ancres marines, teeshirt blanc avec une ancre marine aussi). Je dois ressemblais au capitaine Taggart, celui de mon manuscrit. C’est la version écossaise de Haddock, en 1901. Toujours bougon, avec un langage fleuri et des jurons qui me font rire. L’homme n’est pas méchant : sa grande qualité est d’être loyal, et quand il a décuvé, c’est un excellent marin. Son rafiot est un peu rouillé et mériterait un bon nettoyage, mais il s’en fiche : le bateau sent le hareng, et je pense que le Capitaine sent aussi « un peu » le poisson. Bref, il m’amuse.

Comme d’habitude, je vais terminer ce chapitre en musique, (coup de tonnerre à l’instant). J’essaie d’imaginer une bande son pour partir en vacances, je rappelle que le conducteur doit garder les mains sur le volant : il ne faut pas se trémousser sur son siège et danser. Le passager doit aussi ne pas distraire le conducteur. Bref, un petit rappel nécessaire !

(Je ne sais pas pourquoi Justin ne m’a pas contacté pour danser dans le clip, j’aurais adoré !)

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Réponse

  1. Avatar de Valéry Sauvage
    Valéry Sauvage

    Alors, si les petites cellules grises sont reposée, cher Hercule, Tout va bien.

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