Cruchotte, le retour !
Avertissement : ceci est une fiction, enfin j’espère que ce n’est pas une prémonition !
Nous sommes le mardi 13 mai, j’ai passé tous les examens des « 100 jours » et, bien entendu, on termine en beauté avec le myélogramme. C’est Doc Sylvain qui va s’en charger et je suis seul avec lui dans le cabinet où il me pose tout un tas de questions auxquelles je réponds de façon automatique, car ce sont toujours les mêmes : « Avez-vous des douleurs ? Et votre transit ? Avez-vous remarqué des changements notables sur votre peau ? Mangez-vous de bon appétit ? Pas de nausées ? » Un jour, je pré enregistrerai mes réponses sur mon téléphone mais je réponds docilement en attendant qu’il m’ausculte : et vas-y que je te palpe le foie, et la rate – je déteste – et que je vérifie s’il y a de l’œdème ou pas : je dois avoir le même niveau de formation qu’un interne.
Michel n’est pas là, il s’est garé en double file et attend qu’une place se libère, c’est la galère habituelle et pourtant nous étions arrivés de bonne heure, je l’ai rassuré : « Ne t’inquiète pas, Doc Sylvain a l’habitude de pratiquer les prélèvements de moelle osseuse, j’ai une totale confiance ». De fait, il commence à préparer tout le matériel pour le myélogramme. Alors qu’il s’apprête à désinfecter la zone, le téléphone sonne : je devine à son air grave qu’il se passe quelque chose, il écoute attentivement et prononce ces quelques mots : « En effet, il vaut mieux intervenir, j’arrive ! ». Il m’explique brièvement la situation : un malade réagit mal à un traitement, et il doit intervenir au plus vite pour déterminer la marche à suivre : « Ne vous inquiétez pas, je vous envoie quelqu’un au plus vite, vous pouvez rester allongé ». Il part en quittant la pièce d’un pas rapide et je suis là, bêtement allongé, je regarde le plafond en attendant qu’on veuille bien s’occuper de moi. Soudain, la porte s’ouvre, une jeune interne arrive et me salue « Oh, M. Macron, comment allez-vous depuis la dernière fois ? » Je me redresse en entendant le son de sa voix, je ne l’avais pas reconnue avec le masque, mais là j’en suis certain : Cruchotte fait son grand retour ! C’est la Mildred Ratched du trocart, je la sens guillerette et bien décidée à louper à nouveau son prélèvement. Instinctivement, je croise mes mains sur mon sternum en lui disant : « Non, mais je crois que ça ne va pas être possible, je n’ai pas du tout envie que vous me loupiez une deuxième fois ! » « Détendez-vous, M. Macron, tout va bien se passer, j’ai acquis de l’expérience depuis la dernière fois : j’ai procédé à un autre myélogramme. »
Imaginez la panique qui s’empare de moi, elle veut désinfecter la zone, mais je l’en empêche en maintenant mes mains sur le sternum. « M. Macron, il va falloir être raisonnable maintenant et vous contrôler un peu ». Miss Ratched Cruchotte fronce le sourcil et tente de me maintenir allongé alors que je veux me lever. Je sens que la situation va dégénérer mais je ne désire pas en venir tout de suite aux mains ; j’ai assez râlé contre les patients qui molestent les soignants pour me laisser aller à lui mettre une tape sur les mains. Je suis dans l’impasse et je sens la transpiration qui dégouline de mon front. Soudain, j’entends le bruit caractéristique et désormais familier des roulettes : Carmen arrive avec le grand sac dans lequel elle transporte son matériel. N’écoutant que mon instinct, je crie » Carmen, à l’aide, j’ai besoin de vous ! ». Le bruit des roulettes s’interrompt et Carmen fait irruption dans le cabinet : « M. Macron ? Mais que se passe-t-il ici ? Je ne vous ai jamais vu dans cet état ». Cruchotte et moi commençons à parler en même temps, et Carmen comprend la situation : « Très bien, nous allons régler ça tout de suite, c’est le moment de mobiliser vos compétences, M. Macron ! ». Tout en disant cela, elle sort deux sabres et explique à Cruchotte que ce sont évidemment des armes factices : « J’arbitrerai votre duel et je vous rappelle que vous ne devez viser que les bras ou la tête ». Elle explique brièvement à Cruchotte comment tenir l’arme et elle nous donne le signal du départ.
Je salue comme il se doit : le ciel, l’adversaire et la terre. Cruchotte se contente de faire quelques moulinets avec son sabre. Je vois que Carmen se retient de rire mais elle ne fait pas de remarque. Je me mets en position : je tiens le sabre de la main droite, le pied droit est en avant, le gauche en arrière, il forme un angle avec le pied droit. Je m’assure d’être en équilibre et tous les conseils de Carmen me reviennent : il faut fléchir les genoux, garder le torse immobile et tendre le bras pour la première attaque. Je choisis de viser la tête de Cruchotte qui n’a même pas l’idée de se défendre. Prise de panique, elle recule et, comme elle n’a pas assuré son équilibre, elle se retrouve sur les fesses.
Carmen lève le bras pour arrêter le match : « M. Macron a gagné, c’est indéniable, je vous suggère donc de le laisser tranquille, à moins que vous ne désiriez enchaîner sur un match retour ? » « Euh, en fait non, je dois retourner à Siguier, je pense que Doc Sylvain ne va pas tarder maintenant, voilà votre sabre ». Carmen récupère le sabre de Cruchotte et le mien et elle donne sa carte professionnelle à Mildred Ratched Cruchotte : « Tenez, voici ma carte, je pense que vous devriez essayer ».
Comme dans une pièce de Courteline où tout s’enchaîne, Carmen et Cruchotte viennent de quitter la salle d’auscultation lorsque Doc Sylvain arrive à son tour : « Je viens de croiser l’interne qui devait vous faire le myélogramme, mais elle m’a dit qu’elle ne se sentait pas bien, je vais donc reprendre là où je vous ai laissé. Première étape, désinfection : vous êtes prêt M. Macron ? » « Oui, docteur, vous pouvez y aller ! »
Voici quelques musiques et extraits de circonstance…


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