Eh bien quand vous lirez cela, je serai sur le point d’entamer ma troisième semaine au CHU. « Tu ne t’ennuies pas ? » C’est la question qui revient souvent, et franchement, je n’ai pas le temps de m’ennuyer : le matin, c’est prise de sang vers 6h, cela permet d’avoir les résultats plus tôt en cas de besoin de transfusion et aujourd’hui, par exemple, j’ai eu une poche de sang. Slurp ! Cela passe vite, une poche. Vers 8h, c’est l’équipe du matin qui vient prendre les constantes et faire la pesée, suivie du petit-déjeuner – oui, le café, pain/ beurre / confiture, un yaourt et la fameuse crème enrichie que la diététicienne a ajoutée. Si j’ai trop, je laisse mais le yaourt aide à la prise des comprimés, et il y en a 5 ou 6 à ingurgiter dont le fameux médoc à 4 500€. 150€ le comprimé, je préfère ne pas le régurgiter, par principe. Quand le petit déjeuner est terminé, je file à la douche. Le cabinet de toilette est tout confort, donc pas de souci d’organisation.
Ensuite, c’est le ménage de la chambre : les aides-soignantes s’entraident et elles sont souvent deux. On en profite pour bavarder, on parle de tout et de rien, de leur métier, de mes anciens métiers, de la retraite, du CHU, du système de santé, des gamins qui ne savent pas ce qu’ils vont faire plus tard. On tisse des liens, on s’écoute : c’est un moment privilégié dans la matinée.
Je reçois un peu plus tard la visite de Doc à la Voix Douce, ou de Claire (qui cherchait Jules) ou de Jules (que l’on a retrouvé). Claire et Jules aiment bien passer me voir, ils savent que je connais ma maladie et que je me suis documenté. Bien entendu, cela reste médical, mais ils prennent aussi ce que le patient peut apporter. Je ne m’en fais pas pour eux, ils seront d’excellents médecins et ils sont dans le bon service.
Après le déjeuner, la télé me regarde et je fais une petite sieste. Aujourd’hui, juste après mon somme j’avais rendez-vous avec Daphné et Rodolphe, un mannequin escrimeur. Et figurez-vous que j’ai appris à attaquer Rodolphe après avoir appris à le saluer. Daphné propose des séances d’initiation à l’escrime, avec apprentissage des gestes de base. Demain (aujourd’hui pour vous) j’aurai une série de tests pour voir si je peux intégrer un protocole. Les séances auront lieu pendant les hospitalisations de jour, ce qui évite de venir exprès car ma surveillance va être très, très rapprochée quand je serai rentré.
Donc Rodolphe a pris une pâtée, j’avais sabre (factice) et fleuret, et même les deux à la fois et je n’ai fait qu’une erreur. Rodolphe ne m’en veut pas et Daphné m’a encouragé à le mettre en charpie, virtuellement, car avec des armes en plastique, on ne risque pas de se faire mal. À la maison, j’essaierai de bricoler des piques à brochettes pour m’entraîner. Michel sera Rodolphe et ça promet de joyeux moments, non ? Ce n’est pas une bonne idée ? Un ou une volontaire parmi vous ? Même pas ! C’est pas beau de lâcher les copains !
Déjà, trouver le bon déguisement me motivera :


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