CHU, Unité protégée, J 14

Un pâle rayon de soleil essaie de se frayer un chemin à travers la grisaille. Il a bien du mérite et l’affaire n’est pas gagnée. On a eu du soleil ce matin, c’était très agréable. J’ai pédalé sur le vélo d’appartement tout en regardant les gens marcher, les ambulances, les visiteurs en voiture, paumés. Alors, je n’ai pas fait 50 km mais ce qui est fait est fait (je sais j’enfonce des portes ouvertes).

Hier, après notre déambulation dans le couloir, j’ai dit à Michel « J’ai les chevilles gonflées, ça m’a gêné pour la marche ». Je pensais être sous diurétique (Lasilix) et je m’étonnais de me voir transformé en bonhomme Michelin, bibendum improbable aux joues de hamster qui aurait camouflé deux kg de graines de tournesol dans ses abajoues.

La nuit dernière, je me suis senti plusieurs fois encombré, gêné pour respirer donc on a évoqué tout cela avec l’interne (la jeune fille) qui cherchait Jules (l’interne d’hier) et qui est revenue me voir. « Vous avez trouvé Jules ? » « Mais non, personne ne sait où il est passé ! » Etrange disparition, il a dû se trouver enfermé dans les toilettes ou alors s’éclipser. Bref, Jules était introuvable ce matin mais je suppose que ce ne fut que momentané.

Nous avons longuement discuté au sujet de cet œdème qui me fait prendre des kilos de flotte : « Ne vous inquiétez pas, je vais vous donner l’explication ». En fait, hier, je devais avoir du Lasilix, sauf que, dans le feu de l’action, la consigne a été oubliée. Cela arrive et quand je regarde la fameuse colonne avec toutes les pompes, je comprends qu’on puisse passer à côté d’un médoc. Ils ont rajouté une pompe ce matin, et il paraît que j’ai la colonne la plus chargée du service. Depuis midi, j’enchaîne les allers-retours pour aller faire pipi dans le bocal, et je n’ai pas intérêt à traîner sous peine d’inondation incontrôlée. Je vais encore bien dormir, tiens. Bah on va dire que c’est la faute à Jules puisqu’il a disparu.

D’ailleurs, je vais lui dédier une vieille chanson comme on savait en faire autrefois :

Et une chanson qui est un peu ma chanson fétiche, avec un grand monsieur de la chanson française, parti trop tôt dans les circonstances qu’on connaît. Quelle tristesse ce jour-là !

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  1. Avatar de Valéry Sauvage
    Valéry Sauvage

    Ma grand-mère appelait « Jules » le pot de chambre. Alors rétention d’eau et disparition de Jules, tout s’explique.

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  2. Avatar de Joël Macron
    Joël Macron

    Tu as raison, je n’y avais même pas songé !

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  3. Avatar de Valéry Sauvage
    Valéry Sauvage

    « Le plus étonnant, c’est qu’il ne s’appelait pas Jules. Son véritable prénom était Thomas. Mais ma chère tante ayant entendu dire que les gens de la campagne appelaient Thomas leur pot de chambre, avait décidé de l’appeler Jules, ce qui est encore beaucoup plus usité pour désigner le même objet. L’innocente créature, faute d’avoir fait son service militaire, l’ignorait, et personne n’osa l’en informer, même pas Thomas-Jules, qui l’aimait trop pour la contredire, surtout quand il avait raison ! » — (Marcel Pagnol, La gloire de mon père, chapitre 8 (« L’oncle Jules »).

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