Fatigue(s)

Voilà, je suis douché, habillé et l’infirmière peut passer désormais – prise de sang hebdomadaire. J’ai horreur d’être « cueilli » en pyjama et, même si j’ai 40° de fièvre, je tiens à garder mon rituel matinal.

C’est très banal comme entrée en matière me direz-vous. Sauf que, dans le cas de ces maladies bizarres que sont leucémies, myélomes, lymphomes ou myélodysplasies, le malade souffre de ce qu’il convient d’appeler une fatigue chronique, souvent sinusoïdale parce qu’elle agit en « bruit de fond ». Elle accompagne le malade à longueur de journées, et souvent avec des pics qui vous terrassent au moment où on s’y attend le moins.

Se réveiller fatigué est un signe : je dors un nombre d’heures suffisant, et souvent je me réveille facilement, la fatigue vient plus tard en début d’après-midi. Et parfois, comme aujourd’hui, c’est en ouvrant les yeux. Il faut se lever prudemment, s’asseoir sur le bord du lit, se lever pour de bon, éviter comme l’autre jour de prendre une poignée de porte dans le bras ou de se cogner la jambe en passant au coin du lit. Il faut donc être attentif, mais ces jours-là, on souffre justement d’un déficit de l’attention qui vous conduit à faire un peu n’importe quoi, n’importe comment.

Tout le monde a des moments de fatigue, me direz-vous. Oui, et c’est normal car on sait que la fatigue prend de multiples formes. Par exemple, vous revenez de faire une longue marche ou une balade à vélo et vous êtes fatigué : fatigue physique. Vous vous sentez déprimé ou vous avez une baisse de moral, c’est un autre type de fatigue (les dépressifs connaissent bien), vous avez la grippe, vous êtes cloué au fond de votre lit, votre organisme doit éliminer toutes les toxines liées à la maladie, vous êtes fatigué, c’est normal. Eh bien, vous prenez toutes ces fatigues, vous mélangez bien, et vous avez la fatigue chronique qui accompagne nos maladies. Ce n’est pas l’apanage des hémopathies et d’autres pathologies produisent cet effet-là.

On peut croire que c’est lié aux traitements, sauf que les malades en surveillance active, donc sans traitement, vont vous décrire ces symptômes. Cela peut paraître incompréhensible pour l’entourage qui pense que le malade s’écoute, « ça va bien 5 minutes, secoue-toi, va courir, fais le tour de la table à cloche-pied, marche sur les mains… » et mille autres remarques perfides qui vont peu à peu provoquer un sentiment de culpabilité. Heureusement, les médecins, les oncologues connaissent ce phénomène et cela fait partie des questionnaires habituels « Vous sentez-vous fatigué ? » « Pouvez-vous évaluer la fatigue sur une échelle de 1 à 10 ? », dans ce cas on est souvent entre 8 et 10 et parfois hors échelle.

La question que l’on se pose souvent, c’est « pourquoi ? » En fait, c’est multifactoriel : en premier, l’anémie qui flingue votre hémoglobine, même si ce n’est pas spectaculaire, tous vos organes sont impactés par le manque d’oxygénation, y compris votre cerveau, ce qui provoque les troubles de l’attention. Vos organes (foie, rate, reins) sont en surchauffe permanente puisqu’ils doivent retraiter vos globules sanguins, dans les cas les plus extrêmes de leucémies (ce n’est pas mon cas) les blastes, qui sont des cellules cancéreuses du sang, envahissent tous les organes qui flanchent les uns après les autres. Mais de toute façon, que ces maladies soient chroniques ou aigües, le corps est mis à rude épreuve.

On dit souvent « Oh, ça va, tu ne souffres pas ! », ce n’est pas forcément vrai car on constate aussi des douleurs articulaires chroniques, des inconforts liés au volume important du foie et de la rate, sans parler des périodes de chimio où le TGV vous passe régulièrement dessus, mais au moins on sait pourquoi on est épuisé !

Si je vous raconte cela, c’est parce qu’il vous arrivera certainement d’être agacé si vous avez une ou un collègue dans ce cas, ou, ce que je ne souhaite évidemment pas, un proche, ou un parent. Attention notamment aux ados qui sont en pleine croissance, souvent indolents : on peut passer à côté d’une pathologie dont le seul signe au départ est une fatigue permanente.

Pour terminer, je vous cite quelques extraits glanés ici et là sur ce sujet délicat :

La fatigue dans le syndrome myélodysplasique

Le symptôme principal de ce syndrome est la fatigue. Elle a été recensée chez plus de 90% des patients, et est caractérisée par une sensation de lassitude, de faiblesse et de limitations des capacités fonctionnelles. Cette fatigue n’est pas liée à une activité physique récente et peut avoir de sérieuses implications, autant physiques qu’émotionnelles. Elle impacte fortement la qualité de vie des patients, ainsi que leur état mental et leur niveau d’activité physique. C’est pourquoi l’identification des facteurs à la base de cette sensation de fatigue, ainsi que des stratégies pour tenter de la réduire semble être un important axe de recherche.

(https://actifs.univ-st-etienne.fr/fr/recherche/projet-r-d/fatigue-myelodysplasie.html#:~:text=La%20fatigue%20dans%20le%20syndrome,de%20limitations%20des%20capacit%C3%A9s%20fonctionnelles.)

Dans un livret, on trouve la définition et les conseils suivants :

Définition : Lassitude inhabituelle qui interfère avec les activités normales et qui n’est soulagée ni par le repos ni par une bonne nuit de sommeil. La fatigue, dans les SMD est généralement associée à une anémie, et est proportionnelle au degré de celle-ci. L’insomnie est fréquente chez les adultes âgés et peut contribuer à la fatigue. Parmi les autres facteurs qui contribuent à la fatigue, mentionnons : sédentarité, douleur, détresse psychologique, mauvaise alimentation et diverses maladies mal maîtrisées, comme le diabète ou les troubles thyroïdiens.
Symptômes de fatigue:

  • Faiblesse physique • Somnolence ou sensation d’épuisement
  • Troubles de la concentration ou difficulté à prendre des décisions • Repli sur soi
  • Difficulté à s’acquitter des tâches normales, par exemple cuisiner,
    faire le ménage, faire ses comptes et travailler
  • Temps plus long requis pour certaines activités de base comme le bain et la toilette
    Recommandations que votre professionnel de la santé peut formuler :
  • Votre professionnel de la santé peut demander des analyses de laboratoire pour déterminer quels facteurs sont susceptibles de contribuer à la fatigue, avant tout l’anémie, mais aussi éventuellement les troubles thyroïdiens, la déshydratation ou le diabète.
  • Si vous faites de l’anémie et que votre symptôme de fatigue en découle, votre professionnel de la santé vous proposera probablement un traitement pour la corriger, ou une transfusion de culots globulaires.
  • Certains médicaments ont été utilisés pour traiter la fatigue marquée. Toutefois, ils comportent des effets secondaires. Ils pourraient donc ne pas vous convenir. Parlez de votre fatigue à votre professionnel de la santé qui déterminera le traitement qui vous conviendra le mieux.
    Ce que vous pouvez faire:
  1. Restez actif dans la mesure du possible pour préserver votre force musculaire et améliorer votre énergie. Envisagez d’adopter une routine d’exercice, par exemple des marches quotidiennes avec un aidant ou un ami.
  2. Faites la liste de vos activités quotidiennes. Établissez des priorités pour la journée et planifiez les activités prioritaires pour les périodes où votre niveau d’énergie est plus élevé.
  3. Limitez vos siestes durant le jour à moins d’une heure pour prévenir les problèmes de sommeil nocturne.
  4. Parlez à votre équipe soignante si vous éprouvez beaucoup d’anxiété ou une tristesse insurmontable.
  5. Hydratez-vous suffisamment.
  6. Prenez de petits repas fréquents.
  7. Vérifiez auprès de votre professionnel de la santé si vous n’avez pas besoin d’une transfusion compte tenu de vos symptômes et de votre taux d’hémoglobine.
  8. N’hésitez pas à demander l’aide de votre famille et de vos amis.
    Votre équipe médicale discutera avec vous des risques et avantages de chaque option thérapeutique. Assurez-vous d’aborder avec votre équipe soignante toutes les préoccupations que vous pourriez avoir. Selon vos symptômes et selon ce que vous ressentez, certains changements pourraient être apportés pour améliorer votre
    confort.

Mais rassurez-vous, j’ai une certaine pratique de la « chose » maintenant, il faut savoir accepter de passer une journée avec autant d’énergie qu’une limace en pleine canicule, râler ne sert à rien sinon à se fatiguer encore plus, certains pratiquent la sophrologie, d’autres la méditation, et d’autres encore la prière qui est aussi, si on y réfléchit bien, une forme de méditation tout aussi respectable que les autres méthodes, même pour un mécréant comme moi. Évitez l’automédication surtout si un de vos amis vous dit « Tu devrais essayer tel ou tel complément alimentaire », et avant de tenter quoi que ce soit du genre, parlez-en à votre hématologue. Même les huiles essentielles qui peuvent bloquer les effets des chimios doivent être utilisées avec la plus grande prudence.

Allez, on termine avec une chanson qui donne envie de danser :

Mais en fait c’est avec celle-ci que je travaille le mieux mon légendaire déhanché :

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Réponses

  1. Avatar de Valéry Sauvage
    Valéry Sauvage

    La fatigue, ça je connais. Encephalomyélite myalgique (syndrome de fatigue chronique) avec aggravation de l’état de fatigue si on fait des efforts. Donc dans notre cas, il faut rester tranquille et ne pas « dépasser la dose prescrite ». C’est à peu près tous les symptômes que tu décris, mais il n’y a pas de cause biologique décelable. J’ai passé 15 jours en médecine interne à faire tous les examens possibles, et à chaque fois, non rien, vous êtes en bonne santé… circulez, y a rien à voir. Dur dur de passer pour un simulateur aux yeux même des spécialistes hospitaliers, qui pour la plupart n’ont même jamais entendu parler de ce syndrome, sans parler des gens de l’entourage qui, comme tu le dis, y vont de leur « secoue-toi donc un peu »… Heureusement j’ai fini par trouver un spécialiste de cette affection (ils sont une petite poignée en France), justement au CHU d’Angers (je connais bien la « Chapelle » aussi et ses peintures murales). C’est le Dr Ghali, en médecin interne. C’est lui qui a posé mon diagnostic et donné les conseils pour gérer cet état chronique : pas de causes biologiques, pas de traitement connu, pas de guérison, du moins dans l’état actuel de la science, des recherches sont en cours et on en attend beaucoup. Mais bon, rien de comparable avec des pathologies bien plus agressives, on peut vivre avec, en prenant un train de vie de sénateur (sauf niveau repas, car il faut faire très attention à son alimentation, le syndrome de l’intestin irritable est lié à celui de fatigue chronique). Effectivement la méditation (je préfère le terme de contemplation…) est un outil très utile, en tout cas pour soutenir le moral. Je reste dubitatif quant au parallèle prière-méditation, mais c’est un autre débat.
    Des bises à toi et Michel.

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  2. Avatar de Joël Macron
    Joël Macron

    Les problèmes de fatigue chronique ont longtemps été négligés par les médecins, mais je pense que désormais c’est mieux pris en compte, cela se voit lorsqu’on est en consultation et la question est systématiquement posée, plus souvent que chez les généralistes. Je faisais le parallèle prière / méditation, bien que piètre connaisseur, car de nombreux malades n’ont que cela à leur disposition. Cela permet peut-être une introspection, un moment où on déconnecte de son quotidien et où on peut laisser son esprit voyager ailleurs. Je suis un grand rêveur, et je m’évade souvent sans l’aide d’un support quelconque, le côté contemplatif m’aide aussi, un rien m’occupe quand je regarde par la fenêtre. Mais je l’étais déjà (contemplatif) bien avant mes soucis de santé. La prise de sang est faite et maintenant, je peux ouvrir les paris en ce qui concerne les résultats : entre 17 h 30 (horaire tout à fait correct si on constate un point à traiter en urgence en appelant le CHU ou le médecin traitant) et minuit (et dans ce cas, je râle !).

    Bises à toi et à ta chère et tendre

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