I’m back again…

J’espère que vous avez été sages et que le vieil alcoolo en rouge et blanc vous a gâtés. Pour ma part, j’ai été très gâté mais j’avais été très, très sage… enfin, j’ai essayé. Il s’en est passé des choses depuis que j’ai pris quelques jours de « vacances » (c’est ironique, vous allez voir que ce n’était pas vraiment du repos).

Je vous avais dit que je n’avais plus de nouvelles du service de greffe, mais l’infirmière coordinatrice m’a appelé le 19 décembre pour m’annoncer que la greffe était enfin calée. J’entrerai au CHU le 29 janvier pour démarrer la cure de chimio pré-greffe et je recevrai les précieuses cellules souches le 6 février. Je devais entrer en HDJ (hospitalisation de jour) le 26 décembre mais l’infirmière m’a appelé en catastrophe lundi pour savoir si je pouvais venir plutôt le 24, afin de répartir au mieux les nombreux patients. J’ai accepté – parce que je suis gentil – et je me suis retrouvé dans l’unité Siguier que je connais bien puisque je l’avais « pratiquée » lors de ma précédente chimio, en 2020. Il était 8 h du matin, et même si j’avais déjeuné, j’étais un peu faiblard et sujet à quelques vertiges en traversant les couloirs. L’infirmier est venu pour me guider vers la chambre 136 et je me suis littéralement jeté dans ses bras, victime d’un nouveau vertige et complètement déséquilibré. C’est là que je me suis rendu compte qu’il s’agissait de Pierre, que j’avais effrayé avec une réaction plutôt violente à l’un des produits administrés en perfusion en octobre 2021. Il m’avait planté alors que je tremblais de tous mes membres et avait appelé à la rescousse sa collègue, Rachel. Pierre a donc failli périr écrabouillé sous mon poids (j’ai maigri, certes, mais il reste encore un peu de volume !). Il avait une superbe barrette rose dans les cheveux et je l’ai revu plusieurs fois dans la matinée. Pierre est un de ces soignants toujours de bonne humeur et il adore plaisanter avec les patients.

Quand on arrive, on nous prend les constantes et j’ai droit à une prise de sang, un électrocardiogramme et un myélogramme. Pierre est donc revenu avec 10 tubes de sang, une plaisanterie si on pense aux 25 tubes de la fois précédente. Il passe ensuite à l’électrocardiogramme, et j’ai eu le temps de lui dire que nous nous étions déjà vus en 2021 avec Rachel : « Ahhhhhhhhhh c’était la Raquela ! » Il prépare les électrodes et déclare d’un ton lugubre : « Vous allez ressentir une violente décharge, puis vous vous retrouverez dans un tunnel baigné de lumière blanche, et après, tout sera fini ! » Heureusement, rien de tout cela n’est arrivé, mais je n’avais pas peur. Il nous précise ensuite que les médecins sont tous en réunion hebdomadaire, avancée au mardi à cause de Noël et que je n’aurai pas beaucoup de visites avant 10 h du matin. Il repart et nous scrollons sur nos téléphones portables respectifs en commentant les misérables nouvelles de la matinée.

Effectivement, vers 10 h les évènements se précipitent : Doc Sylvie vient me voir, toute contente de me confirmer les dates prévues pour l’hospitalisation et la greffe. Je lui montre la jambe « Alien » et elle constate l’étendue des dégâts, en disant que ce serait bien que tout soit cicatrisé d’ici la fin du mois. Pierre est appelé pour nettoyer la plaie et refaire le pansement. Il nous donne de précieux conseils et frotte énergiquement la partie à vif. Bref, il fait son travail d’infirmier.

Ensuite, c’est au tour de Nelly, l’infirmière coordinatrice, de venir faire une visite de courtoisie. Elle sort et Doc Jérôme arrive : « Ah, M. Macron, ça fait longtemps que je ne vous ai pas vu ! Vous allez avoir un myélogramme et c’est « Cruchotte » qui va s’occuper de vous un peu plus tard. » (Vous comprendrez pourquoi « Cruchotte » dans quelques lignes).

Je pense être tranquille 5 minutes et Pierre revient, tout penaud, avec 4 tubes en verre : « M. Macron, je suis confus mais j’ai oublié 4 tubes de sang tout à l’heure et Doc Sylvie les veut absolument, donc je dois vous repiquer ». Je sens que la veine n’apprécie pas la manip et je réclame à mon « bourreau » une boîte de chocolats en guise de dédommagement.

La matinée est déjà bien avancée mais ce n’est pas terminé pour autant. Le clou du spectacle étant le myélogramme (prélèvement de moelle osseuse) que Cruchotte doit effectuer, flanquée d’un étudiant qui ne sert pas à grand-chose, mais on verra qu’il a quand même une utilité dans l’histoire, on va le baptiser Harry Covert.

Cruchotte tente de me rassurer « Vous savez, ce n’est pas mon premier myélogramme ». Je pense en silence que ce doit être le deuxième ou le troisième. Elle s’y prend à plusieurs reprises pour prendre les repères, déjà le patch insensibilisant avait été placé trop haut. D’instinct, et parce que je sais où Doc Jérôme enfonce son trocart, je vois bien qu’elle n’est pas au bon endroit. Elle commente chaque geste pour le grand machin qui l’accompagne « Alors tu vois, tu as la fourchette là, et après tu comptes comme ci, et tu fais l’anesthésie comme ça, et bla bla bla ». On attend que l’anesthésie fasse effet et déjà, je sais que ça ne va pas bien se passer. Un 6e sens de malade habitué aux trucs qui foirent, sans doute. Elle enfonce son trocart : « Oh, votre sternum est faible… » et elle commence à extraire la substantifique moelle. Au lieu de faire les prélèvements et de s’occuper ensuite de les étaler sur les lamelles, elle fait l’inverse tout en commentant pour Harry Covert : « Alors tu vois, tu étales comme ci, pis comme ça, et patati et patata ». Et là, évidemment, la moelle se met à coaguler. Elle a beau farfouiller et tourner le trocart dans tous les sens et tirer de toutes ses forces sur la seringue, rien ne sort. Panique à bord ! Je commence à transpirer à grosses gouttes et je m’aperçois que le lit est trempé en passant ma main dans le dos. Affolement de Cruchotte et de Harry Covert qui appellent Doc Jérôme à l’aide. Il arrive, avec sa blouse de super héros tout droit sorti de chez Marvel. Je lis sur son visage que les deux comiques vont se prendre une soufflante mais il ne dit rien devant nous et envoie Harry Covert chercher un trocart, puis des tubes, puis je ne sais plus quoi. Michel a été prié de sortir dans le couloir et je sens bien que je ne vais pas rigoler : deuxième suée, je suis trempé.

Je le vois arriver, trocart à la main : « Respirez bien à fond, M. Macron ». M. Macron s’exécute mais ne peut s’empêcher de crier. Troisième suée… Mais au moins, le prélèvement est effectué. Gregory House, alias Doc Jérôme, regarde Cruchotte et Harry Covert d’un air de dire « C’est pas si compliqué » et ils repartent tous les trois. Cruchotte sort en marche arrière tout en disant « Oh, je suis désolée, vraiment, je suis désolée ».

Bah tu peux, oui ! Michel a le droit de rentrer et je lui demande s’il peut me trouver de quoi me rafraîchir. L’aide-soignante revient avec des serviettes et des gants jetables et je me dirige dans la salle de bain en me tenant aux murs. Pierre n’est pas là pour me retenir mais Michel assure. Je l’envoie acheter un sandwich, et même deux car je me sens incapable de toucher au plateau-repas que l’on tente de me vendre alors qu’il vient de sortir : « Vous êtes sûr que vous ne voulez pas manger ? ». J’en serais bien incapable, et je n’ai pas envie de tout vomir dans la voiture.

L’infirmière responsable de l’HAD me téléphone pour savoir si elle peut passer me voir et me donner la plaquette ainsi que quelques renseignements. Michel revient alors qu’elle me fournit les explications concernant le fonctionnement de l’hospitalisation à domicile.

Pierre clôt la matinée en m’apportant les ordonnances et les différents documents, tout désolé que le myélogramme ait été aussi compliqué.

Fin des hostilités, et croyez-le ou pas, je suis content de rentrer chez nous, et de retrouver mon fauteuil ! Je vous raconterai la suite demain, si vous en avez envie ! (Si tu as envie, tape 1, si tu t’en fiches royalement, tape 2).

Voici une chanson de circonstance :

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  1. Avatar de Post-greffe, avril J 28 – Greffe de moelle osseuse
    Post-greffe, avril J 28 – Greffe de moelle osseuse

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