On ne nous dit pas tout…

Nous sommes le dimanche 24 novembre 2024 ; je le précise pour les étourdis qui auraient totalement oublié la notion du temps. C’est le genre de choses qui arrive plus fréquemment aux retraités : « Mais on est quel jour déjà ? » « Attends, je regarde… on est dimanche ! » Le temps s’écoule beaucoup plus vite que l’on ne pourrait l’imaginer. La pendule qui fait tic-tac au salon avec les petits vieux qui s’ennuient et dégustent leur muscat du dimanche, c’était avant. Alors certes, parfois l’esprit vagabonde, juste avant la sieste, et le triste temps de novembre laisse imaginer que ça y est, on a basculé dans ce que l’on appelle « le grand âge ». On y arrivera un jour, peut-être, ou pas. Vieillir ne me fait pas peur, devenir dépendant me met en panique. La qualité de vie, c’est quand même essentiel. S’il faut compter les points douloureux le matin au réveil, oublier les choses au fur et à mesure que le temps passe, poser mille fois la même question, je ne sais pas si la vie dans ce cas a encore un intérêt.

J’ai mis en titre « on ne nous dit pas tout », parce que, souvent, on n’aborde pas ces sujets avec les équipes médicales. Je ne savais pas lors de ma première chimio que j’allais perdre plus de 50% de mon audition, sinon j’aurais été plus réactif. C’est venu rapidement en fait : je n’entendais plus certains sons, notamment dans les aigus. J’ai su par l’ORL que c’était un grand classique des chimios, de même que les cancers de la peau : le carcinome sur la joue droite qu’avait détecté Doc Jérôme : « Mais pourquoi je ne l’avais pas vu avant ? » « Je portais le masque, Docteur ! ». C’était pendant une consultation sans masque, lorsque le virus du COVID se fait oublier, même s’il n’est jamais loin. Là, actuellement, je peux vous dire que ce n’est pas le moment de l’oublier quand on va en hémato.

Donc on ne nous dit pas tous les effets potentiels et délétères des chimios ; enfin si un peu mais on n’en fait pas la priorité du moment. Je crois que Doc Sylvie m’a dit : « Vous savez, ce genre de chimio préparatoire va avoir des effets à long terme : votre corps va vieillir plus vite, il est possible que vous développiez ensuite un autre cancer qui découlera de ce traitement ». En fait, ce n’est pas qu’on ne nous dit pas tout, c’est que l’on se concentre sur le moment présent et l’avenir très proche.

Là, par exemple, j’ai peu d’appétit ; je chipote, je compte les grains de riz dans mon assiette, je prends une grande respiration avant chaque bouchée alors que j’ai d’habitude plaisir à manger. Impossible de savoir ce qui va passer ou pas ; certains goûts me paraissent exacerbés. J’avais pris du poids avec la cortisone, j’en reperds avec le Vidaza. Cela ne me chagrine pas et je disais l’autre jour à Michel : « Tu vois, j’ai perdu trois kg en un mois, bientôt je vais retrouver mon poids de jeune homme. » Réponse :  » Mmmmm, à ce rythme-là, ça risque de prendre pas mal de temps, non ? ». Ce n’est pas faux, surtout que Doc Sylvie a prévenu : « Je ne vous laisserai pas vous dénutrir, votre corps va avoir besoin de beaucoup d’énergie ! »

Tiens, un autre exemple de « on ne nous dit pas tout » : les résultats d’examens ne sont pas directement transmis au malade, enfin pas tous. Le scanner par exemple : j’en aurai un résumé par Doc Sylvie qui fera le tri et me donnera les grandes lignes de ce qu’elle voudra bien me transmettre. Peut-être me lira-t-elle le résumé dans son intégralité, ou alors elle choisira, par souci d’efficacité, de souligner ce qui est important de ce qui ne l’est pas à ses yeux.

Voilà, c’est dimanche et je vous propose d’écouter Véronique Sanson, je sais que cela va plaire à certains.

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  1. Avatar de Valéry Sauvage
    Valéry Sauvage

    « on ne nous dit pas tout »
    Ça y est, Joël a basculé du côté obscur des complotistes… C’était à prévoir.

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