Me voilà, enfin ! Je vous ai habitués à être plus matinal, et ce n’est pas bien. Il faut casser la routine, vivre dangereusement et savoir attendre la petite chronique quotidienne, ou presque.
Je me suis réveillé vers 7 h 20, ce qui s’apparente à une grasse matinée, car je suis un matinal depuis que je suis tout petit. Dès que j’entendais mon père (matinal lui aussi) s’activer dans la cuisine avant de descendre au bureau, je déboulais dans la cuisine en pyjama : « Mais tu es déjà debout ? ». On ne se refait pas et j’imagine que c’est un gène paternel qui traîne en moi. Papa voulait arriver le premier au bureau, et moi je faisais la même chose quand je travaillais : premier arrivé en salle des profs quand j’enseignais, puis premier arrivé au bureau quand j’étais principal. Mais le cuisinier était déjà arrivé… On ne peut pas être le premier tout le temps !
Tout cela pour vous dire que j’ai failli louper le merveilleux spectacle de cette jolie pleine lune à travers une brume légère qui se dissipe déjà. Je m’en serais voulu ! Il paraît que c’est la lune du Castor. Je vous avoue que j’ai un peu de mal avec toutes ces appellations. Dans mon jeune temps, mon père regardait l’almanach de la poste, celui avec les jolis chatons gnan-gnan que j’avais eu le privilège de choisir et disait : « Tiens, dans deux jours, c’est la pleine lune. » Il n’y avait pas d’autre précision : pas de lune de la Fraise, ou de je ne sais quoi. Ah si, une fois dans l’année, il surveillait l’arrivée de la lune Rousse qui mettait en danger ses jeunes plants à cause du gel possible, c’est vrai.
Bref, c’est l’automne et c’est le weekend. D’ailleurs, pour les vieux que nous sommes, le weekend ne signifie pas grand-chose. Ce sont deux journées où on ne fait pas grand-chose à part profiter du temps qui s’écoule paisiblement. De toute façon, pour les escapades, c’est un peu compromis : le lundi j’ai prise de sang, puis piqûres de Vidaza au CHU. Ce n’est jamais au même horaire : une fois à midi, puis en début d’après-midi, puis en fin d’après-midi. Hier, Hélène, l’infirmière de service m’a appelé pour savoir si je pouvais avancer d’une heure la cure. Bien entendu, on a fait mieux puisqu’on est arrivé vers 13 h 15 au lieu de 13 h 30. « Oh, c’est génial, merci beaucoup, vous me sauvez mon planning ! »
J’étais content de la voir souriante, soulagée et elle m’a expliqué que cela lui permettait d’éviter un carambolage de patients qui seraient arrivés en même temps. Bref, nous lui avons simplifié sa journée.
Le thermomètre dans l’oreille a bipé à 37.8°. Ce n’est pas de la fièvre au sens strict du terme, mais je sais que si je ne prends rien, ce sera 38.5° en fin de journée. Visiblement, il n’y a pas d’explication, j’imagine que c’est l’inflammation permanente provoquée par la maladie qui entretient ces pics fiévreux. Heureusement, la technique des « pieds qui frottent » que plusieurs d’entre vous ont découvert, me permet de savoir si je dois prendre ma température ou pas.
Aujourd’hui, ce sera repos total : pas d’aller-retour au CHU le samedi et le dimanche, et c’est tant mieux. Trouver une place de stationnement est quasiment mission impossible, y compris pour les soignants qui se plaignent également. Dans ces cas-là, si une place ne se libère pas miraculeusement, Michel se gare en double-file et reste dans la voiture après m’avoir déposé devant l’entrée du service. J’imagine parfois des conducteurs qui tournent pendant des jours et meurent d’épuisement au volant…
Demain, ce sera salon du livre à Chemillé. J’ai hésité longtemps à maintenir ma candidature, je sais que ce sera fatigant, sans doute inconfortable pour le pépère malade que je suis en ce moment. Mais ce sera l’occasion de sortir de voir du monde et d’échanger. Finalement, c’est aussi bien que la greffe soit reportée, cela me donne un petit sursis automnal. Je suis un peu comme la dernière feuille accrochée à la branche : je sais que le grand saut est inévitable, mais je suis heureux d’être encore là.
Je vous souhaite un bon weekend, profitez-en pour aller vous promener en forêt, ou sur la plage. Vous me raconterez.



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