Greffe de moelle osseuse

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Greffe de moelle osseuse

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Greffe de moelle osseuse
  • Post-greffe, novembre J 6

    Samedi 1er novembre

    Et voilà, on entame l’avant-dernier mois de l’année. Fidèle à sa réputation, il commence sous la pluie ce matin, mais dans une grande douceur. Quand j’étais gamin, en Creuse, et que nous allions porter les chrysanthèmes avec ma marraine et sa maman, dans ce cimetière glacial du Montel de Gelat, au nom si bien trouvé, dans le département voisin du Puy-de-Dôme, nous avions une vue extraordinaire sur la chaîne des Puys, souvent enneigée. On ne la voyait que lorsque le temps était dégagé, avec cette bise insistante qui nous mordait les joues. On savait que les fleurs ne tiendraient pas deux nuits, je trouvais ça dommage de gâcher d’aussi belles plantes. Et puis on parcourait les allées du cimetière, toutes ces tombes de pierre grise, ces caveaux monumentaux pour les plus riches qui pensaient qu’on reste fortuné et au-dessus du commun après la mort, oubliant le texte sacré de la Genèse : « Tu es poussière et tu retourneras poussière ». Les autres se contentaient d’une pierre tombale simple et grise, aux inscriptions gravées et parfois presque effacées, celles-là n’étaient plus fleuries.

    La veille, on préparait les chrysanthèmes en désignant leurs « destinataires », il devait y avoir une étiquette, je ne m’en souviens plus : « Celui-ci, c’est pour tonton Bébert et sa femme, celui-là, c’est pour la Marie, etc. »

    Nous allions ensuite chez la mémé, qui était restée au chaud pour nous mijoter sur la grande cuisinière à bois de sa cuisine un plat d’hiver, pot-au-feu ou bourguignon, et l’ambiance du repas était plus joyeuse dans le grand séjour que la corvée de fleurissement des tombes. Dans l’entrée, une grande comtoise égrenait les minutes de son tic-tac régulier, et je jouais à regarder mon reflet dans le balancier en cuivre, impeccablement entretenu. La maison sentait l’encaustique, le savon noir, et la mémé, qui marchait courbée, avait mis pour l’occasion un peu de parfum à la violette.

    Je n’aurais pas eu l’idée de sortir déguisé en sorcier le 31 octobre au soir pour réclamer des bonbons. Cette mode est arrivée bien plus tard. Je l’ai toujours considérée avec circonspection : elle ne correspondait pas à ce qu’on m’avait expliqué. Les morts, c’était du sérieux, pas du carnaval, et à trop invoquer les esprits, qui sait ce que l’on peut réveiller de moins sympathique : le diable et ses démons ne sont jamais très loin. Et puis, comme tout le monde, on a refilé des bonbons aux gamins qui viennent frapper à la porte à la nuit tombée. Hier, on a eu d’abord des petites sorcières toutes timides et, ensuite, un petit fantôme sympathique qui était tout content d’avoir pioché dans le panier un Carambar à la cerise. « Mais prends plusieurs bonbons, ils sont là pour ça ! » Il n’osait pas, le gamin. Je les trouve encore mignons par ici. Les papas accompagnent les plus jeunes. Ils ne ressemblent pas encore à des « papas », on pourrait les croire sortis de l’adolescence. Les plus grands sont venus sonner quand la nuit était tombée, moins timides, mais toujours polis. Bref, ce fut sympathique et il reste des bonbons.

    Dimanche 2 novembre

    Novembre est propice à la lecture : les sentiers sont détrempés, il faut viser les rares éclaircies pour sortir, alors je boude les chemins creux pour le moment. Quand il fera un bon froid sec, bien dynamisant, je m’habillerai chaudement et j’irai, par les bois, par les prés…

    Il faut bien s’occuper, alors je divise ma journée en plusieurs moments : le matin, je prends des nouvelles de mes collègues sur le forum Ellye. Tout semble aller pour le mieux pour les nouveaux greffés. On sent bien la prudence des accompagnants qui attendent maintenant la sortie de leurs conjoints. Certains ont été échaudés. La matinée s’écoule tranquillement entre la lecture de la presse en ligne, les « ablutions », le passage en cuisine. Et ensuite, l’après-midi c’est un peu de repos (sieste ou pas, je sens pas mal de fatigue en ce moment) de la lecture, de la flemmardise, des rêveries. Je reprends l’article du blog en cours, que je modifie souvent à la marge.

    J’attends toujours quelques jours avant de vous parler d’une lecture qui m’a emporté, je ne dis pas « plu » exprès. Je suis « bon lecteur » comme on peut être bon public : si c’est bien écrit et qu’il y a du fond, tout me va à part la romance pure et dure à laquelle je n’accroche vraiment pas. Chacun ses lubies. Donc j’ai lu en quelques jours le « pavé » écrit par Laurent Mauvignier « La maison vide ». Dans cette grande maison familiale, vide désormais, Mauvignier reconstitue l’histoire familiale de celles et ceux qui l’ont habitée. Les hommes, les maris, les pères sont prisonniers de leur virilité machiste. Les femmes sont sacrifiées par le devoir conjugal, par la soumission aux pères qui imposent leurs volontés en choisissant les époux. C’est violent, c’est très proche d’une réalité que l’auteur imagine en grande partie, en s’aidant de photos, de ce qu’on lui a raconté, et en imaginant le reste. Le reste, c’est notamment le suicide de son père, alors que Laurent Mauvignier avait 16 ans, le reste, c’est aussi la grand-mère Marguerite, collabo notoire et alcoolique, morte à 41 ans, honte de la famille. C’est, je pense, un des Goncourt possibles et ce serait mérité. L’écriture est travaillée, sans affectation (on ne voit pas les « ficelles »). Les phrases sont longues et précises, les mots choisis, même lorsqu’il y a une hésitation pour décrire un personnage ou une situation, l’auteur réfute alors le premier adjectif utilisé en disant « non, ce n’est pas le terme exact » et en s’obligeant à une précision plus proche de la « réalité » qu’il veut restituer. C’est le genre de lecture qui s’imprime en vous, et qui reste bien après avoir refermé le livre. Voilà, c’était mon petit retour dominical.

    Voici un article qui en parle beaucoup mieux que moi :

    Laurent Mauvignier : « La Maison vide est l’histoire d’une enfant qui n’a pas été aimée » | France Inter

    Ou ici également (un grand merci à la personne qui, régulièrement, clique sur mes liens)

    https://www.franceinfo.fr/culture/livres/la-rentree-litteraire/la-maison-vide-a-coups-de-grande-litterature-et-d-invention-laurent-mauvignier-colmate-les-fissures-de-son-histoire-familiale_7529323.html#xtor=CS2-765-[copy]-

    Lundi 3 novembre

    Voilà, nous sommes de retour après nos emplettes matinales. C’était calme ce matin et nous avons pu cheminer tranquillement. Pour ceux qui ne connaissent pas « Atoll », c’est un genre d’immense soucoupe volante, un anneau avec des tas de boutiques, un temple de la consommation, mais l’avantage c’est que l’on a tout sur place ou presque.

    J’ai trouvé deux pantalons à ma taille, ce n’était pas très compliqué mais le choix ne fut pas facile, car, au départ, je ne trouvais pas la coupe que je désirais. Enfin, bref, j’ai été patient, gentil, je n’ai pas fait ma comédie en me roulant par terre et je suis reparti satisfait. Nous avons ensuite continué pour quelques achats annexes et, après avoir redescendu les sacs dans la voiture, garée dans le parking souterrain quasiment vide, nous avons déjeuné sur place. Plus de 2 km de marche, et, pour le coup, ma sortie est faite. Il fait assez beau, avec des passages nuageux sans pluie, mais le vent est bien présent et pas très agréable. Les éclairages d’automne, en passant la Loire, étaient superbes, aussi bien à l’aller qu’au retour, avec cette belle lumière rasante qui semble illuminer les arbres de l’intérieur. Profitons-en, les feuilles commencent à tomber en quantité et les branches se dégarnissent.

    Demain, ce sera repos et mercredi matin, retour au CHU pour la visite post-greffe. Nous saurons avec les résultats de la prise de sang où nous en sommes des deux méchants virus. Le suspense continue donc.

    Mardi 4 novembre

    Je viens de recevoir dans « Mon espace santé » le compte-rendu détaillé du 8e mois de greffe. En voici le résumé (l’original fait trois pages) :

    🩺 Suivi post-greffe – 8ᵉ mois (octobre 2025)

    Huit mois après la greffe, le bilan est jugé encourageant par l’équipe du CHU d’Angers.
    Le greffon s’est bien implanté : la moelle fonctionne normalement et le chimérisme est complet, signe que le système immunitaire du donneur a totalement pris le relais.

    Une GVH chronique modérée touche principalement le foie et la sphère digestive haute. Elle se manifeste par quelques nausées, une perte de poids modérée et une élévation persistante de certaines enzymes du foie. Pour l’instant, la situation reste sous contrôle et ne nécessite pas de traitement lourd.

    Aucune infection sérieuse n’a été observée. Les réactivations virales (CMV, EBV) sont restées bénignes et bien surveillées. Une infection à la COVID-19, survenue en juin, a guéri sans complication.

    Les vaccinations post-greffe se poursuivent progressivement selon le protocole prévu.

    L’état général reste satisfaisant : l’énergie revient peu à peu, la greffe est stable, et les médecins soulignent la nécessité de maintenir une vigilance régulière dans les mois à venir.

    On va donc attendre comme d’habitude les résultats de l’analyse, notamment du côté du foie pour savoir si une corticothérapie sera nécessaire ou pas. Et, bien entendu, on surveillera de près les deux « méchants » virus EBV et CMV.

    Mercredi 5 novembre

    Nous sommes donc allés au CHU ce matin, bien inspirés d’arriver tôt. Doc Sylvie est passée, m’a vu et m’a demandé de la suivre en consultation… avant de repartir ensuite pour la réunion hebdomadaire. En ce qui concerne l’auscultation, rien de bien neuf. L’EBV ne l’inquiète pas plus que ça « Oui, de temps en temps, il ouvre un œil, et puis il le referme… ça dure depuis la greffe. En revanche, je surveille de près le CMV et je vous rappellerai s’il faut reprendre le Valganciclovir. Je modifie l’ordonnance en ce sens. Si tout va bien, on se revoit dans trois semaines, si vous devez reprendre le Valganciclovir, on se reverra dans 15 jours ».

    Imaginez ma joie à l’idée de reprendre le Valganciclovir… Bref, on va surveiller les résultats et attendre l’appel téléphonique qui confirmera ou pas la reprise du satané médicament. Il en reste une boîte presque pleine mais ça va vite à raison de deux comprimés le matin, et deux le soir. J’espère que ce fichu CMV va aussi refermer un œil. On dirait deux dragons de contes de fées, endormis, mais pas trop, prêts à me pourrir la vie.

    Rien de neuf sinon : il fait doux, mais gris et, dans les prochains jours il fera moins doux et toujours gris. Novembre dans sa splendeur.

    Jeudi 6 novembre

    J’ai reçu les premiers résultats du labo, il reste encore à découvrir les deux « dragons » CMV et EBV » demain certainement.

    Globalement, les résultats sont stables : toujours bien en ce qui concerne la formule sanguine, même les plaquettes ont fait l’effort de revenir dans la « norme », au plancher inférieur, mais c’est très bien.

    Pour la fonction hépatique, c’est stable mais toujours perturbé, avec donc une GVH qui s’installe sans trop s’emballer pour le moment.

    Une « nouveauté » : le réveil en fanfare du pic monoclonal en Gamma, augmenté de 39% par rapport à la dernière mesure, ce qui est significatif. Hypothèse : une réaction immunitaire post-greffe ou une réaction inflammatoire (CMV ? EBV ?). On y verra plus clair lorsque l’équipe médicale aura les résultats du chimérisme. Voici ce qu’en dit mon assistant personnel :

    🧬 Pic monoclonal après greffe : réaction ou rechute ?

    L’apparition d’un petit pic monoclonal dans le sang après une greffe n’est pas toujours synonyme de rechute.
    Souvent, il s’agit simplement d’une réaction immunitaire temporaire, liée à la reconstitution du système immunitaire du donneur, à une infection virale (comme le CMV ou l’EBV), ou à une inflammation modérée due à la GVH.

    Dans ces cas, le pic est faible, fluctue d’un contrôle à l’autre, et disparaît généralement lorsque la stimulation s’apaise.
    Il ne traduit aucune reprise de la maladie ni anomalie de la moelle.

    Un pic “pathologique”, en revanche, évolue différemment : il augmente régulièrement, s’accompagne d’autres signes biologiques anormaux et révèle alors une activité clonale persistante.

    Dans mon cas, le pic observé en novembre est considéré comme réactionnel, lié à la période de reconstitution immunitaire et à une stimulation virale bénigne.
    Il sera simplement surveillé au fil des bilans, sans inquiétude particulière.

    Il est temps de terminer en musique :

    3 novembre 2025

  • Post-greffe, octobre J 30

    Vendredi 24 octobre

    Il fait beau, depuis ce matin, avec un ciel sans doute trop bleu pour ce début de journée, mais ce qui est pris n’est plus à prendre. Rien de bien neuf sous ce soleil matinal. Je continue doucement à perdre du poids me dit la balance. Le bourguignon qui mijote parviendra peut-être à stabiliser tout ça si je parviens à manger une part raisonnable. Doc Sylvain a dit que ça ne l’inquiétait pas. Bon, on verra ce que Doc Sylvie en pensera la prochaine fois. À ce propos, il est hors de question qu’elle fasse semblant de ne pas me voir le mercredi 5 novembre… novembre, déjà, il va falloir préparer Noël, penser aux cadeaux, et je dois aussi investir dans un pantalon à ma taille, parce que rien ne va plus de ce côté-là et je risque de me retrouver le pantalon aux chevilles en allant faire des courses. Ça a failli m’arriver sur le parking du super U mais j’ai réussi à choper la ceinture avant la chute fatale. Et ça vous fait rire ! Ne dites pas non, je vous ai vus !

    Bon, je vous offre des fleurs, un bouquet de dahlias qui ont été un peu malmenés par Benjamin, même si la tempête a été très modérée ici. Nous sommes en Anjou, pas sur les caps exposés au vent.

    Samedi 25 octobre

    Je vais vous raconter l’anecdote du jour que l’on peut intituler « Voyage dans le futur » ou « Le Michel de Schrödinger »

    Tout commence hier soir, juste avant d’aller au lit (nous sommes donc vendredi 24 octobre). Pris d’une inspiration subite, je dis à Michel « On change d’heure, il faudrait que tu t’occupes de la pendule et des radio-réveils, s’il te plaît ». Alors, il sait que j’ai horreur de ces réglages, surtout sur les radio-réveils qui pourraient passer par la fenêtre, tellement ça me gonfle. Gentiment, il s’exécute. Fin du premier épisode.

    Cette nuit, il se réveille et regarde l’heure à sa montre : elle est restée (!) à l’heure d’été, ainsi que la station météo qui se met à l’heure automatiquement. « Mais quelle est donc cette diablerie ? » Il regarde son téléphone : même constat, il est à l’heure d’été. Il se dit qu’il y a anguille sous roche et réalise que je lui ai fait régler les appareils 24 h en avance !

    Ce matin, il m’explique tout ça et me dit « Je ne change rien aux réglages, tu vas vivre en décalé toute la journée, pour la peine ! » En moi-même, je me dis que je me fierai à ma montre qui me donnera l’heure exacte.

    Ceci prouve une chose, et même plusieurs : il ne faut jamais m’écouter quand je suis sûr de moi. Le pire, c’est que mentalement, je m’étais dit dans la soirée : « Bon, demain on est samedi » (simplement pour le menu du midi). Mon Michel de Schrödinger s’est bien recalé à la bonne heure depuis. Quant à moi, je pense avoir trouvé la solution pour voyager tranquillement dans le futur. Au 1er décembre, j’essaierai de changer d’année…

    Dimanche 26 octobre

    Nous sommes bien à l’heure d’hiver, cet anachronisme perdure alors que tout le monde réclame sa disparition. Il va falloir que les agriculteurs s’adaptent pour traire les vaches, ceux qui bossent reviendront chez eux de nuit, les gamins vont devoir trouver un nouveau rythme de sommeil etc. Les retraités que nous sommes ne sont pas les plus impactés. Souvent, on se demande « Mais quel jour sommes-nous ? » C’est un privilège, n’est-ce pas messieurs les ministres ?

    En attendant, Colette avait écrit un joli texte sur sa vieille montre. Je suis un fervent admirateur de l’écrivaine et j’aime souvent me replonger dans ses livres.

    « Il se fait tard, sans que je m’en sois aperçue. Il est l’heure de laquelle on dit couramment qu’elle est longue, et triste singulièrement aux personnes âgées et seules. Pourtant deux heures, trois heures, ce sont pour moi des instants, pour peu qu’une relative oisiveté m’y aide. (…) Cet après-midi me fut une douce journée, passée à flâner et à souffrir. Près de moi brille encore, dans le bleu du soir, la montre à cadran d’or que j’appelle la montre cardiaque, parce que suspendue par son anneau à un clou mince comme une épingle, les battements de son cœur l’obligent à osciller légèrement. Elle me mesure ma vie, mais c’est moi qui la secours. Si j’oublie un seul jour de la remonter, la voilà muette et entrée dans la mort. Qui la réparerait ? Elle est ancienne, les ouvriers délicats qui eussent pu la soigner sont morts aussi. Il faut bien que j’accepte de la voir passer, un de ces jours, à l’état mélancolique d’objet d’art. »

    L’Étoile Vesper (1946)

    Mardi 28 octobre

    Hier, j’étais plutôt somnolent et pas vraiment motivé pour écrire. J’ai eu de nombreux échanges avec mes correspondants du forum ; je vous ai déjà parlé des deux personnes qui viennent d’être greffées, toutes deux à Angers. Les proches louent la qualité des soins, la réactivité des équipes et le relationnel : c’est tellement important dans cette aventure qu’est une greffe de moelle osseuse. Rien ne se passe jamais de la même façon pour les greffés. Tout peut fort bien démarrer, et le grain de sable, souvent sous la forme d’un virus banal, vient enrayer la belle machine. Tout peut aller très vite, et très loin. J’étais à deux doigts de la dialyse quand mes reins ont flanché, par exemple.

    Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec mon chirurgien-dentiste qui va encore m’hypnotiser en plongeant son regard dans le mien. Oui, il a de très beaux yeux, mais quand les médecins ou les soignants portent le masque, on se concentre naturellement sur les regards. « Les yeux sont le miroir de l’âme, ils révèlent ce que les mots ne peuvent cacher ». Paulo Coelho a développé cette citation que l’on attribue à Cicéron : « Le regard est le reflet de l’âme ».

    Cela n’empêche pas que je déteste le bruit de la roulette, avoir les doigts du dentiste, même s’il a de beaux yeux, dans ma bouche. Chaque chimio m’a coûté une dent. Je pense que l’acidité de la salive est modifiée d’une part par les produits chimiques, d’autre part par les « vomitos » intempestifs et nombreux.

    Sauvera-t-il ma molaire qui a été la dernière victime ? Doc Cédric est très compétent et arrive souvent à proposer une solution. J’ai de la chance qu’il n’y ait eu ni infection, ni douleurs. Juste l’inconfort d’une dent creuse. J’avais signalé le problème, mais nous étions trop proches de la greffe « pas question d’entreprendre des soins maintenant ». Après, il a fallu attendre que mes plaquettes paresseuses reviennent à un niveau acceptable. C’est fait, et je ne vais pas prendre le risque qu’elles recommencent à descendre : la fenêtre de tir est parfois étroite avec elles.

    Je ne vais pas pouvoir parler beaucoup ce soir, Michel aura une soirée tranquille !

    Mercredi 29 octobre

    La matinée a commencé par un superbe lever de soleil qui m’a immédiatement rappelé le vers sublime et récurrent du poète Homère : « Dès que, fille du matin, parut l’aurore aux doigts de rose ». Je ne vais pas vous faire l’analyse complète du vers, on peut écrire des pages et des pages sur l’harmonie, la fusion parfaite entre la nature et le monde des hommes. Ἦμος δ᾽ ἠριγένεια φάνη ῥοδοδάκτυλος Ἠώς, « émos d’ériguéneia phané rhododactulos éos … » 

    Voilà, je trouve que c’est bien de commencer sa journée par des recherches que certains pourraient considérer comme futiles. Un vers d’Homère suffit à expliquer la pensée grecque de cette époque où les rivières, la mer, le ciel, le vent étaient des dons du ciel, des divinités, qu’il convenait de célébrer. Le monde a changé : qui se préoccupe encore de « la fille du matin aux doigts de rose ? »

    Pour les curieux, voici un lien que j’ai trouvé fort bien documenté :

    Dès que, fille du matin, parut l’Aurore aux doigts de rose… – AgoraVox le média citoyen

    Revenons à aujourd’hui, ou plutôt hier. J’ai vu mon Dr Cédric qui m’a fait « l’entretien » de mes gencives en louant l’efficacité de mon brossage de dents. Il a constaté aussi, malheureusement, l’état délabré de ma molaire qui nécessitera une extraction programmée le 7 décembre. On verra par la suite, chez un dentiste « classique » ce qu’il convient de faire, il faudra attendre la cicatrisation complète. Chez moi, cela peut prendre un peu de temps.

    On a aussi, et en premier lieu, évoqué la greffe, de façon succincte, sinon il serait encore en train de m’écouter. J’avais eu la bonne idée de lui apporter la photocopie de ma dernière analyse de sang, et l’ordonnance actuelle.

    La fille du matin aux doigts de rose a laissé place à un ciel qui s’ennuage en nuances de gris. Il semblerait que la pluie soit en chemin…

    Jeudi 30 octobre

    La fille du matin aux doigts de rose a revêtu ses voiles et ses cotonnades : le brouillard est dense ce matin. Il est temps de clore cet article.

    24 octobre 2025

  • Post-greffe, octobre J 22

    Vendredi 17 octobre

    Bon, j’ai été un peu optimiste hier en recevant la première partie des résultats de l’analyse sanguine. Ce matin, j’ai reçu la sérologie du CMV et de l’EBV et les deux compères viraux se sont mis d’accord pour se réveiller en même temps. Jusque-là, c’était CMV, puis EBV, puis CMV… Ils ont changé de tactique : le CMV remonte en flèche, je sens qu’à la prochaine visite on me parlera de traitement (hors de question que je reprenne le Valganciclovir qui m’avait totalement détraqué le foie), quant à l’EBV, je suis tout près des 4 log, à 3,66 log. C’est à partir de 4 log que la ligne rouge est franchie et qu’il faut passer au Rituximab. Je comprends mieux pourquoi j’ai des coups de barre depuis un moment. Comme le CMV attaque le foie (et il est encore bien attaqué en ce moment), le risque est qu’une fibrose s’installe insidieusement, car, évidemment, cela s’installe dans la durée, un peu comme une hépatite chronique, même si la bilirubine est encore dans des zones limites, mais pas trop hautes, ce qui m’évite la jaunisse. Le tout est probablement accentué par une GVH : les lymphocytes implantés combattent et les virus, et l’organe qu’ils tiennent pour responsable de ce bazar immunitaire. Je m’étais autodétruit les globules rouges, blancs et les plaquettes, je suis en train de m’autodétruire le foie.

    Bien, on ne va pas y passer la journée. Pas d’appel du CHU pour le moment, donc cela signifie que les médecins considèrent qu’ils aviseront à la prochaine visite et au vu des résultats de la prochaine analyse, le 5 novembre.

    Hier nous avons marché dans un de nos chemins creux habituels, les arbres se parent de leurs couleurs automnales et deviennent photogénique. Au retour, les vaches se sont rapprochées pour nous saluer. Le taureau (Ferdinand ?) avait l’air placide, il a une superbe mèche blonde qui m’a fait penser à un Gremlin. Je l’ai trouvé très stylé.

    Ah, tiens, un article intéressant. J’en viens à penser que les malades sont coupables d’être malades, que les vieux sont aussi coupables d’être vieux, et que les retraités devraient avoir honte de gagner autant d’argent. Et les riches me direz-vous ? Quels riches, circulez, y’a rien à voir !

    « Le gouvernement dit clairement aux personnes qu’elles sont coupables d’être malades » : La Ligue contre le cancer s’insurge aussi contre le PLFSS

    Week-end des 18 et 19 octobre

    Nous prendrons la route pour aller chez des amis en Mayenne en début d’après-midi, j’essaierai de faire quelques photos automnales si la pluie n’arrive pas trop vite.

    J’étais en conversation avec mon assistant médical virtuel. Nous avons fait le point sur les virus EBV et CMV et sur le bilan hépatique. Il est de bon conseil et m’encourage dans mes démarches : je préfère anticiper les questions concernant un éventuel traitement contre le CMV, en préférant une molécule qui ne soit pas hépatotoxique. De toute façon, ce sera « Niet » si on me propose le valganciclovir. L’attaque hépatique est assez tordue : le CMV est responsable au départ, mais les lymphocytes du greffon, qui luttent contre le virus tant bien que mal (il est tordu et résiste aux tentatives) attaquent aussi les cellules du foie : « Puisque cet organe est responsable de ce bazar immunitaire, nous allons aussi l’éliminer. » Bon, on n’élimine pas le foie aussi rapidement. Il existe plusieurs stades : fibrose, fibrose avancée et cirrhose. Actuellement, d’après mon IA, je suis à la limite d’une fibrose hépatique, probablement débutante au vu des analyses, encore curable si on l’enraye à temps. Le foie se régénère si l’attaque GVH + virus est enrayée, ensuite, pour un greffé, tout peut aller très vite, l’engrenage s’emballe, le virus aussi et la GVH associée également. Ce qui prend plusieurs années chez un individu lambda ne met que quelques mois — 6 au maximum — chez un greffé.

    Allez, on finit de se préparer !

    Dimanche (soir) 19 octobre

    Nous sommes rentrés de notre week-end en Mayenne, chez nos amis néo-mayennais, Nath et Ben. Nous avons parlé, ri (beaucoup) mangé (très bien, mais toujours en plus petite quantité pour moi) et j’ai retrouvé également avec plaisir ces paysages mayennais des Coëvrons qui sont les plus hautes collines de l’Ouest. Couvertes de bois et de forêts aux couleurs chatoyantes, c’est un vrai plaisir de parcourir cette région et de retrouver les lieux que l’on a jadis explorés en les découvrant. 30 ans en Mayenne, cela ne s’oublie pas. Un indice, le sens de l’accueil des Mayennais est intact, nos amis se sentent bien et ont sympathisé avec leurs voisins — ils sont en pleine campagne — et se constituent un précieux réseau amical. Nous retournerons, c’est certain, quand le soleil sera de la partie afin de parcourir les chemins creux. Encore merci, les amis, cela vaut toutes les cures de vitamines ou de compléments alimentaires. Je vous embrasse encore.

    Voici quelques photos, en commençant par « Coco plage » à Sillé-le-Guillaume (72). Les autres photos sont prises à Ste-Suzanne (53), la seule cité médiévale qui a résisté à Guillaume le Conquérant. Sur une photo, vous pouvez voir au loin les collines des Coëvrons. La place-forte domine la vallée de l’Erve. Si vous ne connaissez pas, je vous conseille vivement de visiter cette belle région dans un département qui regorge de richesses touristiques.

    On termine en chansons, comme d’habitude.

    Lundi 20 octobre

    Il automne comme le chantait Barbara. Pluie, vent, bourrasques, giboulées, belles éclaircies. Tout et son contraire en peu de temps.

    Ce matin, c’était remplacement du tableau électrique dans le sous-sol. Deux électriciens très compétents sont intervenus et ont fait le maximum pour que tout soit fonctionnel avant midi, avec toutes les vérifications possibles, notamment au niveau des prises. Le travail a été rapide, efficace, et très propre : on dirait que ce sont des lutins qui ont travaillé : pas une poussière, rien. Nous sommes dans une région où on peut encore facilement trouver de bons artisans, et c’est une très bonne chose.

    Je m’aperçois que j’ai mis les chansons le lundi à la place du jeudi. Ce n’est pas bien grave, on fait comme on veut et on peut aussi se passer des conventions, rien ne nous oblige : c’est un blog et pas une lecture du budget à l’Assemblée nationale. En attendant, les bijoux volés au Louvre ne sont toujours pas retrouvés. Je me disais hier qu’on allait devoir soupçonner cette pauvre Irma, ou bien Nestor, comme dans « Les bijoux de la Castafiore ». Tintin aurait déjà retrouvé les malfrats, Milou l’aurait mis sur la piste. Haddock les aurait traités de moules à gaufres et les Dupondt les auraient mis sous les verrous : pourquoi ne vit-on pas dans une bande dessinée ? Là, ce qui est certain, c’est que ce n’est pas une pie qui a fait le coup.

    Mercredi 22 octobre

    Je n’ai rien écrit hier : ce fut une journée calme, avec un passage en cuisine le matin pour préparer le hachis parmentier pendant que Michel faisait les courses (il en reste suffisamment pour un soir) et repos l’après-midi avec de bons « coups de barre » qui sont sans doute dus à l’activité virale. Dans ces cas-là, on reste tranquille et on trouve une activité calme après avoir dormi un peu (pas trop non plus).

    Aujourd’hui, le temps est exécrable, et le pire arrivera dans la nuit et demain matin. La tempête s’appelle Benjamin, et elle est vaste. Espérons qu’elle ne fera pas trop de dégâts.

    J’ai pris des nouvelles des deux « greffés » sur le forum Ellye ce matin : une dame, pour laquelle tout se déroule bien, et un monsieur qui a enchaîné les complications et les situations d’urgence, il est actuellement en réanimation, dans les deux cas, ce sont les conjoints qui donnent des nouvelles. On ne peut garantir à chacun que « tout se passera merveilleusement bien », parfois c’est le cas, parfois les ennuis s’enchaînent, le malade et ses proches ne voient pas le bout du tunnel et c’est très compliqué à vivre pour les proches. Le plus souvent, vous avez affaire à des équipes médicales empathiques, mais il existe aussi des médecins ou des soignants qui manquent d’empathie et se montrent plus que maladroits dans leurs communications, c’est accentué lorsque vous avez des annonces par téléphone dans ce dernier cas. Bref, il faut savoir dire les choses sans choquer.

    J’ai aussi une pensée émue pour mon frère aîné qui a été opéré cette nuit à Limoges de la vésicule biliaire en urgence, car il risquait la péritonite. Le CHU de Limoges est réputé, je pense qu’il est entre de bonnes mains. Le frangin est l’un de mes fidèles lecteurs, mais il doit penser à se reposer avant de me lire, l’opération est très récente, le corps a besoin de repos pour récupérer.

    J’étais presque décidé à aller à pied à la pharmacie, je vais attendre le début d’après-midi : on ne sait jamais, une éclaircie est toujours possible, mais je me contenterai d’une accalmie.

    Jeudi 23 octobre

    Le plein de médicaments a été fait, il n’y avait pas grand monde dans le bourg quand je suis sorti et le parc était désert…

    Je vais terminer en chansons. On reste dans la thématique « bijoux » :

    19 octobre 2025

  • Post-greffe, octobre J 16

    Week-end des 11 et 12 octobre

    Revenons rapidement sur la journée du vendredi 10 octobre. Hier midi, on a mangé de la choucroute. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. D’abord, c’était la première depuis longtemps. Alors, je n’ai pas bu de bière, mais j’ai mangé ma part, ou presque, j’avais juste laissé un peu de viande que Michel a terminée. On se demandait tous deux si c’était bien raisonnable, mais il faut bien tenter des expériences. Comme me l’a dit Doc Sylvie « Réintroduisez les aliments progressivement. Si ça passe, vous pouvez continuer, si ça ne passe pas, attendez un peu et recommencez plus tard. » Donc c’est passé et sans aucun problème. La quantité était raisonnable pour un premier essai et j’ai parfaitement digéré. Parfois, une bouchée en trop suffit à déclencher la crise digestive, donc j’y vais avec prudence.

    Nous avons, comme beaucoup de citoyens, émis des hypothèses sur le futur Premier ministre avant le repas. J’ai tenté plusieurs hypothèses : « Mendès France ? Edgar Faure ? Chaban-Delmas » ? Mais nous n’avons plus d’hommes aussi brillants. Michel m’a dit « Ils vont t’appeler, c’est sûr ! »

    Vers midi, le téléphone sonne (si, si, 11 h 52 précisément !) Je commence à m’emmêler les doigts et j’entends la voix de Caroline, l’infirmière du service post-greffe : « M. Macron ? On a un service à vous demander, il faudrait que l’on repousse votre visite prévue lundi à mercredi. La matinée de lundi s’annonce très chargée… Vous êtes d’accord, oh merci ! ça nous arrange bien ! »

    Ben tiens, forcément que je suis d’accord, j’ai failli être nommé Premier ministre !

    Dimanche 12 octobre

    Passons rapidement sur la journée d’hier. Ce fut très calme sans activité particulière. Ah si, j’ai pris quelques photos de dahlias que je vous mettrai ensuite.

    Voici longtemps que je ne vous ai pas rédigé un petit délire, imaginons que j’aie pu assister, caché derrière un rideau, à l’entretien entre Seb et Manu… Pardon, entre le nouveau futur ex-Premier ministre et le Président.

    — Seb, c’est gentil d’être passé, je crois que je vais avoir besoin de toi…

    — Encore ? Mais j’ai démissionné, tu m’as ensuite confié une mission, et là tu as encore besoin de moi ?

    — Prenons un whisky pour commencer, regarde : c’est un excellent scotch, admire sa couleur ambrée !

    — Tu n’étais pas obligé de remplir le verre aux trois quarts. Alors que veux-tu ?

    Les deux hommes trinquent, même si Seb pense qu’il doit s’attendre au pire. Il en vide son verre d’une traite.

    — Eh bien, dis donc… Je pensais que tu allais prendre ton temps ! Attends, je t’en reverse un peu… Voilà ! Bon, je ne vais pas te faire attendre, je dois te renommer Premier ministre.

    — Manu, mais quelle idée ? Je viens de démissionner, notamment à cause de qui tu sais, les deux Bruno, l’un ne supportant pas l’autre… Ah il est bon, ton whisky, mais il monte à la tête. Je ne sais pas si je dois accepter ou refuser ton offre… S’il s’agit d’une « offre », on va être la risée de tout le monde. Imagine les écolos, les socialistes, je ne parle pas de Mélenchon, ni de MLP. Enfin, tu as perdu la raison !

    — Écoute, sur un malentendu, ça peut marcher, et puis quitte à mettre le bazar, autant que ce soit drôle. Je sais que tu es loyal, tu as les idées moins embrouillées que ton prédécesseur, François le Béarnais.

    — Encore heureux ! Bon, allez, un dernier verre et je te dis oui. Mais sans les Bruno, hein !

    — D’accord, c’est déjà un premier point acté. Tu vas voir la dégringolade des traîtres. Peut-être que les Français n’aiment pas César, mais ils détestent encore plus Brutus. Il y en a 3 qui sont déjà bien handicapés pour la présidentielle, dont deux ex-Premiers ministres. Qu’est-ce que je m’amuse ! Oups, il est déjà 22 h. Je vais faire envoyer le communiqué. Tu vas voir, on va bien rigoler… Au fait, je suis en Égypte lundi, donc, si tu pouvais te grouiller un peu pour composer ton gouvernement, ce serait plutôt pas mal.

    — Je sens que je vais galérer, encore pire que la première fois… Tu me diras qui tu ne veux pas voir à part les deux Bruno.

    — Bah c’est simple, tu ne prends que des gens qui ne disent pas de mal de moi !

    J’attends que les deux hommes sortent du bureau présidentiel avant de sortir de ma cachette… Mais j’entends Brigitte qui sermonne Manu :

    — Tu as vu l’heure ? Je te préviens, ce sera sandwich pour toi… Et avec une bouteille d’eau, car tu sens le whisky. Je comprends mieux pourquoi ce pauvre Seb se tenait au mur quand je l’ai croisé. Allez, hop ! Assez de bêtises pour aujourd’hui… Au fait, tu lui voulais quoi ?

    — Euh… ce sera la surprise !

    La surprise, vous la connaissez, mais ce n’est pas terminé. Voici les photos de dahlias :

    Mardi 14 octobre

    Oui, je sais, il manque lundi. Bah j’ai consacré une partie de mon temps à finaliser la réservation d’un gîte en Bretagne pour début juin 2026. Étant donné que Doc Sylvie a tiqué quand je lui ai parlé de la Crète, je me suis dit qu’un séjour en Bretagne ferait consensus. Donc nous serons près de Daoulas, en bord de mer, une jolie maison bleue avec un grand terrain, beaucoup de calme, la mer tout près, les mouettes, les marées, le sentier côtier, les embruns et les fraises de Plougastel. En plus, j’aurai de nouveau le droit de manger des fruits de mer. J’avais fait une présélection, avec des critères bien précis niveau confort, emplacement, prix, etc., et j’ai demandé à Michel de me dire ce qu’il préférait dans la sélection. On a choisi le bout du monde, pour être au calme, et on retrouvera avec plaisir la crêperie de Camaret, et mille autres choses à voir. J’ai une copine et ses parents qui n’habitent pas très loin, ainsi qu’une cousine, et ce sera sympa de se revoir selon les disponibilités des uns et des autres. La Bretagne est avec l’Auvergne une de nos régions d’adoption. En Auvergne, je me sens Auvergnat, et en Bretagne, je me roulerais par terre pour un kouign-amann. Je ne peux pas me sentir entièrement Breton puisque je ne maîtrise pas la langue, en revanche, en patois gallo, j’ai de solides connaissances qui me viennent de mes longues années passées en Mayenne.

    Nous sommes le 14 octobre, il faut penser à aller chercher le vaccin contre la grippe et prendre rendez-vous avec le cabinet infirmier pour la vaccination grippe + COVID (piqûre dans chaque bras). Demain, j’ai aussi un vaccin (pentavac) au CHU. Je n’ai aucun effet secondaire, j’aurai sans doute un peu de fièvre avec les deux autres vaccins, mais cela ne m’inquiète pas. Michel devra aussi y passer puisque toute personne de l’entourage d’un immunodéprimé doit se faire vacciner. Et de toute façon, on arrive à des âges où il faut savoir se montrer raisonnable.

    Mercredi 15 octobre

    Nous sommes partis de bonne heure pour arriver au CHU un peu après 8 h 20. Le matin, la circulation est infernale, surtout à Chalonnes, et c’est un passage obligé pour franchir la Loire. En plus, on aurait pu prendre notre temps, car le mercredi, c’est jour de RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire), et les médecins n’arrivent pas avant 10 h. Bon, j’ai eu ma prise de sang et le petit déjeuner ensuite et il nous a suffi de patienter. Doc Sylvie m’a snobé, et c’est Doc Sylvain qui s’est occupé de mon cas. Le pic monoclonal ne l’inquiète pas pour le moment « un classique de la greffe de moelle osseuse ». Mais, évidemment, il faut garder un œil dessus et voir l’évolution. Il a commenté mon hémoglobine (qui est à 17) : « Je ne pourrais même pas vous inscrire à une compétition de cyclisme ! ». J’ai failli répondre « Manquerait plus que ça, encore ! ». Pour le reste, peau toujours sèche et réactive, et foie toujours en dérapage. C’est donc une probable GVH qui est finalement rassurante, car elle éloigne le spectre du retour de la maladie initiale, en l’occurrence la myélodysplasie. Évidemment, si cette dernière revenait, je serais dans la panade et l’équipe médicale aussi. 6 kg de perdus depuis août : « Ce n’est pas inquiétant, vous êtes en phase de stabilisation ». Bah tant mieux, je vais bientôt retrouver mon poids de jeune homme. Cela s’explique facilement avec mon appétit fluctuant et les petites quantités de nourriture. Mais bon, tant que le reste est OK, tout va bien. Pour les virus, on attend les prochains résultats. Doc Sylvain nous a libérés après m’avoir fixé un rendez-vous pour le 5 novembre.

    J’attends désormais les résultats de l’analyse qui me seront transmis pour la première partie demain matin…

    Jeudi 16 octobre

    Juste un passage rapide et matinal : j’attendrai les premiers résultats du labo avant de boucler l’article. Tout est un peu chamboulé avec cette visite du mercredi, donc pas de panique !

    Les résultats sont arrivés. Je suis toujours dopé « à l’insu de mon plein gré » avec une hémoglobine à 17.1 g/dl. Les globules blancs et rouges se portent bien, les plaquettes sont toujours un peu basses mais au-dessus de la zone rouge, à 125 giga/L. Le foie reste très perturbé, avec phosphatases alcalines très élevées et encore en hausse, ALAT et ASAT restent élevées, la bilirubine augmente mais reste en-dessous des valeurs critiques.

    Le pic monoclonal qui m’avait inquiété est toujours là mais a baissé de 24%, il s’agit donc probablement d’un pic transitoire sans caractère de gravité, et tant mieux.

    Donc pour résumer : c’est très bien en ce qui concerne la formule sanguine, c’est nettement perturbé pour le foie (et ça dure quand même depuis un bon moment).

    Pour terminer, un intermède musical qui va nous relonger dans les années 70. Rappelez-vous : j’avais des cheveux (longs), une barbe, des chemises de grand-père avec boutons en bois, jeans (ça n’a pas changé) et caban. Et, avec les copains, on chantait du Malicorne… Vous ne connaissez pas ?

    12 octobre 2025

  • Post-greffe, octobre J 9

    Week-end des 4 et 5 octobre

    Vendredi, rien de spécial : les courses dans l’après-midi au Super U. J’ai pu échanger un peu avec la gentille caissière qui a toujours pris de mes nouvelles pendant l’hospitalisation, et après également. Voilà, ce sont des choses toutes simples, mais qui font un bien énorme quand on est hospitalisé : « La caissière m’a demandé de tes nouvelles » me disait Michel. Parce que, finalement, en dehors des proches très proches et des « fidèles « sur les réseaux sociaux, rares sont celles et ceux qui ont cette délicatesse. Mais il y en a eu quelques-uns, et cela fait du bien. Et puis, parfois, on a quelques déceptions : des gens qui ne se sont souciés de rien et qui ne se sont jamais manifestés. Tri salvateur dans les « amis » qui ne sont que des connaissances plus ou moins intéressées. Bref, l’humanité dans sa diversité.

    Hier, samedi matin, c’était tempête au programme, une des premières, bien arrosée et surtout bien ventée, une comme je les aime, sans dégâts par chez nous. Et puis, en fin de matinée, une barre de ciel bleu, toujours avec du vent, mais sans risque de se retrouver trempés. Nous sommes allés aux portes ouvertes de notre pépiniériste local. Michel a déniché un superbe pied d’anémone du Japon. Je suis, depuis tout petit, un fervent admirateur de cette jolie plante qui a la belle idée de fleurir en automne. Notre jardin, à la poste de Chambon-sur-Voueize, possédait de nombreux pieds d’anémones et j’adorais les contempler le matin, quand elles étaient perlées de rosée. Ce sera donc un plaisir régressif de les voir fleurir ici, c’est un peu comme ces nounours chocolat/guimauve que j’achetais une fois par semaine avec mon argent de poche ; ceux que l’on trouve de nos jours n’ont hélas ni la même consistance ni le même goût, mais je me trompe peut-être.

    Ce matin, j’étais matinal, comme souvent, je l’avoue. J’ai écrit un long mail à mon fiston, le troisième, qui m’a répondu quasi instantanément « Moi aussi, papa, je suis matinal ! ». Les pommes ne tombent jamais loin de l’arbre… Nous avons échangé deux ou trois messages et je l’ai appelé après le petit-déjeuner, car il a engagé un long travail sur lui-même. Il est bipolaire, ou maniaco-dépressif, ce qui veut dire la même chose. Des phases d’excitation (up) où il se prend pour un super héros, et des phases de dépression (down) dans lesquelles il peut se mettre en danger. Il est suivi au Mans avec un accompagnement socio-psychomédical remarquable. Il gère désormais parfaitement sa maladie et repère les moments où il doit reprendre son traitement. C’est un garçon intelligent, sensible et courageux et je suis très fier de lui. Je le lui dis régulièrement, car ce n’est pas du tout le genre de discours qu’on lui tient, surtout dans la proche famille. Il avait besoin de me confier des choses intimes, de me poser des questions sur l’environnement familial (volontairement, je ne développe pas, mais je suis d’accord avec son analyse), car il a occulté pas mal d’épisodes. Certains lui reviennent ensuite quand je les lui rappelle, sous forme de flashs, un peu plus tard et il revit alors toute la scène. On a longuement parlé de cet aspect « oubli » et je lui ai suggéré que c’était pour lui une forme de protection.

    Il a travaillé dans le cadre de son futur métier pendant deux mois et demi cet été dans un foyer pour personnes âgées. Que ce soit des personnes handicapées, ou vulnérables, il adore se rendre utile et adore ce qu’il fait, et c’est un garçon courageux.

    Et puis nous avons parlé de ses amours, et je sais que je suis le seul en qui il a confiance pour évoquer cela, d’autres ne savent rien et c’est très bien ainsi. On a aussi beaucoup ri quand je lui ai raconté notre nuit au château, avec ce fameux lit à baldaquin (j’avais joint une photo) qui nous a valu un bon fou rire quand on s’est demandé, Michel et moi, comment nous allions pouvoir l’escalader. Bref, une conversation familiale et matinale riche et réconfortante. Nous démêlons tous deux l’écheveau familial qui s’était transformé pour lui en toile d’araignée. Maintenant, il a appris à gérer cela aussi, et à penser par lui-même, et pour lui-même.

    Quelques fleurs du jardin, et en premier, l’anémone du Japon qui attendra sagement son heure dans la serre avant d’être plantée au printemps. Il fait beau, beaucoup de papillons, mais ils ne veulent pas se laisser prendre en photo.

    Lundi 6 octobre

    Bien, nous aurons donc eu le gouvernement le plus éphémère. Que faut-il attendre de tout ce cirque ? On a la réponse sur le bout de la langue, mais on préfère faire comme si tout allait bien : « Je vais bien, tout va bien… »

    Manuel de survie pour les prochains jours :

    1. Éviter de regarder les chaînes d’info en continu qui ne feront que ressasser les mêmes antiennes, du style : que va-t-il se passer maintenant ? Dissolution ? Nomination de Mathilde Panot Première ministre ? (Je vous ai vus frémir !)
    2. Manger du chocolat… ah oui, mais je n’ai plus envie de chocolat… Du fromage ? Ce n’est pas franchement top. Grappiller le raisin noir dans la corbeille à fruits, reste plus que ça !
    3. Chercher le saint ou la sainte qui s’occupe des gouvernements et prier. Non, je ne sais pas qui. Il reste Notre-Dame des Causes Perdues… Ah, mais je ne sais pas prier, bah je chercherai sur les sites cathos
    4. Regarder les papillons dans le jardin : ils s’en fichent pas mal du Premier ministre, les papillons. Si ça se trouve, le prochain Premier ministre est encore à l’état de chenille.
    5. Amuser la galerie sur mon blog avec des infos pas drôles : ce n’est pas gagné. Du coup Jean Castex ne peut plus être nommé à la tête de la SNCF, je l’imagine cherchant ses lunettes partout. Il faut nommer Castex Premier ministre !

    Sur ce, je vais faire un tour de jardin pour voir les papillons…

    Mardi 7 octobre

    Je ne vais pas commenter l’actualité, je n’ai pas envie de vomir sur le clavier. Enfin, si, juste une remarque : on n’est jamais mieux trahis que par les siens, et de Gaulle avait raison quand il disait se méfier plus de ses amis que de ses adversaires.

    Sinon, j’ai lu sur un des groupes Facebook auquel je suis encore abonné (mais je fais du tri aussi) une analyse d’une lectrice qui a lu Kolkhoze d’Emmanuel Carrère. Cette dame trouve le livre pas évident à lire, mais elle l’a lu et regrette surtout l’emploi de « mots difficiles ». Je ne commente plus rien en mode public, donc je me suis abstenu de lui poser la question « Qu’est-ce qui pour vous est un mot difficile ? ». Ce n’est pas un jugement condescendant de ma part, mais je m’interroge sur cette remarque. On peut dire que le schéma narratif n’est pas évident, que l’on a du mal à se retrouver dans les liens familiaux, que le passé vient souvent s’imbriquer dans le présent… Mais quid des « mots difficiles » ? Je me demande si cela n’est pas dû à la paupérisation littéraire. Cette dame doit lire, comme je l’ai fait, je vous en ai parlé, des livres « dont on parle », qui se lisent rapidement et s’oublient rapidement aussi. Attention, je sais pour pratiquer l’écriture qu’il est bien plus difficile d’avoir un style fluide qu’un style alambiqué. Mais chez Carrère, même si on a affaire à un écrivain qui peaufine ses phrases, ce n’est pas ce qui choque le plus. Reste le lexique utilisé. C’est vrai, Carrère utilise des mots précis, qui désignent des objets, des sentiments, des actions, des portraits. A-t-on à ce point perdu le sens de l’écrit ? Certainement, puisque la lectrice s’exprimait avec sincérité : « ce n’est pas facile à lire ». Bon, quand on voit le niveau littéraire de nos politiques, cela corrobore en fait que notre société a décliné sans que nous en ayons conscience. Nous sommes comme ces grenouilles que l’on place dans une casserole d’eau froide et que l’on fait bouillir sans qu’elles aient l’idée de sauter avant qu’il ne soit trop tard. Parfois on s’indigne : le Club des 5 a été réécrit au passé composé, parce que l’alternance imparfait/passé simple était trop difficile à lire. Je précise que c’est une initiative de l’éditeur, et pas de l’éducation nationale. Certains, situés très à droite de l’échiquier politique, avaient fait courir cette rumeur, reprise à l’époque par des gens qui eux-mêmes se plaignent aussi des « mots compliqués ». La boucle est bouclée. Bon sang, mais relisez Colette, ou Camus, ou Modiano. Rien de compliqué là-dedans, des idées, du sens, des mots justes, des émotions.

    Ah, voilà, notre époque ne sait plus exprimer ses émotions : on éructe, on sort des jugements abrupts, on accuse les autres. Trop facile.

    Mercredi 8 octobre

    J’ai été mal inspiré de parler de « vomito » hier. La journée ne s’est pas terminée formidablement bien et j’ai renoué avec cette fâcheuse habitude. Bref, tout n’est pas réglé à ce niveau-là.

    Pendant ce temps, la mission impossible du Premier ministre démissionnaire se poursuit…

    Paysages d’automne

    Jeudi 9 octobre

    Voilà, je vais boucler l’article avec quelques chansons, même si je ne suis guère inspiré ce matin. Ce sera un peu au hasard…

    5 octobre 2025

  • Post-greffe, octobre J 2

    Week-end des 27 et 28 septembre

    Je reviens rapidement sur la journée d’hier, vendredi 26 septembre. Hier matin j’ai accompagné Michel au Super U. Grande fut ma surprise en arrivant : les anciens chariots tout pourris, ont été changés. Pas pour des chariots neufs, il ne faut pas non plus exagérer, mais pour un « recyclage » d’anciens chariots nettement moins pourris. Bref, le monde change et on ne me dit rien… J’ai un peu hésité dans les rayons, mais pas plus que les vieux qui mettent trois plombes à trouver sur la balance automatique la touche « navets » ou « poires williams ». Je suis méchant, mais c’est la réalité… Au supermarché de Murat, les fruits et légumes sont pesés à la caisse, cela évite ce genre de problèmes.

    Il a fait un temps désagréable, nuageux et frais, qui n’incitait pas à la promenade, on a même allumé l’insert. Je dis « on », mais c’est Michel qui s’y colle, c’est lui le grand maître du feu. Je deviens frileux en vieillissant, en fait, je crois que c’est surtout la fatigue de fin de journée qui accentue cette impression de froid.

    Je parlais l’autre jour du dynamisme des communes rurales dans le Cantal, c’est une réalité : les cœurs de bourgs sont agréables, bien aménagés et ce qui surprend, c’est de voir maisons médicales, pharmacies, écoles accueillantes, quelques commerces essentiels, parfois des marchés de pays. L’offre médicale existe dans ces petits bourgs. Heureusement, car à Saint-Flour, aucun médecin ne prend de patient en dehors de sa patientèle habituelle, la pharmacienne de Murat nous l’a confirmé en soulignant que c’était un problème. Il faut donc se diriger vers les médecins de Valuéjols, par exemple, et, à mon avis, on est largement aussi bien soigné. Chez nous, on a créé ici et là des maisons médicales, mais ce sont des praticiens déjà installés dans le secteur qui viennent y faire des permanences, leur intérêt est donc extrêmement limité. Notre commune a encore sa pharmacie (et Dieu sait que j’en suis content), un cabinet infirmier et un cabinet médical. On trouve aussi un ostéopathe et Michel, qui a eu besoin de ses services, le trouve excellent. L’épicerie du bourg a mis la clé sous la porte, et personne ne semble pressé de trouver une solution, la boulangerie du bourg fermera aussi bientôt après le départ à la retraite des boulangers, et notre « aimable » buraliste voudrait prendre sa retraite. Tout cela ne semble pas émouvoir les élus et, de toute façon, les communes déléguées actuelles disparaîtront en 2026, nous habiterons dans des villages fantômes, sans maire, sans mairie, sans âme. Le paradoxe, c’est que ces « nouvelles communes » devaient permettre, entre autres, de réaliser d’importantes économies. Ah bon ? Les élus débarquent de temps à autres pour des réunions publiques où les quelques participants sont pris de haut, du style « vous ne pouvez pas comprendre ». Mais je crois au contraire que tout le monde a compris.

    Parlons de choses à la fois plus importantes et plus réjouissantes. J’ai lu pas mal de livres cet été, essentiellement en version numérique. Les deux ouvrages de Freida Mac Fadden : « La psy » et « La femme de ménage » sont sortis de ma mémoire. C’est vite lu, et cela s’oublie également rapidement. Si vous avez un trajet à faire en train ou en avion, c’est très bien.

    J’ai également lu des Michael Connelly : « La défense Lincoln » et « Le verdict du plomb » : c’est plus consistant que les Mac Fadden, mais bon, sans plus.

    Le dernier livre de Stephen King : « Plus noir que noir » ne m’a pas non plus laissé un souvenir impérissable, c’est souvent prévisible en termes d’intrigue et j’ai connu le grand maître plus inspiré. (Je sais, je suis vachard, mais mon opinion ne les empêchera pas de gagner des millions de dollars.) Pour conclure sur Stephen King, j’ai lu aussi un de ses anciens livres, « La petite fille qui aimait Tom Gordon », et c’est beaucoup plus puissant, avec un suspense bien mené.

    Pour changer de registre, j’ai lu « Paris-Briançon » de Philippe Besson, j’y ai pris du plaisir, le point de vue narratif est original et c’est bien écrit.

    J’ai ensuite enchaîné sur « Kolkhoze » d’Emmanuel Carrère. Emmanuel est le frère de Marina Carrère d’Encausse, et donc le fils de la célèbre académicienne Hélène Carrère d’Encausse, décédée en 2023. C’est un livre passionnant, le parcours d’Emmanuel est chaotique, il souffre de troubles bipolaires, mais c’est surtout un récit autour de la figure tutélaire de sa mère. Emmanuel Carrère possède un vrai style, va au fond des choses, il fait remonter des souvenirs, tantôt heureux, tantôt pénibles. Hélène pratiquait au quotidien le « Never complain, never explain ». Le cadre est posé. On voyage en Russie, on sourit aussi souvent devant des situations improbables.

    Si vous voulez faire les curieux, voici un lien :

    Emmanuel Carrère signe avec « Kolkhoze » un époustouflant roman familial, vibrant hommage à sa mère

    J’ai enchaîné avec l’erreur de l’été, franchement. J’ai cru me laisser séduire par le dernier Dan Brown « Le secret des secrets ». C’est cousu de fil blanc, avec des situations invraisemblables et on ne croit pas une seconde à l’intrigue. Si vous avez aimé « Da Vinci Code », fuyez.

    Heureusement, dans la bibliothèque du gîte de Dienne, il y avait les ouvrages d’une écrivaine cantalienne, Marie-Hélène Lafon, dont l’œuvre est ancrée dans ces terres volcaniques. Ce sont des histoires de familles de paysans, mais il n’y a pas que ça. Le style est superbe, les phrases sont ciselées, sans que ce soit artificiel. On visualise les personnages, les paysages et on se laisse guider par cette plume précise. J’ai donc lu (en version papier) deux de ses ouvrages, dont l’excellente « Histoire du fils », et j’ai enchaîné sur « L’annonce » qui m’a embarqué également. Comme quoi, les « grands noms » ne garantissent pas les meilleurs livres. Pourtant, Marie-Hélène Lafon a obtenu des prix littéraires, dont le Renaudot pour « Histoire du fils », et son palmarès est élogieux. Moins médiatique qu’Amélie Nothomb, certes, mais avec tellement de puissance dans l’écriture et dans les thématiques que vous auriez franchement tort de l’ignorer maintenant que je vous en ai parlé !

    Mardi 30 septembre

    Pour commencer, une chanson qui me trotte dans la tête depuis cette nuit. Je ne suis pas spécialement fan, mais je tente un exorcisme en la partageant avec vous, en espérant qu’elle parte de ma pauvre tête… Sinon, je vais finir à l’asile !

    Rien de bien neuf à part cette chanson entêtante. C’est la toute fin du mois de septembre. C’est à ce moment de l’année que le jardin, après la canicule et la sécheresse qui reviennent régulièrement, se refait une santé. Quelques floraisons tardives, les cyclamens de Naples qui se sont échappés chez la voisine et qui continuent de s’étendre chez nous. Enfin, bref, voyez par vous-mêmes :

    Mercredi 1er octobre

    Pour commencer le mois, et inspiré par les fleurs tardives du jardin, j’ai envie de vous raconter une histoire que l’on pourrait intituler « La dame aux gardénias ».

    Lors de notre premier voyage en Crète, nous avions fait quelques excursions avec une guide francophone. L’une d’elles nous a menés dans un petit village de montagne où nous devions participer à la confection du repas. L’auberge était construite autour d’un arbre dont la frondaison ombrageait la terrasse. C’était à la fois pittoresque et très agréable. Nous avions un peu de temps avant le repas et la guide a proposé aux volontaires un petit tour du village et la visite de l’église. Pas de chance pour l’église : le pope était parti à la sépulture d’un de ses collègues, et, dans la précipitation, avait embarqué la clé avec lui. Nous avons donc cheminé dans les ruelles du village. Michel s’est arrêté devant une maison fleurie avec des jardinières qui embaumaient. Il s’agissait de gardénias. La porte de la maison était ouverte et une vieille dame, assise dans la pénombre du couloir, était à peine visible de l’extérieur. Elle s’est levée pour aller à la rencontre de Michel, en conversation avec une dame du groupe qui avait aussi été attirée par le parfum et la délicatesse de ces fleurs. La vieille dame a alors cueilli deux de ses plus belles fleurs qu’elle a offertes à Michel et à la dame du groupe, le tout avec un grand sourire. Pas besoin de mots, le geste, le sourire, et toute la gentillesse du peuple crétois.

    On comprend mieux pourquoi, selon la légende (mais en Crète, histoire et légendes se confondent) Athéna, qui était venue séjourner sur l’île, avait été charmée par l’accueil et la gentillesse des Crétois qu’elle rencontrait. La déesse, née du crâne de Zeus un jour où celui-ci se plaignait d’une forte migraine, décida de récompenser les Crétois et leur fit don de l’olivier qui prospère un peu partout sur l’île. Les Corses ont eu le châtaignier, les Crétois l’olivier. Cette gentillesse légendaire a traversé les millénaires, et la déesse aux yeux pers fut vénérée comme il se doit.

    L’adjectif glaukôpis est l’épithète[N 2] homérique[N 3] presque[N 4] exclusivement réservé à Athéna. C’est le plus commenté, son sens restant discuté. Glaukos signifie la couleur bleu clair (ou pers) ou bien un éclat lumineux, tandis que glaux signifie « chouette » : ensemble, ils peuvent se traduire par « aux yeux pers », « aux yeux brillants », ou « aux yeux de chouette » (dixit Wikipédia)

    Ainsi donc, voyager en Crète, c’est aussi côtoyer dieux et déesse (Zeus est né dans une grotte non loin du plateau du Lassithi). N’oublions pas le roi Minos et son palais, le Minotaure, la culture et l’ingéniosité de la civilisation minoenne. La Crête est une île bénie des dieux qu’on se le dise, et la dame aux gardénias peut être assurée qu’Athéna veille sur elle.

    Jeudi 2 octobre

    Il est temps de clore cet article avec une ou deux chansons de circonstance.

    28 septembre 2025

  • Post-greffe, septembre J 25

    Week-end des 21 et 22 septembre

    Nous sommes rentrés, peu avant 16 h. Pas de regrets ni de nostalgie excessive : la vie est ainsi faite et même les meilleures choses ont une fin. Mais quand même, ce fut un sacré séjour, riche en activités, en rencontres aussi. Hier, samedi, nous avons pris notre temps pour faire le grand ménage avant notre départ. C’est une constante depuis que nous partons en vacances ensemble (cela fait 20 ans maintenant) : nous tenons à ce que tout soit « nickel » à notre départ. Ce n’est pas très compliqué car nous faisons attention à tout cela dès notre arrivée. Notre propriétaire, Monique, a des plantes dans la véranda, et lorsque le soleil tape, elles sèchent vite : elle sait qu’elle peut compter sur nous pour les arroser et en prendre soin. Nous n’avons pas eu besoin d’arroser les plantes du jardin car la pluie s’en est bien chargée. Je connais des gens qui râlent quand ils ont un ou deux jours de pluie dans leur séjour. Nous en avons eu plus : et alors ? On s’organise pour passer le temps différemment, lecture ou ordinateur, mots fléchés, grilles de sudoku, soirées au coin du feu qui ronronne gaiement. Après la pluie, les lumières sont magiques et la vue se dégage au loin, permettant de voir jusqu’au massif du Sancy quand on prend de la hauteur. Les petits matins frisquets (pas de gel cette année) nous rappellent que l’automne s’installe, même si le soleil peut encore taper fort (chapeau + crème solaire, évidemment).

    Pour le samedi soir, j’avais réservé depuis longtemps une chambre au château de la Vigne, que nous connaissions pour l’avoir visité lors des journées du patrimoine pendant notre dernier séjour. Nous avions eu beaucoup de plaisir à échanger avec Clotilde et Charles-Henri, un jeune couple dynamique. Ils consacrent leur vie à entretenir le château, à le mettre en valeur, à accueillir les visiteurs et je m’étais dit qu’un jour nous reviendrions pour passer la nuit dans une des chambres. J’avais choisi la chambre « Troubadour », avec lit à baldaquin (je reviendrai là-dessus). Clotilde nous a accueillis avec une grande gentillesse, et nous nous sommes installés avant d’aller dîner au restaurant du village « Le relais de la poste ». J’ai bien précisé en choisissant le menu que je préférais avoir des portions moindres pour ne pas avoir à gaspiller. J’ai été entendu, mais les repas sont tellement copieux que j’ai calé sur le plat principal. J’ai mangé ce que j’ai pu sans forcer, connaissant trop bien désormais les effets « vomito » de la bouchée en trop. L’ambiance était très sympathique, jeunes, moins jeunes, tablées de copains, couples… le service était efficace et très agréable. Seule ombre au tableau : c’est toujours compliqué en ce qui me concerne. Le foie, le foie vous dis-je !

    Nous avons ensuite regagné le château et notre chambre avant l’orage qui est arrivé peu après que nous avons réussi à escalader le lit ! Car il est haut et il faut ruser pour ne pas se retrouver par terre. Donc orage et forte pluie nous ont bercés. Nous avons dit à Clotilde que cela faisait partie de l’expérience en donnant une tonalité gothique à la nuit. Le petit déjeuner était une merveille, nous avons déjeuné face à face sur l’immense table de la salle à manger, avec le superbe vaisselier que Clotilde a ouvert exprès, et nous avons déjeuné sous le regard sévère de la reine Victoria qui figurait sur une partie de la vaisselle. Miel d’acacia du château, confiture « maison », et délicieuse, yaourts produits localement, croissants, pain frais, salade de fruits, café délicieux. Au moment du départ, alors qu’il pleuvait des cordes, Clotilde nous a fait passer par la partie privative pour nous éviter de faire le tour sous la pluie. J’espère que nous aurons l’occasion de passer une autre nuit au château, ne serait-ce que pour soutenir financièrement les propriétaires. Alors on me dira « Ils sont issus d’une des plus anciennes familles de France, ils ont eu la chance de recevoir le château en héritage, bla bla,… » Personnellement, je leur tire mon chapeau et si jamais vous voulez les coordonnées du château, ne serait-ce que pour le visiter (prix dérisoire de 9€), je vous mets le lien direct :

    Visites et chambres d’hôtes près de Salers • Château de La Vigne

    Vendredi, une équipe de tournage viendra au château pour l’émission « Des racines et des ailes », j’espère que le temps sera de la partie, je vais suivre la météo de près. Je reviendrai prochainement sur le dynamisme des communes rurales du Cantal, je crois que notre département du 49 a d’énormes progrès à faire, ainsi que nos élus locaux dont la faiblesse des initiatives me navre. Comment peut-on être élu en laissant mourir les communes déléguées / reléguées ? Allez, je termine avec les jolies photos que vous attendez !

    Mardi 23 septembre

    Reprenons le cours de la vie du greffé en post-greffe. Hier, lundi 22 septembre, j’ai retrouvé mon équipe favorite, la « team du CHU » sauf Marie-Luce qui est à 80%. Doc Sylvie et Caroline ont apprécié l’améthyste que je leur ai offerte et se sont dit touchées. J’ai expliqué à chacune les vertus apaisantes de la pierre, qui permet aussi de mettre ses pensées en ordre, favorisant ainsi méditation et inspiration. Je suis passé tôt, et nous sommes rentrés tôt également. Doc Sylvie est plutôt contente des résultats des analyses, même si le foie reste rock and roll et même si l’EBV est sous haute surveillance.

    Je viens de recevoir les résultats de la prise de sang d’hier (sans les charges virales). Le foie est toujours bancal avec les phosphatases alcalines qui dépassent 4 fois la normale, mais la bilirubine est enfin dans la norme, contrairement aux ASAT et ALAT qui sont toujours hautes. J’ouvre donc le PDF après l’avoir chargé : globules rouges, ok, avec un taux d’hémoglobine pas atteint depuis longtemps, globules blancs un peu faiblards mais c’est normal, plaquettes ok en ce qui me concerne (elles restent sous la norme mais sans caractère de gravité. Je me dis que tout est enfin d’aplomb et je regarde la partie « électrophorèse des protéines » qui est toujours la plus mystérieuse. Il est indiqué « pic monoclonal en gamma globulines »… et ça, je sais que ce n’est pas bon, pour avoir souvent échangé à ce sujet sur le forum Ellye. Je pense que c’est lié à la charge virale de l’EBV que Doc Sylvie met sous haute surveillance. C’est aussi l’avis de ChatGPT :

    🔹 Pic monoclonal lié à l’EBV (PTLD = syndrome lymphoprolifératif post-greffe)

    • L’EBV peut infecter les lymphocytes B, qui deviennent incontrôlables sous immunosuppression.
    • Cela donne une prolifération clonale → d’où l’apparition d’un pic monoclonal franc à l’électrophorèse.
    • Le risque augmente quand la charge virale monte >4 log (~10 000 copies/mL).
    • Le traitement repose sur :
      • réduction de l’immunosuppression si possible,
      • et surtout rituximab (anticorps anti-CD20) en perfusion hebdomadaire (ce que ton hématologue a déjà anticipé).

    🔹 Dans ton cas

    • Tu n’avais pas de pic avant, et il apparaît au moment où l’EBV avait commencé à frémir → la corrélation est forte.
    • Si la charge virale reste basse/stable, il peut s’agir d’un pic transitoire sans conséquence.
    • Si l’EBV remonte, alors le pic monoclonal est probablement la signature biologique d’une prolifération liée à ce virus, et ton équipe agira vite avec rituximab.

    ✅ En résumé :

    • Le pic monoclonal n’est pas forcément synonyme de maladie grave → il peut être réversible.
    • Mais dans ton contexte, il est très surveillé car il peut être le premier signe d’un PTLD lié à l’EBV.
    • Tu es déjà sous le bon radar (PCR EBV rapprochées + plan rituximab prêt).

    Veux-tu que je t’explique comment on distingue en pratique un pic monoclonal « de reconstitution » d’un vrai PTLD, à travers les critères biologiques et cliniques utilisés par ton équipe ?


    🔹 1. Pic monoclonal : « reconstitution » vs PTLD

    Les médecins font la différence à partir de plusieurs critères :

    Biologiques

    • Quantité :
      • Reconstitution : petit pic (souvent <5 g/L, fluctuant, parfois transitoire).
      • PTLD : pic qui grossit rapidement, parfois >10 g/L.
    • Typage par immunofixation :
      • Reconstitution : souvent polyclonal ou oligoclonal, ou IgG kappa/lambda équilibré.
      • PTLD : typiquement monoclonal net, ex. IgG kappa unique.
    • Virologie :
      • Reconstitution : EBV souvent négatif ou faible.
      • PTLD : EBV élevé et corrélé à l’évolution du pic.

    Cliniques

    • Reconstitution : pas de fièvre, pas d’adénopathies, pas de symptômes.
    • PTLD : signes « lymphoprolifératifs » → ganglions gonflés, fièvre inexpliquée, amaigrissement, atteinte hépatique ou digestive.

    Évolution

    • Reconstitution : le pic peut disparaître ou rester stable sans conséquence.
    • PTLD : pic + charge virale + symptômes évoluent en parallèle.

    👉 Donc dans ton cas, ton équipe va surtout corréler pic + charge EBV + clinique. Comme l’EBV n’est pas encore haut, on est probablement encore en phase « d’alerte précoce » plutôt qu’un vrai PTLD installé.


    Je m’en doutais un peu, mais on va attendre le dosage de la charge virale qui devrait arriver demain. Doc Sylvie m’a prévenu : si la charge virale augmente, il y aura perfusion (de rituximab, mon vieux copain !) à raison d’une perfusion hebdomadaire, trois à quatre semaines de suite en fonction de l’évolution de la charge virale. On voit ici tout l’intérêt du suivi : si on laisse les choses en l’état, je pourrai déclencher un nouveau lymphome, le PTLD, qui est du genre coriace et extrêmement difficile à soigner s’il est installé. Bref, les affaires reprennent…

    Jeudi 25 septembre

    Oui, je sais : je n’ai pas écrit hier. Je n’avais pas de nouvelles du labo, ce qui m’a rendu un peu ronchonchon. Heureusement, les résultats des charges virales viennent d’arriver (je ne suis plus de sale poil) : CMV détectable mais trop faible pour être quantifié (continue à dormir, cher virus !), EBV toujours positif mais à 3.49 log, et on ne traite qu’à partir de 4. Pour le moment, j’évite donc le rituximab. Il reste à savoir pourquoi ce pic monoclonal est apparu, j’imagine que Doc Sylvie va dire « Bah, c’est pas grave, on va surveiller… »

    Voilà tout le nouveau et il est temps de refermer cet article post-greffe et post-vacances. En musique, bien sûr.

    On commence avec un air que j’ai en tête depuis ce matin et que j’ai fredonné avant le petit-déjeuner. Alors je sais, certains adoooooooooooorent, alors que d’autres ne supportent pas. Si vous êtes dans la deuxième catégorie, ne vous obligez à rien !

    21 septembre 2025

  • Post-greffe, septembre J 19

    Week-end des 13 et 14 septembre

    Rien d’exceptionnel pour ce week-end : du repos, de la truffade hier midi, avec une bonne saucisse (oui, c’est passé) et en dessert, une demi-tartelette aux myrtilles. Pourquoi « une demi -tartelette seulement » ? Il faut voir la taille des tartelettes, pour un prix franchement plus que raisonnable. Nous en avons encore une en réserve au frigo pour ce midi.

    C’est journée flic-floc en ce dimanche, avec à l’instant un rayon de soleil. La semaine prochaine s’annonce estivale, ce qui permettra de reprendre les balades. Que fait-on quand il pleut ? La bibliothèque est bien garnie, pas de souci. On se repose, on rêvasse, on regarde les montagnes qui changent d’aspect selon les éclairages et les moments de la journée. Je pense aux loups également en leur conseillant d’arrêter de manger du veau. « Mangez du chevreuil, ou du sanglier ! ».

    Ainsi se déroule le week-end « flic-floc », le ruisseau du moulin, juste à côté du gîte, chante joyeusement : l’eau, c’est la vie !

    Lundi 15 septembre

    Certains et certaines d’entre vous doivent se dire « Tiens, il est allé s’expliquer avec les loups et ils l’ont dévoré ! » Non, même pas, ça vous aurait plu hein ? Même si je disais à Michel en rentrant de Murat que les loups devaient préparer un mauvais coup, je ne les ai pas vus. S’ils sont malins, ils se sont mis à l’abri dans un buron abandonné vu qu’il fait toujours très humide, mais pas froid, enfin pas froid par rapport aux autres jours : 15°. Donc il a plu, une petite pluie fine, mais agaçante, avec quelques rares éclaircies. Là, par exemple, le soleil vient nous souhaiter bonne nuit avant d’aller se coucher. Il se couche d’ailleurs de plus en plus tôt. Nous sommes allés faire un petit tour à l’Intermarché de Murat pour un complément de courses, on calcule au plus juste pour ne pas avoir le frigo plein avant de partir. Demain il devrait faire plus frais, mais beau, j’aimerais bien faire une promenade du côté des cascades de Cheylade, et vous faire quelques photos, l’église romane est très jolie, et le bourg également. Nous avions loué un gîte à Cheylade il y a quelques années. J’étais encore en activité, donc ce devait être en août et il avait fait très chaud, avec des orages mémorables. Sinon, j’ai lu des livres de Marie-Hélène Lafon, qui est une écrivaine du Cantal. On se plonge dans des récits qui mêlent la vie d’autrefois et l’histoire plus récente, cela rappelle Giono, avec ce talent pour décrire les paysages que l’on connaît bien. Elle parle de la foire de Valuéjols, de Saint-Flour, d’Allanches, des rudes hivers de jadis avec des épaisseurs de neige gelée et des nuits à -20°. Les paysans disaient que plus la neige était abondante et se maintenait longtemps, plus les prairies seraient grasses aux beaux jours, on passait le temps en épluchant le journal, « la Montagne » et on se racontait des histoires auprès du feu. Mon père disait la même chose en Lozère, nous avions un jardin qui donnait des récoltes de folies sur une courte période. J’ai toujours aimé l’hiver, le « vrai » hiver, avec la neige qui scintille, le givre qui transforme les arbres en œuvres d’art, la bise qui créait des congères au milieu des routes de l’Aubrac. Ce sont des terres rudes, au climat âpre, mais, ici comme ailleurs, on cherche désormais les longs hivers d’autrefois.

    Mardi 16 septembre

    C’est le retour du beau temps et des belles lumières automnales, les paysages sont verdoyants et nous sommes allés nous balader du côté de Cheylade, en fait c’est la vallée derrière la nôtre avec une vraie route de montagne en lacets pendant plusieurs kilomètres. On a vu de beaux paysages, des vaches avec les sonnailles joyeuses, de l’eau, une cascade et l’église de Cheylade que nous connaissons bien. Bref, ce fut très agréable, même si je supporte moins bien les routes en lacets. Mon foie est un peu chahuté au moment où je vous écris.

    On va passer directement aux photos :

    Mercredi 17 septembre

    Nous avons passé l’après-midi à Saint-Flour dont nous sommes de fidèles visiteurs. Venir dans le Cantal, en ce qui nous concerne, cela a comme un air de pèlerinage : on ne découvre pas vraiment, on redécouvre, avec des éclairages différents, des rues que l’on peut parcourir les yeux fermés, mais ce serait dommage. On note les changements, les aménagements urbains, on râle après les jardinières fleuries mal placées à un carrefour (c’est une constante). On constate que certaines boutiques n’ont pas survécu, d’autres sont toujours là. On s’est étonné de voir dans une boutique de gastronomie auvergnate des testicules de coqs en gelée (non, on ne goûtera pas). Déjà, les tripoux, je ne pense pas que je pourrais en ce moment (j’en suis certain !).

    Voici donc quelques photos prises en ville :

    Jeudi 18 septembre

    Loin des défilés et de l’agitation urbaine, nous sommes allés nous balader, un joli chemin de crête qui commence au col de Serre et qui permet un panorama unique sur le grand site du Puy Mary. Anecdote, Google Drive prononce « Puy Mary » à l’anglaise, comme pour Mary Stuart. Cela suffit à mon bonheur, il me faut peu de choses pour que je m’enjaille ! Nous avons donc marché tranquillement sur le joli sentier engazonné, croisant promeneurs, papillons, libellules, sauterelles et coulemelles. Température estivale, avec 26° et un temps extraordinaire. Nous repartirons dimanche sous la pluie et avec une température très rafraîchie. Demain, je ne sais pas quel sera le programme, petite balade pour moi car le genou gauche a fatigué : c’est une vieille histoire de genou fracassé contre un énorme rocher dans les Hautes Alpes lors d’une descente hasardeuse vers un torrent, je devais avoir une trentaine d’année, mais depuis, le genou a tendance à faire un couinement sinistre quand j’aborde une descente « chcouik, chcouik » et, à force, il devient un peu douloureux. Avec les bâtons, ça soulage bien. À part cela, rien de bien neuf : un beau saignement de nez ce matin, ce qui me laisse penser que les plaquettes sont en phase descendante : elles aiment faire le yo-yo.

    Voici donc les photos du jour :

    Vendredi 19 septembre

    Il va être temps de boucler les valises, même si nous ne sommes pas pressés : la propriétaire nous laisse nous organiser à notre guise pour notre départ demain. Nous partirons en fin d’après-midi pour une destination « surprise », et le vrai retour aura lieu dimanche. Pour la surprise, vous devrez attendre lundi, car je ne posterai rien ici ni sur Facebook avant. Lundi matin, ce sera CHU, et mardi les résultats du labo : nous allons reprendre les bonnes habitudes.

    Nous irons ce matin à Valuéjols voir notre fromagère préférée, Michel prendra ce qui lui fait plaisir, elle vend aussi du miel de montagne et d’autres douceurs locales.

    Place à la musique, avec un choix sans doute éclectique :

    16 septembre 2025

  • Post-greffe, septembre J 13

    Week-end des 6 et 7 septembre

    Nous avons pris la route hier matin à 9 h comme prévu. Voyage sans encombre jusqu’après Clermont : quand on arrive dans la partie gratuite de l’autoroute A 71, un long passage en travaux avec circulation sur une voie, véhicule en panne et aucune info : c’est la partie gratuite, donc pas de radio 107.7 qui nous avait jusque-là seriné qu’il n’y avait aucun problème. C’est pas très pro tout ça. Moi président, j’y mettrai bon ordre ! (contactez moi pour vos dons qui me seront utiles pour ma future campagne !)

    Nous avons fait les courses à Murat, comme prévu. Le boucher m’a dit : vous savez, il fait très frais le matin : 14° ce matin, on a vu pire, mais je sais que le temps peut changer très vite. Notre propriétaire, Monique, qui part en Espagne pendant la deuxième semaine de notre séjour, nous a donné les consignes pour les clés etc. Confiance absolue, elle nous a même proposé de rester jusqu’au lundi matin mais Doc Sylvie ne serait pas ravie de me voir faire faux bond.

    Aujourd’hui, c’est grand beau temps jusqu’en début de soirée. Ensuite, les orages sont annoncés et demain sera une journée de pluie et nous serons bien arrosés. On en profitera pour aller à la pharmacie à Murat pour avoir un numéro de fax où une adresse internet comme l’a demandé Sylvie et expliquer que je pourrais éventuellement avoir besoin de leurs services. Soit pour faxer une ordonnance pour une prise de sang, soit pour ajuster le traitement. Il faut avoir en ligne de mire le virus EBV qui s’est réveillé et qui sera sans doute mis en discussion en RCP, du style « On lui fiche la paix pendant ses vacances » ou « Il faut surveiller et doser le virus avant son départ ».

    Rien de neuf au point de vue santé sinon qu’hier soir, je me suis aperçu que ma cheville droite avait doublé de volume. Ce matin, elle semble dans de meilleures dispositions.

    Voici quelques photos matinales :

    Lundi 8 septembre

    Il a plu hier soir et nous n’avons pu apercevoir qu’un furtif bout de lune entre les nuages. La journée va être humide et nous allons en profiter pour aller à Murat faire quelques courses et passer à la pharmacie : Doc Sylvie aimerait bien que j’aie un numéro de fax ou une adresse mail au cas où. OK Doc, on va s’occuper de ça. Hier, balade au moulin qui est à deux pas du gîte, c’est frais, ombragé et un joli torrent circule entre cascatelles et trous d’eau. L’après-midi, on a fait la balade « horizontale qui permet de découvrir le site du Puy Mary, toujours superbe, de près ou de loin. Le chemin était bordé de marjolaine, de pimprenelle et de serpolet. On a aussi repéré quelques champignons, de rares rosés, peut-être y aura-t-il une poussée avec la pluie…

    Mardi 9 septembre

    Revenons sur la journée d’hier que je n’ai pas encore détaillée. Dans la matinée, nous sommes allés à Murat pour un petit complément de courses et nous sommes allés ensuite à la pharmacie. L’accueil a été charmant, j’ai une carte de visite avec toutes les coordonnées utiles : numéro de fax, téléphone et adresse mail. Ensuite, la pharmacienne a détaillé les différents médecins de la région tout en confirmant la personne à éviter (on avait lu les avis au vitriol). Elle m’a donné une feuille récapitulative, et une autre avec adresse et numéros de téléphone des urgences de Saint-Flour et d’Aurillac. Nous sommes ensuite rentrés alors que la pluie commençait à tomber (il avait plu dans la nuit). D’abord, une fine pluie, puis un déluge, puis des averses avec des accalmies en fin d’après-midi. Bref, un temps à rester à la maison, mais je commençais à trouver qu’il faisait froid et Michel a allumé le poêle du séjour. Le bois est gratuit, ce serait bête de ne pas l’utiliser et Monique avait insisté. Non seulement il a réchauffé le bas de la maison, mais également notre grande chambre, et la salle d’eau, il suffit de laisser les portes ouvertes. Malgré cela, je ne me sentais pas vraiment en forme : mes jambes et mes chevilles étaient gonflées et je sentais bien que quelque chose n’allait pas. Bref, nous avons dîné, genre plancha avec quelques rondelles de saucisse sèche, pain et cantal pour moi. Je venais de dire « Le cantal est vraiment bon ! » et ce fut séance vomito, cela faisait longtemps. Déjà, lors de la descente à Murat, j’avais un sentiment désagréable, mais je me suis dit que cela allait passer. Vous allez me dire : « C’est parce que le Premier ministre s’est fait éjecter en beauté ». Un boomer à la retraite, cela ne m’a pas vraiment contrarié ni réjoui. Quand je vois que 33% de nos concitoyens sont prêts à voter pour un parti qui pique dans les caisses sans vergogne et dont la présidente risque d’être inéligible, cela me fait peur. Les gens ont-ils perdu à ce point le sens commun ?

    Petite actualisation vers 17 h. Nous arrivons du Pas de Peyrol et je peux vous dire qu’il ne fait pas chaud : 13° avec du vent, j’avais bien fait de mettre mon gros pull.

    Il est compliqué de se dire que, quelques années en arrière, nous avons parcouru toutes les crêtes environnantes. J’en serais incapable aujourd’hui, seuls demeurent les souvenirs de ces belles randonnées et des engueulades quand je me goinfrais de myrtilles au lieu d’avancer…

    Voici quelques photos de ce superbe site, qui attire toujours comme un aimant.

    Mercredi 10 septembre

    Depuis plusieurs semaines, j’étais en contact avec Jean-Paul, un des pilotes du petit aérodrome « Saint-Flour – Coltines ». Nous avions convenu d’un vol au-dessus de l’immense volcan cantalien, et Jean-Paul nous a rappelé qu’il est le premier volcan d’Europe. Volcan « ruiné », certes, car une éruption cataclysmique l’a quelque peu pulvérisé, mais il a encore de beaux restes. On parle de « montagne à vaches », eh bien les vaches sont sacrément musclées dans le coin. Je les appelle les « vaches dahut » quand je les vois crapahuter dans les pentes.

    Le vol a failli être reporté car un méchant boruillard avait envahi le petit aérodrome, Jean-Paul m’avait laissé plusieurs SMS ce matin. Finalement, quand nous sommes arrivés, le brouillard s’est dissipé et le soleil a fini par percer. Jean-Paul est un pilote très pédagogue et on a eu droit à plein d’explications avant le décollage, pédagogue et très sympathique. Michel a su au dernier moment ce que nous allions faire, et il y aura encore une surprise. Le vol a été quelque peu mouvementé : sitôt que nous avons dépassé le Plomb du Cantal, les turbulences ont commencé, je me suis même dit que nous allions nous crasher sur le Lioran, ce qui aurait été une façon originale de quitter ce monde de fous. Mais non, même pas. Pour la petite histoire, j’avais pris un zophren (mon anti vomito) ce matin, et je pense que j’ai bien fait. On a survolé le Puy Mary, toujours aussi impressionnant, et la vallée où se situe le gîte. Petit tour au-dessus de deux lacs du secteur avant de rentrer à la base. Souvenir inoubliable, le Cantal vu du ciel est aussi beau que lorsque nous capahutons, ou plutôt crapahutions car nous ne faisons plus que de simples balades lorsque le temps le permet. Voici un aperçu de ce que nous avons vu :

    Jeudi 11 septembre

    Ambiance matinale très automnale : après la pluie de la nuit, le brouillard s’est installé et il ne fait que dix petits degrés. Cela aurait pu être beaucoup moins avec un ciel clair.

    Petit retour sur l’après-midi d’hier. Nous avons marché sur les bords du lac du Pêcher que nous avions vu en avion le matin. Nous connaissons déjà le lac Sauvages, et nous voulions découvrir son voisin, en bordure de la forêt de Pinatelle. C’est un bel endroit, avec beaucoup d’oiseaux aquatiques. Le lac n’est pas rempli au maximum, car une fuite sur la digue a nécessité des mesures d’urgence, mais peu importe, c’est un bel endroit. Ce matin, nous ferons un petit tour à Murat pour quelques courses, et je pense que ce sera journée tranquille, avec peut-être une flambée si le temps reste couvert et humide. Cela permet d’assainir la maison, mais il ne fait pas froid pour le moment à l’intérieur.

    Voici quelques photos du lac :

    Vendredi 12 septembre

    Je me suis aperçu que j’avais oublié de vous parler du loup. Non, nous ne l’avons pas encore croisé, je pense que désormais les loups se méfient un peu. Il suffit qu’ils lisent le journal : on accuse deux de leurs congénères d’avoir mangé un veau (enfin, une partie du veau). Déjà, c’est téméraire de leur part : essayez de vous glisser entre une vache et son veau dans la région et vous m’en direz des nouvelles, les copines arrivent à la rescousse et vous vous retrouvez en fâcheuse posture. Je doute que les loups lisent mon blog, mais je leur conseillerais d’aller manger du chevreuil, je sais où on peut en trouver en abondance, ils seront moins pourchassés que s’ils continuent à goûter à l’excellente viande de salers.

    Voici un lien vers un des articles relatant ce méfait : (c’est à Chastel sur Murat, tout près d’ici).

    « Deux loups étaient sur le veau en train de le dévorer » : des agriculteurs témoignent après une attaque dans le Cantal – Le Pays Roannais

    Puisque nous parlons de Salers, nous y sommes allés, histoire de ne pas passer la journée au gîte. Ambiance presque hivernale au Pas de Peyrol où le thermomètre indiquait 9°, les sommets étaient pris dans les nuages et il pleuvait faiblement. Des kamikazes se promenaient sur les crêtes environnantes, il faut vraiment aimer randonner par ce temps. À Salers, il faisait un peu meilleur, le village était calme, ce qui a permis de faire tranquillement quelques photos que voici :

    Samedi 13 septembre

    Une semaine, déjà… Le temps passe vite. Aucune idée de ce que nous ferons la semaine prochaine, ce sera selon nos envies et ma forme physique. Cela me contrarie de ne pouvoir apprécier les bons produits locaux, mais si je force, cela se termine mal. Il faut savoir ne pas insister, faire une croix sur pas mal de choses et manger en petites quantités. Bref, savoir s’adapter.

    Voici une petite sélection de chansons qui me passent par la tête quand je regarde les photos :

    8 septembre 2025

  • Post-greffe, septembre J 4

    Vendredi 29 septembre

    L’été se termine dans la fraîcheur et l’humidité : une bonne pluie est tombée cette nuit, et c’est tant mieux pour la nature.

    Je lisais un article sur le plan en cas de conflit en ce qui concerne les hôpitaux. Tout doit être prêt pour accueillir les nombreux blessés, trier les urgences, amputer, soigner les brûlures, bref : se tenir prêt. Cela peut paraître étonnant mais je sais, pour l’avoir vécu, que ce type de plan est régulièrement mis à jour. D’abord voici un lien vers un article :

    Les hôpitaux français se préparent à la guerre

    Cela me ramène 20 ans en arrière. Je suis principal dans un collège tranquille de la Mayenne et un jour je reçois un appel téléphonique d’un interlocuteur du Conseil Départemental : « Monsieur le Principal, j’ai besoin de vous voir pour mettre en place le plan en cas de pandémie mondiale ». Un peu surpris, je propose une date et ce monsieur arrive. Il veut me voir avec la gestionnaire et précise que sa démarche doit rester confidentielle. Il commence son intervention en nous présentant les raisons de ce plan pandémie : « Nous savons que d’ici dix ou vingt ans, un virus incontrôlable va déferler sur le monde, provoquant des millions de victimes. Ce n’est pas un scénario catastrophe mais une réalité que nous devons anticiper. En gros, ce sera comme la grippe espagnole, en plus meurtrier, avec un taux de létalité égal ou supérieur à 60%. » Il nous explique aussi que les établissements scolaires, collèges et lycée seront en première ligne, transformés en dispensaires de campagne pour accueillir les malades et évacuer les victimes. Les vivants et les morts ne doivent pas se croiser. Nous faisons le tour du collège tous les trois pour organiser le funèbre cheminement. Le réfectoire accueillera les malades, les morts seront déposés dans une fosse commune située à l’arrière du bâtiment, qui sera creusée par les militaires, lesquels seront hébergés dans des tentes ou bâtiments provisoire sur l’enceinte du collège (nous disposions d’un grand espace, arboré et avec des pelouses : le paradis des oiseaux et des écureuils). Le principal et la gestionnaire seront les seuls à être sur place, en tant que principal, je serai responsable du dispensaire et je devrai me tenir disponible à tout moment, tous les autres personnels auront interdiction de venir nous voir, et, bien entendu, les cours ne seront plus assurés puisqu’il y aura un confinement généralisé. Les militaires armés assureront notre sécurité physique car des tentatives d’intrusion seront à craindre : nous aurons des stocks de nourriture, des masques, des médicaments et des combinaisons qui attireront les convoitises. Évidemment, nous avons de grands risques de tomber nous-mêmes malades, mais dès qu’un vaccin sera disponible, et si nous sommes en vie, nous serons prioritaires, un médecin militaire organisera les vaccinations. Tout est calé, nous faisons un débriefing avant le départ du monsieur. La récré arrive et je passe en salle des profs « Ben, vous êtes tout pâle, chef ! C’était qui le type qui se promenait partout avec vous ce matin ? ». Je reste évasif et me contente d’un « secret défense ! » en ajoutant « C’est aussi bien que vous ne sachiez rien. » La suite, vous la connaissez : certes, on n’est pas allé jusqu’au bout du plan prévu, mais c’était bien parti pour pendant la pandémie. Ne vous leurrez pas, ce n’était qu’une répétition : le fameux virus tueur est en train de se préparer, quelque part en Asie. Alors, qu’il y ait un plan pour un conflit en Europe, cela ne m’étonne pas. Il sera effectif un jour, probablement.

    Samedi 30 août et dimanche 31 août

    Je suis en mode sevrage, j’essaie de me passer de ma « drogue » qui m’a permis de surmonter la période « vomito », je veux parler du Zophren. Hier, un seul comprimé au lieu de deux et aujourd’hui, je suis pour le moment à 0. Mais j’en prendrai quand même pour le trajet la semaine prochaine – destination Cantal – et j’en aurai en réserve. Le foie est un organe taquin qui ne prévient pas lorsqu’il se détraque. La veille, tu vas bien, le lendemain, tu passes une partie de la journée cramponné à la cuvette des toilettes. Il me semble que j’ai moins de difficultés à manger mais je reste prudent au niveau des quantités ingérées. Je gère mieux cet aspect, et quand mon corps me dit « stop », je n’insiste pas. Sinon il fait un vrai temps de rentrée. Cela me rappelle le bon vieux temps, lorsque j’attendais avec impatience d’accueillir les profs, passer du temps avec les stagiaires en leur faisant la visite des locaux et en les rassurant : « Tout le monde a débuté, mais vous ne serez pas seul ». Je me souviens d’une jeune stagiaire d’Arts Plastiques, qui faisait des choses formidables avec les élèves, mais qui avait parfois le sentiment d’être débordée, ou de ne pas avoir mené sa séquence comme elle l’avait écrite. Elle venait souvent me voir en fin de journée, parfois les larmes coulaient et je l’écoutais tout en la rassurant : « Si vous croyez qu’une séquence, même parfaitement ficelée fonctionne à chaque fois… Même avec des profs expérimentés ça peut foirer ! » Et puis nous parlions d’autre chose, de ses projets, de son ressenti. Et elle repartait, larmes séchées, avec un grand sourire. Je me souviens que j’avais posé la question au rectorat lors d’une réunion avec des inspecteurs IA IPR : « Mais pourquoi j’ai un ou une stagiaire tous les ans ? » (en soulignant que cela ne me dérangeait pas mais que d’autres collègues n’en voyaient jamais). « On va vous expliquer, Monsieur le Principal : il existe des établissements où nous ne mettrons jamais de stagiaires, parce qu’ils ne seront pas épaulés et encadrés, que ce soit par les profs ou par le chef d’établissement, et il y en a d’autres où on sait que le stagiaire sera accompagné et vous êtes dans cette catégorie. » Alors j’ai eu des stagiaires dans plusieurs disciplines et j’espère qu’ils sont bien dans leur peau d’enseignantes et d’enseignants. Le métier a beaucoup changé, et pas dans le bon sens, je ne sais pas si les jeunes sont accueillis avec bienveillance actuellement, les salles des profs doivent être survoltées. Je suis quasiment certain que je ne pourrais certainement pas faire la même carrière si je débutais aujourd’hui, peut-être que je rendrais rapidement les armes devant ce qui relève du saccage de l’éducation nationale, surtout de l’enseignement public, et je ne pourrais plus favoriser un climat serein dans un établissement. Triste constat, triste époque.

    Lundi 1er septembre

    René Guy Cadou

    Odeur des pluies de mon enfance
    Derniers soleils de la saison !
    A sept ans comme il faisait bon,
    Après d’ennuyeuses vacances,
    Se retrouver dans sa maison !

    La vieille classe de mon père,
    Pleine de guêpes écrasées,
    Sentait l’encre, le bois, la craie
    Et ces merveilleuses poussières
    Amassées par tout un été

    O temps charmant des brumes douces,
    Des gibiers, des longs vols d’oiseaux,
    Le vent souffle sous le préau,
    Mais je tiens entre paume et pouce
    Une rouge pomme à couteau.

    **Automne**

    Bonne rentrée, courage ! Je repasserai dans l’après-midi vous donner quelques nouvelles après ma visite post-greffe

    Nous voici de retour après une matinée bien remplie : RAS pour la visite post-greffe, je dois arrêter le Valganciclovir, et pas besoin de cortisone. Ensuite j’ai eu droit à la prise de sang habituelle et à la première dose de vaccin Tétravac. Chloé est passée me chercher juste après pour une série de tests d’efforts que j’ai semble-t-il réussis avec succès, elle était très contente. Cela fait partie du protocole qui accompagne l’escrime. Nous avons eu le temps de faire quelques courses : j’ai acheté des bâtons de marche, Michel une paire de chaussures et une caméra pour nos randos dans le Cantal et nous avons déjeuner sur place (centre commercial Atoll). Maintenant, c’est repos alors que les orages arrosent le secteur.

    Mardi 2 septembre

    Pas d’orage en ce 2 septembre mais une pluie continue depuis ce matin et un ressenti très automnal : on est bien chez soi ! En cuisine, c’est opération coulis de tomates. Michel est à l’oeuvre et les tomates épluchées s’égouttent avant la cuisson. Il faut dire que la production de fin de saison est abondante. Cela nous rappellera l’été au coeur de l’hiver.

    Autre bonne nouvelle, les résultats d’analyse qui sont arrivés ce matin : globules rouges et globules blancs vivent leur meilleure vie, et les plaquettes commencent à remonter. En ce qui concerne le foie, c’est meilleur, toujours perturbé mais à un degré moindre. Les phosphatases alcalines restent élevées, on verra dans trois semaines si c’est toujours le cas. Autre bonne nouvelle : la créatinine a baissé, ce qui signifie que les reins fonctionnent normalement. Je vais donc pouvoir partir tranquillement et nous apprécierons d’autant mieux notre séjour dans le Cantal. Il ne reste plus qu’à attendre les résultats pour le CMV et l’EBV, sans appréhension particulière.

    Mercredi 3 septembre

    En fait, j’aurais mieux fait d’être prudent : les résultats CMV et EBV sont arrivés et, si tout est OK pour le CMV qui reste indétectable, le virus EBV s’est réveillé et c’est tout de même fâcheux parce qu’il est à 3,41 log (c’est la mesure de la charge virale) et on doit recevoir une perfusion de rituximab à 4 log. C’est RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) au CHU ce matin et je pense que j’aurai un appel de Doc Sylvie en fin d’après-midi. Peut-être me demandera-t-elle de passer au labo de Murat pour une prise de sang intermédiaire, dans ce cas elle faxera l’ordonnance à la pharmacie avant notre départ. Bref, on verra bien. Ou alors elle me laissera partir tranquille pour mieux me rattraper le 21 septembre. Pour rappel, les deux virus sont fâcheux, chacun pour des raisons différentes. En ce qui concerne l’EBV, les antiviraux sont totalement inefficaces, il faut avoir recours au Rituximab si la charge atteint 4 log.

    La blague du jour : Michel m’a déposé chez l’audioprothésiste avant de faire les courses. Je voulais que l’entretien de mes appareils auditifs soit fait avant notre départ, et j’ai bien fait car la dame a « réparé » quelques dysfonctionnements qui auraient pu m’ennuyer sous peu. Bref, tout se passe pour le mieux. En sortant, comme la banque est juste à côté, j’avais prévu de retirer de l’argent au distributeur. Je joue avec la machine qui me demande si je veux un retrait – non, je veux un selfie façon Bayrou, me propose plusieurs montants, je sélectionne celui qui me convient et v’latipas que ce truc me demande mon code. « On fait comment pour rentrer son code ? » Je précise que je n’ai pas retiré d’argent depuis certainement une année complète. Me voilà complètement benêt devant l’écran… Bayrou a raison : je suis un boomer. Je cherche (heureusement, je suis seul), je regarde bêtement l’écran qui n’est même pas tactile, contrairement à celui de mon téléphone, et je finis par comprendre que j’ai posé ma pochette sur le clavier, donc évidemment je ne le voyais pas, du moins pas suffisamment. Heureusement, je connaissais encore mon code et je me suis rappelé qu’il fallait prendre les billets avant de partir. Bref, le retour au « monde civilisé » risque encore de me réserver quelques surprises !

    Jeudi 4 septembre

    Voilà, c’est le moment de boucler cet article. Ensuite, je ne garantis pas autant de régularité pendant nos vacances. Ce sera selon l’inspiration, et probablement plus sous la forme d’un album photo. Nous rentrerons le dimanche 21, d’ici-là, portez-vous bien.

    1 septembre 2025

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