Je n’ai pas envie d’écrire une page sur le temps qui passe, gnagnagna. Mais quand même, on peut souligner que le temps n’est pas le même lorsque l’on attend une lettre ou un colis qui n’arrive pas, ou lorsque l’on va devoir préparer son sac pour l’hôpital. Le temps se dilate, ou se contracte, comme un de mes organes, avec un nodule en guise de décoration. En réalité, je suis à J-4 alors que je rédige, mais vous aurez l’article à J-3, donc demain dimanche.
La journée est bizarre : j’ai mis à manger aux piafs, qui étaient planqués parce qu’ils m’ont intimé l’ordre de me dépêcher, mais je ne vois personne. Sans doute que l’horaire n’était pas le bon et j’ai dû me faire traiter de « Cruchotte » par une bande d’emplumés mal éduqués. Ou alors ils font exprès de se planquer quand ils sentent que je les épie. Je pense que Michel aura d’autres occupations pendant mon absence et ils vont devoir se débrouiller comme des grands. Les allers-retours à gérer en plus du quotidien ici, les lessives, les courses, les travaux d’assainissement qui devraient débuter en même temps que le mois de février vont bien l’occuper.
J’ai parlé dans l’article précédent de ce qui permet de garder le lien avec l’extérieur, ces différents cordons ombilicaux qui font entrer un peu d’air frais dans nos chambres. J’ai déjà été hospitalisé quelques jours en hémato, mais pas dans la partie « greffes », celle que l’on appelle Unité Protégée Harvey.
https://www.chu-angers.fr/offre-de-soins/maladies-du-sang-52926.kjsp
Si vous faites les curieux, vous pourrez lire le livret d’accueil et voir une petite vidéo de présentation, on voit même Doc Sylvie ; comme dit Michel : « Elle était plus jeune ! » – la vidéo date de 2017, et, depuis, je crois que j’ai pris un coup de vieux aussi.
Il y a peu de différences entre l’unité Harvey et l’unité Siguier que je connais mieux. Les chambres sont similaires, à ceci près que vous avez un sas dans la partie protégée qui permet aux visiteurs de respecter les procédures : lavage des mains, surblouse, charlotte et surchaussures obligatoires, pas de contact avec le malade, pas d’objets interdits introduits dans la chambre, respect strict des consignes pour la sécurité du malade. J’aurai une chimio atténuée et par conséquent, je ne sais pas si toutes ces consignes seront aussi strictes dans mon cas. Les chambres sont à pression positive, avec une ventilation constante. L’eau du robinet et de la douche est stérile, mais il est recommandé de laisser couler un filet d’eau avant de se laver les dents ou de se doucher pour éviter tout contact avec une éventuelle bactérie.
Pour les visites, deux personnes sont autorisées en même temps. Pendant mon hospitalisation pour « COVID grave », il y avait eu tout un pataquès lorsque Michel avait essayé de me rendre visite pour la première fois. Il était tombé sur une Cruchotte de service, pas aimable, qui lui avait dit « Visites interdites, faites demi-tour ». Lorsque Michel m’en avait informé alors qu’il était de retour sur le parking, j’en aurais hurlé de rage, si j’avais pu : respirer était déjà mission presque impossible même avec l’apport d’oxygène au maximum, les larmes avaient coulé en silence. Heureusement, la femme médecin qui avait donné son accord pour les visites et dont les ordres étaient passé à la trappe au weekend avait mis les points sur les i à son équipe dès le lundi matin, et le tapis rouge avait été déroulé lorsque Michel était revenu me voir. J’avais précisé « Si je ne peux pas avoir de visites, je ne donne pas cher de ma peau ! » et je ne surjouais pas comme une drama queen éplorée : c’était la stricte vérité.
Je n’avais pas eu d’autres visites que celles de Michel, y compris en réanimation, puis, à la suite du pneumothorax, en pneumologie, mais ce n’était pas grave car je pouvais communiquer via Messenger ou par SMS avec mon téléphone. Si jamais vous aviez l’idée saugrenue de vouloir me rendre visite, sachez que le stationnement dans l’enceinte de l’hôpital est une calamité. Il vaudra mieux me tenir au courant des visites éventuelles au cas où on m’embarquerait pour un scanner ou un autre examen. De plus, je risque d’être « légèrement » incommodé par la chimio et les différents traitements : les malades dont j’ai pu lire les témoignages le soulignent tous : on dort beaucoup, le corps a besoin de récupérer, d’autant plus qu’on est souvent dérangé la nuit, même si les infirmières se font très discrètes, on a plusieurs visites et il est parfois difficile de retrouver le sommeil.
Pour le téléphone, je préfère les SMS ou les messages sur Messenger, je mettrai les notifications en sourdine lorsque j’aurai besoin de récupérer, mais tant que je peux le faire, je répondrai. Je suis moins bavard quand on m’appelle que sur un message écrit, mais ça c’est mon rapport compliqué avec le téléphone. Inutile aussi d’essayer de m’appeler en visio : je ne suis pas fan de ce genre de trucs, surtout si j’ai vomi toute la matinée et que je me fais peur en me voyant dans le miroir de la salle de bain : je connais, j’ai déjà croisé mon reflet dans ces moments-là.
Le matin, c’est souvent très animé dans la chambre : la prise de sang et les constantes, la pesée, le petit déjeuner, le ménage de la chambre, la visite des toubibs et internes, les allées et venue des infirmières. Il vaut mieux privilégier l’après-midi si vous voulez me laisser un message, ou être patient si je ne réponds pas, c’est en général beaucoup plus calme, sauf si le planning des examens impose un déplacement en brancard : ils font le maximum pour qu’on puisse tout faire dans la matinée, mais parfois c’est mission impossible.
En ce qui concerne les articles quotidiens, j’essaierai de garder le même rythme, ne serait-ce que pour maintenir une occupation « intelligente ». Pour la partie activité physique, j’aurai un vélo d’appartement, et même si je ne tiens que 5 minutes, j’essaierai d’en faire tous les jours. Après la greffe, je pense que je pourrai sortir dans le couloir et aller jusqu’au salon, un tapis de marche est aussi à disposition, c’est important de ne pas perdre trop de muscles, on « fond » très vite quand on est alité. Donc j’essaierai de passer le moins de temps possible au lit pendant mes périodes d’activités. Je sais que vous m’encouragerez et je compte sur vous, j’essaierai de me fixer quelques objectifs quotidiens (faire sa douche sans aide était la première épreuve sportive pendant l’hospitalisation « COVID »).
Comme d’habitude, je termine en musique :
Time (Temps)
Ticking away the moments that make up a dull day
Passer les moments qui composent une journée ennuyeuse
You fritter and waste the hours in an offhand way.
Tu gâches et tu gaspilles les heures d’une façon désinvolte
Kicking around on a piece of ground in your home town
Trainant dans une partie du terrain de ta ville natale
Waiting for someone or something to show you the way.
Attendant que quelqu’un ou quelque chose te montre le chemin
Tired of lying in the sunshine staying home to watch the rain.
Fatigué d’être allongé dans les rayons du soleil en restant à la maison à regarder la pluie
You are young and life is long and there is time to kill today.
Tu es jeune, la vie est longue et il y a du temps à tuer aujourd’hui
And then one day you find ten years have got behind you.
Et un jour tu t’aperçois que 10 ans sont derrière toi
No one told you when to run, you missed the starting gun.
Personne ne t’a dit quand courir, tu as manqué le signal de départ
So you run and you run to catch up with the sun but it’s sinking
Et tu cours, cours encore pour rattraper le soleil mais il est en train de se coucher
Racing around to come up behind you again.
Faisant la course en rond pour se lever à nouveau derrière toi
The sun is the same in a relative way but you’re older,
Le soleil est le même d’une manière relative mais tu es plus vieux
Shorter of breath and one day closer to death.
Plus à bout de souffle et un jour plus près de la mort
Every year is getting shorter never seem to find the time.
Chaque année se fait plus courte et tu ne sembles jamais trouver le temps
Plans that either come to nought or half a page of scribbled lines
Les projets qui s’évanouissent en fumée ou bien se résument par une demi page de lignes gribouillées
Hanging on in quiet desparation is the English way
Tenir bon dans un calme désespoir est une habitude bien anglaise
The time is gone, the song is over,
Le temps est révolu, la chanson est finie
Thought I’d something more to say
Je pensais que j’aurais quelque chose de plus à dire
Home, home again.
Chez soi, chez soi à nouveau
I like to be here when I can.
J’aime être ici quand je peux
When I come home cold and tired
Quand je rentre à la maison frigorifié et fatigué
It’s good to warm my bones beside the fire.
C’est bon de réchauffer mes os auprès du feu
Far away across the field
Loin au dessus des champs
The tolling of the iron bell
Le son de la cloche de fer
Calls the faithful to their knees
Appelle les fidèles à se mettre à genoux
To hear the softly spoken magic spells.
Pour entendre des formules magiques prononcées à voix basse



















