Vendredi 9 janvier
Tiens, il faut que je vous raconte une anecdote, même deux. Cela concerne le résultat de la biopsie dont je n’ai toujours pas connaissance. Ce qui m’énerve le plus dans cette histoire, c’est la forme d’irrespect qui consiste à dire « Ne vous inquiétez pas, je vous rappellerai dès que j’aurai les résultats ». Alors, ces résultats doivent être arrivés, puisque j’ai une convocation en dermatologie le 27 janvier, ce ne sera certainement pas pour parler de la neige et de la tempête. J’imagine que vous êtes comme moi, un peu de la vieille école. Je m’explique : quand je dis à quelqu’un « Je vous rappellerai », j’ai pour habitude de tenir cet engagement. Je l’ai toujours fait dans ma vie professionnelle, j’ai du mal à comprendre comment on peut « zapper » un engagement de cette nature. J’en discute souvent avec Michel, et, pas plus tard qu’hier, après avoir ronchonné après le service dermato qui commence à me les briser menu, je vois un article apparaître tout en haut de mon fil d’actualité :
Résultat de biopsie long : est-ce un mauvais signe ? – Top Santé
L’article, si vous avez la flemme de le lire, détaille les situations dans lesquelles un résultat de biopsie peut prendre beaucoup de temps. On essaie de rassurer le patient en disant que bon, ce n’est pas toujours très grave au bout du compte, que parfois il faut une double lecture, ou que l’échantillon prélevé doit être envoyé à un autre labo, bla bla bla.
Je ne crois pas au hasard, et je fais part de ma « découverte » à Michel en lui disant que c’est vraiment étrange, alors que c’est le sujet qui me préoccupe, que je retrouve cet article, récent en plus, en tête de mon fil d’actualité.
C’est là qu’il me raconte son anecdote à lui : l’autre jour, ma belle-sœur Françoise (la sœur de Michel) m’a appelé et nous avons papoté un bon moment, notamment au sujet de ce résultat de biopsie. Michel a pris machinalement son téléphone et s’est rendu compte que Gemini, qui s’était installé sur son téléphone sans rien demander, enregistrait tout ce que je disais. Il a donc désinstallé l’application qui a bien tenté de l’en empêcher en lui disant que « désormais, nous ne pourrons plus communiquer ! » Je crois que Michel n’avait absolument pas l’intention de communiquer avec cette application. Alors, en soi, je me fiche un peu que mon ordinateur ou que mon téléphone m’espionnent, n’ayant pas de secret d’État à cacher. Mais imaginons que, en toute bonne foi, un ministre lâche des informations à son épouse en rentrant d’une réunion qui l’a particulièrement marqué… Peut-il imaginer que le téléphone de sa femme est en train de l’espionner ? Son propre téléphone est théoriquement ultra sécurisé, mais pas forcément les téléphones de son entourage familial. Bref, je suis content de ne pas avoir à évoquer des secrets d’État. Loin de moi l’idée d’adhérer à des théories du complot, mais je n’ai pas la naïveté de croire que tout cela est un pur hasard. Tiens, cela pourrait être le point de départ d’un bon roman contemporain !
Dimanche 11 janvier
Je me doute que mon ordinateur est en train de m’espionner, mais il faut qu’il sache que je m’en fiche totalement, puisque ce que j’écris ici est public et libre d’accès… Non, rassurez-vous, je ne tombe pas dans la parano primaire ou le complotisme ambiant. Il paraît que les réseaux se déchaînent à propos de l’incendie de Crans-Montana, dans le style « Bien fait pour eux, ce sont des gosses de riches », ou « Les parents ont eu ce qu’ils méritaient, ils n’avaient qu’à surveiller leurs gamins ». Je ne sais pas ce qui peut provoquer de tels déferlements de haine, peut-être la frustration, ou le désir de nuire, peut-être aussi une immense bêtise. Cela a toujours été, me direz-vous. Certes, mais jamais à ce point. On a un Donald US qui donne l’exemple : je m’empare du pétrole vénézuélien, et, comme cela ne me suffit pas, je vais annexer le Groenland, et puis j’irai bombarder l’Iran et je signerai des accords commerciaux avec mon ami Poutine, qui a quand même le droit de se défendre contre les odieux Ukrainiens qui ne veulent pas céder leur territoire, ce sont des méchants (Trump emploie souvent ce terme). Ce monde est taré. Les rumeurs malsaines sont reprises et multipliées à l’infini : « Brigitte est un homme », on se fiche pas mal des conséquences sur les personnes concernées, plus on fait de mal et mieux c’est. La gentillesse et l’empathie sont devenues des tares, la recherche médicale est vilipendée et caricaturée à l’extrême, les Dr Diafoirus des temps modernes vous expliquent qu’un régime à base de citron ou de je ne sais quoi viendra à bout de votre cancer. Parfois, j’ai bien envie d’émigrer dans le Grand Nord, chez le peuple sami ou inuit, je serai accueilli avec gentillesse et je pourrai me livrer à la contemplation sans être espionné par mon téléphone.
C’était mon coup de gueule dominical, cela veut dire que, globalement, je vais plutôt bien si on met de côté mon lobe d’oreille soumis à une omerta malvenue. Bref, un Macron qui râle se porte bien !
Je vous conseille l’excellente chronique de François Morel dont voici la conclusion : « Le monde est un bistrot, ce sont les piliers de bar qui le dirigent ».
Pourquoi qu’on envahirait pas Monaco ? | France Inter
Un peu de tango (non, je ne le danse pas, hélas !)
Lundi 12 janvier
Journée grise et humide qui ressemble à un lundi de janvier classique pour notre région : de la douceur, du gris, de la pluie fine. J’en ai profité pour terminer le dernier roman de ma trilogie islandaise intitulée « Konrad ». Konrad est un flic islandais à la retraite qui ne peut s’empêcher d’enquêter, ce qui agace souvent sa collègue Marta, toujours en activité. Il y a une double enquête puisque Konrad enquête aussi sur la mort de son père, près des abattoirs de Reykjavik. Le père était un sale type violent, un escroc aussi et il s’était « intéressé » de très près à la sœur de Konrad. La mère et la fille avaient pris la fuite et Konrad était resté avec ce sale type de père, allant jusqu’à le seconder (il n’avait pas le choix) dans ses trafics sordides. Alors, ce n’est pas très « riant » comme oeuvre mais c’est passionnant car l’auteur, Arnaldur Indrinason, sait parfaitement retranscrire les transformations de la société islandaise, depuis 1960 jusqu’à la période contemporaine. Et puis, outre les enquêtes, il y a l’Islande, les paysages austères, les glaciers, les tempêtes de neige, la pluie incessante en automne… à lire avec une boisson chaude !
Mardi 13 janvier
Je suis plongé dans une nouvelle lecture. Je vous propose donc un jeu avec quelques mots clés et un court extrait de l’oeuvre intemporelle (mais écrite au 19e siècle) que je lis. Les protagonistes : Le professeur Lidenbrock et son neveu Axel, amoureux de la belle Graüben, pupille de Lidenbrock. Un message crypté, rédigé au 16e siècle par un célèbre alchimiste, Arne Saknussemm…
L’extrait :
« Ah ! ingénieux Saknussemm ! s’écria-t-il, tu avais donc d’abord écrit ta phrase à l’envers ? »
Et se précipitant sur la feuille de papier, l’œil trouble, la voix émue, il lut le document tout entier, en remontant de la dernière lettre à la première.
Il était conçu en ces termes :
In Sneffels Yoculis craterem kem delibat umbra Scartaris Julii intra calendas descende, audas viator, et terrestre centrum attinges. Kod feci. Arne Saknussem.
Ce qui, de ce mauvais latin, peut être traduit ainsi :
Descends dans le cratère du Yocul de Sneffels que l’ombre du Scartaris vient caresser avant les calendes de Juillet, voyageur audacieux, et tu parviendras au centre de la Terre. Ce que j’ai fait. Arne Saknussemm.
Mon oncle, à cette lecture, bondit comme s’il eût inopinément touché une bouteille de Leyde. Il était magnifique d’audace, de joie et de conviction. Il allait et venait ; il prenait sa tête à deux mains ; il déplaçait les sièges ; il empilait ses livres ; il jonglait, c’est à ne pas le croire, avec ses précieuses géodes ; il lançait un coup de poing par-ci, une tape par-là. Enfin ses nerfs se calmèrent et, comme un homme épuisé par une trop grande dépense de fluide, il retomba dans son fauteuil.
« Quelle heure est-il donc ? demanda-t-il après quelques instants de silence.
– Trois heures, répondis-je.
–Tiens ! mon dîner a passé vite. Je meurs de faim. À table. Puis ensuite
– Ensuite ?
– Tu feras ma malle.
– Hein ! m’écriai-je.
– Et la tienne ! » répondit l’impitoyable professeur en entrant dans la salle à manger.
Je vous l’accorde, c’est un peu facile. Cela fait bien longtemps que je n’avais pas entrepris de relire ce livre, et je ne me souvenais pas que le début était aussi drôle. Il s’agit donc de… Ah mais je vous donnerai la solution plus tard !
Mercredi 14 janvier.
Commençons par la devinette que je vous ai proposée hier. Il s’agit d’un extrait de « Voyage au centre de la Terre » de Jules Verne.
Laissons un peu les volcans et l’Islande de côté. Ce matin, c’était départ matinal pour le CHU. Je devais mettre mon dossier administratif à jour, comme tous les ans en janvier. Je suis tombé sur la « dame gentille », Michel a eu le temps d’observer sa collègue peu aimable, prête à sortir son taser à la moindre hésitation du patient. Je souligne que c’est rare d’avoir à affronter de telles personnes au CHU mais j’ai été accueilli par une dame charmante, ouf ! L’attente n’a pas été longue ensuite en post-greffe puisque Doc Sylvie, toute pétillante comme d’habitude est arrivée peu après nous. Elle a pris le temps de regarder mes derniers résultats, qui montrent une GVH hépatique modérée et un CMV qui dort alors que son compère EBV n’est pas totalement inactif et proche des 4 logs. Auscultation ensuite, RAS à part mon poids qui diminue en pente douce et m’oblige à jongler avec la taille des vêtements. On a abordé ensuite le problème du lobe de l’oreille droite. Elle a souri quand j’ai raconté mes déboires avec le service dermatologie qui ne m’a jamais rappelé : « Tous les services ne sont pas à la hauteur du service hématologie ». Ce en quoi elle a tout à fait raison, la communication est tellement fluide que l’on pense un peu rapidement que c’est la règle partout, et en fait non. Elle a fouillé dans mon dossier et a trouvé un compte-rendu de biopsie plutôt rassurant mais qui contraste avec l’aspect de mon oreille. Il faudra attendre le 27 janvier pour être fixé. Le 2 février, j’aurai le plaisir de retourner au CHU pour un EFR (mesure de la capacité respiratoire) et j’irai juste après en post-greffe pour un gros bilan sanguin (on part sur trente tubes ?). Ce sera ma dernière visite avec Doc Sylvie qui nous manquera. La prochaine visite sera en mai, côté hématologie, avec le grand Doc Sylvain qui me recevra tous les trimestres. J’attends comme d’habitude mes résultats de prise de sang, ils arriveront demain en cours de matinée.
Nous sommes ensuite allés faire les soldes, c’était une bonne idée, avec des achats nécessaires et non compulsifs, et, en ce qui me concerne, à ma taille !


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