Post-greffe, novembre J 17

Samedi 15 novembre

Hier, j’ai regardé un reportage qui m’a profondément marqué, et qui en dit long sur notre époque, ce que vivent les habitants de pays déchirés par les guerres civiles, par les islamistes, les narcotrafiquants ou la pauvreté, et, parfois, les fléaux se conjuguent. Question : que ferait-on si nous étions confrontés un jour à la guerre, au sang qui coule, aux immeubles éventrés, aux écoles bombardées ? Je crois que nous prendrions tous nos valises et nous fuirions pour chercher une terre d’accueil. On a bien compris que ce ne serait pas aux USA tant que Trump sera président, ni en Hongrie ni dans un pays dirigé par les forces brunes dont on sous-estime l’émergence. Bref, nous serions bien désemparés, prêts à payer des sommes folles aux passeurs pour sauver nos enfants, nos familles et nous-mêmes.

Le reportage évoque le parcours exemplaire d’un jeune Syrien qui a quitté son pays, en proie au chaos, à l’âge de 16 ans. Il a traversé seul l’Europe, voyageant dans des conditions épouvantables, pour rejoindre la France. Alexandre, c’est le prénom qu’il s’est choisi, a travaillé dur à l’école : il a appris le français, puis il a décroché son bac avec mention très bien. Son rêve était de devenir médecin, c’est ce qu’il avait dit à l’école quand il était petit « Je serai médecin ». Il a donc poursuivi des études de médecine et il exerce, à 27 ans, en tant que médecin urgentiste au CHU de Tours, mais ce n’est pas tout. Il a voulu raconter son histoire et il s’est inscrit au concours d’éloquence qu’il a brillamment remporté. Il épaule désormais les futurs candidats qu’il prépare alors qu’ils se présentent au même concours. Il doit passablement énerver ces élus d’extrême droite qui veulent renvoyer tout le monde « chez eux », à l’instar de Trump et de sa folie antimigratoire.

Voici le reportage en question, j’ajouterai juste que la France manque de médecins, que nous avons besoin de tous les « Alexandre » qui ont tout laissé derrière eux pour venir chez nous. Peu importe qu’ils aient pour ambition de devenir médecins, informaticiens, ingénieurs, agriculteurs, enseignants, cuisiniers, serveurs, boulangers : ils sont un levier et non un poids pour peu qu’on veuille bien les aider à trouver leur voie. Et, un jour, ils cotiseront pour la sécu et les retraites, et paieront leurs impôts. Je parle bien évidemment de ces réfugiés qui ont envie de s’intégrer, de se projeter dans l’avenir et de construire un vrai projet de vie dans notre pays.

https://www.franceinfo.fr/replay-magazine/france-2/20h30-le-vendredi/les-rencontres-de-20h30-alexandre-l-urgence-de-vivre_7574440.html#xtor=CS2-765-[copy]-

Dimanche 16 novembre

Le père Noël est passé chez nous hier. En fait, c’est le livreur de chez Géodis, fort sympathique, qui nous a livré le rameur commandé chez Décathlon. Pourquoi si tôt ? Eh bien, une promo intéressante m’a décidé à cliquer sur la touche « acheter ». Michel a monté la « bête » installée dans la chambre. Dès qu’elle est pliée, ma foi, elle ne prend pas trop de place, même si on a vu mieux comme objet décoratif. Les kinés organisent des séances de sport adapté, Michel s’est inscrit et commencera bientôt les « tortures » (qui n’en sont pas, car tout est réellement pensé en amont et adapté aux différents patients). « Pourquoi ne t’es-tu pas inscrit ? » C’est simple : je fais un vrai blocage à l’idée de devoir interagir avec des personnes que je ne connais pas, que je ne côtoie pas. Je suis un sauvage et je le suis devenu davantage depuis la greffe : isolement avant la chimio au vidaza, et pendant, puis isolement en chambre stérile, et isolement à la maison pendant les trois premiers mois. Un long confinement qui n’aide pas à la socialisation. Au CHU, c’est différent : je suis en terrain connu, j’échange volontiers avec l’équipe de soignants et à l’occasion avec les patients s’ils en ont envie ou s’ils sont en état de parler. Donc, maintenant que vous savez tout sur mes troubles psychologiques, ou presque, revenons au rameur. Outre le fait que la notice de montage était bien faite, avec toutes les vis, rondelles, etc., rangées dans l’ordre de montage, l’utilisation est très agréable : c’est silencieux, avec plusieurs programmes selon la difficulté voulue. Je ne force pas, c’est juste pour renforcer un peu les muscles qui ont tendance à fondre. Je ne vais pas aller vers les programmes « perte de poids » puisque ma dégringolada pondérale se poursuit, lentement mais sûrement, et Michel me dit que Corinne — la diététicienne — va bientôt être appelée à la rescousse avec ses produits infâmes protéinés. Alors non, tout sauf Corinne : je ruse, je mets du fromage râpé sur mes pâtes, je me force à manger une petite tranche de pain, je prends une lichette de comté, mais ce n’est pas probant. Je fais tout pour que Corinne ne soit pas alertée… Rame, rame, rameur, ramez… vous connaissez la suite.

Je ne suis pas très « commémoration », parce que souvent c’est trop bavard. Mais quand on a la possibilité de revoir certains moments, mon petit cœur d’artichaut craque.

Lundi 17 novembre

On sent bien la fraîcheur qui arrive du nord. Pas dans la maison : la pompe à chaleur assure un confort agréable, mais, dès que l’on ouvre une porte, c’est l’hiver qui tente de rentrer. Ce n’est pas pour me déplaire, car j’aime le froid, un peu moins le vent, c’est ainsi et il en faut pour tous les goûts. Chaudement vêtu, c’est plus agréable d’être en extérieur que sous une pluie froide.

Depuis samedi, je rame. Pas en continu, faut pas pousser non plus ! Une séance le matin, et une l’après-midi, c’est suffisant pour le moment et Michel a pris le relais plusieurs fois aussi. À ce rythme, l’achat de Noël sera bientôt rentabilisé, enfin, physiquement.

Hier soir, c’était le retour de notre enquêtrice préférée, Vera. Petite bonne femme affublée du même chapeau que Paddington, version kaki, souvent de mauvaise humeur, elle avait en plus dans ce premier épisode une rage de dents. Mais il ne faut pas s’y tromper : c’est un fin limier et, derrière cette carapace pleine de piquants, se cache un cœur d’or. Je sais que c’est bientôt terminé pour elle, Vera prendra sa retraite à la fin de la prochaine saison. Elle nous manquera, ainsi que ces paysages souvent tourmentés du Northumberland ; les villes n’y sont pas riantes et la pauvreté suinte souvent de ces maisons grises qui rappellent les corons. C’est que l’aspect social n’est jamais bien loin, on comprend vite que la vie n’est pas facile, que la misère vous colle à la semelle comme le célèbre bout de scotch du capitaine Haddock. Mais Vera aime son « pays ». Sa façon d’appeler les uns et les autres « mon chou » ou « mon grand » témoigne de l’affection de la policière, même lorsqu’elle s’adresse au meurtrier ou à la meurtrière qu’elle vient de confondre. On n’échappe pas à Vera. L’enquête terminée, elle se retrouve souvent seule dans sa maison isolée, un verre de whisky à portée de main. Qu’est-ce qui fait que l’on s’attache plus à certains personnages de fiction qu’à d’autres ? Leur humanité, leurs faiblesses, leurs failles aussi.

Mercredi 19 novembre

Je sais, je n’ai pas alimenté le blog hier, ce n’est pas toujours utile quand il n’y a pas grand-chose à écrire, sinon cela devient du remplissage. En revanche, j’ai eu plusieurs échanges intéressants sur le Forum Ellye et sur Messenger en ce qui concerne la thématique « Comment faire connaître le don de moelle osseuse ? ». Je crois que tant que l’on parlera de « moelle », les gens se fermeront et ne voudront même pas lire ou écouter les infos que je donne patiemment depuis plus d’un an déjà. Il vaut mieux parler de « cellules souches » qui se forment effectivement dans la moelle osseuse, la moelle rouge, et qui permettent au sang et au système immunitaire de bien fonctionner. Parfois, la machine se dérègle et la moelle osseuse, donc les cellules souches, produisent des cellules anormales et cancéreuses. Les cellules cancéreuses prennent vite le dessus si on ne les bombarde pas de chimio rapidement, et la greffe de cellules souches provenant d’un donneur compatible permet seule d’envisager la guérison. Ce n’est pas du 100% pour toutes les pathologies ; la mienne, par exemple est une myélodysplasie à haut risque, particulièrement tordue et récidivante. Il suffit d’une cellule souche qui ne serait pas remplacée par les cellules de « Kate » pour que le cirque recommence. Pour le moment, je suis en mode 100% donneur, mais il arrive, avec le temps, que le greffon s’affaiblisse et que les cellules d’origine reprennent une certaine activité. On parle alors de perte de chimérisme.

J’ai créé des pages avec des articles pour expliquer tout ça, il faut croire qu’elles ne sont pas beaucoup consultées, de même, en ce qui concerne le don et ses modalités. Donc, si vous voulez en savoir plus, tapez « don de moelle osseuse » dans Google. Je pense avoir fait ma part même si je dois malheureusement constater que sur ce plan-là, je n’ai pas réussi à informer grand monde. La France est un des pays qui se mobilise peu pour le don de moelle osseuse, je pense que cela continuera encore longtemps. On me dit « Oui mais j’ai passé l’âge !  » Sans doute, mais vous avez bien des enfants, des petits enfants, des neveux, des nièces en âge de comprendre. Alors certes, autour de la bûche de Noël, ce n’est pas une conversation facile à introduire. On peut aussi disséquer la dinde au lieu de la couper proprement : « Alors, vous voyez, dans ces os on va trouver de la moelle osseuse ». Je sais, c’est gore, mais risquer de mourir faute de donneur, ça l’est aussi.

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Vous pouvez faire les curieux : c’est autorisé !

Jeudi 20 novembre

Il fait froid, je vous propose de vous déhancher un peu sur quelques airs qui vont bien rester dans votre tête et dans votre corps !

Claude François a dit qu’il ne comprenait pas les paroles de cette chanson. Nous non plus, mais on s’en moque ! Tous en place pour les chorégraphies :

Alors, ça, j’aime vraiment beaucoup, put on your red shoes !

Et n’oubliez pas le chapeau !

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