Post-greffe, octobre J 16

Week-end des 11 et 12 octobre

Revenons rapidement sur la journée du vendredi 10 octobre. Hier midi, on a mangé de la choucroute. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. D’abord, c’était la première depuis longtemps. Alors, je n’ai pas bu de bière, mais j’ai mangé ma part, ou presque, j’avais juste laissé un peu de viande que Michel a terminée. On se demandait tous deux si c’était bien raisonnable, mais il faut bien tenter des expériences. Comme me l’a dit Doc Sylvie « Réintroduisez les aliments progressivement. Si ça passe, vous pouvez continuer, si ça ne passe pas, attendez un peu et recommencez plus tard. » Donc c’est passé et sans aucun problème. La quantité était raisonnable pour un premier essai et j’ai parfaitement digéré. Parfois, une bouchée en trop suffit à déclencher la crise digestive, donc j’y vais avec prudence.

Nous avons, comme beaucoup de citoyens, émis des hypothèses sur le futur Premier ministre avant le repas. J’ai tenté plusieurs hypothèses : « Mendès France ? Edgar Faure ? Chaban-Delmas » ? Mais nous n’avons plus d’hommes aussi brillants. Michel m’a dit « Ils vont t’appeler, c’est sûr ! »

Vers midi, le téléphone sonne (si, si, 11 h 52 précisément !) Je commence à m’emmêler les doigts et j’entends la voix de Caroline, l’infirmière du service post-greffe : « M. Macron ? On a un service à vous demander, il faudrait que l’on repousse votre visite prévue lundi à mercredi. La matinée de lundi s’annonce très chargée… Vous êtes d’accord, oh merci ! ça nous arrange bien ! »

Ben tiens, forcément que je suis d’accord, j’ai failli être nommé Premier ministre !

Dimanche 12 octobre

Passons rapidement sur la journée d’hier. Ce fut très calme sans activité particulière. Ah si, j’ai pris quelques photos de dahlias que je vous mettrai ensuite.

Voici longtemps que je ne vous ai pas rédigé un petit délire, imaginons que j’aie pu assister, caché derrière un rideau, à l’entretien entre Seb et Manu… Pardon, entre le nouveau futur ex-Premier ministre et le Président.

— Seb, c’est gentil d’être passé, je crois que je vais avoir besoin de toi…

— Encore ? Mais j’ai démissionné, tu m’as ensuite confié une mission, et là tu as encore besoin de moi ?

— Prenons un whisky pour commencer, regarde : c’est un excellent scotch, admire sa couleur ambrée !

— Tu n’étais pas obligé de remplir le verre aux trois quarts. Alors que veux-tu ?

Les deux hommes trinquent, même si Seb pense qu’il doit s’attendre au pire. Il en vide son verre d’une traite.

— Eh bien, dis donc… Je pensais que tu allais prendre ton temps ! Attends, je t’en reverse un peu… Voilà ! Bon, je ne vais pas te faire attendre, je dois te renommer Premier ministre.

— Manu, mais quelle idée ? Je viens de démissionner, notamment à cause de qui tu sais, les deux Bruno, l’un ne supportant pas l’autre… Ah il est bon, ton whisky, mais il monte à la tête. Je ne sais pas si je dois accepter ou refuser ton offre… S’il s’agit d’une « offre », on va être la risée de tout le monde. Imagine les écolos, les socialistes, je ne parle pas de Mélenchon, ni de MLP. Enfin, tu as perdu la raison !

— Écoute, sur un malentendu, ça peut marcher, et puis quitte à mettre le bazar, autant que ce soit drôle. Je sais que tu es loyal, tu as les idées moins embrouillées que ton prédécesseur, François le Béarnais.

— Encore heureux ! Bon, allez, un dernier verre et je te dis oui. Mais sans les Bruno, hein !

— D’accord, c’est déjà un premier point acté. Tu vas voir la dégringolade des traîtres. Peut-être que les Français n’aiment pas César, mais ils détestent encore plus Brutus. Il y en a 3 qui sont déjà bien handicapés pour la présidentielle, dont deux ex-Premiers ministres. Qu’est-ce que je m’amuse ! Oups, il est déjà 22 h. Je vais faire envoyer le communiqué. Tu vas voir, on va bien rigoler… Au fait, je suis en Égypte lundi, donc, si tu pouvais te grouiller un peu pour composer ton gouvernement, ce serait plutôt pas mal.

— Je sens que je vais galérer, encore pire que la première fois… Tu me diras qui tu ne veux pas voir à part les deux Bruno.

— Bah c’est simple, tu ne prends que des gens qui ne disent pas de mal de moi !

J’attends que les deux hommes sortent du bureau présidentiel avant de sortir de ma cachette… Mais j’entends Brigitte qui sermonne Manu :

— Tu as vu l’heure ? Je te préviens, ce sera sandwich pour toi… Et avec une bouteille d’eau, car tu sens le whisky. Je comprends mieux pourquoi ce pauvre Seb se tenait au mur quand je l’ai croisé. Allez, hop ! Assez de bêtises pour aujourd’hui… Au fait, tu lui voulais quoi ?

— Euh… ce sera la surprise !

La surprise, vous la connaissez, mais ce n’est pas terminé. Voici les photos de dahlias :

Mardi 14 octobre

Oui, je sais, il manque lundi. Bah j’ai consacré une partie de mon temps à finaliser la réservation d’un gîte en Bretagne pour début juin 2026. Étant donné que Doc Sylvie a tiqué quand je lui ai parlé de la Crète, je me suis dit qu’un séjour en Bretagne ferait consensus. Donc nous serons près de Daoulas, en bord de mer, une jolie maison bleue avec un grand terrain, beaucoup de calme, la mer tout près, les mouettes, les marées, le sentier côtier, les embruns et les fraises de Plougastel. En plus, j’aurai de nouveau le droit de manger des fruits de mer. J’avais fait une présélection, avec des critères bien précis niveau confort, emplacement, prix, etc., et j’ai demandé à Michel de me dire ce qu’il préférait dans la sélection. On a choisi le bout du monde, pour être au calme, et on retrouvera avec plaisir la crêperie de Camaret, et mille autres choses à voir. J’ai une copine et ses parents qui n’habitent pas très loin, ainsi qu’une cousine, et ce sera sympa de se revoir selon les disponibilités des uns et des autres. La Bretagne est avec l’Auvergne une de nos régions d’adoption. En Auvergne, je me sens Auvergnat, et en Bretagne, je me roulerais par terre pour un kouign-amann. Je ne peux pas me sentir entièrement Breton puisque je ne maîtrise pas la langue, en revanche, en patois gallo, j’ai de solides connaissances qui me viennent de mes longues années passées en Mayenne.

Nous sommes le 14 octobre, il faut penser à aller chercher le vaccin contre la grippe et prendre rendez-vous avec le cabinet infirmier pour la vaccination grippe + COVID (piqûre dans chaque bras). Demain, j’ai aussi un vaccin (pentavac) au CHU. Je n’ai aucun effet secondaire, j’aurai sans doute un peu de fièvre avec les deux autres vaccins, mais cela ne m’inquiète pas. Michel devra aussi y passer puisque toute personne de l’entourage d’un immunodéprimé doit se faire vacciner. Et de toute façon, on arrive à des âges où il faut savoir se montrer raisonnable.

Mercredi 15 octobre

Nous sommes partis de bonne heure pour arriver au CHU un peu après 8 h 20. Le matin, la circulation est infernale, surtout à Chalonnes, et c’est un passage obligé pour franchir la Loire. En plus, on aurait pu prendre notre temps, car le mercredi, c’est jour de RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire), et les médecins n’arrivent pas avant 10 h. Bon, j’ai eu ma prise de sang et le petit déjeuner ensuite et il nous a suffi de patienter. Doc Sylvie m’a snobé, et c’est Doc Sylvain qui s’est occupé de mon cas. Le pic monoclonal ne l’inquiète pas pour le moment « un classique de la greffe de moelle osseuse ». Mais, évidemment, il faut garder un œil dessus et voir l’évolution. Il a commenté mon hémoglobine (qui est à 17) : « Je ne pourrais même pas vous inscrire à une compétition de cyclisme ! ». J’ai failli répondre « Manquerait plus que ça, encore ! ». Pour le reste, peau toujours sèche et réactive, et foie toujours en dérapage. C’est donc une probable GVH qui est finalement rassurante, car elle éloigne le spectre du retour de la maladie initiale, en l’occurrence la myélodysplasie. Évidemment, si cette dernière revenait, je serais dans la panade et l’équipe médicale aussi. 6 kg de perdus depuis août : « Ce n’est pas inquiétant, vous êtes en phase de stabilisation ». Bah tant mieux, je vais bientôt retrouver mon poids de jeune homme. Cela s’explique facilement avec mon appétit fluctuant et les petites quantités de nourriture. Mais bon, tant que le reste est OK, tout va bien. Pour les virus, on attend les prochains résultats. Doc Sylvain nous a libérés après m’avoir fixé un rendez-vous pour le 5 novembre.

J’attends désormais les résultats de l’analyse qui me seront transmis pour la première partie demain matin…

Jeudi 16 octobre

Juste un passage rapide et matinal : j’attendrai les premiers résultats du labo avant de boucler l’article. Tout est un peu chamboulé avec cette visite du mercredi, donc pas de panique !

Les résultats sont arrivés. Je suis toujours dopé « à l’insu de mon plein gré » avec une hémoglobine à 17.1 g/dl. Les globules blancs et rouges se portent bien, les plaquettes sont toujours un peu basses mais au-dessus de la zone rouge, à 125 giga/L. Le foie reste très perturbé, avec phosphatases alcalines très élevées et encore en hausse, ALAT et ASAT restent élevées, la bilirubine augmente mais reste en-dessous des valeurs critiques.

Le pic monoclonal qui m’avait inquiété est toujours là mais a baissé de 24%, il s’agit donc probablement d’un pic transitoire sans caractère de gravité, et tant mieux.

Donc pour résumer : c’est très bien en ce qui concerne la formule sanguine, c’est nettement perturbé pour le foie (et ça dure quand même depuis un bon moment).

Pour terminer, un intermède musical qui va nous relonger dans les années 70. Rappelez-vous : j’avais des cheveux (longs), une barbe, des chemises de grand-père avec boutons en bois, jeans (ça n’a pas changé) et caban. Et, avec les copains, on chantait du Malicorne… Vous ne connaissez pas ?

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