Vendredi 25 juillet
Je rentre de promenade, il faut reprendre les bonnes habitudes, même si j’ai perdu le rythme. De plus, je sens bien que cela me chatouille du côté du foie et il faut que je reste raisonnable.
Ce matin, j’ai reçu les derniers résultats de l’analyse effectuée mardi. Le virus EBV est stable, encore tout proche du stade où on traite, mais en dessous. Tant mieux. ChatGPT n’est pas particulièrement ravi de mes résultats sur le plan hépatique, voici ce qu’il en dit :
🩸 2. Fonction hépatique :
Plusieurs paramètres restent franchement perturbés, cohérents avec un syndrome cytolytique et cholestatique mixte :
| Paramètre | Résultat | Valeurs usuelles | Interprétation |
|---|---|---|---|
| ASAT | 159 UI/L | 13–40 | ↗️ cytolyse hépatique |
| ALAT | 144 UI/L | 7–40 | ↗️ cytolyse hépatique |
| Phosphatases alcalines | 353 UI/L | 46–116 | ↗️ cholestase |
| LDH | 423 UI/L | 120–246 | ↗️ non spécifique (foie, stress tissulaire) |
| Bilirubine totale | 26 µmol/L | 3–19 | ↗️ modérée |
| Bilirubine conjuguée | 10 µmol/L | 0–5 | ↗️ franche |
| Albumine | 39.0 g/L | 40.2–47.6 | ↘️ légère baisse fonctionnelle |
| TP (taux de prothrombine) | 113 % | 80–120 | ✅ normal |
| INR / TCA / Fibrinogène | Normaux | ✅ coagulation OK |
Pour info, la cytolyse, c’est la destruction des cellules du foie et la cholestase, c’est le blocage de la bile.
🧠 Conclusion générale :
| Domaines | État actuel |
|---|---|
| CMV | ✅ Indétectable |
| EBV | ⚠️ Stable mais proche du seuil de traitement |
| Fonction hépatique | ⚠️ Toujours perturbée (cytolyse + cholestase) |
| Ponction hépatique douloureuse | compatible avec inflammation active du foie, même si l’imagerie est rassurante |
| GVH hépatique ? | Très possible selon ces signes biologiques, en attente de confirmation histologique |
| Hématologie | ⚠️ Thrombopénie modérée et macrocytose, à surveiller |
| Pas d’argument viral actif (CMV, HEV) | ✅ |
Il fait même des hypothèses et penche nettement pour une GVH, voire un PTLD dont j’ai la flemme de vous redonner la définition, mais qui est quelque chose de fâcheux.
Deux options possibles dans tous les cas de figure : soit il s’agit d’un état réversible qui peut être soigné et qui permettra au foie — qui est un organe « magique » — de se régénérer, soit il y aura des séquelles avec, par exemple une fibrose chronique (c’est moins rigolo). Il faut attendre le résultat de la biopsie maintenant.
Donc, pour se changer les idées, voici un petit aperçu de ma promenade avec de jolies rencontres :





Il y avait en fait deux chevreuils, mais, évidemment, ils m’ont repéré.
Week-end des 26 et 27 juillet
C’est un week-end au calme, avec un temps mitigé, parfois ensoleillé, parfois nuageux, mais avec des températures agréables. Heureusement que nous ne sommes pas en Grèce ou en Turquie, je ne sais pas comment les gens font pour supporter de telles températures, sans parler des incendies, de plus en plus nombreux et ravageurs. Il fait en ce moment 30° en Laponie, mais à part ça, tout va bien…
Hier, samedi, petite promenade dans notre sentier habituel. Michel est allé faire des photos des tournesols, j’ai bien cru que j’allais le perdre ! Il aurait fallu appeler la gendarmerie et mobiliser un hélico pour le retrouver. Pas trop de nausées en ce moment, mais je reste prudent : c’est irrégulier et, alors qu’on pense se faire plaisir en mangeant quelque chose d’anodin, la crise peut se déclencher à tout moment. Je mange donc très lentement et le signe d’alerte c’est l’amertume que semblent prendre les aliments qui en sont normalement dénués. Si je me mets à tousser, c’est vomito garanti. Il faut bien repérer les symptômes pour ne pas se laisser surprendre. La marche d’hier a déclenché une légère douleur côté foie (rien à voir avec la ponction en ce qui concerne l’intensité) et j’avais un point sensible sous les côtes à droite. Pour l’anecdote, on a vu un reportage sur les pesticides l’autre jour au J.T. Sur le plateau, un journaliste expliquait doctement les principaux organes susceptibles d’être atteints, sauf que tout était inversé : le foie se trouvait à gauche, la rate à droite, etc. Pour les testicules, évidemment, l’inversion était moins gênante ! Ce n’est quand même pas compliqué de rectifier en direct, encore faut-il savoir où se trouve le foie. Moi, je sais ! Et pour la rate, c’est la même chose. Tiens, autre anecdote amusante, juste avant de me libérer, le médecin qui a effectué la ponction m’a enfoncé les doigts des deux mains côté foie et côté rate. Évidemment, j’ai poussé un cri. Je ne sais pas ce qu’il cherchait à comprendre, peut-être pensait-il que j’étais trop douillet. Bref, je sais que j’ai une rate — elle était sensible également — et un foie. Sinon, à part ça, tout va bien. Comme le prochain rendez-vous aura lieu le 5 août, je vais avoir une bonne semaine de répit, sans prise de sang. Qui s’en plaindrait ? Pas moi en tout cas.
Lundi 28 juillet
Comme je n’ai pas grand-chose à faire cette semaine, je m’amuse à lire les infos insolites qui changent du quotidien oppressant.
Près du mur d’Hadrien, dans le Northumberland, on a trouvé une sandale romaine peu banale. Son propriétaire chaussait du 49. Si ses pieds étaient proportionnels à sa taille, on peut imaginer qu’il dépassait sérieusement ses compatriotes romains, puisque les légionnaires n’étaient pas vraiment des géants. D’ailleurs, le mur d’Hadrien est une mine pour les archéologues et les historiens. Outre les traditionnels graffitis du style « Marcus en a une toute petite, mais Flavius en a une belle » (avec les dessins à l’appui), on a trouvé des listes d’objets, des reconnaissances de dette, des sandales et autres objets de la vie quotidienne. Le mur, pour rappel, avait été bâti pour contenir les attaques des « barbares » qui habitaient les Highlands et venaient régulièrement défier Marcus et ses compatriotes.
Quant au géant qui chaussait du 49, on n’en sait pas plus sur lui, peut-être un ancêtre de Chabal…
L’autre histoire du jour est plutôt cocasse. Alors qu’un concert est donné dans une église en Angleterre, un évêque en robe de chambre et pieds nus a fait irruption dans l’église en criant « Vous êtes chez moi et il est plus de 22 h, pouvez-vous quitter les lieux ? » Il a ensuite qualifié le concert de vacarme épouvantable. Les choristes et le public sont donc partis… Il semblerait qu’ils attendent des excuses. Cela m’a rappelé un épisode qui s’était déroulé dans un collège. Le principal avait un comportement étrange : il ne supportait pas de voir les feuilles du tilleul tomber en automne, dans la cour d’accueil de l’établissement (un « honorable » collège de centre-ville ») et balayait la cour plusieurs fois par jour. Mais ce n’est pas le plus étrange : un jour, il fit irruption en salle des profs, en robe de chambre, en engueulant les profs à la récré de l’après-midi : « Vous faites un vacarme épouvantable, je n’arrive pas à dormir, alors fermez-la un peu ! ». Stupéfaction du corps enseignant, délégation reçue par le DASEN (Inspecteur d’Académie), le collègue se met en arrêt de maladie et est remplacé par une copine. Le temps passe, on se demande ce que le principal devient et on apprend qu’on lui a diagnostiqué une tumeur cérébrale incurable qui agissait visiblement sur son comportement. Il est d’ailleurs décédé rapidement après. Tout cela pour dire que l’évêque ferait bien d’aller consulter un neurologue !
Mardi 29 juillet
Rien de bien neuf. J’ai apprécié et je ne suis pas le seul, de ne pas avoir à me lever à 6 h du matin pour aller en visite post-greffe ou pour me faire planter une aiguille dans le foie.
Michel est très occupé, mais vraiment beaucoup. « Mais par quoi ? » me demanderez-vous. Alors, il doit suivre une formation sur internet pour obtenir un brevet qui validera ses connaissances, et parallèlement, il pratique aussi un peu. « Mais de quoi s’agit-il ? » Vous êtes bien curieux, mais je vous dirai tout en temps utile. En attendant, ça l’occupe bien et je surveille les « essais » du coin de l’œil : on ne sait jamais… J’entends des jingles, des bips-bips, des « vvvvvvvvvvvvvv », mais apparemment tout se déroule bien, avec forcément quelques tâtonnements. Je suis certain que cela vous intrigue, mais ça change des horreurs hépatiques ou des ponctions médullaires. Et bientôt, vous aurez la solution. Soyez patients !
Mercredi 30 juillet
L’été s’est mis en pause mais ce fourbe n’a sans doute pas dit son dernier mot si j’en juge par les prévisions de la semaine prochaine. En attendant, c’est automnal, on a même eu une belle averse en début d’après-midi.
Pendant ce temps, j’essaie de manger ce que je peux. Thé ce matin à la place du café que je n’arrive pas à avaler au petit-déjeuner. Le thé, c’est un peu mieux mais ce n’est pas encore ça. Ce midi, le repas fut compliqué, il a fallu que je laisse une partie de mon assiette et que je fasse une pause avant de prendre le dessert. Pour simplifier, c’est aussi compliqué que pendant certaines chimios. Si je sens que ça « bloque », il faut que j’arrête sans chercher à insister, sinon c’est vomito garanti.
Ce matin, j’ai fait un petit tour au jardin : les haricots commencent enfin à donner, j’ai bien cru qu’on les aurait en décembre. Michel a fait une première cueillette. Les tomates commencent à donner et les courgettes aussi. Les salades sont montées et il va falloir attendre quelques semaines pour les prochaines. J’ai aussi fait quelques photos mais le vent m’a quelque peu importuné.
On va commencer par l’ipomée du Caire, que Michel a trouvée à Lanzarote et qui s’acclimate doucement.

Ensuite un essai « macro » avec une fleur d’albizia

Et pour terminer, un peu de plumbago

Jeudi 31 juillet
Comme le veut l’usage, je termine avec quelques chansons, une petite sélection parce que je ne suis pas certain que vous les écoutiez, mais c’est mon blog et je fais comme je veux.
Pour la première, une petite explication s’impose. Nous sommes le 14 janvier 1986, Michel Berger participe à une émission de radio lorsque la nouvelle tombe, en direct : l’hélicoptère dans lequel se trouvait Daniel Balavoine, son ami, s’est crashé au Mali. Il n’y a aucun survivant. C’est un choc terrible car les deux hommes avaient un lien sincère : Balavoine, exubérant, Berger, le discret.
Aussitôt, Berger décide de se mettre au clavier et écrit une chanson bouleversante sur le manque laissé par les amis qui partent trop tôt (on part toujours trop tôt). Problème : il est submergé par l’émotion et, incapable de l’interpréter, il confie cette tâche à France Gall, évidemment.
La deuxième chanson est un tendre moment partagé. Un couple séparé, mais jamais divorcé :
Et pour la dernière, un petit bijou de l’art lyrique, très joliment interprété (tant pis si vous n’aimez pas, moi je suis jaloux quand je vois de telles performances). Voici l’Air des Clochettes (Lakmé, Delibes).


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