Post-greffe, Juin J 5

Vendredi 30 mai

Nous avons fait une petite marche de 4 km hier. Le ciel était trop gris pour faire de jolies photos. À peine rentrés, la couverture nuageuse s’est déchirée et le soleil a fait son apparition. Ce n’est pas bien grave. Je transpire énormément en marchant, et je pense qu’avec les premières chaleurs, nous devrons modifier nos horaires de sortie.

Je suis toujours bien occupé avec mes trois voyageurs de mon prochain roman, qui sont bien arrivés à Édimbourg, le jour même de la mort de la reine Victoria. Cela permet de relier l’imaginaire au réel et aux événements historiques et je continue mes recherches afin de décrire une ville en deuil, qui fonctionne un peu au ralenti, sans alourdir le rythme du récit par des descriptions trop longues. Peut-être qu’un jour vous aurez droit à un extrait… si vous êtes sages et surtout si cela vous intéresse.

En attendant, voici un lien qui renvoie à un site permettant de visiter Édimbourg et les environs. Cela donne envie, vraiment !

https://www.edimbourg.fr/photos?fbclid=IwY2xjawKmbdBleHRuA2FlbQIxMABicmlkETBPQURYaVZUWGx3WUZaWENrAR5t9aM7MeBQz9caVPvUFSBTzP7NP8blXoS0yFiM625RIc2L7S0gUPjHddJeHQ_aem_ssOCk8h8CJJyn9n2gv-JYQ

Nous allons partir en balade du côté de Saumur cet après-midi, notre ami Jean-Luc organise ses portes ouvertes au Domaine de la Cune, et nous y allons régulièrement pour acheter du Saumur-Champigny et du Crémant. Je serai privé de dégustation, et je ne pourrai pas non plus goûter aux fouées (traditionnellement proposées, avec des rillettes, rillauds fromage et fraises). Je resterai donc dans mon coin, à l’ombre pendant que Michel s’occupera avec beaucoup de modération des dégustations. Je ne conduis toujours pas sur de grandes distances, c’est fortement déconseillé avec les traitements. D’ici quelques semaines, cela devrait être possible.

Samedi 31 mai

La grosse et brutale chaleur d’hier a été chassée par un vent de galerne qui a bien rafraîchi l’atmosphère, et tant mieux. Enfin, je parle pour moi car je déteste ces pics de chaleurs, surtout quand ils s’éternisent. La maison n’a pas eu le temps de trop se réchauffer et on a bien aéré ce matin. Nous étions en promenade hier, pas à pied, ni à vélo, mais en voiture puisque nous sommes allés du côté de Saumur, chez notre ami Jean-Luc, viticulteur de talent. Le domaine de la Cune est facile à trouver si vous faites une recherche. L’accueil y est toujours chaleureux (portes ouvertes ou pas) et les paysages de vignes, le joli domaine fleuri, le jardin, la visite du chai, et la dégustation des différents vins (blancs, rosés, rouges, crémants de Loire) si vous n’êtes pas « puni » comme moi valent le déplacement. Et, si vous avez le temps, faites un tour à Saumur.

Rien de bien neuf sinon, à part mes travaux d’écriture : j’étais au travail tôt ce matin, en compagnie de Camille Flammarion (ah je vois que cela vous étonne !) et de l’équation qui permet de calculer la vitesse de la lumière (non, ce n’est pas un calcul de Flammarion). J’ai besoin de beaucoup de vérifications, de faire des recherches pointues, de m’imprégner des personnages fictifs ou réels. Pendant ce temps, une atmosphère de deuil et de recueillement plane sur Édimbourg. Après cela, je me suis recouché. J’ai dormi, ce qui est bien et j’ai rêvé qu’on me lançait un objet que je devais rattraper. Je l’ai rattrapé – dans mon rêve – et je me suis planté l’ongle du pouce dans la joue gauche, celle qui a été opérée. Je me suis bien amoché, avec une petite balafre qui a saigné (les plaquettes…) et Michel, qui en a pourtant vu d’autres, a eu l’air épaté par mes exploits… épaté ou plutôt… consterné !

Voici quelques photos prises hier lors de notre déplacement :

Dimanche 1er Juin

La journée commence sous le signe du soleil, mais avec une température agréable : la fraîcheur matinale est appréciée. Hier, nous avons fait une petite boucle de 3 km, il faisait encore très chaud. Ce matin, grande séquence d’écriture, avec un passage délicat consacré à un code permettant de crypter des messages : il faut que le texte soit clair, lisible, compréhensible, tout en gardant du rythme et du suspense. J’y ai donc consacré pas mal de temps. En général, j’aime écrire le matin, au calme, je reviens ensuite sur les écrits pour reprendre un passage, faire une recherche complémentaire ou écrire quelques lignes si je suis en forme. On peut être en forme physiquement mais manquer de concentration ou simplement avoir envie de faire autre chose. Il ne faut rien s’imposer, la vie se charge des contraintes inévitables, pourquoi s’en chercher d’autres ? Privilégier la notion de plaisir : si j’écris, c’est parce que j’y trouve une satisfaction, et surtout parce que cela m’amuse. Le jour où cela deviendra une tâche répétitive ou une corvée, j’arrêterai. Nous sommes à présent en juin, le temps file… mardi 3 juin, je serai au CHU dans la matinée, avec un premier vaccin : Prévenar, qui permet d’éviter les pneumonies. Je dois refaire toutes les vaccinations, dans un ordre précis. Là où vous devez faire un simple rappel, je dois tout reprendre à zéro : trois injections de Prévenar, un mois entre chaque injection, et rappel dans un an. Ce sera la même chose pour tous les vaccins, aïe !

Après Camille Flammarion, je vais passer un peu de temps en compagnie de Marie Curie, et de sa découverte du radium (j’en ai besoin pour mon livre). Je vais essayer d’éviter les radiations…

Lundi 2 juin

La matinée a été consacrée en grande partie à l’écriture, puis à la cuisine, avec un essai dont je suis content (parfois je me complimente !). J’ai beaucoup de plaisir à rédiger mon prochain roman, avec des personnages qui prennent de l’épaisseur, et une ambiance écossaise et hivernale qui donne envie de rester au chaud. En revanche, et en ce qui concerne la température actuelle en Anjou, c’est redevenu nettement plus supportable.

Je suis revenu de promenade pour l’heure du thé, que j’aurais bien aimé prendre avec mes personnages de roman et Mrs McNab (la logeuse). L’intrigue avance… suspense !

Trois photos pour illustrer le moment présent : les deux premières concernent le tilleul en fleurs : le parfum est absolument délicieux et tous les ans à la même époque (ou presque) on retrouve « L’arbre qui parle » car les abeilles viennent en nombre butiner les fleurs. Désormais, comme mon système immunitaire bénéficie du chimérisme grâce à la greffe de moelle osseuse, je peux m’attarder sous l’arbre qui parle sans risquer la crise d’éternuements et les yeux qui larmoient. La photo suivante illustre l’avancée de l’été et les travaux des champs.

Mardi 3 juin

Ce fut encore un réveil matinal car j’avais rendez-vous au CHU pour ma visite post-greffe. Une fois par quinzaine, c’est devenu beaucoup moins contraignant. D’après Doc. Sylvie, tout va bien, le myélogramme était bon, pas d’anomalies détectées dans la moelle osseuse. Il manquait juste le caryotype, ce sera pour la prochaine fois. J’ai eu prise de sang et vaccin ensuite, et petit-déjeuner. Puis Carmen est arrivée et on a enchaîné avec l’escrime. Nous étions deux apprentis escrimeurs, avec une dame qui s’essoufflait beaucoup et qui n’avait guère plus de concentration que moi. Carmen était d’humeur joueuse et on devait respecter les consignes avec des codes de couleurs du genre « vert, on avance, rouge, on recule, jaune on s’arrête etc. Ce fut rapidement un joyeux bazar, ce qui ne manque pas de faire rigoler Michel. Il est au spectacle, et la prochaine fois, on lui demandera 30€ de droit d’entrée ! Bon, on a fait ce qu’on a pu en travaillant les assouplissements, le renforcement musculaire etc. Une heure de sport à un bon rythme. Je vais donc retrouver les personnages de mon roman. Ah, j’ai aussi fait des recherches sur Pierre Curie, et sur sa mort, absurde, à l’âge de 45 ans. Voici ce que j’ai trouvé :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Curie

Pierre Curie meurt subitement le 19 avril 1906, à l’âge de 46 ans, dans un accident de la circulation à hauteur du no 2 de la rue Dauphine dans le 6e arrondissement de Paris. Ayant déjeuné avec Jean Perrin et en compagnie de confrères et d’amis dont Paul Langevin et Joseph Kowalski à l’hôtel des sociétés savantes, 8 rue Danton[6], il quitte ses convives à 14 heures, pour se rendre à la librairie Gauthier-Villars, 55 quai des Grands-Augustins, afin de relire les épreuves de son dernier article[7]. Trouvant porte close en raison d’une grève[6], il se dirige vers le quai de Conti. Arrivé à l’angle de la rue Dauphine, où le trafic est dense, il veut traverser la chaussée pour gagner le quai de Conti, mais, courant pour éviter un fiacre qui se dirige vers le pont Neuf, il se heurte au cheval de gauche d’un camion hippomobile arrivant en sens inverse, chargé de près de quatre tonnes d’effets militaires[8],[9]. Pierre Curie glisse sur le macadam mouillé et tombe devant le camion, dont une roue arrière le blesse mortellement à la tête[10],[6] malgré les efforts immédiats du conducteur pour arrêter ses chevaux.

Cela rappelle la mort de Gaudi à Barcelone, qui se fit tuer par un tramway un jour où il était distrait.

Je sais que c’est un peu incongru, mais cet accident me rappelle aussi une chanson célèbre, que voici, tout à fait immorale, évidemment :

J’adore l’interprétation d’Yvette Guibert, et sa façon de rouler les « r », à l’ancienne.

Mercredi 4 juin

Il pleut : c’est une bonne nouvelle, pour la nature, pour le jardin, pour les allergiques au pollen et pour les grives qui vont pouvoir chasser les escargots. Merci la pluie !

Je repense en souriant à la séance d’escrime menée par notre maître d’armes et coach préférée (je n’ai pas vérifié si « maître d’armes » possède un féminin). Elle doit se dire que nous sommes vraiment des cas. La moindre consigne donne lieu à des imbroglios comiques et nous nous empressons de faire n’importe quoi en voulant faire de notre mieux :

– Ne regardez pas vos pieds, M. Macron ! J’ai dit : « position en garde ! », vous vous rappelez : vous tenez l’arme comme un parapluie… le pied arrière à 45 degrés…

Alors, chère Carmen, si je ne regarde pas mes pieds, je sais que je vais obligatoirement avancer le pied gauche à la place du pied droit et vice versa. Quant au pied à 45 degrés, un de ces jours il va faire un 360 degrés, c’est certain !

Évidemment, je garde ces pensées pour moi, et je regarde Michel qui se marre dans son fauteuil. Je lui disais hier soir « Imagine si Carmen nous apprenait la danse de salon, façon Chris Marques, et que je doive danser le foxtrot… »

Ah, j’ai oublié de vous parler de mes résultats d’analyse : les plaquettes continuent leur petit numéro : « je remonte un peu, puis je redescends », donc là on est dans la phase descendante, sans que ce soit encore au seuil critique : 87 Giga/L, donc en légère baisse. La bilirubine est en hausse, il y a donc certainement une anémie hémolytique compensée par une production accrue de jeunes globules rouges, les réticulocytes. La bilirubine est ce qui vous donne le teint jaune quand vous avez une jaunisse pendant une hépatite, par exemple. Je n’ai pas encore atteint le seuil où mon teint pourrait jaunir, mais je n’en suis plus très loin désormais. Mes lymphocytes restent très bas, ainsi que mon taux de gammaglobulines, ce qui signifie que je suis encore fortement immunodéprimé, c’est classique après une greffe de moelle osseuse, mais, évidemment, cela reste à surveiller, surtout si j’ai un épisode fiévreux. Pour le moment, tout va bien.

Mon vaccin (Prévenar) dans le bras gauche ne m’a pas gêné plus que ça, à peine une petite raideur ce matin au réveil, et puis tout est rentré dans l’ordre sans aucun doliprane. Ce soir, je n’ai plus mal du tout.

Il ne faisait pas très beau après la pluie au petit matin nuages, vent, températures un peu fraîches, mais j’ai fait ma promenade, environ 4 km. J’ai ensuite passé du temps avec les personnages de mon roman, une ville d’Édimbourg qui se retrouve sous un smog hivernal qui donne à la ville un côté fantomatique. Tout le monde a envie de rester près du feu, pour un peu j’aurais allumé l’insert par mimétisme !

Jeudi 5 juin

Le hasard, un coup du sort sans doute : Nicole Croisille et Philippe Labro nous ont quitté le même jour. L’un était un grand journaliste, écrivain, parolier, un grand monsieur, très classe. L’autre une grande dame de la chanson, discrète, très engagée. Les deux ont succombé à ce qu’on appelle « une longue maladie » qui les a fauchés au même âge : 88 ans. On peut dire « c’est un bel âge », oui mais quand la maladie s’en mêle il n’y a pas de « bel âge ».

« -Nicole, c’est toi ?

-Philippe ? On va faire le voyage ensemble alors ?

-On dirait bien oui ! Dis-moi, Nicole, tu voudrais bien me chanter quelque chose ?

-Bien sûr, ensuite tu me raconteras tes grands reportages, et tu me raconteras comment tu écrivais tes chansons, notre voyage paraîtra moins long. Tu chantes avec moi ?

-On peut commencer par un duo « Dabada bada, dabada bada.. »

-C’est parti !

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