Post-greffe, Mai J 8

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Vendredi 2 mai

Cela fait longtemps que je ne vous ai pas accueillis ici avec un poème. J’ai relu celui-ci hier, au retour de notre balade, et j’ai eu envie de vous le faire redécouvrir car vous l’avez sans doute appris ou étudié. Apollinaire y évoque le temps qui passe, comme le fleuve qui s’écoule ou la barque et la roulotte qui s’éloignent, et les amours impossibles. La relation passée est flétrie, comme les fleurs du cerisier, et les dames en haut de la montagne sont inaccessibles. La scène sur le Rhin fait ressurgir le passé et nourrit la nostalgie et le chagrin du poète. C’est un joli souvenir de prof de français aussi avec de belles séquences sur le temps qui passe. On peut également penser à Gérard de Nerval et à son poème, Fantaisie, dont je vous parlerai sans doute un jour.

Mai

Guillaume Apollinaire

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s’éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains ?

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j’ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s’éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Guillaume Apollinaire, Rhénanes, Alcools, 1913

Voici à présent quelques photos pour illustrer non pas le poème mais le joli mois de mai. D’abord, un petit tour dans le jardin, puis deux photos prises lors de la promenade, avec les fleurs emblématiques de mai : églantine et aubépine.

Nous sommes le 2 mai et nous allons célébrer, en toute intimité, nos dix ans de mariage. C’était donc le 2 mai 2015 que nous nous sommes dit « Oui », après 10 ans de vie commune. Depuis, bien des événements se sont produits, mais je suis heureux de pouvoir être toujours en vie malgré les fantaisies de mon organisme et sa propension à vouloir m’envoyer ad patres avant l’heure, j’aurais bien voulu également éviter tout ce stress à mon cher et tendre ainsi qu’à mon entourage, mais la vie est ainsi faite. Une chose est certaine : pour avoir été à plusieurs reprises dans des situations critiques, j’apprécie encore mieux le sursis qui m’est accordé, en espérant qu’il sera le plus long possible. Je savoure la vie et je la célèbre dès que j’ouvre un œil matinal ; mon premier regard est pour celui qui partage ma vie et qui dort encore quand je me lève, dès potron-minet, le plus doucement possible.

Samedi 3 mai

Il fait toujours très beau, trop chaud déjà, mais le retour de la fraîcheur est annoncé, et ce sera beaucoup mieux pour les promenades en ce qui me concerne. Le grand ménage est fait, Michel a assuré comme un chef, j’ai fait très modestement ce que j’ai pu en fonction de ce qui est autorisé ou interdit. Je me suis plongé hier dans le grand classeur « Post-greffe » pour vérifier tout cela, c’est vraiment utile et clair. Ce soir, ce sera dîner entre amis et on va s’activer un peu en cuisine. Rien de bien compliqué mais on espère que cela sera savoureux. Toujours pas de grillades au barbecue, cela aurait été pratique et sans souci mais il faudra attendre le 6e mois pour le retour des saucisses. À ce propos, je fêterai mardi mon troisième mois de greffe et j’imagine que le bilan de lundi va comporter un certain nombre de tubes de prélèvement sanguin. Allez, on va partir sur 25.

Dimanche 4 mai

C’est une journée bien grise et ventée qui s’annonce, je crois que ce sera un jour sans balade, surtout à cause du vent de nord-est, en général désagréable. Nous avons passé une bonne soirée avec nos amis, entre rires et anecdotes et autour d’un bon repas, simple mais savoureux. À ce propos, je vous partage une recette, inventée il y a peu de temps. Les ingrédients sont simples : deux beaux avocats pour 4 personnes, du chèvre frais en petit conditionnement, du sel et de l’ail déshydraté. Pas d’épices pour le moment car elles sont interdites en-dehors des plats mijotés, mais lorsqu’elles seront de nouveau autorisées, j’essaierai le piment d’Espelette pour pimper un peu la saveur. Vous pouvez prendre un chèvre frais chez votre crémier du marché, évidemment.

Je dois laver soigneusement les avocats avant de les couper, si vous n’êtes pas greffé, coupez-les en deux sans les laver et découpez la chair en petit morceaux. Évitez en même temps de vous couper ou de vous planter le couteau dans la paume de la main. Ecrasez l’avocat dans un petit saladier, j’ai utilisé le pilon du mortier qui me sert à monter l’aïoli, c’était une bonne idée. Ajoutez les 4 petits fromages de chèvre frais, salez, incorporez l’ail et mélangez. Voilà, c’est prêt ! Il ne reste plus qu’à servir dans des verrines ou des petites coupelles. J’ai fait griller du pain de mie que j’ai coupé ensuite en diagonale. Et donc, si vous voulez essayer la recette, vous pouvez ajouter les épices de votre choix : piment d’Espelette, curry, paprika… selon vos goûts et vos envies, pourquoi pas un peu de ciboulette fraîche ou d’aneth.

Vous allez me dire : « Tu as souvent recours à l’avocat ! » Et je sens poindre comme un reproche vis à vis de la planète qui ne se remettra pas de ma transgression. J’en suis conscient, mais le choix en crudités est pour ainsi dire proche de zéro : pas de radis, pas de salade, concombre si lavé, épluché (et encore…). Il faut donc se rabattre sur ce qui est réellement permis. La moindre entorse à ces règles nutritionnelles strictes peut déclencher une GVH digestive. Il en va de même avec les coquillages, les crustacés aussi, pendant un an. Il va falloir tenir bon avant le prochain plateau de fruits de mer ! Précision : tout le monde est fan de ma recette, et en plus c’est prêt en 5 minutes.

Lundi 5 mai

De retour du CHU de bonne heure puisque nous étions matinaux avec un rendez-vous à 8 h. Doc Sylvie était à l’heure aussi et on a pu faire le point tranquillement. C’était la visite des 3 mois, sans stress : la baisse des plaquettes est un classique qui n’a rien d’inquiétant à ce stade, et le myélogramme n’est pas encore d’actualité : « On surveille pour le moment ! ». Autre bonne nouvelle, c’est la levée progressive des restrictions alimentaires, avec réintroduction d’un aliment par jour : « Il n’y a pas de religion en ce qui concerne le régime post-greffe, rien n’est prouvé. Allez-y progressivement, et en fonction de ce que vous tolérez ou pas. Seuls les fruits de mer, les crustacés, restent interdits pendant un an, ainsi que l’alcool. »

Moi, ça me va très bien. Donc ce midi je vais manger du camembert, et on testera l’omelette demain. Mais, ce que je désire par-dessus tout, ce sont des fraises… et des glaces !

Il est presque 16 h et nous rentrons de notre promenade, environ 6.5 km sous un ciel qui hésite entre éclaircies et passages nuageux, et un petit vent de nord pas très chaud pour la saison. Mais pour marcher, c’est l’idéal en ce qui me concerne. Voici quelques photos. Après avoir cherché un peu, au bout de quelques années, j’ai dû avoir un flash grâce aux neurones de Kate et j’ai trouvé le réglage « macro ». Avec le vent, ce n’est pas évident…

Mardi 6 mai

J’attends les résultats du labo qui ne devraient pas tarder. Le temps est toujours beau, avec cette fraîcheur matinale marquée mais sans les gelées de mai, terribles pour les vignes et les arbres fruitiers. On s’en passe sans problème. J’ai oublié de dire hier que les visites au CHU vont désormais s’espacer avec un seul suivi tous les 15 jours, ce qui permettra de souffler entre deux. Évidemment, si je devais avoir le moindre problème, je suis censé appeler le service qui calera en urgence un rendez-vous. Mais on va considérer que c’est une option que je n’aurai pas à utiliser. Doc Sylvie n’a pas encore parlé de la vaccination, contrairement à Carole qui avait mentionné que le programme démarrerait au troisième mois. Cela ne devrait pas tarder et je poserai la question la prochaine fois, c’est à dire le lundi 19 mai.

9 h 30 : je viens de recevoir les résultats. Les plaquettes sont encore en baisse, à 81 giga/L. Cela demandera certainement une exploration médullaire. Je viens de dire à Michel « Je crois qu’il y a un Pac-Man qui bouffe mes plaquettes ! ». En attendant de connaître l’identité exacte de ce glouton, il va falloir attendre deux semaines, sauf si Amandine ou Marie-Luce me contactent avant pour me demander d’avancer le rendez-vous. Amandine et Marie-Luce, respectivement infirmière et aide-soignante, c’est l’équipe la plus efficace en post-greffe, et en plus, elles sont adorables et aux petits soins avec les patients. Pour en revenir à l’analyse, les globules rouges se portent bien et la créatinine reste stable, encore un peu au-dessus des valeurs de référence. Il me reste un peu de marge avant le seuil des 50 000 Giga/L pour les plaquettes, mais ensuite, il faudra intervenir rapidement. Souhaitons que la quinzaine de jours ne me réserve pas une mauvaise surprise.

Mercredi 7 mai

Le 7 février, les cellules souches de Kate s’installaient dans ma moelle osseuse. La transfusion – je rappelle que la « greffe » consiste à faire une transfusion et qu’il n’y a pas de geste opératoire – avait eu lieu la veille au matin et les cellules souches sont programmées pour retrouver elles-mêmes le chemin de la moelle osseuse, où elles s’installent après le grand ménage effectué par chimio, c’est presque de la magie quand on y réfléchit. Après, on attend la sortie d’aplasie, notamment du côté des neutrophiles, un peu capricieux au départ en ce qui me concerne. Ce qui me bluffe encore, c’est la capacité du corps à récupérer aussi rapidement. Je me sens nettement plus en forme que pendant la cure de Vidaza. Cela s’explique en grande partie par le taux d’hémoglobine, désormais stable dans des valeurs élevées. Les neutrophiles sont en pleine forme, mais les lymphocytes prennent leur temps : lymphopénie profonde dit l’analyse. Quant à ces fichues plaquettes, j’espère qu’elles ne vont pas continuer leur descente aux enfers, même si c’est « un grand classique » comme le dit Doc Sylvie qui se veut rassurante.

Il fait un grand soleil ce matin, s’il veut bien rester avec nous, ce sera balade tranquille. Ici, quand il fait très beau le matin, c’est souvent moins le cas l’après-midi. Nous verrons bien.

Petite promenade dans la grisaille et le vent frais en ce début d’après-midi. Pas de photos en cours de route, mais des roses en fleurs du jardin.

Les voici :

Sinon rien de neuf, quelques échanges sur le forum Ellye ce matin, un peu de cuisine, Michel a bêché le potager. Et puis aussi cette histoire qui me trotte dans la tête depuis plusieurs années et je me dis qu’il y a quelque chose à faire avec ce mystérieux récit (seuls les curieux iront cliquer sur le lien !). Je cherchais depuis un moment le fil rouge, la trame possible, et en fait j’ai eu comme une illumination ce matin. Je pense que Kate y est pour quelque chose, alors, thank you so much, Kate ! Et en ce qui vous concerne, il faudra attendre encore. Le temps que tout cela se mette en place.

Voici l’article en question :

https://www.slate.fr/story/241567/phare-eilean-mor-cotes-ecosse-iles-flannan-disparition-trois-gardiens-mystere

On termine en chansons et cette fois je suis allé explorer la playlist de l’année de mes 30 ans (l’âge de Kate, l’âge de ma moelle osseuse) :

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