Post-greffe, J 25

Tiens, on va commencer par un poème célèbre que Charles Cros avait écrit pour endormir son fils :

Charles Cros, « Le hareng saur »

Il était un grand mur blanc – nu, nu, nu,
Contre le mur une échelle – haute, haute, haute,
Et, par terre, un hareng saur – sec, sec, sec.

Il vient, tenant dans ses mains – sales, sales, sales,
Un marteau lourd, un grand clou – pointu, pointu, pointu,
Un peloton de ficelle – gros, gros, gros.

Alors il monte à l’échelle – haute, haute, haute,
Et plante le clou pointu – toc, toc, toc,
Tout en haut du grand mur blanc – nu, nu, nu.

Il laisse aller le marteau – qui tombe, qui tombe, qui tombe,
Attache au clou la ficelle – longue, longue, longue,
Et, au bout, le hareng saur – sec, sec, sec.

Il redescend de l’échelle – haute, haute, haute,
L’emporte avec le marteau – lourd, lourd, lourd,
Et puis, il s’en va ailleurs – loin, loin, loin.

Et, depuis, le hareng saur – sec, sec, sec,
Au bout de cette ficelle – longue, longue, longue,
Très lentement se balance – toujours, toujours, toujours.

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple,
Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves,
Et amuser les enfants – petits, petits, petits.

Charles Cros, extrait du Coffret de santal (1872)

Pour info, même si vous vous en fichez pas mal, je suis interdit de hareng saur et de truite fumée mais je peux manger des sardines à l’huile, c’est très bon pour la santé et c’est très bon tout court. Pour en revenir au poème, je suis toujours surpris qu’il ait été écrit en 1872, je le trouve de facture moderne et il préfigure Prévert, Queneau et tant d’autres qui ont joué ainsi avec les mots et les sonorités. J’ai des copains qui écrivent de superbes poèmes, je ne suis capable que de lire la poésie et l’apprécier, c’est un peu comme pour la musique : on peut être mélomane sans être musicien.

Nous sommes lundi au moment où j’écris et demain, mardi donc, nous devrons nous lever de bonne heure pour aller au CHU. J’espère qu’on me débarrassera définitivement de la ciclosporine qui attaque les reins. J’ai depuis ce matin arrêté les autres comprimés qui puent, comme indiqué dans l’ordonnance, et c’est déjà un soulagement, j’en avais trois par jour : matin, midi et soir. Vous allez penser que je fais une fixette sur les médocs, mais quand on parle de « qualité de vie », c’est à prendre en compte : si le médicament t’écœure au point de provoquer des nausées ou des vomissements, en te coupant l’appétit, je ne saisis pas trop où est la qualité de vie. Nous sommes le 24 mars et j’ai encore un mois et demi à tenir. Si la ciclosporine est arrêtée au profit de la cortisone, ce sera un soulagement. Michel sait déjà que je vais être un peu agité : je risque de marcher au plafond et de sauter comme un marsupilami, du moins au début, car quand on diminue les doses, la descente est parfois sévère. Nous saurons tout ça demain matin.

En attendant, voici l’intermède musical habituel, ce sera juste un vagabondage au gré de mes envies, donc sans thématique :

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  1. Avatar de Valéry Sauvage
    Valéry Sauvage

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