Post-greffe, J 2

« Alors, raconte : ça fait quoi d’être chez soi après un mois d’hôpital ? ». Vous n’allez pas me croire, mais ça fait énormément de bien, non seulement parce que l’on retrouve sa maison, et surtout son chéri, mais aussi pour mille autres détails que l’on est heureux de retrouver.

Le sommeil, le lit :

Ah ces fichus lits d’hôpitaux : ce n’est pas qu’ils soient inconfortables en soi, mais l’alaise en plastique, ou plutôt la housse de matelas, produit un inconfort permanent : on glisse, on n’arrive pas à trouver de position, on a un oreiller trop plat, des draps qui glissent. Plusieurs fois, j’ai tout remis en place en plein milieu de la nuit, je dois tenir ça de ma maman qui faisait relever mon père pour faire disparaître un faux pli qui la gênait « Mais c’est pire que la princesse sur un pois » grommelait-il, l’invention du drap housse a dû sauver leur couple. Donc j’ai dormi comme une princesse sans pois, avec quelques – nombreux – levers techniques à cause des litres d’eau que l’on m’oblige à boire.

Cet après-midi de 1er mars, je suis allé m’allonger, confortablement, et je me suis simplement reposé en regardant les nuages filer dans le ciel, poussés par un petit vent de nord-est pas très chaud mais avec une belle lumière. Donc oui, je plébiscite mon lit douillet, et pourtant le matelas est ferme.

La nourriture et la prise de médicaments :

Commençons par les médicaments, je m’organise pour les prendre soit avant, soit pendant le repas (avec un laitage ou un yaourt) pour les plus récalcitrants. Vous dire que c’est un plaisir serait mentir autant que Trump (on y reviendra), mais je peux m’organiser, en prendre certains un peu avant le repas, décaler le repas du soir et la prise des 6 comprimés de ciclosporine, bref, je ne suis pas à la merci d’une infirmière qui arrive avec tous les médicaments alors que je termine péniblement mon repas, ce qui m’obligeait à ingurgiter tout. On comprend mieux que le vomito a disparu depuis que je suis rentré.

En ce qui concerne la nourriture, je crois que j’avais développé une phobie du plateau-repas, non que ce soit foncièrement mauvais, mais les menus en « alimentation protégée » manquaient singulièrement de saveur, tout me paraissait fade, insipide. Je me suis même demandé si les médicaments n’avaient pas modifié mon goût (cela arrive souvent). Eh bien en fait, non, car un steak hâché – conditionné sous vide et très cuit – et des pâtes, avec du beurre et du fromage râpé, incorporé obligatoirement en cours de cuissons, m’ont paru délicieusement savoureux. N’exagérons rien, je n’ai pas encore un appétit féroce.

Le jardin, la promenade

J’étais décidé à faire un tour de jardin, où le mimosa et les camélias sont en pleine floraison et je me suis senti d’attaque, après avoir fait le tour de la maison pour quelques pas à l’extérieur, et finalement on a fait un tour jusqu’au parc, une petite boucle au vent, qui change très agréablement de mes tours de couloir avec la colonne à « biiiiiiiiiips » et sa roulette récalcitrante qui nous faisait marcher en crabe ou nous bloquait en plein milieu. Pas d’entrave avec le piccline, le plaisir de redécouvrir ce que l’on connaît par cœur, d’admirer le magnifique mimosa dans un terrain qui fut jadis un potager superbe qu’entretenait avec passion et savoir-faire une vieille dame. Il ne reste que le mimosa et, je crois, quelques lilas.

Rentrer c’est aussi reprendre de plein fouet l’actualité, avec cette scène hallucinante entre Trump, Zelensky et le vice-président Vance, roquet de service, hargneux comme un pit-bull mal éduqué, qui a trouvé opportun d’en rajouter une couche après les propos du bouledogue enragé. Bien entendu, j’ai suivi les actualités au CHU mais, comme tout le monde, j’ai vécu cette scène bouche bée alors que je venais de rentrer. Je me dis qu’on est au tout début de quelque chose qui va rapidement nous dépasser, et que les initiatives pour une défense européenne solide et durable ont intérêt à se mettre rapidement en place, sinon on assistera à un démantèlement de l’Europe et du monde en général. Je regrette la classe d’Obama et même les cafouillages et bévues de Biden. Quand le ver est dans le fruit, il est rare qu’il en sorte de lui-même…

Pour le coup, je vais sélectionner quelques artistes américains, qui sont à mes yeux ce que l’Amérique produit – ou a produit – de meilleur :

Et tant d’autres, talentueux, élégants, modestes : tout ce que l’autre n’est pas. Pour moi, jusque-là, c’était ça les USA.

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