CHU, Unité protégée, J 13

L’embellie dans le ciel angevin se poursuit, et dans ma tête, même si tout n’est pas encore rangé au bon endroit, on voit aussi des coins de ciel bleu, ces culottes de gendarme, expression qu’utilisait mon père et qui renvoyait à un temps où les gendarmes étaient en bleu, bah en fait ils sont toujours en bleu mais plus foncé que notre ciel angevin, plus laiteux que bleu franc de toute façon.

Hier, nous avons fait un tour dans le couloir avec mon chéri qui a obligeamment poussé la colonne à biiiiiiiiiiips avec toutes les pompes qui peuvent fonctionner sur batterie. On a d’ailleurs repéré celle qui est capricieuse, avec les infirmières. C’est la deuxième à partir du haut et elle voit des bulles imaginaires, la bourrique, ce qui provoque sa mise en alarme inutile et fait pester les dames si patientes pourtant.

L’une d’elle a changé la tuyauterie ce matin : « On vous change la tuyauterie, M. Macron ». D’accord, ça risque de ressembler à un épisode de New Amsterdam où on sort tous les organes du malheureux patient pour les examiner, mais en fait non, il ne s’agit que des tuyaux de la colonne infernale. J’étais presque déçu, tiens.

Un jeune interne est venu se présenter dans la matinée, il était charmant et voulait me montrer qu’il connaissait mon dossier médical en me citant mes exploits. « Vous oubliez l’érysipèle ! » lui fais-je remarquer à un moment, il a ajusté ses lunettes pour se donner une constance et s’est repris : « Euh, oui, l’érysipèle. »

J’ai ensuite attendu Doc à la Voix Douce pendant un moment. Mais elle a choisi le temps du repas pour passer. La coquine voulait me voir manger ! « Je suis tellement heureuse que les nausées soient derrière vous ! » J’ai un peu tempéré ses propos, je ne suis pas encore au top mais je me force un peu quand même. Elle m’a expliqué la suite des opérations : je suis en aplasie (plaquettes en perf ce matin) et j’aurai probablement du sang demain. Dès que la sortie d’aplasie sera là, et que donc je n’aurai plus besoin de ces différents compléments alimentaires pour vampires, je pourrai sortir avec cependant des matinées post-greffe à l’hôpital (deux dans un premier temps). À J +30 (30 jours après la greffe), il y aura une prise de sang déterminante pour évaluer le taux de chimérisme : ce qui est à Kate et ce qui est à moi dans l’ADN. C’est ce rapport qui déterminera si la greffe a pris ou pas. Si elle a pris, tant mieux, sinon, eh bien tant pis, je ne ferai pas de deuxième essai. Il n’y a qu’une Kate et elle est unique dans le fichier international des donneurs de moelle osseuse.

Ah, j’ai oublié de vous dire que pendant notre déambulation hier, nous avons regardé par la fenêtre et vu une scène étrange : un jeune type se promenait avec son pied à perf sur l’épaule, et la poche de perfusion qui ballottait de droite à gauche : essayait-il de fuir un service ? Avait-il eu une permission pour aller chercher une revue ou boire une bière à la cafétéria, située près de l’entrée ? Mystère. Il n’y avait que lui à affronter la bruine froide de février. Si je voulais faire la même chose, avec la colonne à biiiiiiiiiiips, je crois que je créerais un certain émoi. De toute façon, je n’ai pas le droit de m’évader. Ce monde est étrange, isn’t it ?

Ah, c’est l’heure du goûter, vous voudrez bien m’excuser.

Le soir, nous dansons dans les couloirs, voici l’ambiance :

Un jour, je danserai comme Mercredi, si, si, si, j’en suis capable, je peux le faire !

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