Alors que j’écris cet article, vendredi après-midi, le vent souffle et la pluie cingle nos carreaux. Surtout ceux exposés sud-ouest, la bascule ne s’est pas encore faite. Nos amis Irlandais ont échappé au pire semble-t-il et tant mieux. J’ai des souvenirs d’une traversée bien mouvementée alors que je revenais d’Irlande. J’étais jeune alors et j’ai encore des images très précises de cette mini croisière : mon plateau repas qui traverse le restaurant où je devais être le seul attablé, et le serveur qui est revenu avec un steak-frites, double ration pour les frites : il avait croisé mon regard désespéré. Il était impossible de sortir sur le pont, tout était verrouillé par sécurité, et les pauvres passagers victimes du mal de mer avaient préféré se coucher à même la moquette, le sac à vomi dans une main.
J’étais de ceux qui aiment quand les éléments se déchaînent. Le barman était heureux de pouvoir discuter avec les « survivants », et il nous avait offert quelques bières… Je crois que je n’avais pas beaucoup dormi ensuite, nous étions quelques rescapés, et on avait dansé malgré le fort roulis sur la petite piste de danse, jusqu’au petit matin.
On apprécie mieux la tempête lorsqu’on peut en profiter en regardant la mer déchaînée, le ciré ou le K-way bien fermés pour garantir une meilleure étanchéité, les yeux brûlés par les embruns. On entend le vent qui mugit et siffle dans les drisses des bateaux et on se tient suffisamment à l’écart des lames qui se brisent sur les rochers en mille jets d’écume.
Là, je me contente de voir les arbres qui s’agitent à travers les carreaux, du moins ceux qui ne sont pas encore perlés de gouttes de pluie. Parfois, une accalmie trompeuse laisse croire que c’est terminé, mais une rafale soudaine nous prévient qu’il y en a encore d’autres à venir, d’autres grains, d’autres bourrasques. Comme souvent chez nous, le ciel se dégagera peut-être en fin de journée, les derniers rayons du soleil viendront éventuellement nous narguer, lorsque le vent aura tourné, mais je n’y crois pas trop, c’est bien parti pour durer quelques heures encore.
Je sais que je ne verrai pas grand-chose depuis ma chambre d’hôpital. Quand j’étais hospitalisé en pneumologie, j’avais une superbe vue sur la chapelle, et juste avant, dans cette partie que l’on appelle la Colline, une vue panoramique sur la Maine et, en arrière-plan, la ville. Je demandais à ce que les volets soient ouverts tôt le matin, pour voir le soleil se lever. Pendant plusieurs jours, je n’avais vu que le ciel, les nuages et les passages d’oiseaux. Cloué dans mon lit, j’étais incapable de me lever ou de m’asseoir sans aide à cause de ce fichu COVID, et je tentais de surnager, la tête tournée vers la fenêtre, sauf en réanimation où mon lit lui tournait le dos, et je m’étais laissé bercer par cette vue apaisante.
J’espère que j’aurai une vue dégagée en hématologie : on voit les gens qui passent, les étudiants en médecine qui se déplacent en groupes à l’heure du déjeuner en parlant fort, les voitures qui roulent lentement, avec des conducteurs en quête d’une place libre – un rêve – les ambulances et les taxis, les gens qui rendent visite aux malades ou qui viennent en consultation. Le CHU d’Angers, c’est une ville dans la ville. Je regarderai si les écharpes et les bonnets sont de sortie, ou si ce sont plutôt les parapluies… on en voit de moins en moins d’ailleurs. C’est à travers les vitres que le lien au monde extérieur existe. Derrière, dans le couloir, on entend le bruit des chariots, les infirmières qui se dépêchent, ou le bruit différent du chariot des repas. Il ne faut pas oublier de regarder par la fenêtre, quand on peut le faire.
Les infirmières me raconteront qu’elles ont dû se lever plus tôt pour gratter leur pare-brise, et qu’elles ont galéré en prenant leur service du matin pour trouver une place, on parlera de la pluie, du beau temps, de leurs gamins qui ne veulent pas faire leurs devoirs parce qu’ils passent leur temps sur leurs téléphones, de leurs maris qui regardent le foot pendant qu’elles s’occupent du linge, des heures supplémentaires qu’elles n’arrivent même plus à compter et de leurs envies de vacances.
Les autres liens avec le monde extérieur sont les messages que l’on reçoir, et les visites, mais j’en parlerai bientôt.
Je suis presque prêt pour tout ça, J -5.
Dust In The Wind (Poussière Dans Le Vent)
I close my eyes
Je ferme les yeux
Only for a moment and the moment’s gone
L’espace d’un instant et le voilà parti
All my dreams
Tous mes rêves
Pass before my eyes, a curiosity
Défilent sous mes yeux, une curiosité
Dust in the wind
De la poussière dans le vent
All they are is dust in the wind
Ils ne sont que de la poussière dans le vent
Same old song
La même vieille chanson
Just a drop of water in an endless sea
Rien qu’une goutte d’eau dans une mer infinie
All we do
Tout ce que nous faisons
Crumbles to the ground though we refuse to see
S’écroule sur le sol bien que nous refusions de l’admettre
(Chorus)
(Refrain)
Dust in the wind
De la poussière dans le vent
All we are is dust in the wind
Nous ne sommes que de la poussière dans le vent
Don’t hang on
Ne t’attache pas
Nothing lasts forever but the earth and sky
Rien n’est éternel excepté la Terre et le Ciel
It slips away
Tout s’éloigne doucement
And all your money won’t another minute buy
Et toute ta fortune ne t’achèteras pas une minute supplémentaire
(Chorus)
(Refrain)
(All we are is dust in the wind)
(Nous ne sommes que de la poussière dans le vent)
Dust in the wind
De la poussière dans le vent
(Everything is dust in the wind)
(Chaque chose n’est que de la poussière dans le vent)
Everything is dust in the wind
Chaque chose n’est que de la poussière dans le vent


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