Et si on parlait lecture

Pour changer un peu de registre, laissons la greffe de moelle osseuse de côté, je vous donne quelques nouvelles rapidement. Je sais que cela cogite du côté du CHU. J’ai eu au téléphone l’infirmière de jour car je suis normalement convoqué le 23 janvier, et de nouveau le 29, j’avais donc comme un doute. Mais en fait, c’est une invitation « au cas où » : au cas où il n’y aurait pas de chambre disponible, ou un imprévu de dernière minute. « Ne vous inquiétez pas, M. Macron, l’infirmière coordinatrice de greffes vous rappellera avant ». Bon, alors j’attends un appel pour cet après-midi ou lundi et Michel travaille au sous-sol, il attaque bientôt la pose du parquet dans une des deux chambres. Et moi, je suis consigné dans mon fauteuil et je passe le temps. L’infirmière coordinatrice vient d’ailleurs de me rappeler (j’écris l’article cet après-midi de vendredi) et mon R.V du 23 est annulé : tout roule donc pour la greffe prévue le 6 février.

J’en ai eu assez de regarder des séries sur l’ordinateur, que j’ai tout de même bien appréciées quand j’étais groggy et fiévreux. Mais comme je suis plus en forme actuellement, je suis capable de me concentrer sur des lectures. Hier, j’ai lu un article qui traitait du dernier livre de Jean-Christophe Grangé « Sans Soleil » Tome 1 : Disco Inferno. Ni une, ni deux, je l’ai commandé en version numérique.

Je viens de terminer le tome 1 et je vais essayer d’en parler sans trahir trop de secrets. Le récit se déroule au début des années 80, en 1982. Nous sommes à Paris, l’été. Un médecin reçoit de plus en plus de jeunes patients, homosexuels, atteints d’un mal mystérieux que l’on nomme au début du livre « cancer gay » et, à l’initiative du Dr Willy Rozenbaum, qui intervient aussi dans le roman, on appelle un peu plus tard cette nouvelle maladie dont on ne sait pas grand-chose « SIDA ». On sait simplement que les malades sont atteints par des maladies opportunistes d’ordinaire très rares, comme le syndrome de Kaposi, et son cortège de taches noires sur la peau, ou des pneumonies, voire des toxoplasmoses. Tous les malades meurent, après des souffrances atroces et dans un état de maigreur qui effraie jusqu’aux soignants les plus aguerris. Ils ne sont pas encore très nombreux, une vingtaine à Paris, mais Rozenbaum et ses collègues, dont le Dr Ségur, savent, ou plutôt pressentent que ce n’est que le début, et qu’une vague noire va frapper la communauté gay. L’un des malades de Ségur, en fin de vie, incapable de sortir de son deux pièces, est retrouvé assassiné de façon atroce et sauvage. Quel est l’intérêt de tuer ainsi un mourant ? Dans le même temps, d’autres crimes sont commis mais avec d’autres modalités dans les pissotières parisiennes. S’agit-il du même tueur ? De deux tueurs différents ? Je ne saurais vous dire car je n’ai pas lu le deuxième tome. Je pense que c’est plus complexe que ce que l’on croit au premier abord, d’autant que les crimes se poursuivent. Patrick Swift, l’inspecteur principal et beau mec de surcroît, va essayer de démêler ce qui est pour le moment inextricable. Swift n’a pas eu une enfance facile et a bien failli totalement basculer du côté obscur après avoir été placé dans plusieurs familles d’accueil. Cela lui permet de comprendre certains comportements. C’est sans préjugés qu’il va aller « du côté gay », en compagnie de la jeune et brillante Heidi, réfugiée Argentine, amie de la première victime et avec l’aide de Ségur. La nuit, Swift va aller de boîtes en bars, découvrant le milieu festif, déjanté, multiple et complexe des homosexuels qui font la fête à longueur de temps. On les comprend, Swift aussi : l’homosexualité a été dépénalisée après l’élection de Mitterrand et il souffle un vent de liberté contagieux. Les hétéros eux-mêmes traînent du côté gay parce que les fêtes y sont incroyables.

Ne lisez pas ce livre si vous n’aimez pas les descriptions explicites ou si votre pudeur vous interdit de parcourir les backrooms avec Swift. On est vraiment plongé dans l’ambiance des années 80, on croise les stars de l’époque : Pauline Lafont se déchaîne aux Bains Douches, on rencontre Yves Saint Laurent, Thierry le Luron et d’autres encore. On s’amuse, on danse, on ne sait pas que la mort est présente, on se fiche un peu de ce « cancer gay » que l’on pense inventé pour stigmatiser la communauté et on craint davantage ce ou ces mystérieux tueurs.

J’ai fini le tome 1, je vais donc attaquer le tome deux et j’aurai ainsi accès à l’épilogue. C’est très malin, M. Grangé, de me faire dépenser mes deniers ainsi.

Si vous voulez en savoir plus sur la culture gay du début des années 80, je vous conseille cet article :

Je me suis dit que vous alliez avoir une furieuse envie de vous déhancher sur la musique que l’on écoutait à l’époque, voici une petite sélection :

J’ai eu un choc en revoyant le clip et en décryptant les paroles… Pourrait-on refaire ça aujourd’hui ? L’époque semble tellement puritaine…

En 1983, Axel Bauer surfe sur la vague… son Cargo de Nuit cartonne, et ces magnifiques images sont signées Jean-Baptiste Mondino.

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