La Machine à remonter le temps – Une autre hémopathie : VIH

(Épisode 2)

Voici un résumé de l’historique de l’épidémie de SIDA et des principales avancées en matière de traitement, organisé chronologiquement :


1. L’émergence de l’épidémie (années 1980)

1981 :

  • Premiers cas officiels : Le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) aux États-Unis signale des cas inhabituels de pneumonie à Pneumocystis carinii et de sarcome de Kaposi chez des hommes jeunes homosexuels à Los Angeles et New York.
  • La maladie est initialement appelée « GRID » (Gay-Related Immune Deficiency) avant de devenir le SIDA (Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise).

1983-1984 :

  • Découverte du virus : En 1983, l’équipe de Luc Montagnier à l’Institut Pasteur identifie un rétrovirus qu’elle nomme LAV (Lymphadenopathy-Associated Virus). En 1984, l’équipe de Robert Gallo identifie le même virus, qu’elle appelle HTLV-III. Ces recherches mèneront à la découverte officielle du VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine).
  • Transmission identifiée : Sang, rapports sexuels, et transmission mère-enfant sont confirmés comme voies principales.

1985 :

  • Premier test de dépistage du VIH : Le test ELISA est développé, permettant de détecter les anticorps contre le VIH dans le sang.

2. Premiers traitements (années 1980-1990)

1987 :

  • Premier médicament approuvé : L’AZT (zidovudine), un antirétroviral, est le premier traitement approuvé. Bien qu’efficace pour ralentir la progression du virus, il provoque de nombreux effets secondaires et offre un bénéfice limité en monothérapie.

1990 :

  • Début de la combinaison des traitements antirétroviraux (thérapies combinées), bien que ces combinaisons restent expérimentales et imparfaites.

3. Révolution des trithérapies (années 1996-2000)

1996 :

  • Introduction des inhibiteurs de protéase : Ces médicaments bloquent une enzyme clé utilisée par le VIH pour se répliquer. Lorsqu’ils sont associés à d’autres antirétroviraux, ils changent radicalement la prise en charge du VIH.
  • Trithérapie : Combinaison de trois antirétroviraux, elle devient la norme. Cette avancée transforme le SIDA d’une maladie mortelle en une condition chronique gérable pour de nombreux patients.

4. Expansion des traitements et prévention (années 2000-2010)

2001 :

  • Réduction du coût des traitements : Les génériques sont produits à grande échelle, rendant les médicaments accessibles dans les pays à faibles ressources.

2004 :

  • Traitement en prévention (TasP) : Des études montrent que les personnes séropositives traitées efficacement ont une charge virale indétectable et ne transmettent pas le virus.

2010 :

  • PrEP (prophylaxie pré-exposition) : L’utilisation d’antirétroviraux (comme le Truvada) est approuvée pour prévenir l’infection chez les populations à risque élevé.

5. Vers l’élimination du VIH (2010 à aujourd’hui)

2012 :

  • Premiers cas de rémission fonctionnelle grâce aux greffes de moelle osseuse (Patient de Berlin, Patient de Londres).

2017 :

  • Médicaments injectables longue durée : Les traitements combinés injectables administrés une fois par mois ou tous les deux mois deviennent disponibles.

2020 :

  • Objectifs 90-90-90 : 90 % des personnes vivant avec le VIH diagnostiquées, 90 % sous traitement, et 90 % ayant une charge virale indétectable sont atteints dans plusieurs pays.

2021-2023 :

  • Avancées en thérapies géniques : Les techniques comme CRISPR/Cas9 montrent des promesses pour éliminer le VIH des cellules infectées.

6. Statistiques actuelles

  • Environ 38 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde.
  • Plus de 75 millions de personnes ont été infectées depuis le début de l’épidémie.
  • Les traitements actuels permettent à une personne diagnostiquée et traitée rapidement d’avoir une espérance de vie similaire à celle d’une personne non infectée.

Voilà, j’avoue que l’intelligence artificielle m’a bien aidé à résumer tout cela, je n’ai pas hésité à faire un c/c car je n’aurais pas fait mieux et j’aurais eu peur de faire des oublis en mettant tout cela en forme.

On peut revenir sur ces patients qui ont bénéficié d’une greffe de moelle osseuse. Le premier patient, dit « patient de Berlin », était atteint d’une leucémie myéloïde aigüe – c’est celle que j’ai de très gros risques de déclarer si on n’intervient pas rapidement – et il a reçu la moelle osseuse d’un patient porteur d’une anomalie génétique rare (je vous passe l’appellation de la mutation que vous vous empresseriez d’oublier !). Quoi qu’il en soit, cette mutation empêche le VIH d’entrer dans les cellules hôtes, et, de ce fait, Timothy Ray Brown, le « patient de Berlin » a pu arrêter les antirétroviraux et il est resté ensuite en rémission durable. C’était totalement inattendu, et cela a permis de mieux comprendre ce qui pouvait bloquer le VIH.

Deux autres patients en 2019, le patient de Londres et le patient de Düsseldorf ont également été déclarés en rémission à la suite d’une greffe de moelle osseuse, provenant de donneurs avec la précieuse mutation génétique.

Pour autant, la greffe de moelle osseuse ne peut pas être appliquée à chaque patient porteur du VIH car cela reste une intervention lourde et à risque. En outre, les donneurs porteurs de la mutation représentent 1% de la population mondiale. Cependant, cela ouvre de nouvelles pistes, notamment la thérapie CRISPR qui permet de modifier les cellules porteuses du virus.

Je voudrais terminer cet article en évoquant mon ami Rémy, qui était séropositif, mais avec une charge virale indétectable compte-tenu des nouveaux traitements dont il avait pu bénéficier. Rémy était une force de la nature, un gars solide aux larges épaules et les chemises à carreaux de bucheron lui allaient parfaitement. Ce n’est pas le VIH qui a tué Rémy mais un vilain cancer du cerveau que l’on appelle glioblastome, une saloperie totale que l’on ne sait pas soigner. La dernière fois que nous avons vu Rémy, en octobre 2023, j’ai eu le sentiment, la quasi-certitude en le quittant, que je ne le reverrais plus. Il est décédé en octobre dernier et je n’ai pas pu lui dire adieu pour cause de Vidaza. J’ai pleuré l’an dernier de Rocamadour à Limoges, toutes les larmes de mon corps, et j’ai encore du mal à vous écrire ces quelques lignes sans m’effondrer. Le positif, dans tout cela, c’est que Rémy a pu vivre normalement jusqu’à ce fichu cancer. On parlait souvent sur Messenger de nos hémopathies respectives lors de ma première leucémie. Rémy m’avait dit alors : « Mais finalement, tu as pratiquement la même chose que moi, sauf que c’est un virus chez moi et une anomalie génétique chez toi. » Notre point commun, c’étaient ces maladies opportunistes qui profitent de notre profil immunodéprimé, notre gratitude envers les progrès de la médecine et les médecins eux-mêmes était partagée, et souvent commentée : « Que serions-nous devenus si nous avions dû faire face aux maladies dix ou quinze ans plus tôt ? » Les progrès des traitements nous permettaient alors d’envisager la vie sereinement, avec simplement un peu plus de surveillance et allégeaient considérablement l’épée de Damoclès sous laquelle nous vivions. Rémy n’a jamais su que je repartais pour une chimio. Son glioblastome lui pourrissait suffisamment la vie pour qu’on lui épargne les mauvaises nouvelles, son quotidien était déjà suffisamment compliqué malgré la présence de nombreux anges gardiens, proches ou soignants. Je crois que j’ai rarement autant ri que chez Rémy qui avait le don de nous entraîner dans des situations plus cocasses les unes que les autres et qui avait également des talents de conteur et de comédien à l’humour incomparable ; la moindre sortie devenait souvent une épopée.

Ne rangez pas tout de suite les mouchoirs, je vais vous rechercher quelques vidéos et chansons de circonstance.

Tout le monde a vu ce film, je pense :

Mais avez-vous vu celui ci ?

On termine en chansons :

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