Seuls les boomers gardent la nostalgie des leçons de morale qui jalonnaient nos journées d’école. Je me souviens notamment de ce récit où deux enfants désobéissaient à leurs parents et partaient faire des glissades sur la mare gelée. La glace, trop peu solide, cédait sous leur poids et les enfants mouraient noyés, crac et couic ! Nous devions trouver un sens à cette fin tragique et expliquer comment elle aurait pu être évitée : « Il faut toujours obéir à ses parents, qui ont de bonnes raisons de poser des interdits. »
Puis, au fil du temps, on a abandonné ces leçons de morale qui avaient été entretemps déclarées rétrogrades et datées, trop passéistes. Hop, exit la morale.
Pourtant, on abordait souvent des questions qui touchaient au vivre ensemble : « comment s’aider entre camarades, entre voisins », la « politesse », le « respect », notamment envers les aînés.
Hier, quand j’ai pu m’extirper du lit, Michel regardait la motion de censure à la télé, et je me suis dit que tous ces députés n’avaient pas eu ou pas retenu grand-chose des leçons de morale, entre les éructations des uns, les vociférations des autres et les invectives. On peut ne pas apprécier Michel Barnier, mais je l’ai trouvé digne, avec ce côté « boomer » un peu suranné qui permet d’éviter de répondre de la même manière à ses détracteurs. Mais, ça, c’est habituel. À la fin de la séance, lorsque les députés sortaient, je crois, de la salle des Quatre Colonnes, deux huissiers se trouvaient de chaque côté de l’issue par laquelle passaient les députés. Et là, en dehors de tout contexte politique, on peut voir qui se soucie de ces personnels qui, après tout, font tourner la boutique. Certains les saluaient chaleureusement : François Ruffin, Élisabeth Borne, et d’autres que je n’ai pas reconnus. D’autres, de loin les plus nombreux, sont passés en faisant mine de ne pas les voir ou en les regardant distraitement sans aucun signe de politesse. Voilà ce qui m’a choqué, mais ce n’est pas vraiment de cela que j’avais l’intention de vous parler : « Dis-donc, Macron, tu nous bassines avec ta morale de vieux et après tu dis que tu veux parler d’autre chose ! C’est la fièvre ou quoi ? » Peut-être que c’est la fièvre, oui.
Voilà où je voulais en venir. Lors de la consultation, avec mon généraliste, j’ai exprimé mes réticences quant à la prochaine cure de Vidaza. J’aimerais qu’elle soit décalée de quelques jours, pour me permettre de récupérer, et d’éviter de vomir partout dans la voiture et dans les couloirs du CHU. Je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire que c’est plutôt raisonnable.
J’ai indiqué à mon médecin que j’avais à plusieurs reprises eu le sentiment qu’il ne faut pas que le malade s’écarte trop de ce qui est prévu pour lui, sinon c’est contrariant et on le lui fait savoir. Jusque-là, j’avais droit à des « Et surtout, évitez d’attraper un virus, ne nous jouez pas de sale tour ! ». Le toubib me dit : « Je vais essayer de contacter le Doc Jérôme pour lui faire part à la fois de votre état, qui est quand même sérieux, et de vos craintes. » Je le remercie, et hier soir, pendant le J.T, il me rappelle : « Je n’ai pas pu joindre le Doc Jérôme mais j’ai eu la cheffe, Doc XXL et je peux vous dire que je me suis fait envoyer promener de première ! Visiblement, elle s’agaçait fortement du fait que je la contacte et que je donne des précisions sur un malade. Elle a fini par se radoucir un peu, mais je ne m’attendais pas à être accueilli de cette façon ! ». J’ai dit à mon généraliste que j’étais désolé, mais lui trouvait la démarche totalement fondée et légitime. Mais pas Doc XXL qui a visiblement oublié toute notion de respect. Je sais que c’est une spécialiste compétente, reconnue, qu’elle doit avoir un travail de dingue, mais enfin, est-ce une raison pour envoyer promener les « petits médecins de campagne » ? J’avoue que cela m’a choqué davantage que la séquence des huissiers. Si une cheffe se comporte comme ça avec un médecin, comment gère-t-elle ses équipes, les malades, les familles, les agents de service et qui sais-je encore ? Je crois que si je suis confronté à une situation où je sens que l’on me manque de respect en tant que malade, il y aura une double réaction : la mienne, si je suis en état, et celle de Michel.
Voilà tout le nouveau, du côté érysipèle, c’est tantôt mieux, tantôt moins bien, de la fièvre qui baisse et qui remonte, une fatigue intense qui me cloue les deux tiers du temps au lit. Avec un effet amincissant spectaculaire et constant, je vais pouvoir faire des ravages sur la plage cet été. Ah mais je suis bête : je n’ai plus droit au soleil !
Je dédie cette chanson au Doc XXL en espérant, très naïvement, que cela pourra l’inspirer.


Laisser un commentaire