Madame la Ministre, chère Geneviève,
J’aurais pu vous contacter via un de ces formulaires que l’on trouve sur les sites ministériels. Un employé zélé aurait pris connaissance de ma bafouille et aurait répondu quelques lignes convenues en utilisant votre signature électronique. Je me suis dit que c’était plus pertinent d’en faire profiter les camarades qui me suivent ici, et de toute façon je n’attends pas de réponse, surtout si elle est rédigée en langue de bois.
J’ai regardé votre brillant parcours sur Wikipédia : félicitations : vous êtes ce que l’on appelle une bête de travail et vous devez connaître vos dossiers puisque vous avez exercé en tant que médecin allergologue, vous avez aussi été maire de Mont de Marsan, députée, secrétaire d’état (je simplifie) et vous voilà de retour au gouvernement, en charge d’un dossier que vous connaissez sur le bout de vos doigts : la Sécurité Sociale. La vieille dame – je ne parle pas de vous, je ne me permettrais pas, nous avons d’ailleurs le même âge – est malade depuis bien des décennies : un déficit chronique, que l’on peut comparer à une leucémie, l’anémie et la menace.
Soit. La question que l’on peut se poser, c’est pourquoi personne n’a songé à mettre en place les réformes structurelles ? Mais vous devez en avoir conscience, alors vous avez décidé de baisser de 5% plusieurs prestations : visites chez le médecin et remboursements des médicaments. « Les mutuelles feront l’effort nécessaire pour compenser la baisse de remboursements ». Paf, l’affaire est réglée, la Sécu est sauvée, nous allons tous danser de joie et ériger une statue à votre effigie sur chaque rond-point.
Notez bien que cela pourrait obliger certaines mutuelles à reconsidérer leur cœur de métier : proposer des contrats d’assurance pour animaux domestiques me paraît un peu éloigné des principes premiers. Rembourser l’homéopathie à hauteur de 150€ par an, alors que l’on sait que cette « médecine » ne repose sur rien m’agace fortement. En revanche, prudente, ma mutuelle ne propose aucun remboursement pour des soins de stomatologie, rendus indispensables par une précédente leucémie : si j’étais un chien, peut-être que mon détartrage annuel serait remboursé.
Pardon pour la parenthèse, Madame la Ministre, je ne voudrais pas abuser de votre précieux temps. On a entendu pendant les mois d’été pis que pendre sur le système de longues maladies, que l’on allait sans doute supprimer, parce que ça va bien 5 minutes toutes ces feignasses qui font semblant d’avoir un cancer du sein triple négatif, ou une leucémie nécessitant des soins trop couteux. Chère Geneviève, j’ai la solution : à chaque fois qu’un enfant naît, attribuez une somme qui permettra de couvrir les frais de santé. Le jour où le quota alloué sera dépassé, deux policiers estampillés « SS » (Sécurité Sociale) viendront sonner à la porte : « M. Untel ? Nous venons vous signifier que nous ne rembourserons plus vos frais de santé, donc la prochaine chimio sera à votre charge. Nous nous doutons que vous ne pourrez pas payer et l’état, dans sa grande sagesse a tout prévu : vous trouverez ici un coffret renfermant un médicament létal et la notice qui va avec, pensez à prévenir vos organismes habituels. Au revoir, et surtout bonne journée ! »
Mais vous m’avez rassuré : « Les malades pris en charge à 100 % ne seront pas concernés par la baisse des remboursements. » Si j’étais près de vous, je vous sauterais au cou, chère Geneviève et je vous embrasserais sur les deux joues. J’espère que vous aurez plein d’autres idées lumineuses pour le système hospitalier, la désertification médicale des zones rurales et les mille autres dossiers que vous allez devoir traiter.
Sur ce, bisous, et surtout prenez garde de ne jamais tomber sérieusement malade.
J.M


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